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Les tribulations du chercheur d’emploi moderne - AgoraVox le média citoyen
mercredi 26 juin 2013 - par pilou

Les tribulations du chercheur d’emploi moderne

Voici le texte d'une chronique que j'ai réalisé dans le cadre d'un podcast. Un style bien différent de mon précédent texte publié sur agoravox (L'éveil du pauvre d'esprit). Ce texte constitue un coup de gueule gratuit vis à vis de la situation que nous connaissons aujourd'hui en matière d'emploi. Les jeunes sont inexpérimentés, les vieux sont périmés. Que reste-t-il ??? Bref, j'espère que ça vous plaiera, bien que le texte puisse pas s'avérer séduisant pour tout le monde.

Il est 9 heure du matin et le réveil sonne comme une vaste blague. Celle de commencer la journée si tôt alors que je n’ai rien de prévu au programme. Et cette blague, elle ne me fait pas rire. Alors pour compenser cette profanation de mon sommeil pourtant fragile et instable, je lui rends la pareille en me jouant de lui. J’opère un geste très technique, digne des meilleurs prestidigitateurs. Un doigt glissé sur la surface tactile, dans le bon sens de préférence, et me revoilà tranquille jusqu’au lendemain.

La tête tourne, les yeux collent. Je tourne et retourne dans mon lit, esperant trouver le sommeil de nouveau. Mais en vain. Douce satisfaction cependant que de végéter sous la couette alors qu’il pleut dehors, et que la plupart de nos concitoyens se prennent la tête à aller bosser sans envie. Ils remplissent dès le matin les lignes bondées des RER pour affluer vers la capitale. Certains dorment, d’autres lisent, peu discutent alors que l’on écoute parfois sa musique pour se tirer des griffes de Morphée, toujours à l'affut.

Mais moi je ne suis pas comme eux...

Et j’ai laissé Morphée m’accueillir de nouveau, laissant place à la rêverie, à de belles images qui se succèdent sans que je ne les maitrise. Depuis que je n’ai plus à aller satisfaire une obligation pour un petit salaire ridicule et amputable à volonté, j’ai cédé au plaisir de retrouver mes rêves.

Toujours est-il, l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. Pour ma part, il faut que je me lève et je m’en fous de l’heure qu’il est. Un bref coup d’oeil sur le portable... Midi et quart. Ouff, j’ai échappé à l’ennui d’une matinée inutile. Se lever reste difficile lorsqu’on demeure sans but.

J’allume la lumière et voit l’état déplorable de ma chambre. Tant pis... je la rangerai demain.

Un caleçon plus tard, me voila devant mon bol de lait, mes deux tartines habituelles et mon rayon de soleil du matin : le jus d’orange.

Que vais-je bien pouvoir faire aujourd’hui ? Je me sentirai plus à même de répondre à cette question après avoir allumé l’ordinateur. Facebook, les mails, et tout ce qui te retient à une vie de plus en plus virtuelle. 

Pas de clients ? Dommage... j’aurai bien aimé. Mais en attendant, il va bien falloir trouver comment gagner sa vie pour prendre son envol. Avoir son chez soi, quelle belle utopie en région parisienne si tu refuses d’être parqué dans une boite de conserve à 600 balles par mois.

Bref, aujourd’hui c’est décidé, je cherche du boulot. Et étrangement, j’ai l’intime espoir de ne pas en trouver pour ne pas rejoindre ce système d’esclavage moderne. Mais a-t-on vraiment le choix ?

Aller c’est parti. Etant multi-casquette, je me balade sur plusieurs sites. Popole emploi mon cher ami, indeed, monster et autres jobboards à profusion. Adecco m’a laché, et j’ai monté ma boite, il faut bien se débrouiller seul désormais.

Première étape : repérer les offres grâce à des mots clé. Le bel espoir de trouver un job de photographe à temps plein me taquine, mais... à quel prix ? Comme d’hab, 9,43 de l’heure. Bon... bah on zappe. Qu’ils aillent au diable avec leur paie au lance pierre. Je me surprends même à contacter un recruteur en fustigeant son attitude déshonorante vis à vis de ma profession. Je ne m’attends même pas à avoir une réponse.

Puisque la photo ça ne marche pas, autant voir du côté de mes anciennes expériences professionnelles. Je trouve deux / trois offres, et les mets de côté. 

Deuxième étape : repérer la taille de la carotte. Etape très importante. Parmi les offres mises de coté, elle consiste à regarder d’abord le salaire, puis le lieu de travail, et enfin la mission confiée. C’est logique. A cette belle époque où être bilingue peut vous être payé 9,43 euros de l’heure sur 12 mois, il faut bien chercher les endroits où le foutage de gueule est moins prononcé. Et si c’est pas trop loin de chez soi, c’est encore mieux.

Soudain je la vois... Oh oui, Elle. Ma prêtresse. Mon idéale...

Mais non je déconne, je viens juste de trouver une offre à plus de 2000 balles brut par mois à 30 minutes de chez moi. Donc bon... c’est parti pour la lettre de motivation ou autrement appelée : lettre pourrie qui sert à rien, où il s’agit de brosser les poils de cul du recruteur dans le bon sens.

Madame Monsieur, bla bla bla. Votre annonce a particulièrement retenue mon attention bla bla bla. Je vous passe les détails. On finit sur une belle phrase de politesse dont tout le monde se branle. Et on signe. Et en fait, à ce moment là, on a plutôt envie d’écrire : Salut, je m’appelle Olivier. Ton poste il a l’air cool. Je te laisse mon phone et on en discute.

Mais malheureusement... ça ne marche pas comme ça. Faut bien laisser le plaisir aux RH de faire leur petit tri mesquins, omettant de donner sa chance à de jeunes gens sans expériences mais pas incompétents pour autant.

Je ne me fais cependant pas d’illusions. Même après plusieurs relances, je recevrai dans le meilleur des cas une belle lettre préconstruite attestant de l’honneur qui est fait à ce pervers de recruteur de me dire que j’ai un super dossier, mais que je dois être trop con pour qu’on daigne ne serait-ce que m’appeler.

Bon c’est cool, j’ai fait mon devoir, je pourrai percevoir mes allocations chômage le mois prochain. Sauf si popole se plante, ce qui arrive a peu près un mois sur trois.

Un ptit coup de facebook, et c’est parti pour la recherche de clients.

Quitte à avoir sa boite, autant essayer de la faire marcher. On check les petites annonces, on recherche des partenariats. Des mails, des mails, toujours des mails.... sans réponse.

Malgré la bonne volonté, il nous faut de nos jour un sacré coup de cul pour avoir l’extrême chance de gagner modestement sa vie. Vie délicieusement taxée et imposée pour t’amputer ton faible pouvoir d’achat et renflouer les institutions déjà riches à milliards.

Qu’il est beau ce système sur lequel nous n’avons pas de prise. Bref, je m’égare, mais ça fait du bien de le crier haut et fort.

Ce qui m’attriste, c’est qu’un jour, le jour ou l’indépendance sonnera à ma porte, ce jour là, je serai comme eux...



5 réactions


  • subliminette subliminette 26 juin 2013 10:44

    Salut Pilou,

    Ah c’est dur le métier de photographe  !
    Sauf pour certains : il y a plusieurs photographes payés par l’assemblée nationale. A quoi faire, ça je l’ignore, mais ils sont super bien payés et ils ne doivent pas être morts de fatigue le soir.

    Un conseil : au lieu de chercher du boulot, cherche plutôt du piston.

    Bonne chance


    • dominominus Dominique GOUTARD 27 juin 2013 08:03

      Les parlementaires narcissiques ont du fric pour avoir des photos d’eux-mêmes. Cela les rassure car ils ont « réussi » leurs vies !


  • Brice Bartneski bartneski 26 juin 2013 15:41

    Bonjour,

    faute d’être esclave, vous voilà libre. Profitez en. C’est rare et chère la liberté.


  • ETTORE ETTORE 27 juin 2013 11:52

    Oui ! c’est exactement ça !

    et on rêve à un autre monde où nous aurions une utilité « humaine » !
    peut être que ce monde arrivera, enfanté enfin par ceux qui ,aujourd’hui, malheureusement sont laissés dans leurs rêves dit « improductifs ».

  • pilou 27 juin 2013 15:45

    Bonjour à tous et merci pour vos commentaires

    @ sublimette : Et oui c’est rude, mais je ne m’abaisserai pas à photographier ceux que j’exècre. Stupidité ou éthique personnelle ? Ma vision est vite trouvée. Cependant, le piston... mouais. Il parrait qu’on appelle ça le réseau aujourd’hui ahah

    @ Bartneski : On peut dire ça comme ça. Ça a son lot de contraintes également malheureusement. Comme quoi tout s’équilibre tôt ou tard

    @ Ettore : Je ne crois pas qu’il faille attendre, mais plutôt agir. Avant l’heure c’est pas l’heure, mais ça n’empêche pas de préparer le terrain de demain. Et en ce sens, agoravox est une parfaite illustration de cela.


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