jeudi 21 janvier - par Bruno Hubacher

Magic money tree

 

Elle le répétait à qui voulait l’entendre, l’ancienne Premier Ministre britannique, Theresa May, digne héritière de la défunte papesse du néolibéralisme, Lady Thatcher : « L’argent ne pousse pas sur les arbres ».

Pour parer au sous-financement chronique de l’ancienne « Rolls » des systèmes de santé « National Health Service » NHS, 10 milliards £ chaque année, l’ancienne Premier Ministre, tombée en disgrâce avant l’heure, comptait surtout sur les ressources « libérées » grâce à la « résiliation de l’abonnement à l’Union Européenne », plutôt que sur l’effet redistributif d’une augmentation de certains impôts, suivant à la lettre l’avertissement monétariste d’outre-tombe « En matière de santé la demande est infinie, gare au déséquilibre des finances publiques ».

Fondé en 1948, entièrement financé par le budget de l’état, à partir des années 1980, l’état du système de santé NHS n’a cessé de se dégrader. En termes de nombre de médecins et personnel soignant per capita, la Grande Bretagne se trouve actuellement à la place 19 des 21 pays les plus industrialisés et, en l’espace de trente ans, le nombre de lits hospitaliers disponibles a diminué de moitié pour arriver à 2,6 unités par 1'000 habitants, un tiers de ce dont dispose l’Allemagne. (King’s Fund)

Ce n’est donc pas une surprise qu’un service public exsangue et sous-financé à tel point ne soit pas en mesure de faire face à un incident majeur tel que la pandémie du virus SARS-Cov 2. Ainsi, la Grande Bretagne affiche le taux de mortalité, directement imputable au virus, le plus élevé d’Europe, suivi par le Portugal, les Pays Bas et la Suisse qui, derrière les Etats-Unis, dispose également du système de santé le plus onéreux de la planète, un parfait exemple du partenariat public-privé.

Pourtant, en flagrante contradiction avec Mrs. May, la vénérable « Bank of England » quant à elle, admet qu’ils existent bel et bien, les « magic money trees ». Ce sont les banques privées, en conjonction avec la Banque Centrale, qui créent de l’argent, « ex nihilo », simplement en octroyant de nouveaux crédits à leurs clients. Cela s’appelle le système de réserves fractionnaires ou couverture partielle. Ainsi, 97% de la masse monétaire en circulation existe sous forme scripturale contre seulement 3% sous forme de billets de banque, dont la Banque Centrale détient le monopole d’émission. (Banque d’Angleterre 2014, « Money creation in the modern economy ») 

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Par conséquent, contrairement à la doctrine dominante et communément admise, les banques centrales n’ont aucune mainmise directe sur la taille de la masse monétaire en circulation et donc sur le niveau de l’inflation dont elles sont pourtant censées garder le contrôle, prétexte avancé pour justifier la rigueur budgétaire de l’état. Le seul moyen dont elles disposent est un moyen incitatif, le taux d’intérêt qu’elles chargent aux banques privées et celui auquel elles rémunèrent leurs dépôts. Pour s’en convaincre il suffit d’observer le taux d’inflation depuis l’éclatement de la dernière crise financière de 2008 qui stagne à un niveau proche de zéro tandis que la taille de la masse monétaire en circulation, dans les pays industrialisés, a littéralement décuplé. 

Bien qu’il s’agisse d’un phénomène aisément observable, même par le commun des mortels, il n’est pour ainsi dire jamais thématisé par les médias traditionnels, et, quand on en parle dans la presse spécialisée, jamais en relation avec les finances publiques, pour d’évidentes raisons. Cela explique peut-être la relative méconnaissance du public, mais pas celle de nos élus. En effet, selon un sondage, effectué en 2017, par l’ONG britannique « Positive Money », 85% des parlementaires britanniques sont totalement ignorant du mécanisme de la création monétaire et il est fort à parier qu’il en soit de même dans d’autres pays.

Il n’est donc pas impossible que la politique d’austérité, menée par à peu près tous les gouvernements européens depuis une vingtaine d’années, avec des conséquences désastreuses pour le fonctionnement du service public, en l’occurrence celui de la santé, est basée sur une flagrante méconnaissance du fonctionnement de l’économie de la part de nos élus.

L’unique côté positif de la tragédie de la crise sanitaire du COVID, si on peut dire ainsi, réside dans la révélation de l’échec patent d’un système économique aux abois depuis longtemps et, fait jusqu’ici inconnu, la complicité de la communauté scientifique. Le fait que celle-ci se soit laissée embobiner pendant des décennies par une théorie économique dépourvu de tout fondement scientifique est tout de même un comble.

Ainsi, c’est un secret de polichinelle que, depuis la dernière crise financière de 2008, considérablement affaibli par la crise sanitaire, le système financier international se trouve actuellement sous assistance respiratoire et cherche désespérément une issue. Par conséquent, il est fort à craindre que, pour sortir de la crise, le libéralisme se voie contraint à nouveau de faire une énième entorse à son dogme, la liberté individuelle, ce qui laisse à penser que, finalement, il n’ait jamais été question de liberté individuelle, mais plutôt de préservation d’une structure de pouvoir ancestrale.

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Les signes avant-coureurs sont nombreux, censure, état d’urgence sanitaire, vaccination obligatoire, centralisation du système financier international, suppression des moyens de paiement anonymes (cash), introduction d’un revenu de base inconditionnel, suppression des prestations sociales.

Contrairement à la thèse thatchérienne « TINA » (There is no alternative) il y a bel et bien une alternative face aux propositions transhumanistes avancées par d’éminents « think tanks » et autres groupes d’experts.

Contrairement aux sciences naturelles, soumises aux dures réalités du cosmos, la science économique se limite à l’analyse d’une activité humaine, l’organisation de la production, l’échange et la consommation de biens et de services. Dans ce contexte l’aspect monétaire n’est qu’une composante parmi de nombreuses autres et dont le rôle pourrait aisément être redéfini démocratiquement. 



10 réactions


  • Opposition contrôlée Opposition contrôlée 21 janvier 13:08

    est basée sur une flagrante méconnaissance du fonctionnement de l’économie de la part de nos élus.

    N’est-ce pas plutôt du sabotage ? On sait que la tendance est à l’élargissement de l’économie de marché dans les domaines jusqu’alors protégés, santé et éducation en première ligne. 


  • JPCiron JPCiron 21 janvier 13:56

    Cela s’appelle le système de réserves fractionnaires ou couverture partielle.>


    Il y a un demi-siècle, le bouquin ’’Le Marché de l’Euro-Dollar’’ était au programme de plusieurs écoles. On avait 4 heures sur le sujet.

    Il me semble l’Article montre que le ’’système de réserves..." a fait des petits avec les Systèmes politiques, pour devenir des outils de domination, et non plus de simples outils de business.

    .





    • Bruno Hubacher Bruno Hubacher 21 janvier 14:03

      @JPCiron
      4 heures ? On a dû vous cacher l’essentiel.


    • JPCiron JPCiron 21 janvier 14:54

      @Bruno Hubacher

      En fait, durant l’ année, il y avait des ’’tests’’ écrits sur différents sujets, dans différents domaines.
      Chaque test durait en général 4 heures.


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 21 janvier 14:51

    Partout où ils existent, dans les pays occidentaux adeptes de l’école de Chicago et son gourou Friedman, les systèmes de santé glissent vers deux types de privatisation : d’une part le transfert de charge de la Sécurité sociale ou son équivalent vers les assurances santé privées et les soi-disant « mutuelles » complémentaires, et, d’autre part, la transformation de l’hôpital au mieux en un centre de rentabilité, au pire à la relégation en 3ème division, laissant aux cliniques les traitements juteux pour ne conserver que le rôle d’hospice.

    C’est un des rôles que l’on fait jouer d’une façon ou d’une autre dans de nombreux pays aux mesures d’exception qui préparent le terrain en utilisant la « pandémie » comme prétexte.


  • ZenZoe ZenZoe 21 janvier 18:08

    Article intéressant et bien expliqué.


  • Abou Antoun Abou Antoun 22 janvier 10:44

    Bonjour Bruno

    Merci pour votre article. Quand les Suisses parlent d’argent il faut être attentif...

    L’unique côté positif de la tragédie de la crise sanitaire du COVID, si on peut dire ainsi, réside dans la révélation de l’échec patent d’un système économique aux abois depuis longtemps et, fait jusqu’ici inconnu, la complicité de la communauté scientifique. Le fait que celle-ci se soit laissée embobiner pendant des décennies par une théorie économique dépourvu de tout fondement scientifique est tout de même un comble.

    Oui, tout à fait d’accord mais en fait c’est tout le système, essentiellement fondé sur le système économique, il est vrai, qui est en cause. Cela dit, qui va en tirer les leçons ? Personne ...dans un an les mougeons voteront comme un seul homme pour Macron ou un de ses avatars.

    Cet épisode pandémique peut se terminer (si on peut dire) de plusieurs manières. Objectivement la disparition d’une classe fragile et coûteuse de la population va dans le sens des intérêts économiques. Cela n’a donc aucun intérêt de lutter contre. Dieu vient au secours du capitalisme/libéralisme en allégeant les charges de la société en rappelant à lui ces bons vieux boomers qui coûtent un argent dingue. Il faut dire merci et ne pas contrecarrer ses projets. Mais évidemment, le reconnaître cela fait désordre.

    Il va arriver un moment où la classe dominante va comprendre que la politique actuelle de dramatisation médiatique va à l’encontre de ses intérêts. On recommandera donc à C-news BFM-TV et consorts de mettre la pédale douce. Le bilan quotidien des décès sera ’intégré’, on n’en parlera plus.

    Plus vraisemblablement les quelques mesures conjoncturelles prises ici et là auront quelque effet et l’on estimera le problème ’résolu’ et à nouveau ’black-out’. On retombera avec les stats au niveau des grosses grippes.


  • sylvain sylvain 22 janvier 11:18

    le libéralisme se voie contraint

    de nouveau de faire une énième entorse à son dogme, la liberté individuelle


    Ca ce n’est pas son dogme, c’est un élément de communication . Le libéralisme ne voit aucun inconvénient aux kilomètres de réglementations, accords de libres échanges, normes, tribunaux et autres instance qui n’ont pas grand chose a voir avec la liberté individuelle . Le libéralisme est l’idéologie des puissants pour maximiser leur puissance, si l’état le sert la grande majorité des libéraux le supportera et lui donnera une place centrale, si il leur met des batons dans les roues ils le tiendront a l’écart .

    Demandez vous simplement quelle est la place de la liberté individuelle dans les grosses multinationales, dans l’industrie mondialisée : beaucoup de libertés pour une petite élite, l’esclavage pur et simple pour tout le reste


  • Spartacus Lequidam Spartacus Lequidam 22 janvier 12:02

    Le gauchiste Suisse qui vit dans un pays ou la santé est la plus privatisée d’Europe et les gens sont dans le top 3 des meilleurs soins du monde, ou l’espérance de vie est des plus importante au monde, déplore que dans les pays ou la santé est étatisé ça fonctionne mal.

    C’est rigolo cet absence d’analyse de bon sens ou même avec les faits que l’on vit, le constat que ca marche moins bien quand c’est étatisé, l’idéologie étatiste socialiste fait avancer avec des œillères et le déni des faits concrets.

    hallucinant !


    • sylvain sylvain 22 janvier 13:47

      @Spartacus Lequidam
      On dirait que vous considérez la suisse comme une société a part entière . La suisse est la banque du monde, tout comme les EU sont le centre de l’empire, environ 20 % de tout l’argent mondial y est entreposé . 

      Tout le monde ne peut pas être banquier, sinon tous les banquiers seraient morts de faim depuis longtemps . Dire que la suisse est une exception a cause ou grace a son système économique, et qu’il suffirait de faire pareil, c’est un peu comme de dire que si tout le monde faisait comme goldman sachs, tout le monde serait riche .

      Il n’y a plus aucun pays qui peut être considéré comme une société a part entière, mais si vous voulez faire ce genre de comparaisons, prenez plutot la chine, qui à défaut d’être une société a part entière est le plus gros morceaux de la société mondiale et exerce un panel d’activités très variés . Son système politique est un capitalisme autoritaire d’état, un peu le même que dans les pays occidentaux des trentes glorieuses, et semble être le meilleur système d’accumulation de puissance qu’on ai trouvé jusque là . Ce qui ne veut d’ailleurs pas forcément dire qu’il est souhaitable 


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