lundi 1er octobre 2018 - par CLAIRVAUX

Maurice Audin, traitre ou héros ?

Dans son souci d’appréhender la complexité du réel, la rhétorique macronienne du « en même temps » au sujet de la guerre d’Algérie tente d’établir une équivalence entre la diversité des victimes, ainsi entre la mort controversée de Maurice Audin et le sort tragique des harkis.

 

Si les harkis, ces supplétifs de l’armée française, furent incontestablement des victimes du conflit, au même titre que les algériens massacrés par leurs compatriotes du FLN à Melouza (1957) ou à El Halia (1955), débordements pouvant être qualifiés de crime contre l’humanité, que les civils pieds noirs massacrés à Oran le 5 juillet 1962, quelques heures avant la proclamation de l’indépendance, en violation des accords d’Evian, et sans que l’armée française daigne intervenir, la fin tragique de Maurice Audin ne peut être placée sur le même plan.

 

C’est à tort que le président de la République a voulu élever le jeune Audin au rang d’une icône et l’insérer dans la longue lignée des martyrs d’un conflit où les civils et militaires aussi bien Algériens qu’Européens payèrent un lourd tribut à la folie des hommes.

 

Compte tenu des exactions commises dans les deux camps, aucun des deux n’est susceptible de prétendre à la supériorité morale, quand bien même un des adversaires luttait pour son indépendance. Si la guerre du point de vue algérien pouvait s’avérer légitime et juste, les moyens employés par les tenants du FLN ne le furent pas, surtout vis-à-vis de leurs compatriotes.

 

S’agissant du jeune Audin, cet assistant à l’université d’Alger, était membre depuis 1951 du Parti communiste algérien militant pour l’indépendance de l’Algérie, parti interdit en 1955 et en relation étroite avec le FLN, donc avec une organisation en lutte contre la France.

 

Audin n’était pas le seul en tant que militant anticolonialiste, membre du PCA et sympathisant du FLN. Je veux parler, entre autres, de l’ouvrier cégétiste Fernand Iveton, auteur en 1956 d’une tentative de sabotage dans une usine à gaz, condamné à mort par le tribunal militaire d’Alger, unique Européen guillotiné pendant le conflit.

 

A cette époque, le terrorisme FLN frappait partout, avec tous les moyens, pistolet, bombe, grenade…

« Le 12 mars 1956 le Gouvernement Guy Mollet demande et obtient - y compris par les députés communistes - le vote des pouvoirs spéciaux : « Le gouvernement disposera en Algérie des pouvoirs les plus étendus pour prendre toutes les mesures exceptionnelles commandées par les circonstances, en vue du rétablissement de l'ordre, de la protection des personnes et des biens et de la sauvegarde du territoire ». Guy Mollet cosigne avec le ministre de la Défense, Maurice Bourgès-Maunoury, celui de la Justice, François Mitterrand, et Robert Lacoste — gouverneur général de l'Algérie — un décret relatif à l'application de la justice militaire en Algérie et à l'attribution aux militaires des pouvoirs de police. » (Wikipédia)

 

Le jeune Audin s’impliquait activement dans le soutien aux poseurs de bombes. Quelques jours avant son arrestation, des attentats avaient eu lieu à des arrêts de bus et au casino de la Corniche, ce dernier faisant 8 morts et 92 blessés. Le militant communiste avait participé à l’exfiltration vers la Chine du terroriste Larbi Bouhali, premier secrétaire du PCA.

 

Maurice Audin agissait donc contre les intérêts français, à l’heure même où ses compatriotes, militaires ou civils, tombaient sous les balles, le couteau ou les bombes.

 

C’est dans le cadre des pouvoirs spéciaux de police dévolus à l’armée que Maurice Audin est arrêté par les militaires le 11 juin 1957 et interrogé dans un centre de rétention. Suivant des hypothèses contradictoires, il serait mort, soit poignardé, soit étranglé. Son corps n’a jamais été retrouvé, tout comme celui de milliers d’autres victimes anonymes.

 

En tout état de cause, si Maurice Audin avait été jugé, il aurait certainement été condamné pour trahison et soutien à une entreprise terroriste. Yveton avait été condamné à mort pour l’exemple. Francis Jeanson, le chef du réseau des « porteurs de valises », fut reconnu en 1960 coupable de haute trahison et condamné à dix ans de réclusion.



17 réactions


  • jef88 jef88 1er octobre 2018 11:59
    BRAVO !
    Cet article remet Audin dans son contexte ......
    La guerre d’Algèrie s’est terminée en mars 62, j’ai fais mon service militaire en Novembre 63...... Ce genre de faux c*l était rejeté par lapopulation française ! ! ! !
    Petites précisions quand au contexte :
    - L’URSS voulait affaiblir l’occident et cette guerre allait dans son sens.
    - Les USA ne pouvaient pas sentir De Caulle (trop indépendant) .... Affaiblir la France était parfait ! De plus récupérer le pétrole saharien aurait été GENIAL !

  • juluch juluch 1er octobre 2018 13:19

    Bien d’accord avec cet article.


    • malitourne malitourne 1er octobre 2018 15:21

      @Dom66
      Vichystes. Les vichyssois n’avaient pas demandé à être associé à cette honte nationale. 


    • Dom66 Dom66 1er octobre 2018 18:37

      @malitourne

      Merci pour la correction Vichystes exact..désolé...j’ai honte..... smiley

      Oui je sais, je voulais dire par là, tout ce gouvernement de Philippe Pétain, ce régime de collabos.

      Je ne voulais pas parler de tous les habitants de Vichy


  • Trelawney Trelawney 1er octobre 2018 15:06

    En tout état de cause, si Maurice Audin avait été jugé, il aurait certainement été condamné pour trahison et soutien à une entreprise terroriste. 

    C’est en cela que réside tout le problème. Audin était un sympathisant FLN et avait choisit son camp. Il était donc ennemi de la France et devait donc être arrêté et condamné dans ce sens.
    La problématique est que Audin a disparu parce que trés certainement arrêté, torturé et tué dans l’anonymat.

    La question est : Dans quel état de délabrement était l’armée française à cette époque pour qu’elle soit réduite à institutionnaliser la torture comme fait d’arme ? 

    • mauriceronet 9 novembre 2018 17:50

      @Trelawney

      -La torture est un mode de fonctionnement normal face au terrorisme tel que le pratiquait le fln contre les populations civiles musulmanes comme européennes.
      -Combattre le terrorisme nécessite d’obtenir des renseignements, des informations par tous les moyens, la menace, la torture., le chantage.....Toutes les armées du monde, confrontées à de telles situations réagissent de la même façon


  • Mohammed MADJOUR Mohammed MADJOUR 1er octobre 2018 15:14

    « Francis Jeanson, le chef du réseau des « porteurs de valises », fut reconnu en 1960 coupable de haute trahison et condamné à dix ans de réclusion. »


    Vous en êtes sûr ? 

    • CLAIRVAUX CLAIRVAUX 2 octobre 2018 19:29

      @Mohammed MADJOUR

      En fuite à l’étranger, Jeanson fut jugé par contumace. Il sera amnistié en 1966


    • Mohammed MADJOUR Mohammed MADJOUR 3 octobre 2018 11:30

      @CLAIRVAUX

      Faux, il a été éloigné par les service de l’Elysée du grand Chameau Di Goule !!! 

      La France continue toujours à cracher sur les lois et sur la justice : Le Tribunal français avait bâclé et classé l’affaire du siècle, « l’Empire franco-algérien Khalifa » et donné les instructions à ses esclaves d’Alger qui ont fait exactement la même chose !

      Cette affaire n’est pas classée et elle ne le sera que lorsque ceux qui avaient dévalisé le Trésor national soient jugés et punis ! 

  • Mohammed MADJOUR Mohammed MADJOUR 1er octobre 2018 15:19

    «  »A cette époque, le terrorisme FLN frappait partout, avec tous les moyens, pistolet, bombe, grenade…«  »


    Ah si le terroriste et le grand criminel Mitterrand pouvait gémir de sa tombe ? Oui le TERRORISME frappait partout !!! 

  • Mohammed MADJOUR Mohammed MADJOUR 1er octobre 2018 15:31

    Vous croyez qu’on s’en sortira avec cette propagande nocive qui crache sur la Vérité historique ? 


    Lorsqu’on parle de l’Histoire de France en Afrique du Nord, principalement en Algérie, on doit juste admettre cette vérité absolue : 

    «  » Depuis le Débarquement français, de 1830 jusqu’en 1962 (et même à ce jour, forcément), seule l’intelligence française était et reste à l’œuvre en Afrique du Nord…«  »

    Le problème fondamental réside dans la crevasse qui sépare l’incommensurable idiotie du régime algérien qui a voulu offrir une « médaille à JANSON » et le satanisme du régime de l’Elysée qui croit pouvoir contourner indéfiniment la Vérité historique.


  • Paul ORIOL 1er octobre 2018 16:31

    Macron a simplement reconnu que Maurice Audin, comme beaucoup d’autres, n’avait pas été jugé et condamné mais assassiné.


    • mauriceronet 9 novembre 2018 17:35

      @Paul ORIOL
      -audin combattait dans les rang d’un groupe terroriste et raciste qui massacrait des citoyens français musulmans comme chrétiens ou juifs, très souvent des civils sans défense et à ce titre ce n’est qu’un traitre comparable à ceux ayant rallié les troupes nazies pendant l’occupation !
      -En temps de conflit armé on ne juge pas ses ennemis on les supprime !


  • Garibaldi2 2 octobre 2018 03:37
    Faire un topo sur la guerre d’Algérie sans citer une seule fois la bande de criminels qui agissait sous le nom d’OAS et qui a fait plus d’attentats en Algérie (et en France) que le FLN, certains contre des européens pour accuser le FLN, il fallait oser. Chapeau l’artiste !

    Quand les Pieds Noirs ont provoqué l’arrivée au pouvoir de De Gaulle, qui s’est moqué d’eux avec son fameux ’’Je vous ai compris’’, la décolonisation était déjà dans les plans politiques du grand Charles. Celui qui les a trahis c’est lui !

    N’en déplaise à certains, c’est Audin qui était du bon côté de l’Histoire.

    • mauriceronet 9 novembre 2018 17:38

      @Garibaldi2

      -Toujours à sortir des insanités et des stupidités extrême.
      -Où avez vous vu que l’oas a commis plus d’attentats que le fln ? Dans votre esprit malade ?
      -L’oas défendait la France et les français musulmans, chrétiens, juifs athès !


  • Oceane 2 octobre 2018 10:22

    Traître ou héros ?

    Le chasseur et sa proie racontent-ils la même vision de la partie de chasse ?


  • Mohammed MADJOUR Mohammed MADJOUR 2 octobre 2018 13:44

    Sur cette question : Était-il traître ou héros, je peux répondre en quelques mots ou écrire un million de pages... Ceux qui connaissent la réponse exacte n’ont pas commenté l’article, pas plus qu’ils n’ont commenté les milliers d’articles pondus sur Agoravox... Voilà pourquoi on n’avance pas ! 


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