lundi 17 août 2009 - par Bernard Dugué

Les 40 ans de 1969, année formidable

C’est l’été, l’esprit est léger et pourquoi pas fêter des anniversaires. La célébration des quarante ans de machin, de truc ou de l’avènement du bidule mérite un détour. Certes, le centenaire est un anniversaire plus prestigieux mais il n’y a plus personne pour s’en souvenir à part les quelques spécimens de Jane qui ont dépassé les 110 ans. Les dix ans ont une dimension spéciale. Les souvenirs restent présents, parfois violents. Mais c’est pareil que pour les vingt ans. On n’a pas le sentiment que les choses ont changé. Alors doublons la mise. Quarante. Là c’est du costaud. La nostalgie est au rendez-vous et nombreux sont ceux qui, pénétrés des souvenirs de cette époque, peuvent constater comme bien des choses ont changé. Les journalistes ont fait le minimum syndical. 1969, ce furent deux drapeaux américains qu’on vit soudain transpercer la planète. Le premier, planté sur la Lune. Le second, joué avec de stridentes notes distordues par un certain Jimi Hendrix au festival de Woodstock. Ce croisement de deux événements montre si besoin était que les sociétés contemporaines sont traversées par les prouesses techniques, mais aussi les nourritures pour l’âme et l’indispensable musique sans laquelle la vie serait une erreur comme disait Nietzsche. En 1969, chez nous, il y eut le premier vol du Concorde, avion franco-britannique.

Mais sans Ummaguma, l’année 1969 aurait été une erreur en Europe. Ummaguma, ça ne veut rien dire mais pourtant, ça veut tout dire pour une génération qui se précipita sur cet album à moitié raté des Pink Floyd. Mais le principal, c’était l’intention esthétique. Même prétentieuse, cette volonté de faire des longs morceaux, deux par face, dix minutes chacun, avait une valeur toute symbolique. La transition idéale pour arriver aux concepts albums des seventies et leurs suites d’art rock occupant la face d’un vinyle. Les Who ont sorti Tommy, album concept avec des morceaux standard. En 1969, il y eut aussi le légendaire In the court du génie Crimson dirigé par le virtuose Robert Fripp à la guitare. Et cette fois, un instrument d’époque au son si caractéristique pour toutes les musiques inspirées par le progressif, le mellotron. A signaler également la parution du premier album de Led Zeppelin, suivie du II ; un événement inaugurant quelques grandes années pour ce groupe qui saura attirer les fan des Stones autant que les férus de progressif, dont je fus… Les médias ont préféré célébrer les quarante ans d’Abbey Road avec son énigmatique pochette. Les fans de Zappa taperont à la porte pour qu’on évoque Uncle Meat. Mais si on s’amusait à mentionner tous les chefs d’œuvre de cette année, il faudrait une play list de cent titres au moins. 1969 fut une année charnière en musique. En politique aussi. Mais avant d’aller nous frotter aux puissants de ce monde, une mention pour le cinéma de 1969. Rien de bien extraordinaire en vérité mais tout de même, un film culte, indissociable du festival de Woodstock, mais un film plus sombre que le Peace and Love, qu’on associera au festival d’Altamont et son ambiance délétère. Ce film, c’est Easy Rider.

La politique en 1969, elle est marquée par l’apogée de la contestation de la jeunesse, notamment américaine, qui ne veut plus aller se faire massacrer au Viêt-Nam. Une guerre dont on pressentait la fin mais la guerre, si c’est facile de la commencer, c’est beaucoup plus difficile de la terminer. Cette formule de bon sens conduit vers une mesure de sagesse. S’il est difficile de terminer une guerre, autant ne pas la commencer. En 1969, le président Nixon, nouvellement élu, envoie un message clair aux pays susceptibles d’être victimes d’une agression communiste non nucléaire. Ils devront se défendre eux-mêmes et ne pas compter sur un envoi systématique des soldats américains. Ce fut le début de la fin de la guerre froide. Les relations entre les Soviétiques et l’Occident se sont assouplies, notamment sous l’égide de Willy Brandt et son ostpolitique. Un virage pris en cette année 1969, tout aussi charnière en musique qu’en politique. Trois ans plus tard, la RFA et la RDA se reconnaissent mutuellement et finissent par rejoindre officiellement l’ONU. 1969, les années en neuf sont étranges. En 1979, les Soviétiques envahissent l’Afghanistan mais les Etats-Unis n’envoient pas leurs soldats. C’est ce qu’avait dit Nixon à Guam en 1969. La contestation se fait en instrumentalisant les JO de Moscou. Et en 1989, l’Union soviétique est obligée de se retirer. Les Afghans se sont défendus par leurs propres moyens, avec quelques aides logistiques américaines. En 1989, vingt ans après l’ostpolitique de Brandt, le mur de Berlin disparaît et les deux Allemagnes s’unifient.

1969 fut une année passionnantes et bien plus excitante que le vol du Concorde et la ringardise d’une Jane Birkin signant l’année érotique et le mauvais goût musical français avec ses émissions de variétoche, son Guy Lux, son Barclay et vedettes de la chanson. La France est passé à côté du monde en 1969. Mais elle a aussi vécu cette année charnière avec la démission du Général de Gaulle et le projet de nouvelle société formulé par Chaban-Delmas. Bref, une sacrée année que 1969 ! Une année couillue, pas comme 2009, alors que le monde tremble face à un virus grippal anodin !



8 réactions


  • LE CHAT LE CHAT 17 août 2009 11:04

    Ah , easy rider et la magnifique musique de Steppen Wolf , born to be wild !

    y’avait de la vraie musique à l’époque !


  • Georges Yang 17 août 2009 11:27

    Certes 69 est une année importante au point de vue musical. juste avant la mort de Janis Joplin, Otis Reading et Hendrix. mais 69 c’est aussi la guerre au Vietnam.
    A cette époque, une certaine jeunesse admirait l’Amérique, mais ce n’était pas l’Amérique officielle, plutôt celle de l’undergroud
    Pour moi 69 , c’est enfin le départ de de Gaulle, que l’on avait pas pu obtenir en 68 et enfin l’entrée dans le XX° siècle, car de Gaulle c’était encore le XIX° et le moralisme tristounet.
    De Gaulle avait cependant deux qualités : il était honnête et n’a jamais rien détourné
    Il a fait croire que la France avait gagné la guerre alors qu’elle l’avait perdue


  • stephanemot stephanemot 17 août 2009 12:02

    je commencais a peine a parler alors mes souvenirs sont un peu confus.

    c’est l’arrivee au pouvoir de Khaddafi et Nixon, mais surtout les debuts du Flying Circus.


  • tvargentine.com lerma 17 août 2009 13:06

    69 est l’année de l’espoir d’un monde nouveau et surtout la fin des meilleurs années pour la musique et la France (les grands programmes lancés par De Gaulle)

    http://www.tvargentine.com/


  • kitamissa kitamissa 17 août 2009 13:20

    ah la vache !

    cette année 69 ,celle où j’ai rencontré celle qui allait être ma 1ere épouse .....

    nom de Dieu ,j’aurais dû me casser un patte ce jour là !.


    • Michel DROUET Michel DROUET 23 août 2009 17:12

      C’est en 1969 que je me suis marié avec celle qui partage toujours ma vie.
      C"est dire si cette année 69 a été importante !


  • Moristovari Moristovari 17 août 2009 13:51

    Excellente rétrospective, plus juste et sincère que bien des commémoratives gênées (comment une époque bourgeoise et vieillissante pourrait louée une époque jeune et contestataire ?). Un seul point à reprendre, le cinéma de cette année dont vous dites « Rien de bien extraordinaire en vérité », ne rappelant qu’un seul film Easy Rider. En vérité le cinéma de cette époque, et cette année ne fit pas exception, était tout comme la musique actuelle : en pleine mutation, engagé, foisonnant et éclectique. Donc pour remettre le cinéma de 1969 à sa vraie place :

    On achève bien les chevaux - La horde sauvage - Il était une fois dans l’ouest - Le clan des siciliens - Les damnés - Macadam Cow-Boy - Z -L’aveu - L’armée des ombres - Bulitt - La party - Andreï Roublev - Satyricon - Butch Cassidy & Le Kid - entre autres...


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