vendredi 21 février 2014 - par GHEDIA Aziz

Lettre ouverte aux intellectuels algériens

L’Algérie se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Alors, il est très urgent, me semble-t-il, que tout ce que le pays recèle de cadres et d’intellectuels de tous bords s’implique, d’une manière franche et directe, dans le débat politique. Il est admis qu’actuellement, contrairement aux années 60 qui ont suivi l’indépendance du pays, l’Algérie dispose d’énormes potentialités humaines de grande valeur morale et intellectuelle, non seulement en intra muros mais aussi éparpillés aux quatre coins du globe.

C’est à cette catégorie d’algériens que je m’adresse, ici, dans cette lettre ouverte, dictée par ma seule conscience d’algérien jaloux et inquiet en même temps du devenir de son pays. Personne n’ignore qu’un verset coranique stipule ce qui suit : « Dieu ne changera rien dans la situation des hommes s’ils ne changent pas ce qui est en eux » (Coran, Ar Ra’ad, Le tonnerre, sourate XIII verset 11).

Partant de ce principe si simple dans son application, il m’a semblé très utile de m’adresser, par le biais de cette lettre ouverte, à vous, mes chers compatriotes, car je sais pertinemment, qu’ensemble, par nos interventions publiques à travers les médias nationaux et pour pas aussi ( ?) étrangers, nous arriverons facilement à renverser la vapeur et à détourner le cours de l’Histoire de l’Algérie qui s’oriente tout doucement mais inexorablement vers une catastrophe.

Jugez-en.

L’Algérie a plus de cinquante ans d’indépendance. Ce n’est peut-être rien à l’échelle de l’Histoire. Mais, faut-il le reconnaître, c’est l’âge adulte pour un peuple qui a eu à mener l’une des plus grandes et des plus glorieuses guerres du siècle passé. C’est même beaucoup pour un peuple qui aspirait, dès l’indépendance acquise, à construire un Etat- Nation avec des valeurs démocratiques héritées de son combat libérateur, valeurs démocratiques écrites noir sur blanc par des hommes lucides et intègres de ce pays lors du congrès de la Soummam. Avec le temps, force est d’admettre que ces valeurs se sont délitées à tel point qu’aujourd’hui, le parti, sous la bannière duquel les algériens de l’ancienne génération s’étaient regroupés pour mettre dehors l’ancienne puissance coloniale, en vient à porter sévèrement atteinte à l’un des piliers de notre défense nationale, le DRS.

Mais, le problème ne s’arrête pas là.

Il est vrai que cette sortie médiatique du SG du parti auquel on fait allusion ici a été sévèrement réprimée par des hommes et des femmes qui restent, malgré tout, attachés aux valeurs de Novembre. Cette déclaration inopportune et provocatrice a fait couler beaucoup de salive et beaucoup d’encre. La presse dans toute sa globalité, publique et privée, en a fait état régulièrement et pendant plusieurs jours de suite. Elle a même fait réagir, au dernier moment peut-être, un peu tardivement selon certains, le premier magistrat du pays, Abdelaziz Bouteflika, par le biais d’un communiqué lu à la télévision nationale. Et comment pourrait-il en être autrement ? L’on sait très bien que l’homme est malade …et bien malade, incapable même de prononcer le moindre mot du fait des séquelles cognitives liées à son AVC du 27 avril de l’année 2013. Et pourtant, et c’est là que le bât blesse, il se trouve que certains partis politiques, pour des raisons d’intérêts personnels propres à leurs chefs (qui font parti du gouvernement actuel), essayent par tous les moyens illégaux et non pas légaux de nous convaincre ou plutôt de convaincre certains algériens naïfs et probablement sans culture politique, qu’en dehors de Fakhamatouhou, il n y’a point d’hommes en Algérie capables de relever le défi et par conséquent point de salut pour l’Algérie.

Cela est grave.

De ce fait, il me semble qu’il est du devoir des intellectuels algériens, qui sont pour un changement politique pacifique en Algérie, d’apporter la contradiction à ces laudateurs, à ces thuriféraires, en expliquant de façon calme et posée qu’en démocratie, la règle principale est l’alternance au pouvoir, qu’il est temps que l’ancienne génération, qu’on n’a, du reste, jamais cessé de remercier pour sa participation à la lutte d’indépendance nationale, est arrivée aujourd’hui à ses limites tant politiques que physiques et biologiques, et qu’elle doit passer le flambeau à la nouvelle génération. Le président actuel lui-même l’avait reconnu, lors de son fameux discours du 8 mai 2012, à Sétif, en disant, texto, en dialecte algérien, « ma génération tab djenanha ». Quand un président en arrive à tenir, publiquement, un tel langage, cela veut tout dire. Et cela, bien avant qu’il ne tombe gravement malade. Sa maladie, son handicap physique, sa disparition de la scène politique, hormis quelques séquences vidéo montées avec bricolage et amateurisme et qui, malgré tout, montrent un homme au regard hagard, figé dans la position décrite dans les livres de médecine de « le malade fuit sa paralysie et regarde sa lésion », ne sont pas faits pour arranger les choses. Toujours est-il qu’à cette occasion nous lui réitérons notre vœu sincère de le voir complètement rétabli et nous lui souhaitons longue vie au milieu de ses proches et de sa famille. 

Mais, accepter que le pays soit gouverné pour les prochaines cinq années par un tel homme est un non sens, je dirai même une insulte à ce peuple qui a vaincu le colonialisme français et le terrorisme islamiste.

Beaucoup d’algériens sérieux et sincères, qu’ils soient au fait de la chose politique ou simple profanes, réclament, aujourd’hui, l’instauration de la 2° République. Que cela soit. Que la 2° République naisse en ce 17 avril 2014 sans forceps et sans césarienne. Sans souffrance et sans effusion de sang.

 

GHEDIA Abdelaziz, membre fondateur de Jil jadid.



15 réactions


  • claude-michel claude-michel 21 février 2014 16:49

    Khaled Hadj Brahim....un intellectuel..vous êtes sur.. ?


  • ablikan 21 février 2014 22:48

    Je suis pas trop bête et algerien d’origine, je me permet une usurpation de la qualité d’« intellectuel algerien » pour vous répondre.

    >en démocratie, la règle principale est l’alternance au pouvoir

    La democratie, c’est le pouvoir par le peuple, c’est ca la regle principale, pas que ca tourne, sinon tu changes un tres bon pour un pas bon juste parce que alternance ? C’est completement con... Non l’alternance c’est plutot un genre de deguisement de la dictature financiere, car en effet tout s’achete, medias, partis, votes... ah non pas le hasard en fait...


    • GHEDIA Aziz GHEDIA Aziz 22 février 2014 13:14

      Quand je parle de l’alternance au pouvoir, cela suppose, ça va de soi, que le peuple doit être libre de choisir ses représentants ou son président. Je ne parle pas d’une « présidence tournante » comme cela se pratique, par exemple, dans l’Union européenne. Or, il se trouve qu’aujourd’hui, en Algérie, on veut nous imposer le 4° mandat de Bouteflika.


  • Serpico Serpico 21 février 2014 23:14

    Votre article est un entassement de formules, de clichés, de phrases toutes faites et de lieux communs :

    « L’Algérie se trouve à la croisée des chemins »

    « l’Algérie dispose d’énormes potentialités humaines de grande valeur morale et intellectuelle »

    « l’âge adulte pour un peuple qui a eu à mener l’une des plus grandes et des plus glorieuses guerres du siècle passé »

    etc.

    On a l’impression de lire une compilation de tous les journaux algériens. Votre parti comme la plupart des autres partis ne représente que lui-même.

    Vous faites les lièvres, vous vous décarcassez pour avoir une visibilité politique qui ne servira qu’à prendre des postes. Une bande de malfaisants qui ne produisez rien : ni sur le plan politique, ni sur aucun autre plan. Le vide total. Aucune pensée, aucun projet valable de société.

    Et vous osez essayer de parler aux intellectuels ?

    mais vous croyez que les intellectuels forment un parti ? une association ? un lobby ?

    Quoi ?

    Vous parlez pour parler. Vous faites comme n’importe quel tocard de base à moitié assommé par sa propre ignorance : vous imaginez un monde bizarre où les intellectuels, les politiques, les citoyens, les voyous, les fous...forment des blocs organisés.

    Parlez à votre base si elle existe et arrêtez de prendre les gens pour des quilles.


    • GHEDIA Aziz GHEDIA Aziz 26 février 2014 15:32

      Serpico, je peux vous assurer qu’effectivement, nous avons une base militante. Elle nous soutient du mieux qu’elle peut. Preuve en est que nous avons aisément collecté les 60.000 signatures exigées par le Conseil constitutionnel algérien de chaque candidat aux élections présidentielles. Mais, malheureusement, nous allons prendre la décision de nous retirer de cette « mascarade ».


    • Serpico Serpico 26 février 2014 19:37

      Très bonne décision. Y participer serait carrément de la complicité et ne servirait qu’à faire monter le taux de participation.

      Ni vote, ni vote blanc : un boycott tout simplement.


  • Pinochet 22 février 2014 12:42

    Le DRS a été et sera toujours l’appareil répressif du pouvoir algérien. Ses échec sont nombreux et ses victimes en centaines de milliers. Vous n’êtes pas moins monstrueuse que ses criminels et ses tortionnaires. Une aveugle comme vous ne peut pas trouver écho chez les vrais intellectuels. Vous ressemblez aux fans et aux apologistes de Pinochet. Tant que le DRS ne soit pas contrôlé et ne rend pas compte au peuple de ses actions, l’impunité sera son nom et dictature sera celui de l’Algérie.


  • serge42 serge42 22 février 2014 14:26

    Et si me peuple faisait sa deuxième (ou première) révolution ?
    Aidé en cela, comme vous le dites par les Algériens de l’immigration !
    Vous dressez un état des lieux que d’aucun critique sur ce forum, mais vous avez le mérite de le faire, certes à votre façon et surement avec des erreurs, mais c’est mieux que rien.
    Le peuple algérien est-il prêt à faire bloc comme contre pouvoir, ou bien se laissera-t-il berner une fois de plus par les discours nationalistes de ses dirigeants ?
    Telle est la question.
    L’avenir nous le dira, mais j’ai bon espoir.
    Bien à vous monsieur Ghedia.


    • Serpico Serpico 26 février 2014 14:58

      « Aidé en cela, comme vous le dites par les Algériens de l’immigration »

      ----****************

      Oui, parce que les blédards sont complètements nuls. Des indigènes mal rabotés ?

      C’est ça ?


  • antyreac 22 février 2014 14:31

    L’Algérie est un état islamique qui ne dit pas son nom 

    bref elle est plutôt dans une mauvaise malgré son potentiel

  • Jamalus Jamalus 22 février 2014 16:25

    Plus les années passent plus on se rend compte que l’Algérie aurait du rester française. Ceux qui l’on « libérer » sont toujours là et ils n’ont pas réussi à mettre le pays sur les rails et donner un avenir à la jeunesse malgré les formidables richesses de son sous sol qui ne profite qu’aux galonnés et à leur familles immensément riches


    • Serpico Serpico 26 février 2014 14:59

      Gloire à la colonisation ! c’était le paradis finalement !

      Vous rendez-vous compte de vos propos ignobles ?


  • Constant danslayreur 26 février 2014 20:41

    Ah d’accord ... il y a des élections en Djazairie ... tout sesplik smiley

    Plus sérieusement, je ne comprends pas votre démarche Hakim. L’un des premiers à avoir réagi et plutôt violemment à l’annonce de la candidature de Boutef a été votre champion pour dire, si ça se confirme nous nous retirerons.

    Déjà de quel droit, sauf à être soi même une graine de dictateur de la pire espèce, prendre une décision aussi importante comme ça sans en référer à sa base que vous dites large...

    Ensuite, une fois qu’il a dit cela que lui reste-t-il à dire d’autre sur ces élections et dans ce cas pourquoi votre billet ? Aurait-il regretté d’avoir ... réagi trop vite, se tâterait-il pour envisager d’autres possibilités de contrer le système ou plus probablement des gens raisonnables dans votre genre l’auront convaincu de se calmer un peu et de reculer quitte à se dédire, d’attendre et de voir...

    Je n’aime pas ce genre d’hésitations pas à un tel niveau -possible de responsabilité-. La candidature de Boutef était très probable et il devait s’y attendre suffisamment pour préparer une bien meilleure réponse politique que ce qu’aura été la sienne.

    Le RCD par exemple est autrement plus tranché, avec ou sans Boutef ils n’iront pas aux élections et ils disent pourquoi.

    D’autres iront quand même et ils essayent de dire pourquoi aussi, mais dire puisqu’untel fusse-t-il Boutef se présente et bien je ne joue plus, na je boude ou alors c’est de la triche ou que sais-je encore, n’importe qui peut réagir puérilement ou en défaitiste d’avant-même la bataille comme ça et votre champion n’est pas censé être n’importe qui.

    Sur le reste assez d’accord avec vous, Boutef aurait du partir dans la dignité en faisant son dernier devoir : s’assurer que les élections se fassent à la loyale et assoient une vraie volonté populaire en dehors de lui et de ses proches.
    ça n’a pas été son choix dommage mais je lui garderai mon respect n’en déplaise à qui ça déplaira car il reste l’artisan de la paix et de l’après terrorisme dans mon pays.

    Maintenant pour les élections en tant que telles... désolé... je ne vote plus depuis un moment déjà.    


    • Constant danslayreur 28 février 2014 10:18

      Bonjour Hakim
      Talentueux Sakhri face à un dinosaure et à un journaliste acquis à la cause
      ... cela dit ... agité et excessif quand même, pas du tout l’impression que j’avais de votre parti, vous savez, c’est un vrai projet que les gens attendent, trop miser sur le « pouvoir pourri », d’autres partis font ça depuis des années et sont complètement inaudibles.

      Vous devriez vous inscrire dans la durée et essayer de convaincre l’Algérie profonde qui n’est pas du tout l’Alger intellectuel ou la jeune Algérie des caricatures Facebook.

      Quant aux élections, accrochez-vous, battez-vous à la loyale, faites entendre votre voix et connaître votre projet, ce devrait être votre seule priorité parce que se retirer violemment, c’est - aussi - dire au peuple qu’en fait avec Boutef je sais que je n’ai aucune chance de gagner or c’est tout de suite que je veux le pouvoir et ça, c’est trot tôt Monsieur, Boutef ou pas.

      Je ne sais plus qui disait qu’en France il fallait 20 ans pour faire un président, Boutef risque de clamser avant même les élections comme chacun de nous d’ailleurs, il ne devrait pas être votre problème, luttez, communiquez, convainquez les algériens ensuite on en reparle dans cinq ans ou même avant, ça ne tient qu’à vous.

       


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