mercredi 6 octobre 2010 - par Daniel Salvatore Schiffer

Liu Xiaobo, dissident chinois : le prix de la liberté et le Nobel pour la paix

Le 25 décembre 2009, jour de Noël, n’aura certes pas été un jour de fête en Chine, l’un des derniers bastions de la dictature communiste, quoique celle-ci se voit également teintée, ces dernières années, des pires dérives du capitalisme sauvage et autre mercantilisme boursier : Liu Xiaobo, dissident chinois âgé de 54 ans, y a été en effet condamné à 11 ans de prison, avec enfermement immédiat, pour « incitation à la subversion au pouvoir d’Etat ».
 
 C’est là depuis 1997, date de l’instauration de cet odieux chef d’accusation, la peine la plus sévère qui ait jamais été administrée à un dissident de ce pays. Phelim Kine, responsable, pour l’Asie, de Human Rights Watch, l’un des organismes politico-humanitaires les plus influents et crédibles, avec Amnesty International, ne s’y est d’ailleurs pas trompé : cette très lourde peine sonne comme « un avertissement explicite du Gouvernement aux intellectuels chinois, aux militants de la société civile et aux défenseurs des droits de l’homme » a-t-il très justement déclaré, heurté tout comme nous par cette ignoble et vile inculpation, au lendemain de ce terrible verdict. 
 
 La réprobation de ces méthodes aussi répressives qu’arbitraires, qui avaient par ailleurs déjà très largement sévi lors des tristement célèbres événements de la place Tienanmen, en juin 1989, a été, du reste, quasiment unanime aux quatre coins de la planète démocratique. Car que prônait-il au juste, Liu Xiaobo, écrivain, professeur à l’Ecole normale de Pékin et auteur de la Charte 08, sorte de manifeste idéologique, calqué sur la fameuse Charte 77 des anciens dissidents tchécoslovaques, et de Vaclav Havel en particulier, protagonistes de ce que l’on appela alors, quelque semaines après la chute du Mur de Berlin, la « révolution de velours » ? Rien moins, très exactement, que les principes les plus élémentaires mais inaliénables, dont la liberté d’expression, de toute démocratie digne de ce beau nom !
 
 De fait : « Nous devrions cesser la pratique qui consiste à qualifier de crimes des mots », y écrit, de manière aussi lucide que courageuse, Liu Xiaobo. Et, dans la foulée, d’en appeler, pour son pays, à « la rédaction d’une nouvelle Constitution qui garantisse les droits humains, des élections libres, ainsi que les libertés religieuses, de pensée et d’expression ».
 
 Telle est la pure et simple vérité, révoltante pour tout démocrate : c’est pour avoir osé écrire ces mots aussi limpides que sensés, défiant ainsi cette autorité suprême et centrale, à la fois, que représente, aujourd’hui encore, le Parti Communiste Chinois, que le pauvre Liu Xiaobo vient de se voir infligé 11 ans d’emprisonnement.
 
Qu’il n’en soit que le plus illustre des boucs émissaires, brandi aux yeux des masses populaires à titre d’exemple à ne pas suivre, sous peine d’avoir à endurer les mêmes sévices, voilà qui ne nous étonnera d’ailleurs pas, malgré cette indignation qui désormais nous oppresse, lorsque l’on sait que cette même Charte 08 a été signée par des milliers de personnes, dont quelques centaines d’ intellectuels de tout premier plan, au sein desquels émergent notamment Hu Jia (déjà condamné, en 2007, à plusieurs mois d’incarcération), Jan Jiaqi (président, en 1989, des manifestants de Tienanmen et fondateur, en exil à Paris, de la Fédération pour la Démocratie en Chine) et Gao Xingjian (prix Nobel de littérature en 2000).
 
 Les poètes, de Federico Garcia Lorca à Salman Rushdie, en passant par Robert Desnos ou Pablo Neruda, ne l’ont-ils pas d’ailleurs naguère déjà chanté, parfois au prix de leur vie : « les plus beaux chants sont des chants de revendication » !
 
 D’où, en guise de conclusion à cette réflexion éprise de seule liberté, cet appel que j’adresse, avec tous les hommes de bonne volonté sur cette terre trop souvent martyrisée, à Barack Obama, Président de la plus grande démocratie du monde, les Etats-Unis d’Amérique, mais, surtout, prix Nobel de la paix, précisément, de cette même année 2009 : au lieu de tant baisser le front, pour de sordides et très cupides intérêts économiques, face à cette Chine totalitaire, comme il le fit trop lâchement lors de l’honteux sommet de Copenhague sur le climat, qu’il ose enfin, face à ces mêmes dirigeants, hausser le ton. Il est temps !
 
 Peut-être méritera-t-il enfin ainsi son prix Nobel de la paix, lui qui, il y a quelques mois à peine, poussa l’impudence, sinon la duplicité, jusqu’à refuser de rencontrer sur son territoire même, par peur de froisser son homologue chinois et de compromettre ainsi les enjeux de sa diplomatie, le Dalaï Lama en personne, pourtant prix Nobel de la paix lui aussi… comble du paradoxe !
 
 Quant au souhait que vient d’émettre très opportunément le philosophe et académicien chinois Xu Youyu, en proposant au Comité Nobel de Stockholm que Liu Xiaobo soit le nouveau lauréat du prix Nobel de la paix en cette année 2010, c’est là une excellente et valeureuse idée, que, pour ma modeste part, je soutiens pleinement !


6 réactions


  • ALBIE Alain 6 octobre 2010 13:19

    Bonjour l’auteur,

    dommage que pour argumenter ce lamentable emprisonnement de Liu Xiaobo vous mélangiez allègrement tout un tas d’ingrédients n’ayant aucun lien entre eux.

    En agissant de la sorte, vous semble considérer l’ensemble du peuple Chinois comme étant des moutons soumis, ce que je peux vous affirmer est loin d’être la cas. Vous seriez en effet plus crédible en parlant de la Chine réelle que des sempiternels clichés sur Tian’amen.

    Pourquoi en effet les dirigeants chinois feraient ils un effort pour améliorer leur image puisque les progrès, même s’ils sont trop lents, ne sont que peu ou pas relatés ?

    Ne pensez-vous pas que dire : « Le gouvernement Chinois (et non LA CHINE) a fait quelques progrès notables, mais une arrestation telle que celle de Liu Xiaobo reste une chose totalement inacceptable »

    Serait plus efficace que votre :
    "Le 25 décembre 2009, jour de Noël, n’aura certes pas été un jour de fête en Chine, l’un des derniers bastions de la dictature communiste, quoique celle-ci se voit également teintée, ces dernières années, des pires dérives du capitalisme sauvage et autre mercantilisme boursier « 

    Ce qui a pour effet de mettre plus d’un milliard d’habitants dans le même panier, ce qui comme dit plus n’est pas propice à une quelconque crédibilité.

    Si mentionner épisodiquement ces atteintes à la dignité humaine a pour effet de satisfaire l’égo de certains écrivains, ces divers épanchements faussement humanistes ne font guère avancer un problème qui lui est bien réel et ne se limite pas à un simple exercice de style littéraire.

    Si progrès il y a, e qui est souhaitable, il viendra de l’intérieur et non de la part de personnes que les autorités chinoises font souvent passer aux yeux de la population pour les descendants des anciens colonisateurs s’immisçant une fois de plus dans des affaires internes.

    Il est donc important de défendre en tout premier lieu le peuple chinois en lui prouvant notre respect et non en l’assimilant aux comportements de quelques idéologues communistes retardés.

    Un dernier mot sur un passage de votre article :
     »à Barack Obama, Président de la plus grande démocratie du monde, les Etats-Unis d’Amérique"

    je croyais jusqu’à présent que c’était l’Inde qui avait ce titre. Lui aurait-il été retiré après avoir là constaté la triste réalité de ce pays qui est sous bien des aspects bien pire que la Chine ?



  • Antidote Europe 6 octobre 2010 17:32

    Oui, je vous approuve totalement. Faire de Liu Xiaobo, le nouveau lauréat du prix Nobel de la paix en cette année 2010 serait un soutien formidable pour cet homme courageux.


    • ALBIE Alain 6 octobre 2010 18:18

      Oui, et pourquoi pas le grand prix du meilleur melon de Cavaillon ?


      D’après le testament d’Alfred Nobel, le prix Nobel de la paix sert à récompenser ceux ou celles qui ont le plus oeuvré pour la paix, pour la suppression ou la réduction des armées permanentes et pour le rapprochement des peuples.

      Quel est donc le rapport avec Liu Xiaobo, bien que son emprisonnement soit honteux ?

      En fait le but est le suivant :

      On suggère d’attribuer ce prix à quelqu’un dont on sait qu’il ne l’aura pas, ce qui permet ensuite de chanter que le monde a reculé devant truc, machin, etc ...

      Cette méthode de communication s’apprend et est la même depuis des décennies avec les résultats déplorables que l’on sait.

    • ali8 6 octobre 2010 21:50

      çà correspond parfaitement avec Obama sans rire


  • hans 6 octobre 2010 18:12

    Daniel, bonsoir, situer la Chine dans le communisme c’est de l’aveuglement, la Chine est l’exact représentation et réalisation su libéralisme capitaliste, tout son contraire, par contre que pensez vous de cet article de AJ


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