vendredi 5 mars 2010 - par Raphael JORNET

Libéralisme : sympathy for the devil

Allez savoir pourquoi je pensais encore à lui. Sûrement à cause du tsunami électoral qui allait le submerger en Région Centre en un printemps naissant et les effets collatéraux qui allaient en découler pour son avenir ministériel. J’avais dû me dire qu’un des premiers effets serait qu’il arrêterait de faire des bêtises libérales. Ça avait été plus fort que lui, il avait fallu qu’il essaie ses potions. Le deal avec Sarkozy avait dû être celui-là.

On connaît le bonhomme, il fera des bêtises jusqu’à la fin, des bêtises libérales s’entend, qui perpétuent et développent -sous couvert de liberté- l’inégalité de traitement entre les citoyens, rien que ça.

Nous garderons tous le souvenir de la rigolade de la baisse de la TVA dans la restauration. Mais il y encore cette autre « réforme » qui ne tardera pas à poser des problèmes : le statut d’auto entrepreneur. L’Union SNUI-Sud Trésor (pièce PDF attachée) l’a sèchement critiqué, dans son communiqué du 5 janvier dernier sous le titre « sous couvert de simplification, dépecer l’impôt sur le revenu... » : les mesures votées n’ont rien à voir avec une simplification mais « ...elles aboutissent à imposer différemment l’auto entrepreneur des autres contribuables, notamment des salariés. ». Encore une déconnexion d’avec le droit commun.

Alors, je voulu en savoir plus : que mijotait-il encore, à la veille de partir ?

Un contact. Je voulais un contact. On se serait rencontré, on aurait chanté un peu, et puis, au détour du refrain j’aurais dit : « Pleased to meet you / Hope you guess my name ». Mais je n’avais aucune chance.

J’allai sur le Portail du gouvernement, cherchant qui cornaquait sa communication. C’était « Aurore LONGUET ». Les Echos.fr allaient m’indiquer qu’Aurore Longuet avait vingt-huit ans en 2007, était « titulaire d’une maîtrise de sciences de gestion de Paris-Dauphine, d’un DESS médias et télécoms de la même université et d’un MBA de l’American University (Washington, DC), avait été analyste économique chez SFR, consultante chez EuroRSCG C&. ». Impressionnant.

 Mais encore ? Sur Facebook, ayant lu qu’elle était fan de Novelli et de Gérard Longuet, je compris pourquoi, étant la fille de Gérard, elle travaillait avec Hervé. Comme les hasards s’enchaînaient, vous allez voir que nous ne faisions que survoler l’iceberg.

Vous saviez, vous, que les professions libérales avaient le sentiment d’être oubliées par le gouvernement Fillon à cause d’Hervé Novelli qui s‘était « focalisé sur le lancement du statut d’auto entrepreneur (et) avait délaissé les professionnels libéraux » ?

C’est cette remarque qui a dû pousser Hervé Novelli, secrétaire d’État chargé du Commerce, de l’Artisanat et des PME à agir pour « améliorer la compétitivité des professions libérales », lesquelles convenaient pudiquement que, comme les autres entrepreneurs, elles avaient bénéficié de la simplification de l’environnement » dans les années passées, mais qu’il fallait passer aux choses sérieuses. C’est-à-dire règlementer  !

Avant que la révolte gronde chez ces groupies du Président, il fallait vite créer un groupe, un comité ou autre structure, pour y réfléchir. Le ministre Novelli décida de confier une mission à une avocate le 19 septembre 2009, pour quelle interroge et donne son rapport. Ce fut fait le 21 janvier dernier, sous forme de la remise de « 30 propositions pour une nouvelle dynamique de l’activité libérale » (voir dossier PDF attaché). C’est Madame Brigitte Longuet qui avait été choisie.

Oui ? Vous dites que « Longuet » vous rappelle quelque chose ?

Je vous vois venir. Elle est sur Facebook aussi, c’est cà ? On y voit qu’elle est copine avec ma Laurence Parisot, qu’elle est fan du MEDEF - mais aussi, oh ! surprise !- fan de Hervé Novelli et de Gérard Longuet... Ce qui, cumulé, historiquement parlant fait du courant d’air, avec Hervé en plaque tournante et en phare des Baleines : de la haut, on voit tout l’occident...

Avant que vous divaguiez ou extrapoliez, pour couper court à des considérations plus ou moins malveillantes, laissons le Figaro vous assurer d’une chose : « Ce n’est pas parce que son époux, Gérard Longuet, sénateur et ancien ministre, est un vieux compagnon de route d’Hervé Novelli, ou que sa fille Aurore orchestre les relations presse du ministre, qu’elle s’est vu confier par ce dernier, à l’automne, une mission (non rémunérée) sur la redynamisation des professions libérales... Mais parce qu’elle en avait la légitimité. L’avocate Brigitte Longuet, qui présente ce jeudi son rapport à Bercy en présence du secrétaire d’État aux PME, est un membre actif depuis six ans de la Commission nationale de concertation des professions libérales (CNCPL)  ». Et toc, on ne rigole pas avec ces choses là... Si vous voulez contacter Aurore Longuet, c’est là : aurore.longuet@cabinets.finances.gouv.fr ou son papa Gérard Longuet, c’est ici : g.longuet@senat.fr

La dérision et l’humour déplacé, parfois, il faut savoir s’en défaire devant l’intérêt supérieur de la Nation, qui est la « redynamisation des professions libérales  » par cette avocate. Le sujet principal d’inquiétude, sérieux celui-là, était de savoir la vraie raison du lancement de l’opération par Hervé Novelli qui a gardé ses habitudes du temps où il était petit à la communale (avec des instituteurs communistes, ce qui est un facteur minorant) : il cassait tout ce qui lui passait à portée des mains.

Donc, Brigitte Longuet, du Cabinet Longuet-Rocco Associés, à remis à Hervé Novelli son texte de 30 propositions pour une nouvelle dynamique de l’activité libérale. Son travail était de plancher sur l‘avenir du secteur « libéral, caractérisé par la grande diversité des professions qui le composent, a encore des difficultés à affirmer son rôle en tant qu’ « acteur majeur de l’économie ». Pour ce faire, il faut casser des verrous. Même méthode que pour le Code du travail : il dit qu’il faut « simplifier les textes », ils sont trop anciens, donner une « nouvelle dynamique de l’activité libérale » qui représente « 1,7 million d’emplois et 688.400 entreprises, dont 62% exercent une activité réglementée. ». Ce dernier mot est important : c’est que figurez-vous, les chantres du libéralisme s’inquiètent de la proliférations de «  professions déréglementées » ! Elle est bien bonne.

Elle est contente d’elle, Brigitte Longuet, il suffit de lire son interview (attachée en PDF) : elle s’attendait à ne voir personne et elle a vu tout le monde, « médecins greffiers architectes, masseurs, avocats » qui doivent, tant qu’il en est encore temps d’ici 2012, vouloir toucher les dividendes de leur allégeance. D’abord pour se protéger de l’Europe, puis pour faire la lessive entre les « bons » libéraux et les « moins bons ». « Il faut exploiter... ce secteur qui produit une plus-value intellectuelle... d’un dynamisme extrême, trier les métiers qui mériteront le label « libéral  » de ceux qui ne le méritent pas. Et puis, pour marteler l’importance des professions libérales, faire marquer d’un coup de tampon d’État une reconnaissance définitive de leur présence dans la France moderne en se faisant graver dans le marbre du Code Civil !

N’est-ce pas extraordinaire de voir des libéraux, se voulant par essence libérés de tout, vouloir faire leur entrée dans le Code Civil ?

Et puis encore, ils veulent plus de pouvoirs dans les institutions, au prétexte qu’ils seraient sous représentés.

Des libéraux qui veulent du régulé, ça ne vous chatouille pas non plus ? C’est pourtant ce que Brigitte Longuet préconise, dans un texte que Novelli trouve superbe : « réguler l’ensemble de l’activité libérale... par le biais de l’interprofessionnel entre professions réglementées et non règlementées »... alors que l’Europe, au contraire, « dérégule ». « La cohabitation est de plus en plus délicate entre les métiers réglementés comme les masseurs-kinésithérapeutes ou les géomètres experts et les nouveaux venus non réglementés de plus en plus nombreux qui sont présents dans des métiers aussi différents que la formation, la conservation-restauration, la sophrologie. » On voit l’ampleur du problème !

« Kinés, agents d’assurance, vétérinaires, médecins, avocats, notaires... les professions libérales sont à la veille d’un grand changement, si Hervé Novelli décide de suivre les préconisations d’un rapport qui prône notamment le rapprochement entre les professions réglementées et les autres. » prédit les Echos.

L’outil ? Un système (GMEL) qui va permettre pour le professionnel libéral (interlocuteur unique du client) de s’entourer de professionnels d’autres compétences.

Et puis, l’ouverture du capital des cabinets à des investisseurs (49% possible à des investisseurs extérieurs) comme les pharmacies...business is business. Pour les pharmacies, on le savait déjà. Alors, elles toussent.

Ajoutons que les avocats à la retraite ou à temps partiel pourront devenir auto entrepreneurs...

Voici la vidéo de réception du rapport. Comme le diable est dans tous les détails, voici aussi les Rolling Stones pour vous remercier de votre patience. On fera « hou ! Hou ! » entre les paroles de Mike Jaegger, et avant que je rencontre Hervé Novelli pour lui dire « Pleased to meet you / Hope you guess my name ».

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Communique_SNUI-Sud_Tresor_autoentrepreneur.pdf 87.9 Ko
rapport-brigitte-longuet-profession-liberales-herve-novelli_PDF.pdf 1.01 Mo
interview_Mme_LONGUET_Gazette-du-Palais-24.01.10.pdf



2 réactions


  • momosaitou 5 mars 2010 17:46

    Très bel article ,merci


  • TSS 5 mars 2010 18:10


    H.novelli qui veut rehabiliter la ligne Chartres-Orleans (serpent de mer des elections) et qui en

    tant que maire de Richelieu ferme la ligne touristique Chinon-Richelieu pour la transformer en

    voie verte + chère et sans retour sur investissement contrairement au train... !!


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