jeudi 1er octobre - par Franck ABED

Les libéraux et Necker

Les libéraux aiment beaucoup invoquer Necker et vanter ses mérites. Encore faudrait-il parler sérieusement et objectivement de Necker. Avant de devenir le grand réformateur des finances que certains présentent volontiers, Necker fut d’abord un banquier genevois qui constitua à Paris une fortune considérable dans les « affaires » et la finance…

Lorsqu’il prit la direction des finances de Louis XVI, il fit par ailleurs du recours à l’emprunt massif l’un des instruments essentiels de sa politique. Necker reconnaît lui-même que certaines rentes viagères avaient pu coûter à l’État royal 11, 12 et jusqu’à 13 %… Il chercha ensuite à obtenir des conditions plus favorables, mais poursuivit néanmoins une politique largement fondée sur l’endettement, notamment pour financer la guerre d’Amérique.

Beaucoup de libéraux aiment également célébrer sa fille, Madame de Staël. Il y aurait pourtant beaucoup à dire sur son héritage intellectuel, tant ses conceptions politiques et philosophiques sont erronées… J’y reviendrai ultérieurement.

De fait, Necker permet d’aborder une question beaucoup plus vaste, celle du libéralisme lui-même. Il existe souvent une distance considérable entre l’idéologie libérale et son application au gouvernement des hommes. La liberté des échanges, le crédit, la confiance des marchés et la rationalisation financière peuvent constituer des instruments. Ils ne sauraient cependant tenir lieu, à eux seuls, de philosophie du gouvernement.

De nos jours, aucune puissance politique de premier plan n’applique réellement le libéralisme. L’expérience de Necker me semble précisément intéressante à cet égard. Confronté aux nécessités concrètes de l’État, aux dépenses de guerre et aux déséquilibres des finances royales, il dut recourir massivement à cet instrument très ancien qu’est l’emprunt. L’incantation libérale rencontre alors la permanence du politique, avec ses contraintes, ses devoirs et ses nécessités.

Selon moi, il s’agit là d’une faiblesse récurrente de l’idéologie libérale lorsqu’elle prétend devenir une philosophie politique complète. Une société ne se gouverne pas comme une banque et le bien commun ne se réduit ni au crédit, ni au marché, ni à l’équilibre comptable, ni à la liberté de faire ce qu’on veut sans contrainte…

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Je suis Franck Abed, intellectuel indépendant et j’anime la chaîne Histoire Sans Fin.

J’y reçois historiens, penseurs, économistes, écrivains et figures publiques pour confronter les mythes aux faits…

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