Lévi-Strauss nous ramène au symbolique. Mur, Poste, CPE, Identité… tout est symbole
Le symbole tire son origine sémantique du grec. Il représente un signe de reconnaissance formé par les deux moitiés d’un objet brisé qui mis face à face, se correspondent et de ce fait, signale que les deux possesseurs d’une moitié peuvent se reconnaître comme ayant passé un contrat, une alliance.
Plus tard, la notion de symbole prendra un sens élargi. Dans la terminologie latine, le symbole représente autre chose en vertu d’une correspondance analogique. Cette signification n’a cessé de s’élargir. Un symbole renvoie à un contenu surdéterminé. Il englobe et il rassemble. Le symbolique est opposé au diabolique qui lui, sépare, isole, scinde.
Le symbole rassemble y compris quand ce qui est inclus reste à l’état d’indétermination en tant que forme tout en épousant un contenu assigné. Le symbole, en tant qu’il est transcendé par ce qu’il représente, a le plus souvent été employé dans la sphère du religieux puis du politique. La croix, l’étoile de David, ou alors le drapeau symbole de la Nation. Les symboles restent mais leur contenu se déplace car les sociétés évoluent et se transforment. Chacun ajoute au symbole ce qu’il croit être englobé sous ce signe si énigmatique qui rassemble les singularités sous l’égide de l’universel. Car c’est bien le rôle du symbole que de signifier, bien plus que la notion, et dans un registre autre que le concept, le sens des choses qui se partage et se propage comme un noyau stable dans un monde soumis au temps, au multiple, à la dispersion et au chaos. On a pu assigner au symbolique de nombreuses fonctions ayant toute traits à la personne ou à la spiritualité. Par exemple les effets psychomagiques et psychagogiques sur l’inconscient. Ou encore des fonctions interprétatives, de nature équivalente à celle procurée par le mythe, livrant ainsi la présence de choses impossibles à percevoir ou alors qui ont été et sont sorties du champ perceptif. Enfin, le symbole, en tant qu’il assemble et réunit, sert de lien social évident, et le cas échéant, il se pare des vertus universalistes, signifiant de ce fait un lien transcendant réunissant les immanences individuelles.
Le symbolique, nous l’avons vu en œuvre récemment. La chute du mur est un symbole. La lutte contre le CPE fut conduite au nom du symbole de l’égalité et de l’universalité porté par un peuple voyant dans ce contrat nouveau le signe d’un apartheid social plaçant les jeunes dans un ghetto légal insupportable aux yeux des partisans de l’égalité. La résistance face à la privatisation de la Poste, si elle a des horizons pratiques, notamment le maintien des bureaux de proximité, repose également sur le statut symbolique puissant, inscrit dans la tradition, du service public à la française et du modèle social auquel les citoyens sont attachés. Au point que des millions de Français participent à la votation, puis adressent à l’Elysée une carte postale dédiée à la Poste.
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Nous voyons en œuvre un schéma symbolique dont la structure fondamentale est binaire, constituée d’une opposition, comme dans le mythe ainsi que l’avait explicité Lévi-Strauss. La Poste n’est certes pas un mythe mais elle est devenue sacrée et si opposition il y a dans le symbole et la résistance qu’elle suscite face à la privatisation, alors cette opposition place aux extrémités du symbole aimanté deux pôles, le Public et le Privé. Gageons qu’Eric Besson joue également sur le symbole de la Nation, en lançant le débat sur l’identité française dont l’aimant présente deux pôles, le Français et le non-Français. Il sera question de retravailler le symbole de l’identité française et l’on devine pourquoi, dans le contexte de la mondialisation et de la dilution des cultures par la surmédiatisation des sociétés. Autant dire que la pensée de Lévi-Strauss est d’actualité. La structure polarisée des symboles renvoie à la dynamique de l’esprit, à la structuration de la personnalité sociale et enfin, aux conflits possibles résultant de ces polarisations. Cela dit, il existe aussi des symboles non polarisés. Ce sont les plus universels. Mais revenons à cette identité française. Là se joue la ruse du symbole. Sous prétexte d’unifier, Besson risque de jouer sur les éléments polaires et de ce fait, l’identité du symbole français, naguère universaliste, risque de s’inverser en passant dans le diabolique.
En conclusion, l’œuvre de Lévi-Strauss, comme celle de Jung, Mauss ou de Dumézil, ne doit pas sombrer dans la muséification mais se renouveler et trouver son utilité pour d’abord montrer que des choses essentielles à la société ne sont pas forcément visibles et que le symbolique est quelque part un lieu de sens et de partage aussi puissant sinon plus, que notre bon vieux langage. Un chercheur a d’ailleurs analysé la crise sanitaire de la grippe aviaire et du Sras en appliquant à Hong-Kong un schéma issu de l’anthropologie de Lévi-Strauss. Le symbole signifie sans pour autant parler. Il représente une force agissant dans l’Esprit, s’articulant avec les champs discursifs mais jouant sur un autre plan, avec sa spécificité et son organisation particulière. Rejoignant ainsi le domaine de l’art auquel était si attaché Lévi-Strauss et d’ailleurs, l’art a connu un mouvement symboliste à la fin du 19ème siècle.
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« Toute culture peut être considérée comme un ensemble de systèmes symboliques au premier rang desquels se placent le langage, les règles matrimoniales, les rapports économiques, l’art, la science, la religion. Tous ces systèmes visent à exprimer certains aspects de la réalité physique et de la réalité sociale, et plus encore, les relations que ces deux types de réalité entretiennent entre eux et que les systèmes symboliques eux-mêmes entretiennent les uns avec les autres » (Lévi-Strauss, Introduction à l’œuvre de Marcel Mauss)


