jeudi 14 novembre 2013 - par Robert Branche

Les décideurs sont morts, Vive les Dirigeants

Un dirigeant ne peut ni tout savoir, ni tout comprendre, ni tout maîtriser. Il ne peut non plus tout décider, mais doit apporter une vision et un cap à tenir. Tout en étant conscient de ses limites, à lui aussi de créer la confiance et de diffuser dans ses équipes l'ADN propre à l'entreprise

Comprendre que l’on est dépassé par l’entreprise que l’on dirige

Comment dans notre monde tissé d’incertitudes croissantes, un dirigeant seul pourrait-il sauver une collectivité ? Diriger efficacement, c’est admettre que l’essentiel n’est plus de bien décider soi-même, mais de mettre en place et animer des processus qui font qu’à partir de mouvements massivement chaotiques et lâchement coordonnés, une performance globale émerge.

L'impact direct d'un dirigeant est réel, mais, au fur et à mesure du développement de l’entreprise, cet impact est de plus en plus limité : dès une certaine taille, la plupart des décisions sont prises sans lui et loin de lui, au sein de l’organisation, parmi ses clients ou partenaires. Si tout remontait à lui, non seulement l’entreprise mourrait d’asphyxie, mais, comme il ne peut pas être omniscient, souvent la pire des décisions serait prise

Diriger efficacement, c’est donc comprendre que l’on est dépassé par l’entreprise que l’on dirige. Diriger efficacement, ce n’est réduire ni l’incertitude, ni la complexité : c’est vivre avec et en tirer parti. Bref, c’est diriger par émergence.

Mon dernier livre, Les Radeaux de feu, expose en détail, ce qu’est diriger par émergence, et comment ceci se relie avec le fonctionnement de notre monde depuis son origine. En voici, quelques points essentiels.

Stabilité stratégique et mouvement au quotidien

L’agilité est le mot à la mode du management contemporain. Mais, dans notre monde incertain et tourbillonnant, est-ce, à la moindre brise, changer de cap plus vite que les autres ? Qui peut croire que la création de valeur naîtra de tels mouvements erratiques ?

Au contraire, la performance est dans la stabilité, et la capacité à maintenir son cap : arriver à construire dans la durée, sans être désarçonné par tout ce que l’on n’a pas pu prévoir. Tel un fleuve, modifier son cours en fonction des mouvements de terrain, du volume des pluies, des barrages imprévus, mais sans changer de destination.

Si toutes les entreprises sont nées par hasard, intuition ou volonté, celles qui sont devenues des leaders mondiaux durables ont pris, à un moment, le temps de trouver leur mer : elles sont les fleuves qui attirent et structurent le cours des autres.

L’Oréal ne cesse jamais de viser la beauté, reste centrée sur les cheveux, la peau et le parfum, développe des marques mondiales dédiées toujours aux mêmes circuits de distribution, tout en en allongeant sans cesse la liste, ne renonce pas à ses principes d’action, … avec au cœur, une réactivité extraordinaire, celle de l’énergie de la vie : les actes élaborent des produits, produits qui construisent des marques, marques qui rapprochent l’entreprise chaque jour un peu plus de sa mer.

Ainsi, l’entreprise est structurellement stable et changeante au quotidien : le chaos des initiatives apporte la résilience globale. Telle est la puissance des « matriochkas stratégiques » (ou poupées russes stratégiques), dont les emboîtements successifs, permettent de passer progressivement de la vision stratégique ou mer, jusqu’aux actions quotidiennes et locales.

Autonomie, colle sociale, ADN, et performance collective

L’art du management est comme l’art militaire, celui de savoir tirer parti de l’énergie locale, et de la compréhension dynamique et décentralisée : faire de l’entreprise un corps vivant, réactif alliant souplesse et cohésion. Avec le lâcher-prise, qui n’est pas le laisser-faire, le maintien de réelles marges de manœuvre, et l’existence de réserves effectivement disponibles, l’action locale est possible. Alors, l’incertitude n’est plus source de peurs, mais d’initiatives.

Pour que ceci soit possible, et assurer à l’entreprise la puissance du collectif et la respiration de l’ouverture, le couple confiance et confrontation est la bonne « colle sociale » : être confiant en soi et en les autres pour ne pas avoir peur du futur et oser ; se confronter en permanence pour ne pas tomber dans une cohésion dangereuse et factice. Confiance et confrontation sont le binôme clé de l’ergonomie des actions émergentes, qui assure cohésion et respiration. Elles sont l’équivalence des forces qui soudent la matière, tout en permettant les mouvements.

Une entreprise a-t-elle besoin d’un Dirigeant ? Peut-elle, à l’instar des fourmilières et des ruches, fonctionner sans leader, simplement par l’application de règles et la puissance de l’auto-organisation ? Non, parce que, d’abord, elle ne naît pas d’elle-même : il y a toujours à l’origine une ou plusieurs personnes. Non, parce que, pour devenir un fleuve, elle a besoin de la stabilité et de la puissance des matriochkas stratégiques : sans un Dirigeant qui les repère et les définit, elle est dépourvue de cet ADN, végète, meurt ou se désagrège. Non, parce que c’est au Dirigeant d’être l’apôtre de cet ADN, de le diffuser dans toute l’entreprise, de s’assurer que tout un chacun l’a compris, d’être un recours quand c’est nécessaire, de trancher quelques décisions rares et exceptionnelles, de diffuser confiance et calme.

Pour un dirigeant porteur de sens et de compréhension

C'est au dirigeant de comprendre, chaque jour, mieux et davantage, comment aller plus efficacement et avec moins d’efforts vers la mer choisie. À lui de savoir que le changement détruit et fragilise, alors que la transformation renforce et fait grandir. À lui de ne pas avoir peur de vivre dans une organisation complexe et différenciée, qui, jardin à l’anglaise de l’entreprise, est à l’image de la diversité des situations. A lui d’être prêt à sous-traiter les calculs, mais jamais ni l’approfondissement de la compréhension, ni la recherche et la propagation du sens. À lui d’intégrer que seule la performance collective compte, et c’est elle qui importe.

L’acceptation de soi-même avec tous ses mystères est un préalable pour pouvoir lâcher-prise, et avoir confiance en soi et en les autres. C’est un défi, car nous ne pouvons pas nous empêcher de comprendre ou de vouloir le faire : la tension entre cette volonté et l’acceptation du dépassement est réelle et irréductible.

Finalement, l’entreprise est donc d’autant plus puissante que son Dirigeant est visionnaire, c’est-à-dire capable de rêver un futur qui, à l’instar des mers pour les fleuves, attire le cours de l’entreprise. Personne ne peut le faire à sa place. Qu'il soit aussi modeste, c’est-à-dire conscient de ce qui lui échappe, car alors il privilégie le lâcher-prise, en se situant en recours et en veillant à la performance des organisations collectives. Enfin surtout qu'il soit créateur de confiance, c’est-à-dire calmement déterminé, propageant un climat de respect et confiance les uns dans les autres. Sans confiance individuelle, il n’y a que des peurs, et aucune anticipation positive. Sans confiance collective, il n’y a ni cohésion, ni création de valeur globale durable.

Acceptation du dépassement, priorité à la stabilité stratégique, promotion des actions locales, lâcher-prise, rien de ceci ne viendra d’un zapping managérial et d’une approche court terme de son actionnariat.

À ces conditions, alors, les entreprises sauront s’adapter à ce qui advient et avanceront, chaque jour plus fortes, vers leur futur, cette mer dont elles ne cesseront de se rapprocher, sans jamais l’atteindre.



20 réactions


  • eau-du-robinet eau-du-robinet 14 novembre 2013 20:07

    Bonjour Robert Branche,

    On ne peut pas parler des décideurs voire des dirigeants en laissent le sujet de la corruption non abordé. Plus de temps une personne occupe un poste de responsabilité surtout au niveau politique plus elle est exposé de tomber dans le piège de la corruption. C’est pour cette raison qu’on doit limiter dans la durée les mandats des hommes politiques. Le professionnalisme vas de main avec la corruption ... Etienne Chouards en parle dans ses vidéos ....


  • Christian Labrune Christian Labrune 14 novembre 2013 22:08

    "Diriger efficacement, c’est donc comprendre que l’on est dépassé par l’entreprise que l’on dirige. Diriger efficacement, ce n’est réduire ni l’incertitude, ni la complexité : c’est vivre avec et en tirer parti. Bref, c’est diriger par émergence.« 

    à l’auteur,
    Dans le domaine de l’intelligence artificielle, on parle d’émergence quand plusieurs systèmes séparés mais en interaction produisent un comportement collectif complexe qui n’a pas été explicitement programmé ; autrement dit, il n’y a pas de »direction« initiale du processus, et les choses s’organisent d’elles-mêmes. Quand vous parlez d’émergence, est-ce bien de ce domaine de recherche que vous vous inspirez ? L’expression »driger par émergence" ne contient-elle pas, pour ceux qu’elle concerne, une injonction un peu paradoxale ?
    Si votre objectif est de faire entendre que diriger est tout un art, lequel ne saurait se définir par l’application de quelques recettes ou méthodes rigides, on ne pourra que vous donner raison, et ce que vous écrivez, du reste, peut faire penser un peu aux paradoxes de Lao Tseu.
    Vous devriez voir, à l’Elysée, Monsieur Normal ; il paraît en grande difficulté depuis quelques temps, dans son travail de direction. Quelques bons conseils lui seraient bien utiles !


    • Robert Branche Robert Branche 14 novembre 2013 23:18

      Oui j’aime votre référence à Lao Tseu. J’ai passé pas mal de temps à titré privé et professionnel à proximité de la culture chinoise, et, sans que ce soit ma source unique et que j’accepte tout ce qui en est issu, c’est une de mes sources d’inspiration.

      Oui, l’émergence est bien la capacité à accepter la naissance de ce qui est issu de processus autoorganisés.
      Oui enfin il serait temps que nos politiques - dont notre Président - le comprenne et s’en inspire.
      C’est aussi là dessus que je milite : sur ce point vous pouvez écouter l’émission diffusée demain à 18h15 sur Radio Notre Damme, et rediffusée samedi à 11h, et intitulée « Retour sur la question bretonne »

    • Christian Labrune Christian Labrune 15 novembre 2013 10:47

      @Robert Branche

      Merci pour vos éclaircissements. J’ai déjà programmé un réveil pour ne pas rater l’émission de radio. Votre approche systémique des problèmes me paraît des plus intéressantes.


  • Hervé Hum Hervé Hum 15 novembre 2013 12:45

    Bonjour Rober Branche,
    Une entreprise à t’elle besoin d’un dirigeant ? Oui dans le modèle actuel, non si on change de modèle.

    En effet, une entreprise à d’autant plus besoin d’un chef ou ici d’une dirigeant, qu’elle se trouve confronté à la concurrence. 

    A l’intérieur de l’entreprise, la concurrence est mortifère et c’est l’émulation qui est développé. Ce que vous appelez la confiance. La confrontation elle, ne se fait pas à l’intérieur de l’entreprise, mais est dirigé vers l’extérieur, contre les autres entreprises concurrentes. Ce que vous appelez l’ouverture.

    S’il n’y avait pas de concurrence à l’entreprise, celle ci n’aurait pas besoin de dirigeant ou de chef, mais simplement d’un coordinateur pour ce qui est de la production. Par contre, on peut penser qu’elle aurait de grande difficultés à innover et renouveler sa production, cela parce que sans dirigeant il devient très difficile voir impossible de faire émerger un choix nouveau. Sauf à entrer dans un système de choix par sélection élective. Dans ce cas là, le dirigeant est celui dont le projet à été choisi collectivement.

    Mais voilà, ce genre de modèle exige une chose fondamentale, que les entreprises ne soient plus en concurrence. Or, pour que les entreprises ne soient plus en concurrence, il faut qu’elles soient intégrées das un système supérieur. C’est à dire, où les entreprises travaillent en émulation et non en concurrence. Ici, la concurrence se situe au niveau des projets et non des produits. Donc, un modèle basé sur la demande et non l’offre.


    • Robert Branche Robert Branche 15 novembre 2013 12:51

      Je ne crois pas que l’on puisse substituer un autre système à celui de la concurrence, cad à l’expression d’une forme de compétition entre les hommes, les idées et leurs créations.

      Ceci ne veut pas dire que cette concurrence doit être la loi unique, et qu’elle doit tout régenter. Elle doit rester encadrée par des règles, notamment pour éviter la création de position dominante (qui conduisent à la disparition de la concurrence).
      Quant au rôle du dirigeant, il n’est pas seulement lié à l’existence de la concurrence, mais à celle de fédérer les énergies, de faire partager une vision commune et de contribuer à diffuser et maintenir un climat de confiance. Sans leader, il est illusoire que ceci existera de soi-même.
      Mais ce dirigeant peut parfaitement émerger depuis l’entreprise au travers d’un processus démocratique, formalisé ou non.

    • Piotrek Piotrek 15 novembre 2013 14:28

      La concurrence est une bonne valeur, c’est un espace de jeu qui coûte pas bien cher où la mauvaise et la bonne idée économique peuvent se disputer.
      Cependant il faut cloturer la concurrence dans ce qu’elle offre de bon à l’humanité, c’est pas facile mais c’est devenu un enjeu vital.

      La crise que nous vivons aujourd’hui n’est que le résutlat d’une concurrence entre banques qui a tourné en cercle vicieux, chronologie :

      - Quelques périodes telle le boom technologique de 2000 instaurèrent un climat de course à l’argent facile dans un environnement où l’invesstissement facile n’existait pas.
      - Les banque se devaient de maintenir à leur clients une rentabilité qui n’était pas le fruit du marché mais d’un désir des clients, le réalisme aurait été une alternative qui aurait fait fondre les parts de marché.
      - Les banques dans un esprit de concurrence entrèrent dans une spirale d’allegement des conditions d’obtention du crédit aux ménages consuméristes, aux états dépensiers, aux entreprises fonctionnant de plus en plus en flux tendu. Ce n’était qu’une forme d’acquision de marchés.
      - Dans la recherche de chiffres supplémentaires et se sachant déjà dans une situation incofortable, les banques créerent les CDS, en déchargeant les risques, dont la gestion est pourtant leur corps de métier, sur des assurances. Ceci eu pour conséquence de masquer encore plus la réalité et à perséverer dans la course aux crédits.
      - La confiance, la valeur primordiale des banques, fut ébranlée à la faillite de Lehmans Brothers le 15 septembre 2008 et tout fut remis en question.

      Les banques se rendirent compte que dans la fièvre de la concurrence, elles avaient oublié absolument tout sur leur responsabilité. Et tous, nous en payons le prix aujourd’hui : nous devons patienter que les banques aient reconstruit leur marges, n’hésitant pas à nous plumer à tous les niveaux tout en vérouillant le crédit même aux entreprises rentables mais « fragiles sur le papier »


    • Hervé Hum Hervé Hum 15 novembre 2013 14:59

      Merci pour votre réponse,

      Je n’écris pas qu’il faille éliminer toute forme de concurrence, j’écris surtout qu’on peut déplacer le lieu où exercer la concurrence.

      Non plus à postériori comme c’est le cas aujourd’hui, mais à priori, soit, sur les projets. De telle sorte que la publicité ne concernerait pas la concurrence entre l’offre des produits, mais les différents projets devant répondre à une demande. une fois le projet choisi il n’y a plus de concurrence, mais émulation. Dans ce modèle là, il n’y a plus d’entreprises en concurrences, mais uniquement des projets. Rien n’interdit d’ailleurs d’investir et de réaliser simultanément plusieurs projets, mais l’idée est bien de ne plus parler de concurrence entre les entreprises qui est vu comme un outil de réalisation des projets aux mains de la société elle même et non de leur propriétaire privés.

      Cela dit, il est certain que ce modèle est une inversion totale de la pensée économique actuelle. Dans ce modèle, la propriété privé est aboli....

      Quand à la nécessité d’avoir des leaders, elle n’est vrai qu’en cas de contraintes de temps ou d’espace, c’est à dire pour répondre à une menace de quelque nature que ce soit.

      Utopique ? Communisme ?

      Pour bien comprendre que cela n’a rien d’utopique, il suffit de prendre conscience que si nous arrivons à vivre en paix en prenant conscience de partager le même espace terrestre, donc, basé sur la confiance et non plus sur la confrontation, la concurrence entre les peuples, il ne restera que l’émulation, c’est à dire la coopération et la solidarité.

      Dans ce cadre là, la nécessité d’avoir des leaders au sens politique n’existe plus. Tant qu’aucune menace n’apparaît.

      Car encore une fois, à l’intérieur d’un système, la concurrence est destructrice, elle n’est positive que face à l’extérieur qui par définition représente un danger présent ou potentiel mais bien réel.
      Mais si vous considérez la Terre comme un espace commun qui place tous les peuples à l’intérieur de cet espace, la concurrence devient alors négative et destructrice.

      L’évolution se fait par changement de dimension de conscience d’être, ici, celle de passer d’une Terre infini vers une Terre fini où l’extérieur est repoussé hors des frontières naturelles de la Terre, soit, au delà de l’atmosphère terrestre.

      Voyez, le changement de paradigme est d’abord celui de notre vision de notre intériorité, celle ci n’est plus la nation, mais la Terre. Et à ce niveau, la propriété privé n’a plus de sens, seule la responsabilité individuelle et collective a du sens.


    • Robert Branche Robert Branche 15 novembre 2013 16:42

      @Hervé

      Je comprend mieux votre point de vue, mais comme vous le mentionnez vous-mêmes, il est largement de nature utopique, et sa réalisation plus qu’incertaine.
      Autrement je partage plusieurs points de votre analyse, et dans mon livre, explique que les entreprises telles que nous les connaissons sont en train et vont muter, et donc par conséquence la concurrence.
      Enfin, je crois que la confrontation est une donnée positive qui permet les ajustements, et qui n’est pas le conflit : la confrontation est le cas où deux personnes ou structures poursuivent un objectif commun qui les dépasse et qu’elles ne sont pas d’accord sur les moyens de l’atteindre.

    • Hervé Hum Hervé Hum 15 novembre 2013 19:43

      @ Robert Branche,

      Enfin, je crois que la confrontation est une donnée positive qui permet les ajustements, et qui n’est pas le conflit : la confrontation est le cas où deux personnes ou structures poursuivent un objectif commun qui les dépasse et qu’elles ne sont pas d’accord sur les moyens de l’atteindre.

      Vu ainsi, entièrement d’accord avec vous. Mais toujours délicat de tracer la frontière entre une saine confrontation où les deux protagonistes ont bien conscience d’oeuvrer pour « un objectif commun qui les dépasse » et non pour leur propre égo, source de conflit et donc de concurrence.

      Mais je ne crois pas que cela vous a échappé !


    • Robert Branche Robert Branche 15 novembre 2013 19:45

      Oui arriver à obtenir des confrontations sans conflit est un défi : de mon point de vue, une des responsabilités premières d’un dirigeant est de promouvoir la confiance (en soi, en les autres, dans les organisations dans lesquelles on se trouve) et la culture de la confrontation 


    • Hervé Hum Hervé Hum 15 novembre 2013 23:02

      Merci pour cet échange Robert Branche, je terminerai juste en disant qu’une des fausse croyance qu’on nous inculque est de croire que c’est la concurrence qui dynamise le plus la création et le capitalisme pour la productivité, alors qu’il n’en est rien, ce qui est le plus fort stimuli, ce sont les défis que l’on se propose de relever, pour la création et la manière de vivre matériellement, pour la productivité.

      Bonne soirée...


    • Hervé Hum Hervé Hum 15 novembre 2013 23:37

      @ piotrek,

      j’avais loupé votre commentaire.

      Juste une question, pourquoi faudrait il obligatoirement patienter que les banques se refassent les poches et continuer comme si de rien n’était ?


    • Robert Branche Robert Branche 15 novembre 2013 23:44

      @Hum Merci aussi pour cet échange et comme vous, je crois que le réel moteur, ce sont les défis que l’on se fixe individuellement ou collectivement !


  • Piotrek Piotrek 15 novembre 2013 15:26

    dès une certaine taille, la plupart des décisions sont prises sans lui et loin de lui, au sein de l’organisation, parmi ses clients ou partenaires. Si tout remontait à lui, non seulement l’entreprise mourrait d’asphyxie, mais, comme il ne peut pas être omniscient, souvent la pire des décisions serait prise

    Pour avoir été responsable informatique de quelques PME qui montaient, et pour avoir osé en avoir crée une, j’ai pu voir en boucle ce que vous décrivez.

    La PME naît puis se coagule très vite au centre d’un petit groupe de personnes ayant leur propre spécialité, chacune étant engagée dans une branche vitale de la sociéte :
    - Comptabilité, Commercial, communes à touetes les entreprises.
    - Production, Marketing, Service, Juridique, Technique, Service après vente, IT, Recherche et Développement... panachés en fonction de l’activité de l’entreprise. Le patron est l’un d’eux.

    Ce petit groupe apprend à se connaitre rapidement et intimement, chaque personne aquiert une conscience sur les forces et le faiblesses de chacun. Dans ce, cadre le décideur va légèrement altérer des décisions qui à la base ne seraient uniquement fonctionelles.
    C’est l’entreprise-famille, le dialogue n’est pas que technique à l’organisation, il est humain avec toutes les informations supplémentaires que l’humanité apporte.

    Des personnes supplémentaires sont embauchées suivant les besoins mais que l’on jauge justement par le dialogue humain, on sait que le commercial peut encore tenir un semestre sans renforts, mais le standard ne tiendra pas au risque d’une baisse de qualité dangereuse, sans en avoir vraiement parlé entre responsables, uniquement par intuition.

    Le problème se corse lorsque après que de nouveaux employés aient afflué. L’esprit de famille et le dialogue humain s’effacent peuà peu, bousculant les repères sur lesquels on a bati. Les questions autrefois anodines qu’on pouvait directement poser au boss du type : notre client François demande 20% de rabais, je dis quoi ? s’accumulent au point d’empecher le dirigeant de faire son travail. C’est à ce moment que le dirigent-comptable, le dirigent-commercial.. va abandonner sa spécialité (ou pas) à un nouvel employé pour devenir un dirigent et c’est un de ces moment qui définit le destin de la PME.

    Et c’est à ce moment qu’il devra acheter votre livre !

    Question : Je vois parfaitement que votre livre concerne les patrons de PME en phase de croissance. Concerne-t-il aussi les entreprises plus grandes, et si oui, selon vous quelle est l’étape clé suivante que le dirigent aura à affronter dans la vie de son entreprise ?


    • Robert Branche Robert Branche 15 novembre 2013 16:47

      Merci pour ce commentaire qui illustre et complète mon propos.

      Mon livre en fait s’adresse d’abord aux très grandes entreprises (ce sont elles avec qui je suis le plus en contact), avec pour but de faire prendre conscience à leurs dirigeants combien le décalage est grand entre la plupart des théories de management, et la réalité, et ce qu’il faut faire en univers incertain.
      La question clé pour un dirigeant d’une grande entreprise est de comprendre que son rôle n’est pas tant de décider (il ne doit pas non plus avoir peur de décider, quand cela est nécessaire, mais finalement ses propres décisions sont « noyées » dans la masse de toutes les autres) que de comprendre pourquoi l’entreprise est en train de réussir (trouver ce que j’appelle « sa mer »), transformer ceci en vision stable, la communiquer dans toute l’entreprise, s’assurer que chacun l’a intégrée, et veiller à ce que le maximum des efforts soient focalisés par rapport à cette vision.

    • Piotrek Piotrek 16 novembre 2013 14:42

      Merci de votre réponse,

      entre la plupart des théories de management, et la réalité

      Deux choses dont je n’ai aucune expérience pratique dans les grandes entreprises, pourtant je me doutais qu’il existait aussi une crise de confiance et de confiance en soi à ces niveaux. Autres raisons, autres acteurs et autre contexte, pourtant le sujet demeure le même.

      Le seul bon patron que j’ai connu c’est celui qui m’a fait comprendre qu’il s’en foutait de l’informatique, « du moment que ça marche et qu’on peut faire mieux que les concurrents » et il ne controlait jamais mon travail.
      Cela a eu pour conséquence de transférer sur moi la toute décision, d’être obligé clarifier ma communication (et indirectement de la rationnaliser), de faire les choix en fonction de ce que je pensais moi.

      L’émergence est un mot bien choisi.


  • ddacoudre ddacoudre 15 novembre 2013 19:46

    bonjour Robert

     Il est toujours intéressant de te lire.
    Tu me pardonneras, mais en lisant ton article mon esprit voyagé vers une discussion avec un scientifique de l’observatoire du pic du midi dans les années 90 et de fil en aiguille j’en étais arrivé à lui dire que notre existence procédait d’un déterminisme aléatoire.
    Déterministe car notre existence est déterminé par une quantité incroyable d’événements interagissants, qui quand ils arrivent à notre conscience, leurs effets à déjà eu lieu et l’on ne peut plus les changer, reste donc à les prendre en compte. Mais notre cerveau est limité et un grands nombres d’entre eux atteindrons nos sens, engendrant des réponses qui s’agrégeront avec celles dont nous avons consciences et passeront inaperçus, ce phénomènes constituent, du fait de cette ignorance, la partie aléatoire de nos existences et formes la seule terre qu’il y a à conquérir l’incertitude.
    Sous cette réflexion je me disais il parle de l’entreprise ou du fonctionnement de toutes sociétés qui pour durer, sans s’écrouler comme en prend le chemin la notre, doit effectivement, non se courber sur ses instincts animaliers toujours actifs, mais apporter cette touche de civilisation qui pour assurer l’homme de toujours se diriger vers la mer doit pas craindre de se comporter comme tu le décris. Je ne sais pas si le terme de solidarité égoïste te conviendrais, mais c’est elle qui allie, l’individualisme qui nous habite et la complétude nécessaire de faire face aux maux dont nous savons qu’un jour nous serons atteints.

    Or ce n’est pas comme cela que fonctionne nos entreprises, elles ne regardent pas les autres comme des collaborateurs, mais comme des marchandises.
    Je pense que ce que tu écris mérité d’aller encore plus loin, si tu dégages le dirigeant du totalitarisme du chef l’entreprise, restera t-il un guide paradigmatique de nos instincts innés ou se civilisera t-il pour générer ce que j’écrivais en 1999.

    Nous pouvons convenir que lorsqu’un particulier prend l’initiative d’un investissement créatif, il est normal qu’il dispose des revenus et profits de ce dont il est le propriétaire.

    Mais lorsque son projet doit utiliser l’aide de tiers, alors c’est lui qui est demandeur ; et c’est une évidence que de comprendre que sans ces aides, il ne parviendrait pas à ses fins.

    De fait une collaboration s’impose, et si le propriétaire veut être le maître absolu de ses décisions, s’il veut disposer du fait du prince, alors il doit rester seul. Dans tous les autres cas il y a une collaboration à imaginer pour que le propriétaire conserve les profits de son investissement et atteigne ses buts, sans s’approprier ceux générés par les tiers. L’histoire de l’impuissance collective a conçu des maîtres plutôt que des guides. Le reconnaître ne la rend pas irréductible ; et si le code civil a analysé en 1804 la « marchandisation » de la force de travail comme du « louage de service », donc du marchandisage, je pense que depuis 1804, il est intervenu bien des événements culturels (développement des sciences) qui nous permettent de concevoir notre activité de travail complexes entre adultes culturalisés, comme une relation humaine, et non un conflit d’intérêt.


    Cordialement.ddacoudre.over-blog.com.


    • Robert Branche Robert Branche 15 novembre 2013 19:53

      Merci pour ce commentaire et ton texte de la fin dont j’apprécie le fond et la forme.

      Peut-être suis-je un incorrigible optimiste (mais quel autre pari vaut-il la peine d’être tenté ?), mais je ne crois pas que ceci ne puisse pas être changé.
      C’est à cela que je m’attelle au travers de mes écrits (dont ce nouveau livre), de mes interventions (je viens d’intervenir aujourd’hui sur Radio Notre Dame - à écouter à nouveau demain à 11h ou via podcast : http://radionotredame.net/emission/le-debat-economique/15-11-2013/), et prochainement probablement dans des engagements encore plus publics...

    • Hervé Hum Hervé Hum 15 novembre 2013 23:30

      Bonsoir Ddacoudre,

      j’aime bien ton esprit critique, je m’y retrouve. Sauf avec ton oxymore « solidarité égoïste ». Ne serait il pas mieux d’écrire « solidarité bien comprise » ? A la manière d’un « intérêt bien compris » !

      Je m’énerve aussi quand j’entends quelqu’un me dire qu’il se sacrifie pour les autres. Est ce un sacrifice que de vivre ce qui donne sens à votre existence ?

      La monnaie à remplacé le fouet et le consumérisme l’exigence d’égalité.

      Considérons donc que la seule propriété qui existe naturellement est notre corps et lui seul. Tout le reste est un bien commun, ou plutôt, une location commune. De là, il ne sera plus possible de « marchandiser » l’humain. on pourra entrer dans un autre modèle de relations.


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