samedi 20 mars 2010 - par NOUVEL HERMES

Ma France

Dans un village on enterrait Jean Ferrat.
 
Je pensais à ces milliers de gens qui étaient là, non pour la télé, non pour les célébrités absentes, mais pour vivre une dernière fois l’émotion que le chanteur leur avait transmise.
 
Il n’y eut ni Frédéric Mitterrand qui ne brille bien que par son absence ni Carla qui ne chante bien que lorsqu’elle se tait. Seul l’impudique ou l’impudent cireur de pompes funèbres, Michel Drucker, eut le mauvais goût de venir en hélicoptère. La gamelle du people ne lui suffisant pas, il fallut encore qu’il fût le pique assiette du peuple.
 
Le peuple. Expression démagogique ?
 
Non, ces gens c’étaient ceux du monde réel, loin des élites et de l’image que les médias renvoient de lui : ces beaufs abrutis de télé, racistes, profiteurs, vulgaires, paresseux… Bien sûr le Peuple est cela aussi. Le Peuple est cette matière argileuse que le pouvoir doit modeler dans ce qu’il peut avoir de meilleur. C’est le sens même de la République.
 
Or, loin de là, à Paris, au même instant, Nicolas Sarkozy donnait le pire exemple qui soit. Là où il aurait pu humblement reconnaître une défaite électorale, il nous offrit l’image d’un autisme alarmant.
Là, où certains de ses anciens électeurs auraient peut-être repris espoir, ils auront maintenant compris qu’il n’y avait plus rien à attendre d’un homme qui, à la réalité, préférait un entêtement hallucinatoire. Le premier tour fut calamiteux, le second sera pire. Quitte ou double ? Double, toujours et encore ! Le joueur, l’addict, le flambeur : Son casino c’est nous !
 
Et le vrai Stalinien c’était lui : Un Ceausescu toujours certain de porter la vérité quand il errait dans un palais des glaces où le réel se fractionnait en autant de miroirs déformants que lui tendaient les courtisans ou des figurants payés pour lui faire la claque.
 
Délire pathétique, errance hypnotique desquels nul n’ose sortir Notre Souverain de peur de rater quelques miettes dorées ou de tout perdre. L’aveugle montre le chemin.
 
Ailleurs donc Ferrat : Le vieux communiste nous donnait cette autre image de la France. Non pas le bling bling et l’incohérence idéologique mais la simplicité et la fidélité. De ces deux France, laquelle fut la plus digne ?
Ferrat, le chanteur d’origine juive mais qui, à la médaille du martyr, préféra la voix du combattant.
 
Récemment on s’offusqua du "dérapage raciste" de Gérard Longuet mais, bizarrement personne ne remarqua que ce qu’il disait réellement quand il opposait Louis Schweitzer à Malek Boutih pour la direction de la HALDE ne tenait pas à la "race" mais à l’origine sociale : Longuet vantait Schweitzer parce qu’"il appartenait à une vieille bourgeoisie protestante".
 
Ainsi le "racisme" fut une manière d’occulter la question sociale. Cette question qu’il faut évacuer d’urgence mais à laquelle Ferrat s’acccrocha jusqu’au bout ! Pour cette droite, la légitimité du pouvoir vient de la naissance et des racines. Pour Jean Ferrat, il n’y avait que la valeur que l’homme se donne.
La gauche ferait bien de l’écouter de nouveau.
Aussi ne se serait-il pas même sali les pieds dans ces débats fumeux sur l’identité relégués à cette tragique vérité de la nuit et du brouillard. Le monde de Besson.


9 réactions


  • furio furio 20 mars 2010 17:38

    Bel article qui donne envie de croire que tout n’est peut-être pas perdu !


    • Michel DROUET Michel DROUET 20 mars 2010 18:26

      Je ne suis pas aussi optimiste que vous : entre la droite la plus bête du monde, la gauche qui ne cherche qu’à prendre la place et le peuple abruti par la télé réalité qui met en scène chaque jour un peu plus la médiocrité du monde, un chanteur tel que Jean Ferrat n’a malheureusement plus sa place.
      Ce ne sont pas les quelques larmes de crocodile et les hommages convenus de ceux qui ne connaissaient même pas ses chansons qui y changeront quelque chose. 


  • liberta 20 mars 2010 19:27

    Jan Ferrat avec ses mots, ses phrases, ses poèmes a défait le monde qu’on nous impose et refait la dignité de l’homme 
    S’il a été censuré ce n’était par hasard et d’ouvrir ses semblables à penser a été le combat chanté de sa vie
    Je l’élève à la catégorie des maitres à penser et à honorer


  •  C BARRATIER C BARRATIER 20 mars 2010 20:10

    Oui, une grande voix s’est tue en Ardèche

    Recueillement, ferveur, au dessus de tous les clivages, autour du cercueil de notre Jean FERRAT, si représentatif de l’identité française : respect humain profond, attachement à notre République laïque et sociale. Grâce à FR3 qui retransmettait la cérémonie, ce moment  avait la valeur d’obsèques nationales d’un homme du peuple resté dans le peuple.

    Le chef des armées SARKOZY n’a pas hésité, lui, à laisser des avions de chasse Rafale interrompre une longue minute le message émouvant du grand frère du défunt. Un vacarme assourdissant, qui déchira notre si belle montagne de paix, de silence, de respect.

    Comment avoir osé laisser faire ce survol d’Antraigues à ce moment là ? Irrespect, vaine provocation, à l’encontre de magnifiques obsèques civiles, simplement républicaines ? Comment la France rassemblée devant le monde entier, par la vertu de la diffusion, a-t-elle pu surmonter sa honte ?

    Une atteinte qui n’ébranla pas ceux qui étaient là rassemblés, eux, dans l’identité française. Après le film « Walter, retour en résistance » que je recommande, notre dernier grand artiste témoigne que le temps de résister est revenu, et que nous devons le suivre, l’accompagner, nous les républicains.



    • norbert gabriel norbert gabriel 21 mars 2010 16:57

      peut-être faut-il voir un hommage à l’auteur du « sabre et du goupillon » avec ce survol ?? ou un hommage pirate d’un chef de patrouille rebelle ??? à moins qu’ils ne se soient bêtement égarés ?


  • ELCHETORIX 20 mars 2010 20:14

    bonsoir , l’auteur
    je souscris à votre très bon article , en hommage à Jean FERRAT qui restera à jamais dans le patrimoine culturel de notre pays .
    J’irai , bien sûr voir la tombe de ce grand artiste qui a su resté près du peuple .
    Cordialement .
    RA .


  • Annie 20 mars 2010 20:25

    Beaucoup de gens se sont identifiés avec les valeurs défendues par Jean Ferrat. Il a fait appel avec ses chansons au meilleur de nous-mêmes, à notre compassion et notre sens de justice et de solidarité, des valeurs jugées naïves et tellement moquées et décriées de nos jours lorsqu’elles s’appliquent à la sphère sociale. Il a célébré les luttes des plus humbles et des plus désarmés. Lorsque j’ai entendu parler de ces funérailles, j’ai repensé à celles de Zola, et aux mineurs venus du Nord qui ont suivi le cortège en scandant « Germinal ».


  • rocla (haddock) rocla (haddock) 21 mars 2010 10:21

    s’ il se vente c ’est qu’ il est in the wind ....


  • Louise Louise 21 mars 2010 16:06

    Pourquoi penser que Drucker n’est venu qu’« en cireur de pompes » ?

    Même si vous ne l’aimez pas, vous ne savez pas s’il n’appréciait pas Ferrat plus que vous ?

    Cela me rappelle Brassens, qui, alors que les gens autour de lui se moquaient de Tino Rossi a dit que lui l’appréciait . Personne n’a plus ri !

    Pensée unique...quel aveuglement !

    Je n’irai pas sur la tombe de Jean Ferrat, mais je continuerai d’écouter ses chansons comme je le fais chaque jour. Pas toutes...


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