mardi 14 novembre - par Jeussey de Sourcesûre

Les kleptocrates du Kremlin

Invité récemment à Londres pour la célébration de la révolution d’octobre, le docteur Vyacheslav Tetekin, (« Slava » pour les amis), membre de longue date du parti communiste russe a fait part au journaliste de la BBC, John Foster, de sa position concernant la situation de son parti dans la Russie d’aujourd’hui.

Il estime que le soutien au Parti Communiste de la Fédération de Russie représente actuellement environ 30% du corps électoral. Il a notamment déclaré au cours de cet entretien :

« Notre représentation parlementaire a chuté de manière significative lors des dernières élections de la Douma à un peu plus de 12% - en grande partie à cause d'un système électoral truqué. Mais la vente quotidienne de la Pravda, notre organe officiel, se monte à 80 000 exemplaires et celle de Sovetskaya Rossiya à 120 000. L'intérêt pour les analyses politiques de notre parti est particulièrement élevé chez les étudiants, et les recherches sur les réalisations de l'Union Soviétique se multiplient.

Cela s’explique en particulier par le fait que la vie devient de plus en plus difficile pour tous en Russie, sauf pour les très riches. Les revenus réels ont diminuent pendant les trois dernières années. Vingt-deux millions de personnes vivent dans la pauvreté absolue et luttent pour avoir suffisamment à manger. La moitié de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté.

Or, les gens se souviennent qu’il n’en a pas toujours été ainsi. Il y a moins de 30 ans, les soins de santé étaient gratuits et universels. L'éducation était gratuite jusqu'à l'université, tout comme la garde des enfants. Les retraites étaient complètes. Il n'y avait pas de chômage. Le logement, l'énergie, le transport et les aliments de base bénéficiaient d’aides de l’état.

On assiste aujourd’hui à une prise de conscience croissante de la dégradation de l'économie russe. Les industries manufacturières russes sont pratiquement mortes. L'économie dépend presque entièrement des industries extractives qui exportent vers l'Ouest : pétrole, minerais, gaz naturel.

En 1990, l'Union soviétique a produit 1000 avions. L'année dernière, nous en avons produit 50. Nos compagnies aériennes louent des appareils aux pays occidentaux. Notre industrie automobile dépend entièrement de la technologie et des équipements importés. Pour l'informatique et les nouvelles technologies, le phénomène est encore plus marqué. Les infrastructures technologiques qui permettaient un développement technique indépendant ont pratiquement disparu.

Voilà quelques-unes des raisons pour lesquelles des jeunes Russes se tournent à nouveau vers leur propre histoire et particulièrement vers la période qui a suivi directement la révolution. En 1917, la Russie avait une économie arriérée, en grande partie rurale. En l'espace de seulement 25 ans, l'Union Soviétique a surpassé la plus grande économie de l'Europe, l'Allemagne, à la fois en termes de production et de qualité de sa technologie. C'est en grande partie pour cette raison que l'Union Soviétique a réussi à vaincre le nazisme. "

Interrogé sur la manière dont il perçoit le gouvernement actuel de la Russie et Vladimir Poutine, Slava Tetekin considère que la politique menée ne peut pas être qualifiée de progressiste.

 

"Poutine s’appuie sur une équipe d'oligarques affairistes kleptocrates qui dépendent de l'Occident pour la vente de leurs matières premières, pour le placement de leur argent et pour la fourniture de la technologie nécessaire à leurs opérations en Russie. Immédiatement au-dessous de lui, pratiquement tous les ministres ont ce profil.

Le gouvernement dépend des oligarques et les oligarques dépendent de l'Occident.

Poutine est maintenant au pouvoir depuis très longtemps. Les 18 ans de sa présence à la tête de l’état dépassent la longévité de Brejnev (1964 – 1982). Il est remarquable de constater à quel point il a lancé peu de défis aux États-Unis pendant cette période qui a vu l'expansion de l'OTAN vers l'Europe centrale, les Balkans et la mer Noire. La Russie a même échoué à s'opposer à l'invasion de la Libye.

Ce n'est que récemment, en Crimée et en Syrie, que la Russie s’est interposée à toute nouvelle avancée américaine, en réponse au le caractère direct avec lequel les Etats-Unis contestaient les intérêts de la Russie.

Mais il y a d'autres facteurs dont nous devons tenir compte, comme la perception d'un déclin de la puissance mondiale des Etats-Unis, d'un glissement vers la Chine et de rivalités économiques entre les Etats-Unis et l'UE.

La Russie vend sept fois plus à l'Allemagne qu'aux Etats-Unis, et achète à l'Allemagne dans la même proportion. Les coûts énergétiques de l'Allemagne et sa compétitivité internationale par rapport aux Etats-Unis dépendent très largement du pétrole et du gaz russes. L'action diplomatique américaine visant à empêcher la construction de nouveaux gazoducs de Russie vers l'Allemagne et les sanctions bancaires imposées aux oligarques correspondent au conflit croissant entre l'UE et les États-Unis sur les quotas d'acier et la fiscalité des entreprises. »

Pour S Tetekin, ces rivalités incitent les occidentaux à soutenir une opposition dire « démocratique » en Russie similaire à celle financée par les États-Unis en Ukraine avant le coup d'État de 2014 : "Les chances de réussite d’un tel projet ne sont pas aussi élevées qu’en Ukraine : elles sont trop marquées par leur idéologie néolibérale. Contrairement à l’époque du coup d'État d’Eltsine en 1991, les Russes ne se font plus d'illusions sur les marchés libres. Ils ont vu en quoi cela consiste et connaissent les conséquences. Cela n’empêche pas que le changement de régime en Russie devient de plus en plus un objectif de l'administration américaine. "
Le Dr Tetekin est actuellement conseiller politique principal du secrétaire général du Parti communiste de la Fédération de Russie, membre communiste de la Douma et a déjà joué un rôle actif dans le soutien au mouvement anti-apartheid en Afrique du sud.



22 réactions


  • Doume65 14 novembre 20:38

    Donc, si j’ai bien tout compris, le parti communiste perd de son influence à cause de Poutine qui est vendu à l’occident. Mais alors, les journalistes occidentaux nous mentent encore plus qu’on l’imagine, quand ils nous font croire que Poutine est anti-occidental !


  • microf 15 novembre 00:00

    La question que j´aimerai poser á l´auteur serait de savoir quel est l´interêt ou le but de cet article.


    • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 15 novembre 07:01

      @microf

      Le but de cet article est de permettre à ceux que la techno médiatique n’a pas encore rendus sourds d’entendre un autre genre musical.

      Son intérêt est de pouvoir constater qu’il existe un monde en-dehors de la « communauté internationale », que ce monde n’est ni monolithique ni manichéen et que les vitrines présentées aux JT ne présentent aux badauds que les produits dont ces commerçants de la pensée veulent faire la promotion.

    • microf 15 novembre 09:19

      @Jeussey de Sourcesûre

      Merci @Jeussey de Sourcesûre de l´explication, j´ai compris.


    • McGurk McGurk 15 novembre 22:48

      @Jeussey de Sourcesûre

      L’analyse de ce type est excellente, dommage qu’elle se tourne vers « en fait l’URSS c’était vraiment génial en fin de compte ». A l’en croire, le PC de Russie en est encore à la pensée soviétique alors que les partis communistes dans le monde ont beaucoup évolué et chacun de leur côté. C’est triste quand même...

      Il traite la Russie d’avant leur boucherie d’ « arriérée » alors que le système soviétique était aussi mauvais voire carrément pire (massacres en masse, planification débile, etc.).

      Et qu’actuellement « la Russie est dépendante des autres pays et qu’elle n’a quasiment plus d’industrie »...ça c’est sûrement vrai, mais dans ce cas qu’est-ce qu’ils foutent les pieds nickelés au-dessus à part faire des cures de caviar aux frais de la princesse toute la journée ? Ou à chasser l’ours torse nul ?

      Une dépendance ça se réduit, surtout dans un pays immense dont le potentiel pourrait éventuellement exploser si ils se bougeaient les fesses, au lieu de rêver au retour du soviétisme...Comme quoi « c’est celui qui dit qui l’est »...


  • lejules lejules 15 novembre 08:16

    jeussey de sourcesure
    bonjour merci de cet article . les informations sur la véritable situation en Russie sont rares. soit elles chargent Poutine de tous les maux, soit on tombe dans l’admiration dithyrambique de la Russie fer de lance du monde multipolaire.il est difficile de faire la part des choses.


  • Alex Alex 15 novembre 11:04
    Prendre pour argent comptant les affirmations d’un communiste vantant son régime est aussi astucieux que considérer comme juste le nombre de victimes du communisme « calculé » par les cocos.

    « En 1990, l’Union soviétique a produit 1000 avions. L’année dernière, nous en avons produit 50. »
    Il se trouve que j’ai pas mal fréquenté l’URSS dans ses 15 dernières années, et que l’aéronautique est mon domaine. Je n’ai pris qu’une seule fois un vol Aeroflot, qui m’a laissé une tellement forte impression que, par la suite, je préférais rester un jour de plus à Moscou pour rentrer par une compagnie occidentale.
    Leurs avions étaient pourris, et j’en ai examinés pas mal de l’extérieur.
    D’un autre côté, des militaires français de haut-vol m’ont affirmé que leurs avions militaires étaient pas trop moches.
    Je ne dis évidemment pas cela pour défendre les pillards qui ont dépecé l’URSS, mais il faut être prudent face aux différents interlocuteurs.
    Quant aux « Natachas », pas de reproche à leur faire, en dehors de l’odeur de chou dans leurs hlm de banlieue...

  • Laulau Laulau 15 novembre 14:02

    Merci pour cet article. Tout est bon, à part l’orthographe française de Tetekine qui prend un e final. Vous avez déjà entendu parler de Lenin, de Stalin et de Putin ?


    • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 15 novembre 14:23

      @Laulau

      Je ne vais pas me battre mà-dessus.Ca me rappelle ce que m’avaient dit des copains qui avaient passé des vacances en Bulgarie et m’avaient recommandé en rentrant la chaîne des restaurants PECTOPAHT dans lesquels ils avaient toujours très bien mangé.

      Cela dit, voilà la page facebook de l’intéressé.

      La manie française d’adapter les noms propres et même de les franciser (Londres, Milan, Pékin, etc...) n’est pas une règle grammaticale. On n’a jamais écrit Niouillorque, ni L’os-en-Jeulesse (comme Bourg-en Bresse).


    • wesson wesson 15 novembre 17:03

      @Jeussey de Sourcesûre
      Franchement chez vous, l’orthographe ce n’est pas ça


    • Laulau Laulau 16 novembre 08:56

      @Jeussey de Sourcesûre
      La manie française d’adapter les noms propres et même de les franciser

      En l’occurrence il s’agit surtout d’essayer de reproduire la phonétique, le « e » muet permet d’éviter que « Poutine » par exemple se prononce « putain ».
      Ce site facebook est en anglais.......


    • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 16 novembre 09:07

      @Laulau

      Le cricket en Angleterre et l’orthographe en France ont en commun d’être incompréhensibles aux étrangers, sans parler des indigènes.


    • Laulau Laulau 16 novembre 09:51

      @Jeussey de Sourcesûre
      Pour l’orthographe l’anglais ça n’est pas difficile, c’est n’importe quoi !


    • wesson wesson 16 novembre 11:11

      @Laulau
      Oh,

      j’avais sélectionné une image qui ne contenait pas le logo sncf, car effectivement il s’agissait d’une campagne publicitaire humoristique pour inciter au voyage en train.

      Je voulais mettre celle-ci dans le même genre mais d’une autre provenance.

    • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 16 novembre 11:28

      @wesson

      Vous savez qu’en Arabe, Beyrouth se prononce « biroute » ? 
      N’en déplais à M. Laulau, le fidélité phonétique n’est pas toujours privilégiée dans les transcriptions ! Les interprètes trahissent (« tadutore tradittore »)

    • Laulau Laulau 16 novembre 14:14

      @Jeussey de Sourcesûre
      Je ne sais pas bien qui décide ou a décidé du nom français de Beyrouth, mais si c’est l’académie, Biroute ça n’était pas (ou plus ?) possible.


    • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 16 novembre 18:06

      @Laulau

      pourquoi ?
      il existe bien Chatte en Isère, Gland en Suisse, Sexfontaine en Haute-Marne et, pour vous consoler, Bizou dans l’Orne.

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