vendredi 24 mai - par Jacques-Robert SIMON

Lutte des classes, lutte des castes

Le Droit des minorités est mis en avant à chaque occasion pour justifier n’importe quelle politique. Le caractère emphatique des propos empêche toute espèce d’analyse plus rationnelle. Mais y a-t-il des intérêts plus concrets derrière ces élans d’âme ?

Une société un tant soit peu organisée a besoin d’un arbitraire pour rester cohérente, il faut bien trancher entre les différents et les différences, et la seule raison n’y suffit pas. Tour à tour ou ensemble un Dieu-Amour, une République, une Patrie, une Démocratie ont rempli cet office. Le bien-être gagnant même les milieux populaires (avec encore d’immenses inégalités), les valeurs morales s’estompèrent pour laisser place aux biens matériels. Un Homme riche est craint, il a le pouvoir, il s’efforce parfois de respecter les autres mais la Loi n’y suffit pas toujours. La France, et les autres pays dits du Nord-global, est riche même si les déficits sont abyssaux, la gestion des comptes calamiteuses, les règlements abscons surabondants : elle peut emprunter grâce au patrimoine public constitué par ses aînés. La perspective de faire entrer dans le secteur privé ce qui n’en relève pas encore est cependant une condition sine qua non pour que tout puisse continuer en l’état. Il faut donc éliminer avec méthode les acquis sociaux qui empêchent la marche de ce que l’on qualifie être le Progrès. Le nouveau millénaire doit être aux mains des Hommes d’affaires et toute sorte d’idéal communautaire doit être éradiqué. Ceci n’est pas une quête d’une meilleure efficacité, d’une meilleure gestion, d’une meilleure productivité, d’une meilleure possibilité de création, il s ‘agit plus prosaïquement de créer un nouvel arbitraire, arbitraire qui doit être universel et tout-puissant. La puissance financière divinisée fera l’affaire. Il faut détruire, atomiser ou au moins fragmenter tout le reste, un peu de savoir-faire est nécessaire. Une bonne dose de sentimentalité se révélera indispensable comme elle le fut toujours pour enrégimenter les plus vulnérables.

Les agriculteurs sont manifestement utiles au pays puisqu’ils sont censés le nourrir. Ils ont un pouvoir de nuisance important grâce aux divers engins agricoles dont ils disposent, ils disposent aussi de la bienveillance de la population. Leurs conditions de travail rebutent les plus courageux, leurs manifestations sont a priori légitimes. Mais qu'y a-t-il de commun entre un Président médiatique qui possède 800 hectares de champs pour faire des céréales et un éleveur de moutons qui gagne moins que le SMIC agricole ?

Quel est le lien entre un Homme politique en vue qui affiche sa sexualité non-conforme devant l’assemblée nationale et qui s’est pourvu de toutes les armes oratoires possibles dans une école privée prestigieuse et un travailleur du sexe qui opère de façon souterraine dans les lieux les plus sordides ?

Le Président musulman d’un club de football renommé avec une fortune personnelle de plusieurs dizaines de millions d’euros vit-il dans le même monde que celui de la même religion et qui vide vos poubelles chaque matin ?

Y a-t-il un point commun entre une animatrice de chaîne d’informations en continu qui touche des émoluments trente fois supérieurs à une aide-soignante de même sexe ?

Les exemples pourraient être multipliés presque à l’infini, le principe du jeu reste le même : mettre en avant la souffrance bien réelle de certains, les agglutiner au sein d’un groupe social suffisamment vaste pour inclure d’autres qui ne ressentent en rien cette souffrance puis étaler devant les médias celle-ci avec le plus d’esclandre possible au nom d’une caractéristique en commun visible mais qui n’est pas la cause des problèmes.

Bien que l’argent ait été sacré guide suprême en reléguant l’Amour et les valeurs connexes aux plaisirs et aux jouissances, il n’apparaît plus dans l’identité sociale de chacun. On ne fait plus partie des dominants ou des dominés, des exploiteurs ou des exploités, des prolétaires ou des bourgeois, on est une femme, un homosexuel, un juif (ou un antisémite), un musulman, un noir… Il n’y a guère plus que les catholiques qui n’osent plus revendiquer une quelconque étiquette sachant qu’on les accuse de tous les méfaits possibles des croisades jusqu’au colonialisme sans oublier leur trop grande propension à ne pas s’intéresser uniquement à l’éducation des plus jeunes.

Les Lois sont parées d’une certaine sacralité qui devrait concurrencer le Dieu-argent. Mais elles sont écrites par des hommes par nature faillibles et elles ne peuvent être immanquablement des préoccupations terrestres. De plus pour la moindre procédure contentieuse il vous en coûtera plusieurs milliers d’euros si vous vous contentez d’un avocat à la portée de votre bourse. Un avocat pénaliste déclarait 70 000 euros d’honoraires par mois avant de devenir ministre. La justice est-elle plus juste lorsqu’on est fortuné ? Les grands principes universels protègent-ils de l’iniquité ?

La création de castes, dont le nombre peut être ajusté selon les besoins, permet de prétendre que si vous êtes fortuné c’est parce que vous êtes le meilleur dans votre caste. La notion de meilleur n’a pas à se référer à une quelconque table des valeurs, à une notion plus ou moins bien établie de Bien ou de Mal, le vrai juge, pas celui qui trône du haut d'une chaire, c’est l’audience, le vulgum pecus fait la loi. Si on se précipite chez un avocat, si on se bat pour une consultation, si on ne veut visionner qu’une seule chaîne de télévision… c’est que l’avocat, le spécialiste, l’animateur sont les meilleurs dans leur domaine ce qui valide leurs privilèges et leurs prébendes. D’ailleurs ils s’extirpent tous du monde réel pour ne plus naviguer que dans l’irréalité d’un monde financier sans attaches avec les biens terrestres. Pour donner un ordre de grandeur, l’ensemble des dettes (ménage + états) est de l’ordre de 250 000 milliards de dollars, soit 320 % du PIB mondial. Certains ont rêvé d’un au-delà, il est d’ores et déjà à portée de main, il suffit de savoir s’y prendre.

Les dirigeants ont comme fil directeur trois objectifs : (i) maintenir l’ordre, (ii) établir des inégalités consenties, (iii) fournir un rêve crédible à la grande masse. Si les principes sont constants, l’emballage doit être empreint de modernité.

 



44 réactions


  • Sirius Sirius 24 mai 15:40

    L’intrumentalisation du « droit des minotités » est une des manifestations de l’idéologie « communautariste » qui permet de rendre invisibles les classes sociales en y superposant un cache socio-culturel amalgamant religions, ethnicité, sexualité, profession, etc. pour donner l’illusion que les oppositions et les problèmes se situent sur ces terrains et pas sur celui du satut social.

    La méthodologie de la « wedge-issue » instaurée par les conseillers de Bush a fait de cette réalité de second plan la seule expression de la vie politique dans les pays dominés par les Etats-Unis où, si vous n’affichez pas à quelle communauté vous apprtenez, on vous somme de prndre position, ne serait-ce que d’adhérer à une association des ceux qui n’ont pas de communauté, histoire de pouvoir vous classer dans les fichiers.


  • Panoramix Panoramix 24 mai 16:56

    ’’en fait la structure des castes est souvent sociale’’

    Bien vu, et le lien avec le ’’minoritarisme’’ c’est qu’un groupe social qui se victimise justifie ainsi une forme de ’’discrimination positive’’ en sa faveur, et l’acceptation de l’entrisme par cooptation. Devenant ainsi (ou demeurant) une caste.

    Ne généralisons pas à toutes les castes, mais certaines procèdent ainsi.


    • Sirius Sirius 24 mai 17:21

      @Panoramix
      @Xenozoid

      les castes, communautaristes ou pas, sont des réalités sociétales, pas des réalités sociales (lien)


      à l’intérieur de chaque « communbauté » ou « caste » on retrouve une structure sociale pyramidale, comme des fractales dans une société elle-même pyramidales
      l’astuce des dominants sociaux (possédants, « élite » culturelle, militaire et administrative souvent issus des mêmes familles), c’est d’imposer dans les médias une vision horizontale d’une société où les gens vivraient côte à côte alors qu’ils vivent les uns aus-dessus (et en-dessous) des autres


    • Xenozoid Xenozoid 24 mai 18:12

      @Sirius

       yo il y a aussi la caste des médias, et de ceux qui hériteront, tout en fait est basé en premier sur la définition de la propriété ... marx l’a tres démontré, que la pyramide existe oui c’est evident,tout le monde le sait,les castes ne changent rien sur cette construction propriétaire,cette enfermement culturel social et sociétal est un handicape pour tous, sauf pour les prédateurs qui eux nous façonnent le quotidien


    • Sirius Sirius 25 mai 07:56

      @Xenozoid

      « tout le monde le sait »
      ce qui va sans dire va encore mieux en le disant, et en particulier que tout repose sur la notion de « propriété »
      kais, même en le sachabt, certains se donnent bonne conscience en affirmant que les richesses « ruissellent » du haut vers le bas et que c’est grâce au haut que le bas a à manger ; du coup il se persuadent eux-mêmes que leur cynisme est un humanisme


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 25 mai 14:32

      @Panoramix
      C’est exact.


    • Claude Courty Claude Courty 25 mai 22:35

      @Sirius

      C’est en effet introduire dans le concept de société, la troisième dimension, verticale ou pyramidale, qu’ignorent, négligent, ou nient, la plupart des économistes, sociologues et autres experts en sciences dites humaines.

      https://pyramidologiesociale.blogspot.com/2023/08/de-la-repartition-structurelle-des.html


  • Claude Courty Claude Courty 24 mai 21:42

    Avant toute autre considération, l’immense majorité des êtres humains est inexorablement condamnée, depuis toujours, à la pauvreté et à son aggravation constante, pour des raisons strictement structurelles et démographiques.

     Richesse et pauvreté existent l’une par l’autre, dans leur inéluctable relativité. Sans riches point de pauvres et inversement.

    Si la richesse n’a pas d’autres limites que celles des ressources dont la tirent ceux qui la convoitent, la pauvreté à celle de la base de la pyramide sociale, qui coïncide avec le niveau zér0 de la richesse, là où survit la multitude des Terriens les plus défavorisés par les hasards de leur naissance et de leur héritage génétique social et culturel, quels que soient les conditions de leur existence par la suite.

     C’est à partir de ces réalités fondamentales de la condition humaine que les pouvoirs qui mènent le monde se sont fondés et ont prospéré, en banalisant le rapport entre maîtres et esclaves, sous le nom de « lutte des classes », laquelle n’a fait qu’aggraver le sort des plus pauvres, en dépit d’un progrès scientifique et technique, menant à prendre le confort matériel pour le bonheur.

    Pour plus de détails : https://pyramidologiesociale.blogspot.com/2015/03/schema-sans-commentaire.html

    et : https ://pyramidologiesociale.blogspot.com/2024/03/invitation.html


    • Eric F Eric F 25 mai 09:32

      @Claude Courty
      Selon les époques et civilisations, l’écart de richesse entre la base et le sommet est plus ou moins considérable. Des facteurs de correction ont été instaurés, dont la ’’redistribution’’ depuis le new deal de Roosevelt, le Front Populaire ou encore le système social de la Libération.
      De fait, les écarts ont été moindres jusqu’aux années 80, mais la mondialisation a conduit à comparer les salaires des patrons à ceux des patrons américains, et ceux des travailleurs à ceux des travailleurs chinois. L’écart s’est tassé au milieu de la pyramide et a explosé tout au sommet de la pyramide.


    • Fanny 25 mai 11:23

      @Eric F
      comparer les salaires des patrons à ceux des patrons américains, et ceux des travailleurs à ceux des travailleurs chinois.

      Excellent.
      C’est ma vie professionnelle en résumé.
      Mon PDG en fin de carrière gagnait dix fois ce que gagnait mon PDG en début de carrière.
      Malgré le développement et l’enrichissement de mon entreprise, mes collègues ouvriers disparaissaient par dizaines de milliers. Où étaient-ils partis ? En Roumanie et en Chine, mais c’était pas les mêmes.


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 25 mai 14:34

      @Claude Courty
      C’est vrai mais le Progrès technique et scientifique a permis de desserrer un peu le carcan entre riches et pauvres ?.


    • Claude Courty Claude Courty 25 mai 22:29

      @Eric F

      Du fait de l’accroissement constant de la population humaine et par conséquent de ses besoins, la pyramide sociale de l’humanité ne cesse pas de se développer, depuis toujours. Ceci entraîne le creusement incessant de l’écart entre sa base et son sommet, avec toutes conséquences sur les inégalités sociales.

      https://pyramidologiesociale.blogspot.com/2015/03/schema-sans-commentaire.html

      Pour toutes précisions :

      https://pyramidologiesociale.blogspot.com/2024/03/invitation.html


    • Claude Courty Claude Courty 27 mai 19:06

      @Jacques-Robert SIMON

      Par l’artifice qui consiste :
      1° À faire passer le confort matériel pour le bonheur, ou « des vessies pour des lanternes ».
      2° À négliger que si la richesse n’a pas d’autres limites que les ressources dont la tirent ceux qui la convoitent, la pauvreté à la sienne qui est la base de la pyramide sociale – laquelle coïncide avec le niveau zér0 de la richesse – où survit la multitude des pauvres profonds.

      https://pyramidologiesociale.blogspot.com/2023/08/de-la-repartition-structurelle-des.html


  • zygzornifle zygzornifle 25 mai 09:12

    Ouais d’un coté le peuple qui en a marre, de l’autre le gouvernement qui s’en bat et qui est prêt a lâcher sa flicaille éborgneuse au moindre mouvement contestataire ....

    En bref le pot de terre contre le pot de fer .... 


  • Fanny 25 mai 11:10

    l’ensemble des dettes (ménage + états)

    entreprises ?


  • Fanny 25 mai 11:16

    soit 320 % du PIB mondial

    Si vous voulez acheter un logement, vous vous endettez à plus de 300% de votre revenu annuel.

    Le principe est que vous allez bosser 20 ans pour rembourser. 

    Pour la dette mondiale, c’est le même principe, et on dirait que ça fonctionne.


  • Fanny 25 mai 11:34

    sous le nom de « lutte des classes », laquelle n’a fait qu’aggraver le sort des plus pauvres

    Qu’est-ce qui vous permet de balancer ce couplet victimaire (c’est la mode) alors que la réalité, ce sont des milliards d’humains sortis de la grande pauvreté ?


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 25 mai 14:41

      @Fanny
      Je ne me sens aucunement victime de quoi que ce soit. Mais ce n’est pas le système qui a amélioré le sort des gens, c’est le progrès technique.


    • Claude Courty Claude Courty 25 mai 22:18

      @Jacques-Robert SIMON

      Parfaitement d’accord avec vous sur ce point, mais ne pas en rester là.

      https://pyramidologiesociale.blogspot.com/2024/03/invitation.html


    • Fanny 26 mai 11:15

      @Jacques-Robert SIMON
      ce n’est pas le système qui a amélioré le sort des gens, c’est le progrès technique.

      Sur le fond, je suis plutôt d’accord avec votre article que j’interprète un peu différemment. Ce que vous appelez l’ARBITRAIRE, que les pouvoirs doivent faire accepter pour que la société vive en paix, pour faire société, je l’appelle le COMMUN. Ce fut la religion, la langue et la culture.

      On cherche aujourd’hui à créer des communs pluriels, ce sont les castes et communautés, les religions s’effaçant (sauf une). Et cela permet de maintenir l’ordre et de masquer, d’étouffer la lutte des classes qui terrifie le pouvoir « bourgeois » (au sens large, tout le monde ou presque en fait peu ou prou partie, ne serait-ce que par complicité idéologique), comme autrefois.

      Ca marche pour le moment du fait du progrès technique, qui est source d’enrichissement collectif comme vous dites. Le monde entier possède un téléphone portable (mais pas l’eau courante).

      Reste à savoir si cette société éclatée en castes et communautés, sans commun évident (la nôtre en France aujourd’hui), un peu féodale, ne va pas sombrer dans une guerre de tous contre tous à mesure que le COMMUN faiblit. On a la chance en France d’avoir un Etat qui crée du COMMUN, mais cet Etat faiblit actuellement, tout en se gonflant : il devient une baudruche malade.


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 30 mai 13:57

      @Fanny
      Les points soulevés sont intéressants mais je suis incapable d’en discuter de cette façon.


  • Fanny 25 mai 16:38

    Mais ce n’est pas le système qui a amélioré le sort des gens

    Des centaines de millions de Chinois sont sortis de la pauvreté du fait d’investissements massifs de multinationales occidentales.

    Tout simplement parce que les petites mains chinoises étaient (elles le sont moins aujourd’hui) bon marché, très habiles, parce que la société chinoise est disciplinée et respecte le droit des affaires, et que les capitalistes occidentaux ne peuvent résister à une mine de profits à se faire, serait-ce au détriment des ouvriers des pays occidentaux.

    C’est quoi le système pour vous ?


  • https://www.syti.net/Manipulations.html

    Stratégies de manipulation
    Les stratégies et les techniques des Maitres du Monde
    pour la manipulation de l’opinion publique et de la société...

    1 La stratégie de la diversion
    2 Créer des problèmes, puis offrir des solutions
    3 La stratégie du dégradé
    4 La stratégie du différé

    5 S’adresser au public comme à des enfants en bas-age

    6 Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion
    7 Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise

    8 Encourager le public à se complaire dans la médiocrité

    9 Remplacer la révolte par la culpabilité
    10 Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes

  • Edmond 28 mai 03:30

    « Cette bourgeoisie libérale va se tailler un nouvel empire qu’elle va gérer d’une manière implacable par cette tolérance qui, proclamant la différence, interdit la contradiction. »

    Michel Clouscard, Critique du libéralisme libertaire


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