Les marchés financiers contrôlent-ils les esprits ? (2/2)
La pensée unique, fondée sur la seule performance économique, annihile les esprits en s’appuyant sur deux piliers : la communication et le marché. Ou l’émergence du système DRIM.
La communication semble remplacer la pensée politique. Le seul mot d’ordre aujourd’hui : communiquer, de l’école à l’entreprise, de la défense à la justice, de la police à toutes les institutions. Toute décision est désormais accompagnée par un lourd processus de communication visant à valoriser telle ou telle action, tel ou tel acteur politique. En même temps, le pouvoir exécutif, en donnant une importance capitale à la communication, s’est progressivement dessaisi de son rôle régulateur. Et l’on constate une rivalité croissante entre pouvoirs publics et médias de masse. Toute déclaration est désormais commentée, critiquée surtout sur la forme. Et en oubliant le fond même du rôle social ou politique, et en omettant le but ultime de progrès.
D’un autre côté, le marché s’est substitué à la production mécaniste hérité de la révolution industrielle. Toute activité doit désormais être régulée selon les critères du marché. Profit, bénéfices, concurrence, rentabilité, compétitivité sont les arcanes de la société moderne. L’ordre marchand remplace l’ordre de la nature comme explication des mouvements de la société. Comme dans la théorie darwiniste, seuls les forts l’emportent. En toute légitimité. Les appels répétés à la sélection, à l’adaptation, à la compétition entre les individus, les entreprises, les municipalités s’imposent comme force de loi.
Le système DRIM
Le seul modèle à suivre serait donc le libéralisme forcené, centré sur les fruits du capital et non plus sur les fruits du travail. En s’appuyant sur l’ère du digital qui ne cesse de renforcer l’omnipuissance du marché sur les mentalités et sur les pratiques consuméristes, un nouveau système d’organisation de nos sociétés s’instaure progressivement : le système DRIM. Le système DRIM, le rêve en quelque sorte, est celui qui est Digital, Répétition, Instantané et Mondial. Tout aujourd’hui s’organise autour de ce nouveau système de contrôle et de gestion des pensées contemporaines. Le digital est désormais omniprésent dans notre quotidien : géo localisation, notifications, un système digital qui ne fait qu’accentuer la traçabilité des individus sous l’illusion du pratique et de la commodité. Répétition, c’est la répétition des idées fausses, comme disait Orwell, la « guerre c’est la paix », la représentation d’un monde niais et cruel. La meilleure des propagandes repose sur la répétition. Instantané le besoin perçu comme crucial de détenir une information que l’on dit essentiel et qui est toujours la pâle copie de la réalité, déformée, transformée par des médias de masse aux ordres des puissances de la mondialisation. Mondialisation de l’économie et des marchés, de la pensée unique dominante, du capital, de l’argent et toujours les masses ignorantes contraintes de travailleur toujours davantage pour servir des intérêts qui les dépassent.
Il est ainsi étonnant de constater, paradoxalement, qu’en pleine période de crises et de périls, de bouleversements permanents et de chaos, notre époque coïncide avec un consensus idéologique écrasant imposé par les médias, les sondages, la publicité et les réseaux sociaux. La manipulation des signes et des symboles devient une mode à part entière et un nouveau genre.
Par chance, quelques intellectuels, des philosophes (Bernard-Henri Levy), des scientifiques (Michel Serres) sont encore là pour défendre l’intégrité et la liberté de chacun. Et de mieux comprendre le sens de notre époque.


