Le valet du roi élu
Le premier ministre est choisi par le président. Tel est le fonctionnement de la 5ème république.
Exit donc le trop populaire Édouard PHILIPPE, confortablement réélu à la mairie du HAVRE le 28 juin qui s’en est retourné gérer sa bonne ville. C’est un illustre inconnu des français, avant sa nomination, JEAN CASTEX, qui a accepté de s’y coller.
Alors que notre premier de cordée à la pensée si complexe nous annonçait qu’il fallait se réinventer (lui le premier) et renverser enfin la table pour accoucher du monde d’après, nous sommes bien loin du compte. JEAN CASTEX, parcours français classique des futurs gouvernants - sciences-po Paris, l’ENA et la Cour des comptes à la sortie - est l’archétype de l’apparatchik de la haute fonction publique, parfait connaisseur des rouages de la technostructure administrative jacobine qui conduit les destinées de notre nation depuis 50 ans. Il peut toujours essayer de nous amadouer avec son accent du sud-ouest, c’est avant tout un bureaucrate.
Loin de se réinventer et de proposer une vision nouvelle en nommant chef du gouvernement une Valérie PECRESSE voire un Yannick JADOT, notre premier de cordée ne prend aucun risque. Avec JEAN CASTEX, c’est la certitude que les administrations centrales vont garder la main mise sur nos vies. C’est la certitude que l’œuvre de ces prédécesseurs s’accomplira dans la continuité : impôts et taxes, normes et contraintes, prélèvements et contributions, interdictions en tout genre, etc… seront sanctuarisées. Et si, la tant annoncée « deuxième vague » venait à se répandre à l’automne, des millions de français, apeurés sinon paniqués, réclameraient encore plus de protection de l’état. JEAN CASTEX et son gouvernement ne se priveraient pas pour exhausser leur vœu au nom du principe : aussitôt dit, aussitôt fait.
Le nouveau « valet du roi » compte deux faits d’armes à son actif.
En 2005 et 2006, comme directeur de l’hospitalisation et de l’organisation des soins au ministère de la santé, il participe pleinement à la rationalisation des coûts qui introduit à l’hôpital la tarification à l’activité. Autrement dit, c’est un des initiateurs et des décideurs de la destruction des hôpitaux français au nom des économies budgétaires à réaliser pour rester dans les clous maastrichtiens du sacrosaint déficit budgétaire inférieur à 3% du PIB. Une décennie plus tard, tous les français en ont vu les résultats catastrophiques avec la crise de la COVID 19. Moins de lits, des stocks de produits à flux tendus, moins de personnels soignants et plus de bureaucratie hospitalière.
Au printemps 2020, à la demande du premier de cordée, il est en charge de coordonner le vaste chantier du déconfinement du pays avant d’être nommé « 1er valet du roi » ce 3 juillet 2020.
Que va-t-il bien pouvoir faire d’ici mai 2022 ?
Premièrement, ne pas faire d’ombre au roi élu, le seul à pouvoir prendre la lumière, surtout dans la perspective de se représenter aux élections présidentielles dans une vingtaine de mois pour un nouveau bail de 5 ans.
Donc, le fraîchement nommé JEAN CASTEX, nouveau directeur de cabinet et son futur gouvernement vont devoir tenter de naviguer tant bien que mal au milieu de toutes ces multiples embûches à venir en préservant le président. Ils vont participer pleinement à la transformation de notre premier de cordée à la pensée si complexe en candidat reconditionné, remis en selle, remis à neuf en quelque sorte ; à nouveau prêt à séduire les français pour gagner le droit d’entamer un second mandat présidentiel en mai 2022.
Bertrand RENAULT – 7 JUILLET 2020.


