lundi 26 mai 2008 - par Pirate17

Maman, les p’tits bateaux...

Les gouvernements qui se sont succédé depuis 2002 nous promettaient de créer des emplois. Or nous avons assisté à un certain nombre de décisions dont les résultats ne concordent absolument pas avec ce noble but affiché, mais contribuent à une destruction, à une démolition, à un démantèlement complet de tout ce qui touche au secteur maritime français.

Le Registre international français

Ainsi la mise en place du RIF, le Registre international français : pour faire simple, pour lutter contre la fuite des immatriculations nationales, la France effectue des immatriculations pour les navires de commerce dans les TAAF, à Port-aux-Français dans les îles Kerguelen et pour les navires de croisières à Wallis et Futuna. Cette immatriculation est strictement administrative, les Kerguelen ne comprenant aucune population permanente et Port-aux-Français n’offrant qu’un simple embarcadère.
Cette mesure était censée lutter contre le changement de pavillon des navires marchands. En effet les armateurs avaient pris l’habitude d’immatriculer leurs navires sous des pavillons réputés financièrement plus intéressants.

More...Le RIF offre aux sociétés françaises armant des navires des allègements fiscaux et salariaux. Ils peuvent ainsi employer jusqu’à 65 % de marins étrangers hors Union européenne qui sont rémunérés aux conditions de leur pays d’origine ou aux salaires ITF les plus bas (il existe plusieurs salaires ITF : AMOSUP aux Philippines, TCC pour d’autres et, pour certains Européens de l’Est, des salaires pratiquement équivalents aux salaires des officiers français).

Le reste de l’équipage, dont le capitaine et l’officier en second, doit être Français, l’État remboursant alors 50 % des charges sociales au début. Une modification récente permet que le capitaine et l’officier en second soient obligatoirement Européens. Exit l’obligation de commandement français, ce qui entraîne de facto la mort programmée des écoles maritimes. Et sans doute la fin de la motivation des marins français qui naviguent encore.
Toutes les charges sociales des équipages français sont maintenant remboursées avec le RIF et avec la taxe au tonnage... Les armateurs n ont jamais autant gagné d’argent...

Sur les navires RIF, on tombe aujourd’hui à 25 % de marins CEE et le reste hors Européens.

Le gouvernement français regrette que la "Fédération internationale des ouvriers du transport" classe ce RIF comme pavillon de complaisance, à la demande des syndicats d’officiers et de marins français !

Des conditions de travail alarmantes

Il est à noter une dégradation des conditions de travail et de vie à bord des navires : inspections en continu dans les ports, impossibilité de sortir (ISPS) qui devait empêcher les ’’ étrangers’’ de monter à bord des navires, mais surtout interdit aux marins de sortir du bateau.
Les pressions sont de plus en plus importantes sur les officiers, liées à une augmentation très importante des temps de travail pour les commandants et chef mécanicien par le fait de la diminution de la compétence, voire de l’incompétence, de personnels peu ou pas formés et avec lesquels la communication n’est pas évidente.
Un second officier, par exemple, doit fréquemment assurer la liaison machine-pont, le saisissement et dessaisissement de la cargaison, et tenir le rôle d’officer security ISPS.
Dans l’activité de remorquage, la déréglementation est totale depuis la vente des remorqueurs de Bourbon aux Espagnols et l’arrivée des Hollandais au Havre dans des conditions très scabreuses de sécurité, mais avec la bénédiction des décisionnaires...

La pêche n’est pas mieux lotie après une réduction importante du nombre de navires ces dernières années. L’actualité, avec les mouvements des pêcheurs nous a rappelé que nous assistons, avec l’augmentation du prix du combustible, à une mise à mort complète de cette activité alors que d’autres nations de la CEE du sud de l’Europe ne semblent pas affectées par ces hausses ni par les quotas...

Le récent projet de modification des statuts des ports autonomes qui font la part belle à MM. Boloré et Saade a déjà été traité dans nos colonnes. Les inquiétudes des personnels sont fondées et nourrissent des arrière-pensées autour de modifications que rien ne justifie. Le président Sarkozy en soutenant que les dockers néerlandais et espagnol travaillaient 4 000 heures par an (soit 11 heures par jour, 365 jours par an... voir la vidéo) montre qu’au mieux il ne maîtrise pas le dossier ou, au pire, qu’il raconte n’importe quoi pour cacher des vérités dérangeantes... Comme un retour d’ascenseur vers l’ami qui prêtait son yacht et son avion privé...

Un enseignement en danger

Les conséquences des décisions hasardeuses entreprises par l’administration française conduisent à une refonte de l’enseignement maritime. Avec de nombreuses inquiétudes sur l’avenir des Écoles nationales de la marine marchande (ENMM), dont Albert Bret, sénateur des Bouches-du-Rhône s’est fait l’écho...
Ainsi, les ENMM ont, depuis cinq ans, revu à la hausse le nombre de leurs élèves-officiers. Paradoxalement, il s’avère aujourd’hui que les élèves qui sortent, en grand nombre de ces écoles ont les plus grandes difficultés à embarquer comme lieutenant dans les compagnies françaises en raison de la mise en place du RIF qui a permis à ces compagnies d’embarquer des Lieutenants (pont et machine) de nationalités autres qu’européennes.
Si les armateurs de France et la Direction des gens de mer ont souhaité augmenter le nombre d’élèves-officiers pour remédier à la pénurie de certaines fonctions maritimes, en revanche rien n’est fait pour faciliter la présence sur leurs navires de lieutenants de nationalité française.

Dans les réformes récentes, puisque le mot est à la mode, les armateurs (CMA-CGM, par exemple) dictent leurs volontés à un secrétaire d’Etat aux transports, Dominique Bussereau totalement évanescent. Il faut reconnaître que Bussereau a tellement de mandats et de casquettes qu’il doit être totalement perdu et face aux puissances de l’argent, il n’a pas autre chose à faire que s’exécuter. Surtout qu’il est connu pour ne pas être un bourreau de travail et qu’il semble que la mission qu’il s’est fixée pour les prochaines années ne consiste qu’à amener le TVG jusque dans sa bonne ville de Royan... On a les ambitions qu’on peut...

Ainsi les brevets français reconnus dans le monde vont être dévalorisé passant de bac + 5 à bac + 2ou 3, au profit des armateurs, puisque le salaire est lié à la technicité des emplois, et que l’abaissement des exigences de formation entraînera une baisse proportionnelle de la rémunération...

Une administration aux abonnés absents

L’administration des Affaires maritimes, censée contrôler tous les navires français, délègue de plus en plus aux sociétés de classifications BV DNV, entre autres, tous les contrôles.
Sauf tout ce qui concerne les marins ! Ainsi les problématiques d’hygiène, des conditions de travail, des heures supplémentaires, des temps de travail sont complètement passés à la trappe puisque ne faisant partie des champs de compétence des sociétés de classification. Pour le plus grand bonheur des armateurs qui décidément sont particulièrement choyés par le pouvoir...

La "Royale" également touchée

La marine nationale voit, elle, ses navires partir à la casse, sans nécessairement être remplacés. Les effectifs devraient fondre comme neige au soleil, permettant ainsi de substantielles économies, alors que l’abaissement du niveau de défense devrait d’après Sarkozy, être compensé par l’adhésion à l’Otan... Et la saignée devrait s’amplifier avec la parution du livre blanc sur la défense. MAM, pourquoi tu tousses...

Côté industriel, le fiasco est patent avec l’enterrement des chantiers navals français et le rachat de Saint-Nazaire par les Coréens avec la bénédiction de notre président qui sait nager dans le cloaque politique, mais ne s’intéresse qu’à la Méditerranée et encore plutôt aux pays qui sont autour... Surtout quand ils achètent des centrales nucléaires...

Malgré nos milliers de kilomètres de côtes et nos centaines de milliers de km² de zone maritime, la France détruit et laisse partir tout son secteur maritime.
La marine française fera bientôt partie des archives nationales.

Par Alain Renaldini, Francis Gastou et Jean Philippe Chateil.




Réagir