Le Vide intérieur. Quand la pensée qui nous perd nous sauve
Le phénomène de « vide intérieur » est très fréquent de nos jours. Et on ne peut pas lutter contre ce vide tant celui-ci est indéfinissable. Pourtant on passe par ce vide, ce vide s’instaure en nous qu’on le veuille ou non. C’est ainsi. C’est comme si nos pensées s’embrument, elles voient et ne voient pas ce que nous voulons, elles nous laissent à des pensées même pas moroses puisque rien ne justifie cette morosité ; et même si quelque chose qui marche de travers, en réalité ce n’est que dans notre tête, rien de plus.
Oui, il y a ce vide indéfinissable en soi, et on peut le comprendre parfaitement. Par conséquent, sur le vide intérieur, un homme ne peut remettre ça sur un objet, ou sur un sujet, c’est que le vide intérieur que tout homme peut ressentir relève d’une situation affective. Et cela peut être n’importe quoi, un risque de perdre son emploi, au sein de son travail ça ne marche pas bien avec les collègues, avec son épouse, le courant ne passe pas très bien, une angoisse concernant un problème de santé, des relations filiales difficiles, un père se sentant abandonné, ou l’inverse un fils ne se sentant pas aimé ; enfin il existe un grand nombre de causes qui peuvent être mises sur le compte de ce vide intérieur. Que l’on ressent parfois très fort au point que l’on devienne déprimé, triste, renfrogné voire même agressif. Cela peut se traduire par une fuite en arrière, avec un refus de correspondre, d’aller vers l’autre parce quelque chose en nous nous ferme à l’autre, on est prisonnier de notre soi, ou se traduire par une fuite en avant, on devient grincheux, prêt à se disputer, à trouver le moindre prétexte pour s’en prendre à l’autre.
Mais, en fait cela ne tourne pas seulement rond en nous. Et il nous à nous interroger sur soi, par exemple : Si j’ai tout, que puis-je demander de plus ? A quoi puis-je encore aspirer ? Cette désillusion vous indique que vous devez changer quelque chose ; si vous ne voulez pas rester à vous interroger sur vous-même. Ce sentiment se présente à nous de manière assez incompréhensible, masqué sous les traits de sentiments que nous ressentons, de doutes que nous avons, d’un épuisement général ou d’un manque de sens de la vie qui nous étreint ; parfois qui nous tourmente.
Mais pourquoi se produit-il ? Pourquoi le vide nous frappe ? Il nous triture l’esprit et nous épuise ?
La réponse est simple : « Nous ne nous connaissons pas bien. L’important n’est pas ce qui se passe dans notre esprit mais interroger notre esprit sur le sens de notre vie. Et surtout quitter ce vide intérieur ? On peut tenter de le combler par différents moyens, par exemple, en pensant à autre chose, en s’occupant, en l’oubliant. Cependant, « il restera toujours ce besoin de quelque chose dont on ne sait pas ce que c’est. »
En réalité, tout être passe par ce vide intérieur et ce vide se répète dans des moments où on ne s’attend pas. Le vide en fait détermine notre vie et notre bien-être, c’est lui qui permet l’équilibre global de notre être. Sans le vide intérieur, il n’y a pas le plein intérieur, i.e. la joie, le bien-être, en clair se sentir bien. On comprend mieux la déconnexion qui se produit lorsque survient le vide après un moment de fort bien-être.
Ceux qui sont fortement touchés par le vide intérieur, et donc la tristesse et tant de sentiments qui s’opposent à ce retour vers un soi équilibré, leur lutte contre le vide n’est pas facile ; leur situation donne l’impression que leurs émotions, leurs sensations les plus négatives se liguent contre eux nous jusqu’à leur enlever tout goût à la vie.
Cependant, le problème qui se pose est d’être éclairé sur soi ; et « donc plonger en nous-mêmes, et tenter de trouver ce qui provoque cette sensation de vide », comme peut le déclarer un psychologue à son patient, il faut répondre que : « Ce n’est pas donné et ça ne l’est que si on n’est éclairé par nous-mêmes. » Et c’est précisément là le problème.
Le vide intérieur vient de notre intérieur que nous ne connaissons pas bien. Si le psychologue parle ainsi, c’est tout à fait normal puisque cela relève de ce qu’il sait des enseignements des sciences psychologiques qu’il a eues et qui sont un vaste domaine, ne répondant pas à tout, et toujours ouverts au progrès. Cependant il existe une métaphysique de soi qui englobe tous les phénomènes psychiques et ce qu’elle engendre entre autres le « vide intérieur », que nous connaissons mal, ou même pas du tout.
Et c’est parce que nous ne comprenons pas, nous ne savons pas que ce « vide intérieur » tout compte fait est normal, puisqu’il ne vient pas de l’homme en tant qu’agent, en tant que véhicule, tout au plus de ce qu’il y a en lui et qu’il ne comprend ce qu’il y a en lui qui secrète cet état affectif.
Pour comprendre, parlons du plein affectif. D’où il vient ? D’une réussite cela va de soi. Et quelle qu’elle soit la réussite. Dans les études, dans son métier, en affection chez soi, en amour, etc., lorsqu’on avance, c’est une réussite qui vient de ce qu’on a fait pour mériter ce plein affectif. Il arrive qu’un homme, une femme, et même quelqu’un de jeune qui réussit (études, travail, etc.), mais n’est pas heureux ; la réussite peut alors être relativisée ; on peut être heureux sans l’être vraiment.
Par conséquent, les bons moments et les moins bons moments surtout lorsqu’ils sont indéfinissables – une personne qui a tout mais n’est pas comblée – relèvent d’un processus existentiel tout à fait normal. Cependant, ce processus doit être assimilé dans le sens qu’il est passager, ne pouvant engendrer une dépression qui risque d’attenter à la santé de la personne. Évidemment c’est trop facile de prévenir mais on ne montre pas la voie de sortie ; et c’est ce qui est complexe dans la compréhension du vide intérieur.
Précisément la métaphysique de soi peut aider fortement, mais pour cela il faut se comprendre que l’être humain combien même il est une unité psychique, il demeure que le soubassement qui fait lui n’est pas si simple et surtout difficile à saisir. Et c’est quoi ce soubassement ? C’est tout simplement sa pensée et aussi l’essence qui secrète en lui la pensée.
Et tout vient de sa pensée. Souvent philosophes et psychologues scindent le mental du psychisme. Comme ils le définissent : « Le mental est considéré « représentations de tous types (images, sons, langage), le vécu (sentiments, états d’âme), des activités (croire, vouloir, espérer), en tant qu’ils sont conscients et perçus. Le mental a un caractère factuel, il est perçu empiriquement par chacun, sous forme du pensé ou de l’éprouvé.
Quant au psychisme, il est défini comme n’étant pas le mental. Il est dit que le concept de psychisme, au sens moderne du terme, ne désigne ni l'âme, ni l'esprit ; il vient de la psychanalyse freudienne qui a tenté de trouver une détermination aux conduites humaines relationnelles et en particulier à leurs aspects pathologiques. Le psychisme, tout en intégrant le fonctionnement cognitif, y associe des aspects neurobiologiques (pulsionnels) et des influences sociales. C'est donc une entité complexe qui n'est pas homogène et, de ce fait, difficile à cerner. Partant de là, un faisceau d'hypothèses peut être reconstituant, et qui conduit à une définition du psychisme :
- Il existe une entité complexe, repérable en chaque individu humain et elle génère les conduites, traits de caractère, types de relations, sentiments, symptômes, etc., décrits par la clinique.
- Cette entité évolue au fil de la vie individuelle et acquiert des contenus qui dépendent de facteurs relationnels, éducatifs, sociaux, et de facteurs biologiques et neurophysiologiques.
- Il est possible de construire un modèle théorique rationnel et cohérent de cette entité à partir des faits cliniques. Ce modèle a d’abord une valeur opératoire, celle d’expliquer la clinique en intégrant les différentes influences qui agissent sur l’individu humain.
- L'entité intègre, selon une dynamique conflictuelle, les influences hétérogènes qui s'exercent sur l'individu humain : influences relationnelles, culturelles et sociales, et enfin des facteurs biologiques. »
Évidemment, ce qu’on peut dire que ce qui est énoncé ne sont que des hypothèses conduisant à une définition subjective. Même si elles se veulent une approche scientifique, il demeure que mental et psychisme sont indissociables. En effet, mental et psychisme relèvent de la pensée, et c’est par elle que se secrète la métaphysique de soi, qui ne nous est pas connue, tout au plus spéculons sur le sens de leur influence sur l’être. »
L’être humain, depuis sa naissance, est confronté à son existence. Du stade du nourrisson au stade enfant, sa conscience à travers sa pensée qu’il ne sent pas mais toujours active sans qu’il le sache s’auto-construit. Est-ce lui qui se construit ? Ou est-ce qu’il devient, selon un processus biologique inscrit dans ses gènes ? Et encore même dans le processus génétique, une science relativement récente n’explique pas l’essence de l’existence qui est tributaire de l’essence du corps-pensée. Donc un soma biologique nourri par la pensée humanisante, c’est la pensée et ses propriétés uniques dans la biosphère qui lui donne le sens qu’il est, i.e. un être humain.
Par conséquent, tout ce qui fait l’être humain depuis sa naissance à l’âge adulte et ce qui suit son devenir relève de sa pensée et bien entendu dans le contexte du lieu ou des lieux de l’existence où cet être va évoluer, se développer. Donc, l’être humain relève d’un développement qui va se faire indépendamment de son choix, et quand bien même il aura à choisir son existence, elle sera toujours dépendante de sa pensée qui l’orientera en fonction des possibilités que lui offre sa destinée.
Et ce point est très important pour comprendre son soi. Si l’être humain ne se scinde pas en lui-même qu’il est à la fois corps et pensée, il ne pourra pas se comprendre en profondeur. S’il reste que l’être humain qu’il est sans se poser la question sur son essence, il restera simplement l’être humain qu’il est à la merci de ses pensées quand bien même ses pensées relèvent toujours de comportements normaux que la pensée a intégrés en soi. Ainsi l’homme est un être tout à fait sociable, de personnalité structurée par les us et coutumes mais subissant les aléas de l’existence.
De là, les difficultés qu’on rencontre dans la vie affective. On est simplement structurée pour être ce qu’on est. On fait un peu ce qu’on fait les autres. On a beau être instruit, très instruit, on se trouve prisonnier de notre être pensant, que nous ignorons dans un certain sens. En clair, notre être pensant ne nous parle pas, et nous ne cherchons pas à converser avec lui. Bien sûr, cela ne vient pas à l’esprit que nous sommes deux dans un. Un corps et une pensée qui est tout, elle renferme toutes les possibilités qu’offre ce qui est en elle. Intelligence, raison, sentiment, intention, volonté, instinct, réservoir d’affection, etc., tout est en elle. C’est la pensée qui pense en nous qui nous mène et nous croyons que c’est nous qui nous menons.
Oui, cette croyance est vraie, réelle, puisque c’est la pensée qui nous la donne, qui nous la permet. Nous croyons être acteur de notre existence, de notre destinée, nous croyons penser notre avenir, nous croyons faire notre avenir, nous croyons réussir, nous croyons être une célébrité, mais en réalité, c’est notre corps comme il est venu à la naissance, la pensée qui a été sans cesse son guide, dans le contexte de la vie qui lui a été sienne qu’il est devenu ce qu’il est devenu, qu’il est devenu ce qu’il devait devenir.
Il faut comprendre cet état complexe de l’existant que nous sommes pour comprendre notre être dans son essence. Si nous arrivons à cela, si nous arrivons à converser ou à défaut à comprendre notre soi, on comprendrait que chaque minute d’existence est un miracle, chaque minute d’existence est une richesse en soi. Que si nous sommes malheureux, triste ou autre chose, et d’une manière générale, cela vient avant tout de soi qui est mal compris. Ce n’est pas nous qui sommes malheureux, c’est notre pensée surtout si elle est fermée, elle ne nous parle pas, qui nous rend malheureux.
Nous ne cherchons pas à comprendre, par exemple, pourquoi, de temps à autre ce vide intérieur nous prend, il nous bloque et nous rend indifférent sans prise sur notre existence. Et pour certains qui dépriment cela peut être très négatif, tellement négatif que le sens d’exister n’aurait plus de sens. Évidemment, les cas extrêmes qui vont au suicide ne signifient que ces êtres, en cherchant à se comprendre, vont quand même au suicide. Cela signifie simplement que les forces étaient tellement contraires que c’était ainsi et que leur fin de leur existence devait survenir. L’être humain ne commande pas son existence ; il est ce qu’il doit être ; cela dit globalement, on ne peut pas aller plus que notre pensée.
Tout se fait par la pensée, et être bien ou mal dans son corps et aller vers un devenir relèvent certes de la pensée par laquelle on est et bien sûr des forces de notre corps, mais relèvent aussi de l’essence que nous ne savons ce qu’elle est ni d’où elle nous vient.
Pourquoi ? Parce que dans notre conscience, on sait que notre pensée relève d’une Essence qui nous dépasse, qui nous transcende. Si on converse avec « elle », même la pensée n’est que le chemin par lequel il nous est donné d’exister, et dans cette « existé », la pensée ne nous dit rien, mais répond à sa façon par le pouvoir de compréhension qu’elle nous permet de comprendre et de nous comprendre dans cet « existé ».
Donc, la pensée est à la fois notre conscience de notre conscience et de notre inconscience, et, c’est par elle, qu’elle nous unit notre être. Et si nous sommes unis à notre être, et nous le sentons profondément, que nous acceptons et surtout avec conviction, que le « vide intérieur » n’est qu’un état passager qui dure ce qu’il aura à durer et selon ce qu’il y a en nous pour qu’il dure ; en clair, même réel le vide intérieur n’est qu’un état mental de notre être « nécessaire » pour créer un équilibre psychique, un équilibre affectif qui nous appelle à aller au-delà de notre vide, à dépasser ce vide. Mais tout revient à la pensée qui pense en nous ; c’est par elle que surgit notre vide intérieur, et c’est par elle qui nous fait dépasser ce vide intérieur.
« Quand la pensée qui nous perd nous sauve » est une réalité. Oui, c'est notre pensée qui, après nous avoir créé ce vide en nous et qu'elle nous fait sentir - nous le sentons par notre pensée -, qu'ensuite, sans même qu'on le sache, notre pensée nous amène à d'autres situations telles que ce sentiment de vide que nous avons traversé n'est plus.
Bien sûr, il y a des exceptions ; mais même, dans ces exceptions, tout relève de la pensée et de l'être qui est pensé. C'est par la pensée que l'être s'accomplit dans le dépassement ou dans le non-dépassement. Ce qui signifie que la pensée, soit elle permet à l'être de s'accomplir, de s'élever au-delà de sa condition vide, soit au contraire à l’être de s'y enliser. Mais ces cas sont exceptionnels ; c’est dire que la pensée est un tout ; elle est ce qu’elle est et personne ne peut aller contre sa pensée ; en fait la pensée trace la destinée de l’être sauf qu’il ne se rend pas compte.
Nous sommes des êtres qui passent, mais en passant nous existons. Et c’est cela qui compte, tout est en nous. Les vides intérieurs que nous pouvons ressentir sont en fait naturels et passagers ; ils relèvent de notre pensée et font partie de notre trame de vie.
L’auteur : Medjdoub Hamed est chercheur indépendant spécialisé en économie mondiale, relations internationales et prospective. Ses travaux s'attachent à articuler les grands cadres théoriques de la philosophie et des sciences sociales avec l'analyse des dynamiques géopolitiques contemporaines.


