Les soixante-huitards sont-ils tous devenus des vieux ... ?
Il y a sûrement quelques exceptions, mais d'après une étude du CREDOC, les jeunes de mai 68, qui sous les pavés imaginaient la plage, "sont moins inquiets et plus ouverts aux évolutions de la société". Est-il utile de préciser qu'une étude sur les papy-boomers se lira forcément en commençant par la gauche. Bien que certains parmi eux liront entre les lignes. Car ceux qui voulaient jouir sans entrave n'ont pas tous les moyens de s'offrir une autre paire de lunettes ou un dentier. Et puis, comment douter que ces jeunes vieux encore verts, ne soient pas tous favorables à la libéralisation sexuelle et contre l'idée de la femme au foyer, exclusivement pondeuse et ménagère. "CRS - SS", qu'ils criaient sur les barricades, mais que sont devenus tous ces gauchistes ? "Que veulent-ils", se demandait le grand Charles qui ne comprenait pas toute cette agitation.
Combien étaient-ils dimanche de soixante-huitards attardés, dans les rues de Paris et Bordeaux pour défiler avec la Manif pour tous. Contre la GPA, contre la PMA, contre le mariage homosexuel et la loi Taubira. Mais aussi contre ce gouvernement qui a décidé de raboter les avantages accordés aux familles. Un papa une maman et rien d'autre, point à la ligne, la tolérance a des limites tout de même et le mariage homo est la porte ouverte à la GPA selon les organisateurs de la Manif. Sauf qu'on oublie de dire que la gestation pour autrui est d'abord une pratique utilisée par les hétérosexuels.
Manuel Valls, un bobo soixante-huitard incertain, avait bien tenté de dégoupiller l'engin explosif avant qu'il n'ouvre à nouveau les cicatrices d'un passé récent. Lui, qui à la primaire socialiste s'était déclaré en faveur de la location du ventre de la femme, avait, car seuls les imbéciles ne changent jamais d'avis, annoncé que la GPA était interdite en France et qu'elle le resterait. Hélas, trois fois hélas pour lui, ils étaient quand même 500 000 ou 70 000 on ne saura jamais, pour revendiquer l'abrogation du mariage pour tous.
La Palice, qui comme chacun sait était une lumière, aurait dit que les seniors d'aujourd'hui ne seront pas ceux de demain. Évidemment la génération de 60-69 ans sera plus âgée dans dix ans, et peut-être même qu'un partie aura cassé sa pipe. C'est l'évolution normale et inévitable, notre destin commun. Après cet instant de philosophie d'une pertinence rare, revenons à nos moutons aux crânes dégarnis. Selon le CREDOC, seuls 17% de nos sexagénaires pensent que le mariage est une union indissoluble. Dire qu'il y a trente ans, 41% de cette classe d'âge n'envisageaient même pas la possibilité d'un divorce. Hélas et encore hélas dirait Mme Boutin, de nos jours les familles se composent et se décomposent à la vitesse du compost.
Autre évolution notable des mentalités par rapport au passé. 66% estiment que les femmes devraient pouvoir travailler lorsqu'elles le désirent. Contre 21% il y a trente ans qui pensaient que l'épouse devait d'abord s'occuper des enfants et ne travailler que si le salaire du chef de famille était insuffisant.
Notons également une avancée en faveur du mariage gay, même si seulement 48% des 60-69 sont pour, alors qu'ils n'étaient que 38% il y a dix ans.
Mais aussi étrange que cela puisse paraître, ces jeunes révoltés de mai 68 qui ne savaient pas à l'époque, la chance qu'ils avaient de pouvoir travailler dès la sortie de l'école ou la fin de leurs études. Ces rebelles qui voulaient changer la société et le monde entier pour créer un monde plus libre et sans guerre. Eh bien cette génération qui jetait des pavés sur les flics, provoquait le pouvoir politique et réclamait plus de libertés. Aujourd'hui reste toujours très attachée à la famille et au travail et fait plus confiance aux institutions et à la justice que les plus jeunes.

