Macron, ne rigole plus !
« Macron bz ta prof, pas les nôtres »… Très froissé a été le roitelet de l’Élysée en lisant cette pancarte lors d’un défilé de manif dans le journal de 13 h de France 2. Ce graffiti a été par deux fois diffusé derrière le présentateur. L’Élysée n’a pas du tout apprécié et l’a fait savoir au diffuseur. L’entourage du président s’en est agacé auprès du Parisien. « Évidemment que ça ne lui a pas fait plaisir », a confirmé un proche du chef de l’État au quotidien francilien, lequel rapporte que le locataire de l’Élysée était fort contrarié par l’absence d’excuses de la part de France 2 dans le 13 heures du lendemain…
Comme la vérité sort de la bouche des enfants…
Bon d’accord, la pancarte en carton n’est pas classe, mais en temps de revendications, on n’est pas là pour faire dans la dentelle. D’ailleurs, remarquez, chers lecteurs, sur la photo jointe, la pancarte juste à côté de celle concernant Madame Macron : « tu nous l’as mise à l’envers, nous, on te la Mai 68. » De la duperie, on passe à une belle référence au kamasoutra, non ? La verve populaire française est inépuisable !
Dans ce slogan « Macron bz ta prof, pas les nôtres », n’y aurait-il point une once de vrai ? Car, comme toute plaisanterie, même douteuse, l’humoriste n’est-il point allé dénicher le petit caillou au fond de la chaussure ? À n’en pas douter, il y a une tentative de pont entre ce qu’aurait fait Monsieur Macron à Madame et la « gente féminine enseignante » actuelle : « baiser nos profs », dans le sens, bien sûr, d’abuser, de maltraiter les enseignantes, qu’il faut rappeler sont en grande majorité représentées dans le corps professoral de l’Éducation nationale.
L’insulte ressentie par le président,
Porte donc bien sur la première partie : « Macron bz ta prof »… Et ça ne part pas seulement d’une insulte, mais d’une histoire connue et documentée.
Adolescent, Emmanuel Macron, à l’âge de 15 ans, débute une relation avec sa professeure de français et de théâtre, Brigitte Trogneux, alors âgée de 39 ans. Une histoire qui commence au lycée d’Amiens, en 1993.
Qualifions leur histoire de singulière.
Cependant, que disait la loi à cette époque à propos de ce genre de relations ?
D’un adolescent et d’une mère de famille de presque 40 ans, mariée, qui plus est professeure de son élève : il y avait de quoi faire jaser dans les chaumières !
Mais au-delà de la morale, il y avait aussi la loi. Le calendrier juridique mérite qu’on s’y arrête : le nouveau Code pénal entré en vigueur le 1er mars 1994, modifiant notamment les dispositions relatives aux atteintes sexuelles et à l’autorité exercée sur les mineurs. En somme, cette histoire s’est déroulée à une époque où la frontière entre relation amoureuse, autorité professorale et responsabilité pénale était encadrée par des textes précis, dont l’application dépendait de l’âge du mineur et des circonstances…
À quelques mois près, avec ces changements de la loi, Brigitte aurait pu se retrouver devant les juges. Et qui sait ? Si cette histoire avait tourné au procès plutôt qu’au mariage, le destin politique d’Emmanuel Macron et, par extension, celui de la France auraient peut-être été tout autres !
Quant à la pancarte, elle, ne s’embarrasse pas de ces nuances. Elle frappe là où l’histoire personnelle du président rencontre le langage cru de la rue. Et c’est précisément ce qui la rend politiquement explosive.
Ce que j’ai voulu dire, c’est que mon texte d’opinion aborde la question des limites de la satire politique en France, de la liberté d’expression et de la sensibilité du pouvoir face aux attaques personnelles touchant à la vie privée des dirigeants. Il est vrai que nous ne sommes pas en terre angloise, où l’élite se fait traîner dans la boue à tout bout de champ ; ici, en France, nous sommes très sensibles en ce qui concerne « la vie privée ».
Donc, regardons deux visions divergentes :
La perspective critique du texte : cette position défend le fait que l’humour populaire, même lorsqu’il est cru ou provocateur, utilise la caricature et l’analogie : ici, un parallèle entre l’histoire personnelle du président et la dégradation perçue des conditions de travail des enseignants. D’après cette approche, l’absence de second degré ou l’irritation de Macron face à un tel slogan témoigne d’une forme de rigidité, de déni à l’égard de cette culture du slogan brut de coffre en manifestation.
La perspective de la protection de la vie privée : à l’inverse, l’entourage du chef de l’État estime que la critique politique ne doit pas dériver vers l’insulte personnelle, la vulgarité ou le ciblage des conjoints. La confrontation entre l’irrévérence populaire, historique lors des mouvements sociaux, et l’exigence de respect de la fonction illustre la tension constante qui existe autour des limites de la liberté de « se payer la tête » dans le paysage politique français.
Le nœud du problème : une tension permanente
Ce cas précis montre une frontière entre la liberté de caricature (hautement protégée en France) et l’injure publique, qui reste très mouvante.
Dès que la satire quitte le terrain de l’action publique pour entrer dans la chambre à coucher, tout s’écroule : ce qui est perçu par les uns comme une vérité, servie par un humour populaire décapant, est vu par d’autres comme une vulgarité franchissant les limites de la décence acceptable.
Il faudrait prendre en considération que le bourgeois français est extrêmement pointilleux sur le sujet de sa vie personnelle et, comme c’est cette caste qui gouverne, la réaction de Macron n’a rien d’étonnant et explique plus largement qu’un tas d’humoristes soient mis au placard, ne citons que Dieudonné et Blanche Gardin, parmi bien d’autres.
Alors, que notre président perde son temps en de telles billevesées montre bien la susceptibilité à fleur de peau qui est chatouillée par ces quelques mots, gribouillés sur un bout de carton.
Ce slogan s’articule pourtant sur une vérité biographique et sur une critique sociale, et ça, Monsieur le président, tu n’y peux rien !
Donc, attendre des excuses de France 2… est aussi ridicule que de vouloir brider les « Macron démission ! » qui fleurissent en ce mois d’octobre 2026 dans les rues de France.
Georges ZETER/octobre 2026
Vidéo : un Gorafi ? Des FDL confisquent des pancartes
Sources
1. La pancarte au journal de France 2. Le Parisien — Macron furieux contre le 13 heures de France 2 après la diffusion de la pancarte
2. HuffPost — Le 13 heures de France 2 s’explique après la diffusion de la pancarte
3. La rencontre entre Emmanuel Macron et Brigitte Trogneux TF1 Info — Quand Emmanuel Macron faisait l’épouvantail devant sa professeure et future femme
4. TF1 Info — Emmanuel Macron raconte sa rencontre avec Brigitte dans son livre Révolution
5. Le cadre juridique en vigueur en 1993-1994 Légifrance — Ancien article 331 du Code pénal, applicable jusqu’au 1er mars 1994
6. Légifrance — Loi du 16 décembre 1992 portant réforme des dispositions du Code pénal
8. Dieudonné et Blanche Gardin : controverses et liberté d’expression Le Parisien — La polémique opposant Blanche Gardin à Delphine Horvilleur
9. Le Figaro — Blanche Gardin dément sa participation à une conférence annoncée par Dieudonné
10. Le Monde — Vérification d’une fausse citation attribuée à Blanche Gardin
11. Légifrance — Recherche des textes relatifs à la liberté de la presse et à l’injure publique



