jeudi 26 février - par Giuseppe di Bella di Santa Sofia

« Magdalene Laundries » : l’Église catholique et l’État irlandais ont réduit des milliers de femmes à l’esclavage pendant 70 ans

Dublin, 1955. Une adolescente de 16 ans, accusée d’avoir "mal tourné", est emmenée de force par des gardiennes en habit noir. Elle franchit la lourde porte d’un couvent de la Madeleine. On lui arrache ses vêtements, on lui coupe les cheveux, on lui donne un nom de religieuse. Pendant des années, elle lavera des draps dans une laverie glaciale, du matin au soir, sans salaire, sans contact avec l’extérieur. "Tu es une pécheresse, tu dois expier", lui répète la mère supérieure. Elle n’est pas seule : des milliers de filles et de femmes, mères célibataires, orphelines, handicapées mentales, ont été enfermées dans ces institutions jusqu’en 1996. L’Église catholique et l’État irlandais ont organisé ce système d’esclavage moderne. Ils l’ont justifié au nom de la morale. Ils l’ont caché pendant des décennies. Aujourd’hui, les survivantes exigent justice. Mais les excuses officielles restent vides.

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Un système d’enfermement moral : l’Église et l’État complices

Les "Magdalene Laundries" (Blanchisseries de la Madeleine) existent dès le XVIIIe siècle, mais explosent après l’indépendance irlandaise en 1922. L’État confie à l’Église catholique la gestion des "filles perdues". Entre 1922 et 1996, au moins 10 000 femmes et filles y sont enfermées. Les raisons d’internement sont absurdes : mère célibataire, orpheline, handicap mental, simple "mauvaise conduite". On les prive de nom, d’identité, de liberté. On les force à travailler 10 à 12 heures par jour dans des blanchisseries industrielles, sans salaire, sans éducation, sans contact extérieur. Les punitions sont quotidiennes : coups, isolement, humiliation publique. Une survivante, Mary Smith (pseudonyme), témoigne en 2013 : "On nous disait que nous étions des pécheresses. On nous faisait laver les draps des prêtres et des bonnes sœurs. On nous battait si on parlait".

 

 

L’État verse des subventions aux congrégations et utilise les blanchisseries comme ateliers bon marché. Les évêques et les prêtres envoient les filles. Les médecins signent des certificats d’internement. Toute la société ferme les yeux. L’Église et l’État se partagent la responsabilité : l’un fournit la morale, l’autre la loi.

 

La vie quotidienne : esclavage au nom de la rédemption

Dans les blanchisseries, la journée commence à 6 heures du matin par la prière. Puis c’est le travail : lavage, repassage, couture, jusqu’à 20 heures. Pas de week-end, pas de vacances. Les filles dorment dans des dortoirs glacials, mangent une nourriture fade. Toute tentative d’évasion est punie par des coups ou un isolement prolongé. Une ancienne victime raconte : "On nous faisait chanter des hymnes en lavant. Si on pleurait, on nous disait que c’était le diable qui parlait". Les grossesses étaient fréquentes, causées par les abus sexuels des prêtres et des gardiens. Les bébés étaient enlevés et adoptés à l’étranger. Les mères ne revoyaient jamais leurs enfants. Plus de 150 tombes anonymes ont été découvertes dans les années 1990 : des femmes mortes d’épuisement, de maladie ou de mauvais traitements. 

 

Prime Video: Ireland's Forgotten Women

 

L’Église justifiait tout cela par la "rédemption des pécheresses". L’État par le "maintien de l’ordre moral". Pendant 70 ans, personne n’a enquêté. Les survivantes étaient réduites au silence par la honte et la peur.

 

Le rapport Ryan et la commission 1999-2009 : excuses sans justice

En 1999, le rapport Ryan révèle l’ampleur des abus dans les institutions religieuses irlandaises. En 2009, la Commission d’enquête sur les "Magdalene Laundries" confirme : "Les femmes ont subi des traitements cruels et inhumains". Le gouvernement irlandais présente des excuses, du bout des lèvres, en 2013. Mais les congrégations religieuses refusent de payer des réparations. Elles versent seulement 5 millions d’euros sur un fonds de 200 millions. Les survivantes reçoivent une indemnisation moyenne de 10 000 euros. Aucune religieuse ni aucun responsable étatique n’est poursuivi pénalement. L’Église catholique, toute puissante et influente en Irlande, garde ses archives secrètes. L’État refuse une enquête criminelle complète.

Les centaines de survivantes continuent de se battre contre vents et marées. En 2021, elles obtiennent enfin une reconnaissance officielle, mais sans justice réelle. Le silence religieux et étatique perdure.

 

Magdalene Survivors Say Government Broke Its Promise

 

Le pouvoir de l’Église catholique et le silence complice

Les "Magdalene Laundries" ne sont pas un "épisode du passé". Elles montrent comment l’Église et l’État peuvent collaborer pour écraser la dignité humaine au nom de la morale. Pendant des décennies, l’Irlande a préféré la honte au scandale. Aujourd’hui, l’Église catholique continue de résister à une pleine reconnaissance des nombreux abus. Les survivantes n’ont pas obtenu justice, seulement des excuses tardives et minimales. Comment une institution qui se dit "mère de miséricorde" a pu infliger tant de souffrance ? Quand l’Église et l’État se serrent la main pour contrôler les corps et les âmes, la dignité humaine devient négociable.

Plus de silence, plus d’impunité, plus de honte imposée aux victimes. La grâce de Dieu ne se gagne pas dans les blanchisseries-prisons de la cruauté et de la terreur 

 

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20 réactions


  • mursili mursili 26 février 14:47

    C’est le sujet du film Philomena de Stephen Frears avec Judy Dench.


    • Gégène Gégène 26 février 15:05

      @mursili

      Voir également The Magdalene Sisters , sur le même sujet.


    • Fergus Fergus 26 février 16:52

      Bonjour, mursili et Gégène

      Deux excellents films qui, chacun à sa manière, mettent en lumière ces pratiques révoltantes et l’incroyable intolérance des religieuses à l’égard de ces jeunes filles et femmes.


    • Bonsoir @Fergus, @mursili et @Gégène,

      Merci pour vos commentaires qui apportent un complément très intéressant à cet article. J’avais prévu d’évoquer ces deux excellents films mais j’ai complètement oublié d’insérer le passage concerné lors de la mise en page finale.

      Lorsque j’étais étudiant en Histoire, j’ai enseigné pendant six ans dans une institution catholique dirigée par des religieuses et des prêtres. J’en garde un très mauvais souvenir. Ces gens-là prônaient une religion d’amour mais, en réalité, c’étaient des hypocrites de la pire espèce. C’est à ce moment que j’ai commencé à me poser des questions sur le catholicisme, la religion dans laquelle j’ai été élevé. 


  • Gégène Gégène 26 février 15:15

    Comment une institution qui se dit « mère de miséricorde » a pu infliger tant de souffrance ?

    Ben . . . les pires salopards se parent de vertu, For Sure smiley


  • juluch juluch 26 février 15:48

    la folie des religions !!

    Je dis bien « des » parce que elles se ressemblent toutes ...je parle des monothéistes.

    Les polythéistes sont plus tolérantes.


    • Bonsoir @juluch,

      Merci pour votre commentaire ! Je ne vais pas mettre toutes les religions monothéistes dans le même sac : il y en a une qui est beaucoup moins tolérante et pacifique que les autres et qui pose de très gros problèmes un peu partout dans le monde : l’islam. 


  • rogal 26 février 19:38

    Pourquoi donc les Irlandais ne se convertissent-ils pas au protestantisme, comme vous le fîtes, ou encore à l’athéisme, voire (horresco referens) à la libre-pensée ?


    • mursili mursili 26 février 20:33

      @rogal

      Comme si le protestantisme était plus charitable...

      Oubliés l’exécution de Michel Servet à Genève, les procès en sorcellerie de Nouvelle Angleterre, les guerres indiennes en Amérique du Nord, la colonisation britannique, la colonisation hollandaise, la colonisation allemande (génocide Herero), l’Apartheid, l’esclavage et la ségrégation raciale aux USA, les Chrétiens allemands (Deutsche Christen) collaborateurs du nazisme, etc. etc. ? 

      Du travail pour notre ami Giuseppe...


    • @mursili

      Vous avez raison : le protestantisme, comme le catholicisme, a eu ses heures les plus sombres et ses dérives graves. L’exécution de Michel Servet, les chasses aux sorcières, l’esclavage soutenu par certaines Églises protestantes, l’apartheid justifié par une lecture biblique dévoyée, les collaborations au nazisme… tout cela est réel, indéfendable et mérite d’être rappelé sans complaisance.

      L’article ne cherche pas à dresser le protestantisme comme un modèle supérieur ou « plus charitable ». Il pointe simplement un système précis et documenté : les « Magdalene Laudries », où l’Église catholique et l’État irlandais ont collaboré pour enfermer et exploiter des milliers de femmes et de filles pendant des décennies, au nom de la morale. C’est cette réalité historique qui est analysée ici, pas un classement moral global entre traditions chrétiennes.

      Je précise que je suis protestant libéral. C’est une nuance importante. De plus, je n’ai aucun problème à émettre des critiques à l’égard de Luther : « De Wittenberg à Auschwitz : l’héritage maudit de Martin Luther, père de la Réforme protestante ». J’ai déjà rédigé deux articles sur les dérives du protestantisme (ou des protestantismes devrait-on dire) que vous citez dans votre commentaire. Ils seront publiés prochainement.


    • Bonsoir @rogal,

      Merci pour votre commentaire ! L’Irlande est un pays fort imprégné de catholicisme mais je ne pense pas que le peuple irlandais, que j’apprécie beaucoup, soit intolérant comme l’est encore l’Eglise catholique. La preuve : en 2015, il a voté massivement (62 %), lors d’un référendum, pour l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. Un signal fort de tolérance qui montre clairement qu’il accorde de moins en moins d’importance aux exhortations de la hiérarchie catholique.


    • mursili mursili 26 février 22:51

      @Giuseppe di Bella di Santa Sofia

      Bien sûr ! il ne s’agit pas pour moi de faire le procès du protestantisme. Seulement de rappeler quelques faits historiques.

      Il y a indéniablement un humanisme protestant, et on peut par exemple citer le rôle joué par les Quakers dans la condamnation de l’esclavage qui mènera à son’abolition aux États-Unis. On peut aussi évoquer les figures héroïques de la résistance au nazisme, telle que celle du pasteur Boenhoeffer, exécuté par le régime nazi en 1945. Je compte sur vous pour nous présenter ces divers aspects du protestantisme, sa face lumineuse, mais aussi ses zones d’ombre.


  • Mustik 27 février 07:15

    Le problème ce n’est pas tant le Christianisme,

    le problème c’est ce qu’en ont fait des hommes pendant des Siècles sur tous les continents...

    Quand le fondateur mort sur la Croix s’exclame :

    « Aimez-vous les uns les autres »

    « que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre »

    Je ne vois pas ce qu’il y a de condamnable, sinon qu’on me l’explique ???


    • Eric F Eric F 27 février 16:52

      @Mustik
      Dans l’article ce n’est pas le message religieux qui est mis en cause, mais les institutions ecclésiales qui ne pratiquent pas les valeurs qu’elles sont supposées porter. Ça les discréditent de nous faire la leçon sur la charité, l’ascétisme e autres. 


  • Julian Dalrimple-sikes Julian Dalrimple-sikes 27 février 08:20

    La religion de base de la planète entière, enfin de la psyché humaine détruite à 95 % par nous tous depuis des millénaires.est celle du Veau D’Or..

    terrifié par la vie le jours ou je vois, très jeune, que naître = mourir..

    je fuis la vie, or c’est impossible.

    Alors démence et souffrances sont nos amies pour la survie, car la vie n’est plus 

    etc..

    Puis vient entre autre la haine pour oublier et toutes les formes de démences autres..et cette haine va alors se déverser sur les autres , je vais très mal donc tu vas payer pour ça..

    Nous sommes de parfaits crétins incroyablement déments en fait..


  • Yann Esteveny 27 février 10:56

    Message à tous,

    Pour le bien de votre santé mentale, je vous invite à cesser d’être le jouet des agences de communication de la Synagogue de Satan et de ses contre-feux pitoyables.

    Les secrets du réseau Epstein : le plan CACHÉ de l’élite | GPTV

    https://www.youtube.com/watch?v=KRHoyr-hbxM


    • Goldo Du Goldo Du 28 février 10:35

      @Yann Esteveny
      Mon pauvre ami qui vit seul les yeux ouverts dans un complot partagé par des... milliards de personne...


  • Claude Courty Claude Courty 27 février 18:00

    S’il n’y avait que ls femmes !

    Depuis la nuit des temps, l’être humain a été asservi par les pouvoirs qui mènent le monde, à commencer par le religieux, le politique et l’économique.

    Le syndrome de l’autruche

    https://pyramidologiesociale.blogspot.com/2020/10/le-syndrome-de-lautruche.html

    Condition humaine, foules et pyramide sociale

    https://pyramidologiesociale.blogspot.com/2025/08/les-foules-la-demographie-la-pyramide.html


  • Goldo Du Goldo Du 28 février 10:34

    C’est le propre des religions et notamment de leurs pratiquants orthodoxes que de rendre les femmes esclaves.


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