lundi 26 décembre 2016 - par Jacques-Robert SIMON

Les intellos, les ploucs et le futur des démocraties

 L’expression « plouc » semble provenir de « plou » qui signifie paroisse en breton. Beaucoup de bretons fuyant la misère tentent leur chance à Paris à la fin du XIXe siècle. Rustres, peu éduqués, ils constituent une main d’œuvre bon marché. Certains des parisiens les appelèrent ploucs, mot qui servit également pour désigner toute personne aux manières grossières et aux goûts triviaux. 

 Au premier tour des élections régionales en 2015, le Front National (FN) recueille 27,73% des voix (6 millions de suffrages). Le Front National a surtout séduit les couches populaires : 43% des ouvriers, 36% des employés. À noter qu’ouvriers et employés représentent approximativement la moitié des actifs totaux. Les traits «  caractéristiques  » des employés ou ouvriers sont : la précarité de l’emploi, un travail pénible, de faibles perspectives de promotion… Les électeurs FN se préoccupent au plus haut point des questions d'immigration, de l’insécurité et du terrorisme. La source première des problèmes, selon eux, est la perte d’identité liée à la mondialisation.

 Les « laissés-pour-compte » de la mondialisation (comme il est bon de les nommer) analysent-ils les situations qu’ils subissent d’une façon approximative, erronée, tronquée à cause de leurs faibles bagages universitaires comme semblent le suggérer certains « intellos » ? Chacun reconnaît qu’une nouvelle division internationale du travail s’est mise en place rapidement ces dernières décennies avec pour effet de faire fabriquer aux travailleurs les plus démunis des biens vendus aux pays riches. Cela revient à la mise en place d’une politique qui sacrifie sciemment la classe sociale la plus modeste des pays riches au profit d’investisseurs apatrides et de travailleurs miséreux à l’autre bout de la planète. À titre d’exemple, en 2015 la Direction Générale du Trésor indique que les entreprises françaises sont à l’origine de 570 000 emplois en Chine tandis que seulement 45 000 emplois ont été créés par les entreprises chinoises en France. Le reproche fait aux dirigeants selon lequel la politique qu’ils mènent n’est pas conforme aux intérêts nationaux ne peut pas être rejeté d’un simple revers de main en suggérant que les intéressés sont animés de désirs obscurantistes et totalitaires, des ploucs en quelque sorte. 

 L’ensemble des dirigeants Européens et Américains peut-il être soupçonné de vouloir ruiner leurs « pauvres » nationaux au seul profit d’une très petite minorité de riches considérant la planète comme un monde sans frontières ?

 L’économie sans dogme religieux, ni contrainte philosophique, peut permettre d’éclairer les choix de nos dirigeants. Les préceptes de l’économie néoclassique sont devenus dominants dans les milieux « intellectuels ». Ceux-ci se fondent sur quatre postulats :

 - les phénomènes économiques doivent être étudiés par les mêmes méthodes que les phénomènes physiques ;

 - les agents qui interviennent sont rationnels, leurs préférences peuvent être identifiées et quantifiées ;

 -les agents cherchent à maximiser l'utilité des biens consommés, tandis que les entreprises cherchent à maximiser leur profit ;

 - les agents agissent chacun indépendamment, à partir d'une information complète et pertinente.

À partir de ces préceptes des modélisations sur ordinateur peuvent être faites et des calculs de probabilité de devenirs économiques peuvent être faits. Cependant, aucune des hypothèses proposées ne peut être considérée comme correcte même très approximativement. Une connaissance même sommaire des systèmes complexes permet de mettre en lumière leurs non-sens. D’ailleurs expérimentalement, les prédictions économiques sont souvent ineptes.

 Il n’existe donc pas de science économique, les décisions qui sont prises dans ce domaine relèvent toujours d’une idéologie, arbitraire mais cohérente, et les citoyens concernés sont priés de se plier aux théories qui en découlent, d’autant plus que les mots liberté, libéralisme, libertaire l’auréolent.

 Le dessein des Etats-Unis d’être les seuls maîtres du monde ne fait plus aucun mystère. La promotion d’un certain type de démocratie par la force militaire et plus encore par les multiples facettes du soft power a été constante depuis la seconde guerre mondiale. Selon cette conception, les défis que l ‘humanité devra affronter à terme, les dérèglements climatiques, les problèmes d’approvisionnement énergétique, les modes de surconsommation…devront être solutionnés sous une férule Nord-Américaine. On s’achemine ainsi vers une meilleure répartition des richesses mondiales en favorisant l’apparition de « riches » dans les pays émergents. Grâce à cette homogénéisation, des accords comme ceux de l’Accord mondial de Paris sur le changement climatique (COP21) peuvent être passés, avancées supplémentaires vers une gouvernance mondiale sous couvert de l’ONU. La proposition est séduisante mais dans le même temps, les inégalités deviennent tellement critiques qu’elles deviennent une préoccupation même pour le FMI. Nicolas Machiavel avait déjà décrit les conséquences d’un trop grand intervalle entre les gouvernants et le peuple : « Dès lors, les premiers prirent la qualité de nobles, et les autres furent simplement nommés le peuple. ». 

 Interviennent alors les « intellos » du racisme anti-ploucs. Un journaliste renommé, titulaire d’une maîtrise en droit public, diplômé d’une IUT de journalisme, intervieweur et chroniqueur reconnu sur divers médias déclare qu’il fallait « s’interroger quelquefois sur le suffrage universel ». En d’autres termes, faut-il interdire aux ploucs de voter.

 Les « intellectuels » pensent souvent que leur travail est hors de portée des manuels et que quelque faculté mentale spécifique est indispensable pour exercer leur profession. C’est pourquoi ils adoptent souvent à l’égard de ceux qui n’appartiennent pas à leur monde une attitude faite de commisération et de mépris. Le travail manuel recouvre des activités très diverses appartenant aux arts et aux sciences expérimentales. Le mode d’acquisition du savoir diffère de celui des intellectuels car il s’effectue principalement par l’apprentissage. L’apprentissage ne se dissèque pas en d’innombrables sous-domaines susceptibles d’être enseignés d’une façon rationnelle et magistrale. Le savoir faire précède le savoir. Les travaux manuels recouvrent la quasi-totalité des champs d’activité possibles sans toutefois proposer de modèles permettant d’en parler. C’est cette retenue de langage des uns qui va permettre aux autres de s’épandre sans limites dans tous les lieux de spectacle dont les médias. L’apprentissage, qui ne repose pas ou peu sur un enseignement magistral, semble se prêter mal à l’analyse lucide d’une situation, mais le ressenti conduit la plupart du temps à un résultat plus précis que maints discours didactiques.

 Le racisme anti-plouc est un épisode de la guerre pour faire disparaître les démocraties dans lesquelles un électeur représente une voix. Dans l’organisation qui prend place, les élections ne serviront plus du tout à désigner des Hommes de pouvoir. Les décideurs seront les investisseurs, les entreprises multinationales prendront la place des états, les citoyens deviendront de purs consommateurs, les droits de l’Homme se limiteront au droit du plus fort. Les multinationales possèdent déjà en partie leur propre justice : elles peuvent traîner des États devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (Cirdi) si des décisions de ceux-ci ne leur conviennent pas. Au nom de la protection des investissements, les gouvernements sont sommés de garantir trois grands principes : l’égalité de traitement des sociétés étrangères et des sociétés nationales ; la sécurité de l’investissement ; la liberté pour l’entreprise de transférer son capital. Quant à la puissance actuelle des multinationales, il faut savoir que seulement 147 d’entre elles contrôlent 40% des activités mondiales.

 Et si l’on assistait aux derniers soubresauts des Nations démocratiques ?? 



37 réactions


  • rogal 26 décembre 2016 12:00

    Assez bonne description. On peut tout de même se demander si l’« économie » n’est pas simplement le paravent qui fournit un masque pseudo-scientifique à la totale soumission des dirigeants aux accapareurs globaux.


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 26 décembre 2016 17:18

      @rogal
      L’économie ne pouvant être une science expérimentale ne peut pas fournir de cadre théorique. Toutefois, les dirigeants pensent savoir où ils vont.


  • Alren Alren 26 décembre 2016 13:06

    L’ensemble des dirigeants Européens et Américains peut-il être soupçonné de vouloir ruiner leurs « pauvres » nationaux au seul profit d’une très petite minorité de riches considérant la planète comme un monde sans frontières ?

    On n’en est plus au « soupçon » on a des éléments de preuve que c’est le cas !!!

    Les ouvriers et employés qui votent FN ou à droite le font contre leurs propres intérêts. Nous sommes d’accord ?
    Ce vote, stupide donc, est le résultat d’une paresse intellectuelle condamnable.
    En ne s’informant pas, en n’analysant pas un minimum les enjeux électoraux, ils ne font pas leur devoir de citoyen.


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 26 décembre 2016 17:20

      @Alren
      Je crains que l’examen des enjeux électoraux n’intéresse plus grand monde. Les gens sont prêts à faire des efforts si ils pensent qu’on ne les trompe pas.


    • Alren Alren 26 décembre 2016 18:19

      @Jacques-Robert SIMON

      Ceux qui votent pensent que ceux pour qui ils se dérangent un dimanche pour déposer un bulletin en leur faveur ne les tromperont pas, sinon ils resteraient chez eux.
      Quand on fait l’effort de venir dans un bureau de vote on devrait faire l’effort de réfléchir avant et voter pour les candidats qui leur sont favorables.
      Les riches ne s’y trompent pas eux et votent pour celui ou celle qui les favorisera !!!

      Quant aux abstentionnistes, si c’est leur adversaire social qui est élu, ils reçoivent ensuite les coups de pied aux fesses qu’ils méritent.


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 26 décembre 2016 20:27

      @Alren
      Je n’attends rien d’un vote si ce n’est du respect.


  • aimable 26 décembre 2016 13:17

    en attendant les « intellos méprisants et souvent inutiles » si les ploucs arrêtaient de les nourrir ils crèveraient la bouche ouverte car il leur faut obligatoirement la becquée( on pourrait même les comparer a des coucous )


    • Alren Alren 26 décembre 2016 13:30

      @aimable

      en attendant les « intellos méprisants et souvent inutiles » si les ploucs arrêtaient de les nourrir ils crèveraient la bouche ouverte car il leur faut obligatoirement la becquée( on pourrait même les comparer a des coucous )

      Premièrement il y des ouvriers et des employés qui voteront à gauche en particulier pour Mélenchon.
      Tous ne seront pas assez stupides pour voter contre leurs intérêts et ceux de la planète.

      Deuxièmement les ploucs travaillent pour eux, pour avoir de quoi manger et satisfaire leurs besoins matériels, non pour nourrir les « intellos inutiles » (comme les médecins, les professeurs, les ingénieurs, les techniciens supérieurs, mais aussi les écrivains, les artistes etc.)

      Sans eux, tous avec comme les autres travailleurs du reste, la société s’arrêterait et les ploucs seraient, puisque vous parlez avec mépris de becquée pour les diplômés, « le bec dans l’eau ».


    • aimable 26 décembre 2016 15:07

      @Alren
      aurais-je touché une corde sensible ?


    • aimable 26 décembre 2016 15:13

      @Alren
      j’ajouterai que le mépris va presque toujours de haut en bas !


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 26 décembre 2016 17:22

      @aimable
      Il ne faut pas confondre intellectuels, dont j’admire beaucoup d’entre eux, et intellos qui pensent essentiellement pour se nourrir.


    • aimable 26 décembre 2016 18:05

      @Jacques-Robert SIMON
      je fais la différence entre ceux qui forment les maillons de la chaine et ceux qui sont a la gamelle


    • Alren Alren 26 décembre 2016 18:10

      @Jacques-Robert SIMON

      Il ne faut pas confondre intellectuels, dont j’admire beaucoup d’entre eux, et intellos qui pensent essentiellement pour se nourrir.

      Outre que j’ignore comment vous faites le tri entre intellectuels et intellos, les personnes qui ne pensent pas à se nourrir sont menacées d’inanition et leur estomac les rappelle à l’ordre !!!


    • Alren Alren 26 décembre 2016 18:21

      @aimable

      C’est ça l’argumentation que vous opposez à mon analyse ? Minable !


    • Alren Alren 26 décembre 2016 18:28

      @aimable
      j’ajouterai que le mépris va presque toujours de haut en bas !

      Il n’y a pas de haut ni de bas en réalité. C’est une image voyez-vous.

      On constat que les riches sont d’autant plus méprisant qu’ils sont incompétents et ne doivent leur situation qu’à l’héritage.
      Les diplômés ne méprisent pas les ouvriers puisqu’ils sont partenaires.

      Faire croire le contraire c’est un truc de la droite (qui marche malheureusement, on le voit avec vous) pour opposer les travailleurs entre eux suivant le principe très utilisé par Sarkozy, diviser pour régner.


    • aimable 26 décembre 2016 18:29

      @Jacques-Robert SIMON
      je vous retourne le compliment


    • aimable 26 décembre 2016 18:30

      @aimable
      mon com s’adresse bien sur a Mr ALREN


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 26 décembre 2016 20:28

      @aimable
      Je suis d’accord.


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 27 décembre 2016 09:59

      @Alren

      Je n’ai pas de critères objectifs mais je classerais M. Aphatie et BHL parmi les intellos (malgré son très bon livre « Comédie ») et Nietzsche, Aron, Marx, Brel parmi les intellectuels. 

  • gogoRat gogoRat 26 décembre 2016 14:48

    Je retiendrai et j’encadre particulièrement ceci :

    • ’Interviennent alors les « intellos » du racisme anti-ploucs.
      [...]
    •  Les « intellectuels » pensent souvent que leur travail est hors de portée des manuels et que quelque faculté mentale spécifique est indispensable pour exercer leur profession. C’est pourquoi ils adoptent souvent à l’égard de ceux qui n’appartiennent pas à leur monde une attitude faite de commisération et de mépris.’

     

     Sans compter qu’à l’heure des 99% de réussite au BAC les intellos et les ploucs ont de plus en plus fréquemment les mêmes diplômes.
    Si les institutions des bons établissent des diplômes de ploucs, comment peut-on se figurer des bons qui n’auraient rien à voir avec les ploucs ?!


  • ricoxy ricoxy 26 décembre 2016 16:29

     
    « Un journaliste renommé, titulaire d’une maîtrise en droit public, diplômé d’une IUT de journalisme, intervieweur et chroniqueur reconnu sur divers médias déclare qu’il fallait « s’interroger quelquefois sur le suffrage universel  ».  »
     
    Un journaliste ? Un « intello » ? Et moi qui croyais que c’était un garçon de café...
     


  • JC_Lavau JC_Lavau 26 décembre 2016 17:09

    Très très mauvais article, qui se contente d’habiller les rancoeurs personnelles de l’auteur, et invite les lecteurs à partager les confusions de l’auteur.


  • Xenozoid 26 décembre 2016 22:30

    j’ai pas compris


    Et si l’on assistait aux derniers soubresauts des Nations démocratiques
    ah ok ,je comprend pourquoi tu te poses question.soubresault de nation démocratique...





    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 27 décembre 2016 10:09

      @Xenozoid
      Les démocraties existent au sein des Nations, si ces dernières disparaissent, la démocratie également.


    • Xenozoid 29 décembre 2016 22:34

      @Jacques-Robert SIMON

      ha bon ?
      la démocratie existe dans le concert des nation ?

      c’est nouveau ça vient de sortire,autant dire que c’est pas la seule alors,et vu qu’elle est encore a trouver , la perdre n’est qu’une illusion/

  • biquet biquet 27 décembre 2016 11:48

    En tant que plouc patenté et fier de l’être, j’ai beaucoup apprécié cet article. Il n’y a pas de guerre contre les instruits, le principal est d’être intelligent, et pour cela il n’y a pas besoin d’être instruit. En tant que plouc, j’ai un minimum d’intelligence qui me permet de faire la part des choses dans le discours du FN. Mais faut-il considérer Bruno Gollnish comme un plouc ? Visiblement il est très instruit, beaucoup plus que certains politiques de gauche comme de droite. François Fillon, c’est un anti-plouc type. Mais certaines de ses positions montrent qu’il a une intelligence limitée.


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 27 décembre 2016 12:46

      @biquet
      Merci d’avoir lu mon article. Ce que vous écrivez est plein de bon sens.


    • biquet biquet 27 décembre 2016 14:21

      @Jacques-Robert SIMON
      La palette des cons est très étendue, on peut être con et instruit, il y en a même qui sortent de l’Ecole Nationale des Ânes.


    • L'enfoiré L’enfoiré 27 décembre 2016 17:36

      @biquet,

       L’instruction n’apporte pas d’assurance de trouver un emploi.
       Le travail, ce n’est pas cela qui paye.
       Ce sont les idées neuves qui le font.
       Les plus riches du monde n’ont pas de diplômes universitaires.
       Mais ils ont eu un flash qui s’est transformé en projet.
       Le reste c’est de trouver des investisseurs qui croient en votre projet.
       Rappelez-vous aussi que l’instruction ce n’est pas uniquement pendant les 20 premières années de sa vie, mais toute la vie. smiley.


Réagir