Les chars à voile de la discorde
Si la combustion avait dégagé un bilan carbone neutre, on aurait déjà brûlé en place publique Christophe Galtier. Il y a quelques jours, lors d'une conférence de presse d’après-match du lundi 5 septembre dernier, l’entraîneur du PSG a commis un blasphème gravissime. En d’autres temps plus inclusifs, il aurait fini dans un camps de travail.
Un journaliste lui a demandé pourquoi les joueurs et leurs accompagnateurs, soit une soixantaine de personnes, ont voyagé en avion privé entre Nantes et Paris (!). On voit mal où est le problème, car faire voyager au milieu du grand public une équipe de foot nécessiterait des moyens de sécurité conséquents. Sur le ton de la boutade, Christophe Galtier a répondu qu’il envisageait pour les prochains déplacements à l’extérieur d’utiliser le char à voile. Présent à ses côtés, le jeune attaquant vedette Kylian Mbappé ne s'est pas retenu pour éclater de rire. A juste titre...
Mais pour nos gardiens de la pensée unique écolo-bobo, quelle horreur ! Quelle indécence ! Quelle faute en éco-responsabilité !
Téméraires ou inconscients, l’entraîneur et le joueur ignorent certainement que dans l’Hexagone macronien de 2022, il est formellement interdit de plaisanter sur l’urgence climatique. Le propos comique de Christophe Galtier, qui fait jouer sa liberté de conscience et son droit à la plaisanterie, a provoqué une indignation intergalactique. Un tsunami de commentaires défavorables sur les réseaux sociaux. Quelle honte ! Quel mépris pour le climat ! Quel blasphème envers les évangiles écologistes ! Prompte à toujours donner des leçons, la caste politico-médiatique en rajoute volontiers. Élisabeth Borne elle-même, la ministresse des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, la mairesse de Paris, Anne « 1,74 % » Hidalgo - et on en passe… - condamnent ce trait d’humour malicieux. Dans son édition du 7 septembre, un journaliste de Libération qualifie la scène d’« ignoble ». Pas moins ! La complicité de crime contre l’humanité pointe à l’horizon ! La libération de la parole et l’expression sans aucun tabou ne concerne pas tout le monde, ni tous les sujets. Nous le savions depuis longtemps ; cela se confirme. Où est passé d'ailleurs le droit à la provocation et "l'esprit Charlie" ? Il faut en conclure qu'il est licite (et encouragé) de se moquer des croyances populaires, notamment du mode de vie des musulmans, mais interdit de se gausser des questions énergétiques.
Dès le lendemain de l'outrage, devant la tempête médiatique déclenchée par une bande d'inquisiteurs, Christophe Galtier a présenté ses plus plates excuses. Au désarroi de celles et ceux qui pensaient trouvé en lui un homme courageux et obstiné. Mais ce n'est pas le cas ; déjà en 2010 au moment des élections régionales le même Galtier avait désapprouvé l’affiche du Front National montrant des minarets sous forme de missiles. Dommage qu’il ne soit jamais revenu sur cette critique. Marketting oblige, ces gens parlent dans le sens du vent dès qu'un problème pointe à l'horizon...
À l’heure où planent chez les bien-pensants la fin des piscines privées, des barbecues et de la viande à la cantine scolaire, tels des Salman Rushdie menacés par une secte météo protéiforme, Galtier et Mbappé ont commis en direct un blasphème climatique. Qu’attendent donc les groupes Verts au Palais-Bourbon et au Palais du Luxembourg pour déposer une proposition de loi pénalisant sévèrement tout outrage au climat et à la planète ? La lithosphère, le climat et la planète ne sauraient être raillés, voyons ! Vous n'avez pas remarqué qu'il fait chaud l'été ? Que nous sommes tous des pollueurs émetteurs de Co2 ? Que nous allons vers l'apocalypse et la fin des temps si nous nous obstinons à nous chauffer l'hiver et à nous éclairer autrement qu'à la bougie ?
Le système médiatique d’occupation mentale bombarde en permanence l’opinion publique de considérations catastrophistes sur l’urgence climatique. Victimes de cette propagande délirante, les jeunes générations développent maintenant des symptômes inquiétants d’une nouvelle pathologie mentale : l’« éco-anxiété ». Par ailleurs, prendre en compte cette urgence climatique implique des initiatives à l’échelle planétaire en tant que « citoyens du monde ». Les utopies mortifères ne sont pas mortes. Elles prolifèrent dans la grande industrie du divertissement dont la médiastructure et la politique politicienne sont les annexes.
Cosmopolite, la religion climatique est aussi une eschatologie séculière. En dignes rejetons de Philippulus le Prophète dans l’album de Tintin, L'Étoile mystérieuse, les Verts crient à l’imminence de la fin du monde. À la différence des grands remplacements productif et démographique, il faudrait croire ce néo-millénarisme insensé.
L’équipe du PSG doit-elle prendre des TGV ? La SNCF peut-elle proposer des horaires aménagés, en particulier la nuit alors que se réalisent les opérations indispensables de maintenance des voies ferrées ? En outre, la circulation ferroviaire des voyageurs et des marchandises arrive à saturation. La thrombose menace le rail à cause du non-renouvellement massif des personnels, souvent partis en retraite, et de la fermeture de nombreuses lignes ferroviaires dont le maintien aurait permis le délestage du fret.
Les belles âmes qui s’offusquent de ce persiflage climatique bon enfant ont gardé un silence pesant quand un gars faisait cet été du jet ski au large du fort de Brégançon. Elles ont en revanche soutenu les fiestas fort peu climato-correctes de la Première fêtarde de Finlande, Sanna Marin. Elles se sont enfin tues en voyant les courses estivales de karting dans la cour de la prison de Fresnes. Si ces engins avaient une propulsion thermique, quelle a donc été l’empreinte carbone de cette sympathique journée d’animation sur la planète ?
Une sotériologie artificielle se diffuse dans tout l’Occident moderne globalitaire. Le dogme infaillible de l’Immaculé Climat s’impose dans les rédactions et les cabinets ministériels. Et gare aux nouveaux mécréants ! Le député végan et « panzoo-iste » de Paris, Aymeric Caron, et son homologue Vert, Sandrine Rousseau, n’hésiteront pas à sévir. On en tremble déjà ! En attendant le fin du monde, consommons des steacks grillés et baladons-nous avec nos véhicules diesel dans nos campagnes, au nez et à la barbe des gourous écolos moralistes !






