jeudi 25 juin - par Hamed

Loi de base dite « du Plus Grand Nombre dans l’Histoire », de 1750 à 2020. Le monde de demain

Énoncé de la Loi de base :

 

« L’humanité est traversé en permanence par des forces contradictoires. Les luttes contre l’oppression, l’injustice, le despotisme, et toutes formes d’iniquité jalonnent son histoire. Dans ce contexte, un système politique et économique entre dominants et dominés n’est en équilibre dans une zone, région ou pays donné que si la situation politique et économique de cette zone, région ou pays, est stable. Si un système est en déséquilibre, et les gouvernants des États n’en prennent pas conscience, ou sont confiants dans leur système, ou provoquent eux-mêmes le déséquilibre en cherchant à se surpasser par rapport à leurs adversaires, la situation dans cette zone, région ou pays donné devient instable. Il arrive qu’un incident politique, économique ou de tout autre ordre survienne, et celui-ci, opérant dans une situation déjà mûre pour un événement qui va se produire, en devient un détonateur, et provoque un événement qui à son tour provoque un processus en chaîne. Ce processus en chaîne en réalité est déjà « intégré » et « nécessaire » dans l’histoire, et donc doit survenir.

Ce processus intégré et nécessaire dans l’histoire, l’auteur le définit par la Loi de base dite « du Plus Grand Nombre dans l’Histoire ». Dans le sens que le Plus Grand Nombre d’une population ne peut être mû que par une événement-force qui cherche à l’annihiler et, se faisant, porte en lui une oppression générant une situation instable pour atteindre les limites du supportable. Le moteur de cet événement-force ou « détonateur » non attendu aura pour fonction de faciliter et d’unifier le mouvement de masse vers un but historique déjà tracé par l’histoire. Les humains ne dominent pas totalement leur histoire, et c’est un paradoxe. Dominant une situation de manière active ou passive, en même temps dominés par les forces de l’histoire qui leur arrivent, et par cette transcendance, ils avancent dans l’histoire.

Dans la Loi du Plus Grand Nombre dans l’Histoire ou PGNH, il n'y a pas « un », mais deux, trois, quatre... ou plusieurs PGNH qui peuvent être disséminés et se recouper pour le même but historique tracé par l’Histoire. Ces mouvements de masses peuvent se succéder comme ils peuvent être en décalage les uns par rapport aux autres, le temps que l’histoire réalise ce qui deviendra le ou les buts historiques. Tout but historique ne relève que d’une séquence historique. L’histoire de l’humanité est une succession de séquences historiques, et chaque séquence est marquée par un but historique qui représente en soi un progrès pour les hommes. Par une lutte permanente de forces contradictoires, et le principe de progrès permanent qui la régit, la Loi du Plus Grand Nombre dans l’Histoire montre que tout mouvement de masse y compris les alliances entre les peuples sont en eux-mêmes anticipatifs de buts historiques déjà en gestation. La Loi du PGNH permet, en cernant les forces potentielles qui la meuvent, de mieux saisir la marche de l’humanité dans l’histoire. » 

Medjdoub Hamed

 

  1. La Loi du Plus Grand Nombre dans la proclamation d’indépendance des USA en 1776 

 

 Pour comprendre le sens de cette loi, il faut en appeler à l’histoire. Aussi quelques exemples de PGNH peuvent donner une idée de la « réalisation » de l’humanité dans l’histoire. Et ce que signifie dans son cours historique les événements dits de « rupture ».

L’histoire de l’humanité n’a commencé à se constituer pour donner le monde d’aujourd’hui que depuis les grands événements qui ont marqué le XVIIIe siècle. C’est-à-dire moins 250 ans sur 2000 ans, 3000 ans et plus ? Et que représente ces 250 ans par rapport à la nuit des temps depuis que l’homme a commencé à peupler la Terre ?
 

La situation mondiale d’aujourd’hui n’a aucune ressemblance avec la situation mondiale des siècles passés. Aussi pour entrer vite dans le vif du sujet de cette loi, énonçons les deux événements qui vont non seulement marquer d’une manière déterminante l’humanité mais constitueront l’héritage grâce auquel l’humanité a pu s’ériger, a pu devenir ce qu’elle est aujourd’hui. Et tout lui reste ouvert, il faut le souligner, par ces deux événements qui lui étaient comme prédestinés tant ils lui ont balisé désormais la route de ce qu’elle doit devenir dans les temps de l’histoire.
 

Qu’en-t-il de ces événements-forces qui l’ont sortie du carcan des âges passés ? Le premier évènement est la « déclaration d’indépendance des treize colonies anglaises d’Amérique, le 4 juillet 1776 ». Parti d’une émeute de protestations contre les taxes douanières imposées par l’Angleterre, un mouvement révolutionnaire éclata à Boston en 1773 et se développa en une guerre d’indépendance, dirigée par Georges Washington. La proclamation de l’indépendance des États-Unis d’Amérique par le Congrès de Philadelphie le 4 juillet 1776 et les succès enregistrés par les insurgés ont joué un rôle crucial dans le réveil des peuples d’Europe. Quel sens donner à l’irruption de cet événement-phare, de rupture dans l’histoire de l’humanité ?
 

Pour comprendre l’évolution contemporaine du monde, il faut prendre le départ lors duquel les premières pierres ont été posées et ont fondé son architecture actuelle. Il nous semble que la « Guerre de Sept ans », conflit européen majeur à l’époque, considérée comme la première guerre mondiale des Temps modernes, est à même de nous expliquer, en termes de naissance de nations, les premières transformations du monde.

Cette guerre qui débuta en 1755 dans les colonies mit en prise les puissances européennes, sur le partage du monde. C’est ainsi que les colons français du Canada et de la Louisiane disputaient le terrain aux colons anglais des États côtiers de la Nouvelle Angleterre, de Virginie, de Maryland, de Pennsylvanie… Les mêmes antagonismes se livraient dans le continent indien. Les monarchies européennes se battaient pour arracher les conquêtes des autres. Des luttes pour l’hégémonie que leur puissance militaire leur octroyait sur les autres peuples colonisés et les richesses qu’ils retiraient de ces lointaines contrées faisaient que les rivalités en Europe s’exacerbaient, et rendaient la guerre comme seul moyen pour les monarques d’y parvenir, et, par la même voie, s’imposer en Europe et dans le monde.
 

Les alliances entre les monarques européens se faisaient et se défaisaient au gré des intérêts des uns et des autres. Le monde qui imperceptiblement se modifiait était le théâtre des luttes entre les grandes monarchies d’Europe qui se targuaient, faut-il rappeler, de droit divin, pour leurs peuples. Les guerres de succession étaient incessantes – les monarques européens avaient tous un lien de parenté. Mais, si la « Guerre de Sept ans » a duré jusqu’en 1763, et s’est poursuivie dans les autres continents, la situation sur le plan géopolitique a paradoxalement peu changé, au point que des historiens se sont posé la question « pourquoi la guerre de Sept ans ? ». Puisqu’elle a fini pratiquement par un statu quo entre les grands États européens. Tout au plus un renforcement de leur puissance, mais sans qu’une nation l’emporte sur l’autre. Mais qui en ont souffert le plus par les guerres ? Les peuples. Les guerres ont entraîné malheur, misère, famine et dénuement. Quant aux classes aristocratiques trop fermées, trop coûteuses saignant les finances publiques des États européens, ils ont moins souffert. Les peuples payaient dans leur être cette situation d’extrême inégalité.

 

On comprend dès lors que les rivalités entre les puissances européennes et les guerres ont un sens par les conséquences même qu’elles ont engendrées. Eu égard aux destructions de guerre et pertes humaines, aux dépenses militaires et surtout sans profit, l’Europe va entrer dans une période de turbulence, d’extrême instabilité. Comme les peuples d’Europe étaient assujettis à des systèmes royaux absolutistes, et relevaient d’une autorité unique disposant d’un pouvoir despotique, fondé sur la crainte, donc sans contre-pouvoir qui limite l’arbitraire et l’oppressif, les guerres que les monarques provoquaient entre eux contenaient paradoxalement en germe l’élément qui allait progressivement bouleverser leur pouvoir monarchique.
 

Le premier qui sera touché par ces guerres sera la Grande-Bretagne. Au lendemain de la guerre, l’augmentation des impôts et taxes douanières dans ses treize colonies d’Amérique pour renflouer les caisses de l’Etat du Royaume, vont provoquer des émeutes de protestation qui, s’amplifiant, donner la révolution américaine. Inattendue, cette révolution va se développer et se transformer en guerre d’indépendance. Dirigée par Georges Washington, elle a fini, au congrès de Philadelphie, par la « Déclaration d’indépendance des Treize colonies américaines » qui met unilatéralement fin à la tutelle britannique.
 

Que dit la « Déclaration d’indépendance des États-Unis », signée le 4 juillet 1776, à Philadelphie ? Elle commence ainsi par ce préambule : « Lorsque, dans le cours des événements humains, il devient nécessaire pour un peuple de dissoudre les liens politiques qui l'ont attaché à un autre et de prendre, parmi les puissances de la Terre, la place séparée et égale à laquelle les lois de la nature et du Dieu de la nature lui donnent droit, le respect dû à l'opinion de l'humanité oblige à déclarer les causes qui le déterminent à la séparation.

Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. Toutes les fois qu'une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l'abolir et d'établir un nouveau gouvernement, en le fondant sur les principes et en l'organisant en la forme qui lui paraîtront les plus propres à lui donner la sûreté et le bonheur. La prudence enseigne, à la vérité, que les gouvernements établis depuis longtemps ne doivent pas être changés pour des causes légères et passagères, et l'expérience de tous les temps a montré, en effet, que les hommes sont plus disposés à tolérer des maux supportables qu'à se faire justice à eux-mêmes en abolissant les formes auxquelles ils sont accoutumés.

Mais lorsqu'une longue suite d'abus et d'usurpations, tendant invariablement au même but, marque le dessein de les soumettre au despotisme absolu, il est de leur droit, il est de leur devoir de rejeter un tel gouvernement et de pourvoir, par de nouvelles sauvegardes, à leur sécurité future. Telle a été la patience de ces Colonies, et telle est aujourd'hui la nécessité qui les force à changer leurs anciens systèmes de gouvernement. L'histoire du roi actuel de Grande-Bretagne est l'histoire d'une série d'injustices et d'usurpations répétées, qui toutes avaient pour but direct l'établissement d'une tyrannie absolue sur ces États. »

Il est évident que ce texte n’est pas seulement révolutionnaire, il est surtout une revendication d’un état de nature de l’être humain. Faisant référence aux lois de la Nature et du Dieu de la Nature qui en tant que Créateur des mondes, cette déclaration ordonne à tout peuple pour peu qu’il prend conscience de son état humain ayant des droits de dissoudre le lien qui le rattache à un autre, de cet autre qui lui enlève ses droits inaliénables que lui a octroyé le Créateur, et sa faisant, sa dignité d’être humain,

Et cette déclaration enseigne la prudence, « que les gouvernements établis depuis longtemps ne doivent pas être changés pour des causes légères et passagères, et l'expérience de tous les temps a montré, en effet, que les hommes sont plus disposés à tolérer des maux supportables qu'à se faire justice à eux-mêmes en abolissant les formes auxquelles ils sont accoutumés. » Sauf « lorsqu'une longue suite d'abus et d'usurpations, tendant invariablement au même but, marque le dessein de les soumettre au despotisme absolu, il est de leur droit, il est de leur devoir de rejeter un tel gouvernement et de pourvoir, par de nouvelles sauvegardes, à leur sécurité future. » Cependant, entre un texte de portée universelle et la réalisation de ce qu’il recommande, il y a tout un processus qui doit se mettre en place pour y parvenir.
 

Précisément, c’est là où entre la Loi de base « du Plus Grand Nombre dans l’Histoire » dans le processus qui doit réaliser l’histoire. Et qu’en est-il de ce processus, déjà « théorisé » par la révolution américaine qui a mené les Treize Colonies britanniques à l’indépendance, en juillet 1776 ? Quels ont été les facteurs déclencheurs ? Tout d’abord, c’est la dynamique de l’histoire qui a joué, en mettant en avant le 1er facteur sans lequel rien ne se serait réalisé. Ce facteur parle de lui-même, c’est le « partage du monde et les divisions qu’il a opérées sur les puissances. » Les dissensions entre les monarques européens ont été plus qu’un facteur déclenchant, elles ont été le moteur de toute la dynamique de l’histoire. Ce sont elles qui ont provoqué le 2ème facteur qui est inhérent au 1er facteur, c’est-à-dire les guerres qui ont opposé les grandes puissances européennes de l’époque.
 

Deux alliances qui se sont opposées dans la guerre entre le royaume de France et d’Autriche, et leurs empires coloniaux et alliés, au royaume de Grande-Bretagne et de Prusse, et leurs empires. La guerre s’est déroulée sur plusieurs continents (Europe, Amérique du Nord et Inde).

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Le 2ème facteur, c’est-à-dire la guerre de sept ans, qui s’est soldée par l’affaiblissement économique de la Grande-Bretagne. La levée d’impôts massive dans les Treize colonies d’Amérique, c’est le 3ème facteur. Il a, à son tour, provoqué une prise de conscience des peuples des colonies britanniques. L’imposition fiscale massive sur ses sujets en Amérique a provoqué des « émeutes de protestation des colons américains » qui se transformèrent rapidement en guerre d’indépendance. Le troisième facteur devient en fait un véritable détonateur, puisque la révolte n’est pas seulement économique et sociale, elle devient politique. Les colons britanniques révoltés, c’est-à-dire le Plus Grand Nombre dans l’histoire américaine, veulent désormais leur indépendance, c’est le 4ème facteur. Tout le processus historique souffle dans ce sens. L’éloignement des colonies, les guerres que le partage du monde engendre, l’instabilité permanente, ont une seule issue pour les colons britanniques, c’est de couper le lien ombilical qui les rattache à la maison-mère, le Royaume-Uni qui n’assure plus la sécurité à ses sujets en terre d’Amérique. Elle vient confirmer ce qu’énonce la Déclaration d’Indépendance : « L'histoire du roi actuel de Grande-Bretagne est l'histoire d'une série d'injustices et d'usurpations répétées, qui toutes avaient pour but direct l'établissement d'une tyrannie absolue sur ces États. » Ce souffle du PGNH dans l’histoire constitue le but historique « attendu », c’est le 5ème facteur.
 

Pour saisir la Loi du PGNH dans sa dynamique historique, le schéma synoptique ci-après lui donne une lecture très parlante des forces que l’on retrouve pratiquement dans toutes les révolutions opérées ces deux 250 ans jusqu’à aujourd’hui, en 2020. Le schéma de la Loi s’articule comme suit : 1er facteur – Dynamique de l’histoire et Enjeu dans le partage du monde. 2ème facteur – Guerre de sept ans (1756-1763) entre les puissances et affaiblissement des puissances. 3ème facteur déclenchant ou détonateur – Levée massive d’impôts ordonnée par la GB suivie d’une crise politique, économique et sociale. 4ème facteur – Le PGNH, en rébellion dans les Treize colonies, entre en guerre contre le Royaume-Uni. 5ème facteur – Le but historique, l’« indépendance des États-Unis d’Amérique proclamée par le congrès de Philadelphie en 1776 » marquera le monde.
 

Ce que l’on doit souligner c’est que tout le processus dans la Loi dite du Plus Grand Nombre dans l’histoire s’appuie sur le peuple et sur l’Histoire. Sans le PGN et sans l’Histoire qui en est l’organisatrice et l’éruptive des forces historiques inattendues, le processus historique ne pouvait se réaliser. Une nation n’est que par son peuple et son histoire. Pour les colons britanniques aux États-Unis, le temps avait sonné par l’Histoire pour qu’ils créent leur propre nation. On comprend dès lors pourquoi le PGNH a été la pièce maîtresse dans le processus évolutionnel de la marche de l’histoire humaine.

Si les colons britanniques ont été aidés par la France pour des raisons politiques et stratégiques, il demeure que la « déclaration d’indépendance des États-Unis d’Amérique, en 1776 » était dans l’air du temps, dans le sens qu’elle devait se matérialiser. D’autant plus que ce processus n’était que l’aiguillon d’autres processus similaires dans le monde qui devaient, à leur tour, se réaliser. Ceci pour dire que l’humanité est une et indivisible. Si le processus révolutionnaire touchera, en moins d’un demi-siècle, l’Europe et l’Amérique centrale et du Sud, il ne sera que décalé pour les autres peuples du monde.

 

  1. De la Révolution française de 1789 aux indépendances des pays d’Amérique latine 1806-1830 

 

 L’indépendance des Treize colonies américaines fait des États-Unis le premier État dont le pouvoir émane de la souveraineté du peuple. Certes la France, dans sa rivalité avec la Grande-Bretagne, a soutenu les insurgés contre le pouvoir britannique, mais la guerre de Sept a eu des répercussions très négatives sur les finances royales de la France. Comme en Grande-Bretagne, la Loi du PGNH va aussi s’appliquer à la France.
 

La classe aristocratique et le Haut clergé refusant la proposition de Turgot, contrôleur général des finances nommé par le roi, de leur enlever le privilège d’immunité de l’impôt, poussent le peuple français à se rebeller contre l’autorité du roi. Là aussi joue la levée d’impôts sur le peuple déjà pressé par l’impôt pour les besoins de la guerre. La classe sociale très fermée des aristocrates et des prélats du Haut Clergé ne sachant pas qu’en refusant de se dessaisir de leur privilège d’immunité de l’impôt et de mettre tout sur le peuple allait mettre le feu aux poudres dans le royaume.

Le même processus de la Loi du PGNH va jouer. L’insurrection populaire qui a éclaté et donné la « Révolution française de 1789 » relevait d’un but historique dans l’histoire de l’humanité. L’histoire ne faisait que s’accélérer, déjà marquée par la Révolution américaine qui a donné les États-Unis d’Amérique. Elle avait son pendant dans la Révolution de 1789 qui, à son tour, abolit la royauté et proclame la République en France, le 21 septembre 1792. Elle décrète qu’à partir de cette date tous les actes publics devront débuter de l’an I de la République. C’est pour la France et pour le monde, le début d'une ère nouvelle.
 

Cette séquence de l’histoire en Europe et en Amérique ouvrait une page de l’histoire de l’humanité. En fait ce sont les peuples, la principale force de l’histoire qui font avancer l’histoire. Sans les peuples, il n’y a pas d’histoire. Et si les élites en Europe (Voltaire, Rousseau…) et ailleurs dans le monde dénonçaient les abus des pouvoirs royaux, cela signifiait simplement que l’humanité doit avancer et ne pas rester rigide avec des systèmes politiques qui ont fait leur temps.

Et nous reconnaissons le même processus qui a joué en Amérique a joué aussi en France. « Toujours le 1er facteur, le partage du monde qui divise les puissances – Le 2ème facteur, la Guerre de sept ans et l’affaiblissement du pouvoir politique des puissances – Le 3ème facteur, c’est la levée d’impôts sur une population déjà profondément enfoncé dans la misère – Le 4ème facteur, c’est le soulèvement populaire parisien. La prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, est le départ de la révolution française, et c’est pourquoi le 14 juillet est férié en France. Ce jour symbolise l’union de la Nation française et une victoire sur la monarchie absolutiste. – Le 5ème facteur, l’abolition de la monarchie absolue est décrétée, la 1ère République française est née.

 

L’histoire se répète-elle ? Oui, l’histoire se répète toujours mais jamais à l’identique. L’histoire dans ses répétitions de guerres et de crises auto-organise l’humanité, développe cette humanité qui ne se sait pas ce qu’elle va devenir. Mais ce qu’il y a d’intéressant dans le développement de l’histoire, c’est qu’au fur et à mesure que l’histoire de l’humanité avance, l’humain que nous sommes peut décrypter son passé, son présent et son avenir. Ce n’est pas interdit puisqu’il est seul doté de pensée de pensée sur terre. Par elle qu’il pense son existence, par conséquent, il peut se projeter selon ce qu’il peut penser de cet avenir mystérieux dont il ne sait rien.
 

Mais la Révolution française qui est un grand pas fait dans l’histoire humaine va « donner » les guerres napoléoniennes. Véritable guerres de conquête des pays d’Europe, elles seront l’aiguillon qui mènera aux indépendances des pays latino-américains. Comme l’indépendance des États-Unis, puis la Révolution française et les conquêtes napoléoniennes, ces avancées historiques vont réveiller les aspirations autonomistes des peuples d’Amérique latine.
 

Dans un mémorable mouvement d'ensemble qui débuta en 1810, pratiquement toute l'Amérique latine va gagner son indépendance en moins de deux décennies. Et toujours le même processus. 1er facteur, la discorde dans le partage du monde entre les puissances. 2ème facteur, les guerres napoléoniennes et l’affaiblissement des puissances. 3ème facteur, le PGNH avec des insurrections et des guerres d’indépendance menées par les peuples latino-américains dont une grande partie est constituée de descendants des colons espagnols et portugais et aussi des Indiens). 4ème facteur, c’est toujours le but historique visé par l’Histoire.

C’est ainsi qu’en avril 1810, une municipalité insurrectionnelle au Venezuela prend le pouvoir. Elle est suivie en juillet par la Colombie, et en septembre par le Chili. Le Venezuela proclame unilatéralement son indépendance le 5 juillet 1811. Le Paraguay le 15 mai 1811, l’Argentine le 9 juillet 1816, le Chili le 12 février 1818, la Colombie le 7 août 1819, le Pérou le 28 juillet 1821, le Honduras, le Guatemala, le Salvador, le Costa Rica et le Nicaragua le 15 septembre 1821, le Mexique le 27 septembre 1921, l’Equateur le 24 mai 1822, le Brésil le 7 septembre 1822, la Bolivie le 6 août 1825, l’Uruguay le 25 août 1825.
 

Le processus de la proclamation unilatérale d’indépendance des pays latino-américains s’est opéré comme si un fleuve déchaîné par l’histoire s’est pris pays après pays par le même chemin insurrectionnel que le furent les PGNH précédents (USA, France) conformément aux buts historiques assignés par l’histoire. Force de dire que l’homme commande son histoire mais est commandé aussi par l’histoire qu’il ne connaît pas ni ne connaît ses déchainements historiques.
 

Et tout pouvoir humain est limité dans le temps, n’est viable qu’un temps, le temps qu’une séquence se termine et laisse place à une nouvelle séquence de l’histoire, et toujours selon les lois de la Nature, dont la « 1ère Loi est le Progrès perpétuel » qui régit la marche de l’humanité. Une plante naît de la terre pour grandir, pour se développer qu’il pleut ou qu’il vente, elle apporte ce qu’elle a à apporter, puis se défait et meurt. D’autres plantes viennent à sa place et qui augmentent. Ainsi va aussi l’humanité.

 

  1. Loi du PGNH des Révolutions russe, chinoise, indépendances des peuples colonisés d’Afrique et d’Asie à la fin de l’URSS en 1991 et de la Yougoslavie

 

 Que peut-on de ce développement sur la Loi du Plus Grand Nombre dans l’histoire ? Est-elle seulement conjoncturelle ? Ou ne s’applique-t-elle que sur des cas isolés dans l’histoire de l’humanité ? Ou est-elle extensive à un grand nombre d’évènements majeurs qui ont marqué l’histoire de l’humanité ?
 

Pour avoir le cœur net, par de courts schémas synoptiques, résumons les premiers événements du XXe siècle qui ont donné le monde d’aujourd’hui. Tout d’abord la révolution bolchevique en octobre 1917 qui a aboli la monarchie tsariste et installé un régime communiste en Russie.
 

- Révolution russe 1917. – 1er facteur, le partage du monde qui divise les puissances – 2ème facteur, la Première Guerre mondiale 1914-1918 et affaiblissement du pouvoir tsariste – 3ème facteur qui est aussi le détonateur, grève, famine, le froid, émeutes, effondrement de l’économie, défaites successives de l’armée russe, la troupe tire sur les insurgés, lassitude de la guerre – 4ème facteur, le soulèvement populaire à Petrograd (St Petersburg), capitale de la Russie tsariste. La Révolution russe éclate. Elle abolit la monarchie tsariste et le 30 décembre 1922, le 1er Congrès des soviets proclame la création l’URSS. – 5ème facteur, c’est le but historique. L’URSS contrebalance les pouvoirs coloniaux occidentaux et prône le cri du cœur de Karl Marx et Friedrich Engels aux peuples dominés : « Prolétaires du monde entier, unissez-vous. »

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L’avènement de la première et grande nation socialiste suscitera un espoir immense aux pays dominés dans tous les continents du monde. L’espoir est désormais de mise pour se libérer du joug du colonialisme européen les peuples d’Afrique et d’Asie.
 

Cependant il reste encore à l’histoire de l’humanité de donner le « la » pour cette libération, sans le « la de l’histoire », la libération des peuples de la domination par d’autres peuples ne pourrait s’opérer. Et qu’en est-il du la de l’histoire ? En clair l’ordre donné par l’histoire devait signifier que tout est prêt pour que ces peuples colonisés se libèrent de la colonisation et recouvrent leur indépendance.
 

- Indépendances des pays d’Afrique et d’Asie entre 1945 et 1980. – 1er facteur, le partage du monde qui divise les puissances – 2ème facteur, la Première Guerre mondiale 1914-1918, affaiblissement des puissances et avènement de la Révolution russe – 3ème facteur, le détonateur. Crise financière aux États-Unis en octobre 1929 et dépression économique mondiale dans les années 1930 – 4ème facteur : 15 millions de chômeurs aux USA et 6 millions de chômeurs allemands poussent Hitler à devenir le chef suprême (Führer) de l’Allemagne. – 5ème facteur : la Deuxième guerre mondiale 1939-1945 – 5ème facteur, le but historique indique que, devant la destruction de l’Europe par la guerre, le temps est venu pour les pays colonisés de recouvrer leur indépendance.
 

Les premiers soulèvements permettent à l’inde et le Pakistan de recouvrer leurs indépendances en 1947. En 1980, 103 États indépendants ont vu le jour. En Afrique, 54 États, en Asie 24 États, en Amérique centrale et du Sud 13 États, en Océanie 10 États et en Europe 2 États.

Pour l’avènement de la République populaire de Chine en 1949, le même processus a joué.

Le processus de la Loi du PGNH a aussi joué dans l’éclatement du bloc Est et la disparition de l’Union soviétique en décembre 1991. Le même protocole des facteurs.

- Fin de l’existence de l’Union soviétique le 26 décembre 1991 et avènement de la Russie. – 1er facteur, partage du monde qui divise les puissances occidentales au bloc de l’Est – 2ème facteur, la crise de l’Endettement mondial des années 1980 et le contrechoc pétrolier de 1986. – 3ème facteur et détonateur, désastre économique pour le bloc Est, endettement auprès de l’Occident, immobilisme, affaiblissement des dirigeants communistes, perte de confiance des peuples sur leurs systèmes politiques socialistes, grèves, chômage massif, inflation, hausse des prix des produits de première nécessité, pénuries, étals vides des marchés, émeutes, soulèvements – 4ème facteur, à partir d’octobre 1989, les régimes du bloc de l’Est tombent les uns après les autres. Le Mur de Berlin tombe le 9 novembre 1989. L’URSS cesse d’exister le 26 décembre 1991. En 1992, c’est le tour de la république fédérale de Yougoslavie d’éclater. – 5ème facteur, le but historique fait ressortir qu’une nouvelle organisation du monde est édifiée. Ce qui signifie que l’URSS a fait son temps dans l’histoire.

Comme le montre l’histoire, l’URSS disparue, les États-Unis dans leurs guerres au Moyen-Orient ne cessent d’enregistrer échec après échec jusqu’à l’intervention de la Russie le 30 septembre 2015 en Syrie qui a inversé le rapport des forces dans cette région centrale du monde. Aussi constate-t-on par cette Loi qui revient sans cesse à chaque que l’instabilité atteint des sommets, elle a tout son sens dans la marche de l’histoire.
 

Et aujourd’hui encore, les mêmes forces interagissent. Toujours l’instabilité internationale, l’Occident s’il s’est trouvé libéré d’une Union soviétique fortement frondeuse, il a toujours devant lui la Russie et surtout la Chine qui a bien compris le système occidental. La Chine a appris à utiliser les mêmes armes qu’utilise l’Occident. Non seulement le renminbi chinois est devenu une monnaie internationale, mais la Chine a aussi ses multinationales fortement subventionnées qui sillonnent le monde et ses réserves de change les plus importantes du monde. Et dont prend peur l’Occident.
 

  1. La Loi du PGNH et le monde de demain

 

 Avec la crise sanitaire le Covid-19 qui a surgi en Chine en décembre 2019, que seront les peuples du Plus Grand Nombre du monde entier qui souffrent déjà des séquelles de plusieurs mois de confinement ? Cette crise va-t-elle les aider à préparer un nouvel avenir et le monde qui a beaucoup changé aujourd’hui en a vraiment besoin ? Cependant, il ne faut pas être dupe et penser que les pays pourront sortir seuls de la crise économique qui sévit aujourd’hui.
 

Toutes les économies du monde sont interdépendantes. Par les économies européennes, américaine, japonaise, a fortiori occidentale, et aussi chinoise par le nouveau rang que la Chine a acquis ces deux dernières décennies, dont dépend le PGNH du monde entier. La crise mondiale aujourd’hui ne peut être raisonnée en national, mais essentiellement en international.
 

Précisément aujourd’hui, une guerre économique, financière et monétaire oppose les États-Unis et l'Europe à la Chine qui est en train de s’imposer de plus au plus dans le commerce mondial, dont un grand nombre d’économies dépendent d’elle. L’Occident a des difficultés pour sortir de l’ornière de la dépendance dont il se trouve avec la Chine. Comment le monde et l’Occident vont s’en sortir ? L’humanité est désormais régie par une interdépendance économique et financière. Nous sommes toujours au stade des facteurs 1 et 2 de la Loi du PGNH, c’est-à-dire l’instabilité mondiale que génèrent les puissances et les crises et guerres directes ou par procuration. Le facteur 3, c’est-à-dire les manifestations et les émeutes que génèrent les crises politiques, économiques et sociales à travers le monde sont parcellaires et ne mettent pas en danger les systèmes politiques qui régentent les peuples. Donc il y a une stabilité relative au niveau mondial.
 

Cependant tout événement historique interagit dans la marche du monde. Prenons l'exemple récent des Etats-Unis. La mort de George Floyd a été un détonateur, alors qu'avant lui, il y avait un précédent et resté sans suite. La Nature a horreur du vide. Le président américain, Donald Trump, était assuré d'être réélu, mais le détonateur du Plus Grand Nombre dans l’Histoire a changé les donnes. Et ce plus grand nombre en Amérique est venu en aide à ce petit grand nombre à Hong Kong. Ainsi ce mouvement populaire, avec le « Black Lives Matter » massif qui a essaimé dans le monde et devenu un « slogan universel » est venu précisément avertir que ce Plus Grand Nombre existe aussi en Chine, et n'attend qu'un détonateur pour aussi évoluer dans la marche de l’histoire. Les décideurs chinois ont perçu la menace qui vient du plus grand nombre d'Amérique et qui a fait tache d'huile sur toute la planète.
 

Aussi cette LOI émise par l’auteur n’est pas à l’auteur, elle appartient à l’« Essence de sa pensée ». Et elle le questionne. Combien même la situation du monde est globalement stable, l’Histoire de l’humanité a son mot à dire puisque c’est par elle que tout vient à l’humanité. Trois questions essentielles se posent pour l’avenir du monde. La Chine, dans sa texture autoritaire, un seul parti politique, le parti communiste chinois (PCC), pourra-t-elle supplanter les États-Unis, une superpuissance en perte de vitesse, et surtout une « démocratie impérialiste » ? Qu’en est-il de ces deux systèmes antagonistes, américain et chinois ? Le PGNH du monde est épris de liberté, de démocratie, aspire au bonheur et rejette la dictature. C’est une vérité universelle. Et cette vérité reste un obstacle majeur, profond, fondamental à tous système politique qui chercherait à ôter au PGNH ses aspirations universelles. Peu importe un PGNH formaté, il pourra toujours se réveiller par les Forces de l’Histoire.

Précisément la Loi du PGNH peut apporter une réponse, et cette réponse se trouve déjà intégrée dans l’histoire comme l’ont été les séquences historiques passées. Aussi concluons-nous, la Chine aujourd’hui qui est véritablement un contrepoids à la puissance économique et financière occidentale pourra-t-elle se dépasser et trouver la voie qui sied à sa puissance ? En évitant de se trouver isolée si elle venait à imposer sa puissance, et entrer en conflit économique et financier frontal avec les autres puissances ? L’Occident pourra-t-il sortir de son impérialisme financier et agressif sur le plan militaire que ses propres peuples rejettent ? De même les pays du monde arabe, d’Afrique et d’Asie, en retard de développement, pourront-ils faire leur mue et sortir de leur sous-développement ? A l’instar des peuples qui les ont précédés et devenus des pays développés ? Le Covid-19 accélérera-t-il la mutation du monde en cours ?
 

 Telles sont les grandes questions qui agitent le monde aujourd’hui. Dont les réponses sont inscrites dans la Loi du PGNH elle-même inscrite dans le « on n’arrête pas le progrès, il est perpétuel ». C’est le Progrès qui donne sens à l’humanité et aura à asseoir le monde de demain.

 

Medjdoub Hamed
Auteur et Chercheur indépendant en Economie mondiale,
Relations internationales et Prospective

 



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