lundi 30 novembre 2009 - par Tristan Valmour

Lettre ouverte du plus grand des Français aux députés de la Nation

Messieurs les députés de la Nation, je vous fais part du discours qu’un ami, le plus grand des Français, a rédigé à votre intention. Cet homme unique, vous ne pouvez l’ignorer, incarne l’identité nationale mieux qu’aucun autre, et je vous prie de l’écouter. Et s’il souhaite de nouveau prendre la parole, c’est parce que personne ne l’a remplacé. Les lâches se taisent lorsque la France se meurt.

« Messieurs,

Il faut profiter du silence imposé aux passions anarchiques pour donner la parole aux intérêts populaires. Il faut profiter de l’ordre reconquis pour relever le travail, pour créer sur une vaste échelle la prévoyance sociale ; pour substituer à l’aumône qui dégrade l’assistance qui fortifie ; pour fonder de toutes parts, et sous toutes les formes, des établissements de toute nature qui rassurent le malheureux et qui encouragent le travailleur ; pour donner cordialement, en améliorations de toutes sortes, aux classes souffrantes, plus, cent fois plus que leurs faux amis ne leur ont jamais promis ! […]

 Il faut […] donner à cette assemblée pour objet principal l’étude du sort des classes souffrantes, […] environner cette étude de solennité, tirer de cette étude approfondie toutes les améliorations pratiques et possibles ; substituer une grande et unique commission de l’assistance et de la prévoyance publique à toutes les commissions secondaires qui ne voient que le détail et auxquelles l’ensemble échappe ; placer cette commission très-haut de manière à ce que l’on l’aperçoive du pays entier ; réunir les lumières éparses, les expériences disséminées, les efforts divergents, les dévouements, les documents, les recherches partielles, les enquêtes locales, toutes les bonnes volontés en travail, et leur créer ici un centre, un centre où aboutiront toutes les idées et d’où rayonneront toutes les solutions ; faire sortir pièce à pièce, loi à loi, mais avec ensemble, avec maturité, des travaux de la législature actuelle le code coordonné et complet, le grand code chrétien de la prévoyance et de l’assistance publique ; en un mot, étouffer les chimères d’un certain socialisme sous les réalités de l’Évangile.

Je viens de dire : les chimères d’un certain socialisme, et je ne veux rien retirer de cette expression, qui n’est pas même sévère, qui n’est que juste. […] Il y a des détresses très vives, très-vraies, très-poignantes, très-guérissables. Il y a enfin, et ceci est tout à fait propre à notre temps, il y a cette attitude nouvelle donnée à l’homme par nos révolutions, qui ont constaté si hautement et placé si haut la dignité humaine et la souveraineté populaire, de sorte que l’homme du peuple aujourd’hui souffre avec le sentiment double et contradictoire de sa misère résultant du droit. […]

Je ne suis pas, Messieurs, de ceux qui croient qu’on peut supprimer la souffrance en ce monde, la souffrance est une loi divine, mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu’on peut détruire la misère.

Remarquez-le bien, Messieurs, je ne dis pas diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire, je dis détruire. La misère est une maladie du corps social comme la lèpre était une maladie du corps humain ; la misère peut disparaître comme la lèpre a disparu. Détruire la misère ! Oui, cela est possible ! Les législateurs et les gouvernants doivent y songer sans cesse ; car, en pareille matière, tant que le possible n’est pas le fait, le devoir n’est pas rempli.

La misère, Messieurs, j’aborde ici le vif de la question, voulez-vous savoir où elle en est, la misère ? Voulez-vous savoir jusqu’où elle peut aller, jusqu’où elle va, je ne dis pas en Irlande, je ne dis pas au Moyen-âge, je dis en France, je dis à Paris, et au temps où nous vivons ? Voulez-vous des faits ?

 Mon Dieu, je n’hésite pas à les citer, ces faits. Ils sont tristes, mais nécessaires à révéler ; et tenez, s’il faut dire toute ma pensée, je voudrais qu’il sortît de cette assemblée, et au besoin j’en ferai la proposition formelle, une grande et solennelle enquête sur la situation vraie des classes laborieuses et souffrantes en France. Je voudrais que tous les faits éclatassent au grand jour. Comment veut-on guérir le mal si l’on ne sonde pas les plaies ?

Voici donc ces faits :
Il y a dans Paris, dans ces faubourgs de Paris que le vent de l’émeute soulevait naguère si aisément, il y a des rues, des maisons, des cloaques, où des familles, des familles entières, vivent pêle-mêle, hommes, femmes, jeunes filles, enfants, n’ayant pour lits, n’ayant pour couvertures, j’ai presque dit pour vêtements, que des monceaux infects de chiffons en fermentation, ramassés dans la fange du coin des bornes, espèce de fumier des villes, où des créatures humaines s’enfouissent toutes vivantes pour échapper au froid de l’hiver.

[…]
Eh bien, messieurs, je dis que ce sont là des choses qui ne doivent pas être ; je dis que la société doit dépenser toute sa force, toute sa sollicitude, toute son intelligence, toute sa volonté, pour que de telles choses ne soient pas ! je dis que de tels faits, dans un pays civilisé, engagent la conscience de la société toute entière ; que je m’en sens, moi qui parle, complice et solidaire, et que de tels faits ne sont pas seulement des torts envers l’homme, que ce sont des crimes envers Dieu !

Voilà pourquoi […] je voudrais que cette assemblée, majorité et minorité, n’importe, je ne connais pas, moi de majorité et de minorité en de telles questions ; je voudrais que cette assemblée n’eût qu’une seule âme pour marcher à ce grand but, à ce but magnifique, à ce but sublime, l’abolition de la misère !

Et, messieurs, je ne m’adresse pas seulement à votre générosité, je m’adresse à ce qu’il y a de plus sérieux dans le sentiment politique d’une assemblée de législateurs ! Et à ce sujet, un dernier mot : je terminerai là. […]

Vous n’avez rien fait, j’insiste sur ce point, tant que l’ordre matériel raffermi n’a point pour base l’ordre moral consolidé ! Vous n’avez rien fait tant que le peuple souffre ! Vous n’avez rien fait tant qu’il y a au-dessous de vous une partie du peuple qui désespère ! Vous n’avez rien fait, tant que ceux qui sont dans la force de l’âge et qui travaillent peuvent être sans pain ! tant que ceux qui sont vieux et ont travaillé peuvent être sans asile ! tant que l’usure dévore nos campagnes, tant qu’on meurt de faim dans nos villes, tant qu’il n’y a pas des lois fraternelles, des lois évangéliques qui viennent de toutes parts en aide aux pauvres familles honnêtes, aux bons paysans, aux bons ouvriers, aux gens de cœur ! Vous n’avez rien fait, tant que l’esprit de révolution a pour auxiliaire la souffrance publique ! Vous n’avez rien fait, rien fait, tant que dans cette œuvre de destruction et de ténèbres, qui se continue souterrainement, l’homme méchant a pour collaborateur fatal l’homme malheureux !

Vous le voyez, Messieurs, je le répète en terminant, ce n’est pas seulement à votre générosité que je m’adresse, c’est à votre sagesse, et je vous conjure d’y réfléchir. Messieurs, songez-y, c’est l’anarchie qui ouvre des abîmes, mais c’est la misère qui les creuse. Vous avez fait des lois contre l’anarchie, faites maintenant des lois contre la misère !  »

Victor Hugo, discours à l’Assemblée, 9 juillet 1849

 

Il y a 150 ans, c’était aujourd’hui. Vous n’avez rien fait, vous n’avez rien fait, vous n’avez rien fait. Rien d’autre que de vous taire devant la France qu’on pille et qu’on tue, qu’on viole sans retenue. Vous ne serez même pas comptables de votre silence ou complicité devant l’Histoire, que l’on supprime du programme des lycées. A l’immunité parlementaire répond maintenant l’immunité de la mémoire. A la trahison des élites répond la traîtrise des édiles. Certes, pourquoi vous en priver ? Les Français se taisent et se terrent, attendant que le voisin tombe le premier quand il y a 150 ans, ils se seraient tous élevés comme un seul homme. Quand ils étaient de vrais Français, fils de la Révolution. Quand la solidarité était encore une valeur française. Mais la propagande a gagné. Six millions de chômeurs, c’est six millions de fainéants. Il faut travailler plus pour gagner plus. Le fonctionnaire à 1200 euros par mois est privilégié quand le grand patron à 2 millions par an est méritant. Et il faut un bouclier fiscal pour protéger ces pauvres Français du Crillon quand il est légitime de ne plus rembourser les médicaments de confort parce que le peuple, lui, n’a plus droit au confort. Rien de plus normal, il y a des choix à effectuer. Priorité au Président, à ses douches, à ses bouches, à sa couche. Priorité à vos émoluments qui ont augmenté de 50%. Priorité à la France qui triche sur la France qui trime ou qui trinque.

Et Hugo n’est plus. Demeurent seuls de petits intellectuels qui n’élèvent la voix que pour défendre un cinéaste accusé de viol sur mineur. Après tout, la misère n’est pas intéressante, on s’y est habitué. Et Hugo n’est plus.
 
 


7 réactions


  • Voris 30 novembre 2009 11:51

    Hugo n’est plus mais les misérables sont de plus nombreux. Coluche n’est plus mais les Restos du coeur sont de plus en plus nombreux. La misère ne sera pas détruite : elle sera généralisée et amplifiée.

    Il ne faut pas oublier que Victor Hugo s’adressait alors à des députés libres et pas à un régiment de pantins soumis au diktat d’un chef unique.


    • Krusty Krusty 1er décembre 2009 11:46

      (Voris) « Coluche n’est plus mais les Restos du coeur sont de plus en plus nombreux. »

      Je vous trouve un peu injuste avec mon saigneur sur ce coup la...S’il est le premier à alimenter les Restos en pauvres grâce à sa politique sociale c’est surtout pour que sa femme puisse chanter (hem...) l’hiver venu devant un public sans se trouver fort dépourvue de spectateurs en cette période de crise...

      Notre président a quand même le droit d’être amoureux, non ???

      Sinon excellent l’article...


  • jaja jaja 30 novembre 2009 12:15

    « Le fonctionnaire à 1200 euros par mois est privilégié quand le grand patron à 2 millions par an est méritant. »

    Rien que pour cette phrase je plusse votre article....Même si je préfère Louise Michel à Victor Hugo....


  • Blé 30 novembre 2009 13:34

    Sarko préfère la lettre de Guy Môquet à faire lire aux jeunes que c beau discours de Victor Hugo, ce n’est pas un hasard.

    Aujourd’hui encore plus qu’hier, les richesses cumulées dans ce monde permettent d’éradiquer la misère, la faim et grandes quantité s de maladie. Malheureusement les pauvres le savent mieux que les riches.

     Le dieu $, le dieu £ et le dieu € , le dieu yen via les marchés financiers en ont décidé autrement.
    Le totalitarisme ne se conjugue pas au futur, il se conjugue tous les jours au présent plus ou moins sur les 5 continents.


  • ddacoudre ddacoudre 30 novembre 2009 21:30

    bonjour valmour

    excellent, victor Hugo n’est plus, mais la télé est là pour le plus grand malheur des pauvres qui ne cessent de la regarder avec leur envie refoulé qui transposent dans l’illusoire espérance qu’elle leur vend en contre partie de leur soumission. la lutte contre la misère se trouve là et non dans un quelconque hémicycle, il est urgent qu’une opposition informative naissent. est-ce que les médias inter actif y parviendront ?

    cordialement.


  • Lorenzo extremeño 1er décembre 2009 12:38

    Merci á Valmour pour ce texte de Victor Hugo et cette phrase sublime :

    « c’est l’anarchie qui ouvre des abîmes,mais c’est la misére qui les creuse »

    Alors faut il encore davantage de misére,pour que le peuple se révolte ?
    Mais comme le dit fort justement ddacoudre,la télé est la pour le plus grand malheur des pauvres.
    Lobotomisés par les faux débats,les émissions pipole et le foot.
    Dans l’hémicycle, Dosiere fait les comptes,çá n’a l’air de n’émouvoir personne,et les
    articles sur Avox sur le sujet, derniérement ont peu de commentaires.....

    Ceci dit les médias interactifs donnent des coups de pied dans la fourmiliére qui
    dérangent,il me semble de plus en plus.La tendance est que les médias traditionnels
    ne peuvent plus ignorer ce qui se dit sur le net ,les blogs critiques qui analysent
    la situation autrement que la soupe de la télé, souhaitons que ces voix s’amplifient.

    Cordialement.


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