lundi 12 janvier - par Michel J. Cuny

Les prudences recommandées par André Pironneau (1933) : tout ce que Charles de Gaulle va envoyer par-dessus les moulins (1934)… (64)

Nous savons, maintenant, qu’André Pironneau nourrissait d’étranges réticences en présence d’un De Gaulle qui ne lui paraissait pas avoir la moindre envergure, en regard de l’homme fort que recherchait la droite française – admiratrice d’un Mussolini qui, lui, paraissait avoir les pieds sur terre, après avoir trouvé, tout seul, les moyens de ses ambitions.

De fait, André Pironneau était très versé dans les questions militaires, et cela le passionnait plus encore que les questions politiques… Il s’y trouvait, en quelque sorte, dans son élément, et il lui semblait que sa longue et profonde amitié avec André Maginot garantissait la fiabilité de ses vues personnelles en la matière.

Pour mesurer cela de façon plus précise, nous pouvons nous tourner, tout d’abord, vers le deuxième article qu’il aura rangé sous le grand titre ARMÉE – MARINE – COLONIES. Nous sommes, cette fois-ci, dans le numéro du 15 mars 1933 de L’Écho de Paris
https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k814748j/f5.item.zoom

Il lui a donné ce titre : La réorganisation de l’armée - Les conditions de la défense nationale.

Cela commence de la façon suivante :
« Les conditions de la défense nationale française sont connues ; et cependant il faut les rappeler. Trois fois envahie en un siècle, ayant des frontières très étendues et largement ouvertes, et précisément celles à proximité immédiate desquelles se trouvent concentrées les ressources les plus essentielles à sa vie économique et à sa défense nationale, la France doit disposer de forces terrestres suffisantes pour la couvrir aussi sûrement et rapidement que leurs forces navales protègent les puissances maritimes.  »

Ici survient une différence essentielle avec ce que nous découvrirons – pour notre plus grande surprise – dans le livre qui devait paraître en mai 1934 : Vers l’armée de métier, et recevoir l’appui, justement, d’André Pironneau… C’est que De Gaulle nous y montre une frontière nord-est française complètement dégarnie… ouvrant sur tous nos trésors… Et il s’y complaît, omettant totalement de montrer le moindre souci quant à ce qu’André Pironneau désigne comme devant être une préoccupation majeure pour nous : « la France doit disposer de forces terrestres suffisantes  ». 

Cette curieuse façon gaullienne de montrer que la porte de la France (nonobstant tous les combats et les morts et les blessés et les destructions diverses occasionnés par les batailles de la Marne, de la Somme, du chemin des Dames, etc.) était franchement ouverte à l’envahisseur qui n’en demandait pas tant, aura-t-elle figuré parmi les raisons qui ont conduit Hitler à procurer à ses concitoyens une (demi) traduction allemande du très curieux ouvrage, et ceci dès 1935 ?...

Ce qui est certain, c’est qu’André Pironneau, lui, n’en démord pas…
« La question ne se discute pas qu’il nous faut une armée de terre garantissant à la fois en permanence la sécurité de notre frontière, la couverture de notre mobilisation et qui permette l’intervention de nos alliés éventuels, mais armée de terre dont la structure doit être profondément remaniée. »

Sans doute y reviendra-t-il plus tard…
« Reste l’armée de l’Air. Pour elle et sans délai tous les sacrifices doivent être consentis. « C’est la force militaire et navale d’un peuple, disait M. Tardieu, en 1913, qui détermine sa capacité d’entente et d’alliance. » Formule qui conserve toute sa valeur. Ajoutez-y la force aérienne et rien n’est changé… en théorie. Mais en pratique ? »

Curieusement, cette arme n’intéresse pas du tout le lieutenant-colonel de Gaulle. Nous verrons cela par la suite… Pour leur part, il est sûr que, du côté de Sedan en mai 1940, les Allemands, comme on sait, ne l’ont pas oubliée, eux non plus… André Pironneau n’avait donc pas tort de s’inquiéter…
« L’Angleterre n’est plus « le nid de cygne sur un vaste étang » dont parlait Shakespeare. Les obus portent au-delà de la Manche. L’aviation franchit l’orgueilleux canal ; elle est une arme qui vaut sur terre et sur mer. L’Angleterre a donc réalisé une aviation puissante. Ayons cette force aérienne indépendante aussi grande que possible sans toucher à l’aviation de coopération avec les armées qui reste indispensable. Ayant cette aviation nous imposerons à nos adversaires un respect salutaire. Et qu’on n’aille pas dire que notre armée de l’air coûte plus cher que celle de nos voisins. Budgétairement oui. Pratiquement, non… À côté des sommes visibles consacrées à l’aviation par les pays qui y croient, il faut envisager les sommes occultes qui lui sont appliquées au titre propagande, sport, etc… Certes tout ne mérite pas d’être admiré sans borne dans notre gestion financière de l’aviation ; mais ce n’est pas un bloc à condamner. Au surplus, si nous acceptions la différence entre les budgets apparents de certains États au point de vue aérien, nous disons en ce qui concerne notre pays : trêve de gabegie ! On parle partout du péril que crée l’aviation commerciale allemande dont les appareils paraissent instantanément utilisables pour des fins militaires. Pourquoi n’en pas faire autant ? Des subventions ? soit : la flotte commerciale aérienne porte au loin les trois couleurs, tout comme un navire. Mais, en échange, établissez un cahier des charges qui impose à nos appareils commerciaux ces caractéristiques de la guerre, qu’on s’émeut de rencontrer dans toute construction allemande.  »

Décidément, André Pironneau n’en veut pas démordre…


« Ayant une aviation de premier ordre nous aurons à coup sûr avec nous ceux qui, cessant le jeu de bascule, craindront de nous avoir contre eux. Avantage diplomatique. Avantage en cas de conflit. »

Si De Gaulle a lu cela, on peut dire qu’il n’en a pas tenu le moindre compte, et que cette négligence tellement criante dans le contenu d’un livre qui s’avance jusqu’à parler d’une armée de métier (c’est-à-dire : de spécialistes) aurait pu très facilement trouver un point d’appui déterminant pour sa démonstration d’une nécessaire professionnalisation…

Une terre ouverte sur Paris… Un ciel ouvert sur Paris… Et l’écrire dans un livre… qu’on aura très vite retrouvé en traduction allemande, sur commande d’un Adolf Hitler… tout juste parvenu au pouvoir dans un pays voisin en voie de réarmement massif !

Charles, tu commences à nous inquiéter sérieusement… Ne nous dis surtout pas que la suite est pire, sacré non de non !...

Pour en savoir plus sur le présent travail, veuillez suivre ce lien...
https://dejeanmoulinavladimirpoutin.wordpress.com/

Michel J. Cuny




Réagir