mercredi 24 novembre - par Patrice Bravo

Les flux inversés de gaz « européen » de Russie ont engendré des prix exorbitants pour l’Ukraine

L'Ukraine est forcée d'importer un tiers de ses besoins en gaz. D'après les experts, les livraisons étrangères sont organisées par ce qu'on appelle un "flux inversé" : le gaz est acheté à l'Europe, mais en réalité il est prélevé pendant son transit de Russie via le système de transport de gaz ukrainien. 

L'entreprise Naftogaz Ukraine n'a pas signé de contrats à long terme avec Gazprom. Sa filiale suisse en possède-t-elle ? Elle prétend acheter du gaz dans le cadre de contrats à terme. C'est pourquoi l'Ukraine paye un prix exorbitant. En août, le prix moyen du gaz importé en Ukraine était de 450 dollars les mille mètres cubes. Pour atteindre 685 dollars en octobre, a annoncé le site hubs.ua se référant au ministère ukrainien de l'Économie. 

Le trop versé de l'Ukraine pour le gaz "européen" inversé dépasse 100%, les experts sont persuadés de la présence de corruption dans ces chiffres. De l'abus des consommateurs témoigne également le fait que Naftogaz inclut dans le prix du gaz son transport d'Europe, ce qui physiquement n'est pas le cas. Et c'est les Ukrainiens qui doivent payer pour l'arnaque avec les importations de gaz d'Europe, alors que beaucoup d'entre eux ne sont plus capables de payer leurs factures. 

Les vendeurs européens du gaz pouvaient en acheter à la bourse électronique l'hiver dernier à 150 dollars. S'ils en achetaient avec des contrats à long terme, alors à environ 250 dollars. Imaginez la marge, elle est immense, 200-300 dollars pour mille mètres cubes. 

"Je pense qu'il y a un grand pot-de-vin pour la direction de Naftogaz, parce qu'on ne travaille avec une telle mare, la corruption y est d'une ampleur gigantesque. Il faut aussi savoir que 450 dollars, c'est le prix à la frontière compte tenu de la livraison depuis un hub européen. Or aucune livraison n'a eu lieu, l'argent a été simplement volé", a déclaré Sergueï Salivon, économiste, directeur de la politique économique de la Fédération des employeurs d'Ukraine, sur la chaîne YouTube Perchi Kozatski

Le parti Patrie d'Ioulia Timochenko exige de créer au parlement une commission spéciale pour enquêter sur les abus au sein de la compagnie nationale Naftogaz. L'opposition dénonce la corruption. 

Auparavant, seuls les membres de la Plateforme d'opposition-Pour la vie déclaraient publiquement que l'Ukraine recevait du gaz russe, et non européen, qui était prélevé dans le gazoduc de transit, n'étant pas acheté directement à Gazprom, mais aux clients européens de la compagnie russe. Au final, l'Ukraine achète du gaz selon une formule spéciale : le prix de la bourse européenne plus le coût de la livraison en Ukraine. 

Viktor Medvedtchouk, un des leaders de la Plateforme d'opposition-Pour la vie, qui se trouve en détention depuis plusieurs mois, inculpé pour haute trahison, a déclaré : "Aujourd'hui, l'Ukraine reçoit du gaz de Russie. Non pas indirectement, mais des livraisons directes. Comment cela se passe-t-il ? Le gaz qui transite en Europe est prélevé en Ukraine, et les contrats d'achat de ce gaz sont signés avec les pays européens qui sont des consommateurs de gaz russe. Autrement dit, le gaz ne va pas en Europe (pour revenir en Ukraine), il reste simplement en Ukraine." 

À présent, le parti Patrie parle également de ce procédé de livraisons de gaz importé en Ukraine. 

La dépendance de l'Ukraine des flux inversés force les experts ukrainiens à craindre une réduction du transit de gaz. Le premier signal a été le contrat de 15 ans signé entre Gazprom et la Hongrie, entré en vigueur le 1er octobre. Depuis ce jour-là, les livraisons de gaz via le gazoduc ukrainien en direction de la Hongrie ont cessé, car le contrat prévoit l'acheminement du gaz via d'autres itinéraires. 

Le 15 novembre, il a été annoncé que Gazprom avait refusé de réserver des capacités supplémentaires pour le transit de gaz en décembre via l'Ukraine et le gazoduc Yamal-Europe via la Pologne. Comme en témoignent les informations des sites GSA Platform et RBP. 

Le lancement du gazoduc Nord Stream 2 est attendu dans les mois à venir, c'est pourquoi Gazprom ne voit pas l'utilité de réserver ou de prendre des engagements supplémentaires pour le transit de gaz et son paiement via l'Ukraine, qui plus est à long terme.

Alexandre Lemoine

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Source : http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=3328



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