samedi 10 janvier - par politzer

MERCOSUR : chronique d’une mort annoncée

             

       "CLASSE TOUS RISQUES"

On nous a vendu l'UE pour promouvoir le moins disant ouvrier.

On nous vend le Mercosur pour le moins disant salarial et environnemental.

 

L’Accord UE-Mercosur :

Une course au moins-disant qui tue !

Le 9 janvier 2026, une majorité qualifiée d’États membres de l’Union européenne a donné son feu vert à l’accord de partenariat commercial avec le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay), malgré l’opposition ferme de la France, de la Pologne, de l’Autriche, de la Hongrie et de l’Irlande.

Après plus de 25 ans de négociations chaotiques, Ursula von der Leyen devrait parapher le texte le 12 janvier au Paraguay. Cet accord, qui crée l’une des plus vastes zones de libre-échange au monde (près de 780 millions de consommateurs), est vendu comme un outil géopolitique essentiel face à la Chine et aux tarifs trumpistes.

Mais derrière les discours sur la « diversification » et le « commerce juste », il illustre parfaitement la logique néolibérale de l’UE :

Une convergence par le bas, où le moins-disant salarial, social et environnemental l’emporte toujours sur le mieux-disant.

Les gagnants :

les classes supérieures,

l’industrie export et les multinationales

À court et moyen terme (2026-2035), les vrais bénéficiaires sont clairs :

Les industries exportatrices européennes (surtout Allemagne, Espagne, Italie du Nord, Pays-Bas) : suppression progressive des droits de douane élevés (jusqu’à 35 %) sur les voitures, machines-outils, chimie, pharmacie et équipements. Volkswagen, BMW, Mercedes, Stellantis et les secteurs de la mécanique gagnent un accès privilégié à un marché de 260+ millions d’habitants.

Cela sauve temporairement des emplois qualifiés dans l’auto et l’industrie lourde, et protège les actionnaires et les cadres supérieurs des régions industrielles.

Le luxe, les vins, spiritueux et produits AOP (France, Italie, Espagne) :

meilleur accès au marché sud-américain très protectionniste. Les grands vignobles bordelais, champenois, les producteurs de cognac, fromages haut de gamme et le secteur du luxe (mode, parfums) y voient un relais de croissance substantiel.

Cela profite directement à la bourgeoisie rurale et urbaine chic, aux propriétaires terriens et aux actionnaires des grands groupes.

Les consommateurs urbains des classes moyennes et supérieures :

prix plus bas sur la viande bovine, le sucre, le soja et l’éthanol importés.

Gain modeste mais réel de pouvoir d’achat pour les ménages aisés qui consomment ces produits.

Les multinationales transnationales et la finance : flux commerciaux accrus = plus de crédits, change, trade finance, hedging sur matières premières.

Les grandes banques (BNP, Société Générale, Santander, Deutsche Bank)

et les géants du négoce (Cargill, Bunge, Louis Dreyfus) profitent des deux côtés de l’Atlantique.

En résumé : les classes supérieures (urbaines, industrielles, financières) et le capital transnational captent l’essentiel des gains.

L’accord renforce leur position dans une mondialisation où la conquête de marchés prime sur tout.

Les perdants :

les classes moyennes et populaires rurales, les travailleurs agricoles

Les perdants sont concentrés dans une même catégorie sociale :

les classes moyennes et populaires rurales, déjà fragilisées depuis des décennies.

Les éleveurs bovins, producteurs de sucre, betteraviers, céréaliers « standards » :

concurrence massive de produits sud-américains à coûts bien inférieurs (salaires bas, normes laxistes sur pesticides, antibiotiques comme activateurs de croissance, déforestation).

Les quotas et clauses de sauvegarde (frein d’urgence à +5-8 % d’imports) sont jugés insuffisants par les syndicats agricoles.

En France, les filières viande et sucre risquent de voir des fermes fermer, des endettements s’aggraver, et des territoires ruraux se vider.

Les salariés agricoles, ouvriers d’abattoirs et petites coopératives :

dumping social direct. Les normes salariales, droits syndicaux et conditions de travail au Mercosur sont nettement plus faibles → pression à la baisse sur les salaires et protections en Europe.

C’est la course au moins-disant classique :

 les travailleurs du « mieux-disant » (UE) perdent face à ceux du « moins-disant » (Mercosur).

L’environnement et les écosystèmes : absence de clauses miroirs contraignantes (réciprocité totale des normes de production).

Les engagements sur l’Accord de Paris restent non sanctionnables, et le mécanisme de rééquilibrage permet même au Mercosur de réclamer des compensations si l’UE durcit ses règles vertes.

Le vrai visage de l’UE  : convergence par le bas

On nous a vendu l’Union européenne comme un projet de standards élevés (sociaux, environnementaux) pour tous.

Dans les faits, depuis l’élargissement à l’Est jusqu’aux accords externes comme Mercosur, elle organise une compétition destructrice entre prolétariats : d’abord interne (dumping polonais/roumain dans l’industrie), puis mondial (dumping sud-américain en agriculture).

Le capital gagne partout, les actionnaires des multinationales explosent leurs dividendes, tandis que les ouvriers et paysans se font concurrence pour survivre.

À long terme, même l’industrie export pourrait souffrir :

 la Chine investit déjà massivement au Brésil (usines VE, batteries), et pourrait rattraper les parts de marché européennes.

Mais pour l’instant, l’accord sert de bouclier tactique face à Trump et Pékin… au prix d’une nouvelle couche de précarisation pour les classes populaires rurales.

Verdict : Mercosur n’est pas un « win-win ». C’est un transfert massif de richesses vers le haut, une accélération de la mondialisation néolibérale, et un accélérateur de fractures sociales. Les tracteurs bloquent encore les routes, les manifs persistent : la pression monte, et le retour de balancier (protectionnisme social, clauses miroirs obligatoires, relocalisations) semble inévitable. Jusqu’où ira cette course au moins-disant avant que les perdants ne reprennent la main ? 

« Si l'on ne reprend pas la main, ils nous tueront tous »

Annie Lacroix Riz ( historienne communiste)

           Communistes, au secours ! 



9 réactions


  • Décroissant 10 janvier 21:05

    En illustration de votre article, il n’est que de regarder l’un de ces nombreux plateaux télévisés ou un aréopage de surdiplômés, issus des beaux quartiers parisiens, vient sentencieusement expliquer au souvent seul représentant paysan que le Mercosur ce n’est finalement pas si déséquilibré que cela ! Ces belles personnes qui n’ont jamais mis les pieds dans une ferme, s’arrogent ce regard surplombant un brin apitoyé, en ignorant superbement que ce traité n’est que le dernier d’une longue série dont les effets ont tendance à se cumuler. A tout coup variable d’ajustement, l’agriculture fait les frais des divers traités. Aucune mise en perspective, aucun recul, aucune remise en question de cette cogestion funeste étatique avec la FNSEA qui ne défend qu’une minorité privilégiée de son électorat. Et tandis que les manifestants évoquent le Mercosur comme le dernier clou dans le cercueil de l’agriculture française, la ministre, imperturbable, en bon capitaine du Titanic, continue de pérorer sur la souveraineté alimentaire et d’accéder aux doléances de la seule FNSEA plutôt transparente ces derniers temps.

    Tant qu’à foncer dans le mur, autant le faire à fond !


  • La Bête du Gévaudan 10 janvier 21:20

    au rang des entubeurs professionnels, on peut citer LFI et Mélenchon... paraît qu’ils sont contre le MERCOSUR... 

    Pourtant, l’été dernier, le président Lula est venu nous promouvoir à Paris « son ami Mélenchon » et le MERCOSUR pour « l’ouverture entre les peuples »... (cf. son entretien avec Darius Rochebin).

    Le Mitterrand brésilien entretien d’excellents rapports avec Macron, Leyen et Mélenchon, et promeut le rapprochement socialiste international à travers le MERCOSUR... 

    les promesses n’engagent que ceux qui y croient...


  • LeMerou 12 janvier 05:06
    @Politzer

    Bonjour, 

    Je ne fait pas parti des « élites » et vois cette affaire don du petit bout de ma lorgnette d’inculte financier.

    Vous citez des chiffres déjà entendu sur la potentialité importante de « consommateurs » en Amérique du Sud, chiffres alléchants et justificateurs. Je dirais à moins que l’ont nous ait caché des informations, que le niveau de vie de ces Pays, n’est pas du tout comme le notre, comme celui de l’UE, il me semble bien plus bas.

    A l’évidence règne dans ces Pays des castes aisées détenant pas mal de biens, etc...Mais je ne suis pas sûr que le marché réel soit avec eux.

    Je suppose que les produits cités dans votre article devraient être un peu moins cher par l’absence de tarifs douaniers, mais resterons hors de prix pour le quidam local, pour d’autres produits je reste dubitatif.
    Je prend l’exemple de Mercedes, il existe une potentialité bien plus forte en Chine qu’en Amérique du Sud et à mon très humble avis leur classe aisée, roule sûrement déjà dans cette marque.

    Vous relatez un marché économique de 780 millions d’habitants une fois le traité signé. Cela m’atterre, car déjà au sein de l’UE bienheureuse existe des différences notables entre les Pays sur les prix de la main d’oeuvre, essentiellement dû aux différences sociales et les conditions de production et l’UE veut en rajouter de nouvelles qui seront en défaveur de l’Europe pour certains produits.

    J’avoue avoir du mal à saisir le machiavélisme financier bien caché dans ce traité. A qui profite le crime en quelque sorte. Tout comme je suis consterné par les « élites » de l’acteur économique « France » dans cette affaire dont l’issue était courue d’avance. 

    Etre pris pour un « imbécile » par les « élites politiques » est une chose qui dure depuis un demi siècle, nous étions habitué à payer des pseudos « élites » pour nous mentir, nous berner, durant leur mandat, mais c’était fait avec un certain style.. 

    Or là nous avons atteint l’Everest de l’ignominie, ou les tréfonds des Mariannes. par ceux qui se trouvent au pouvoir et pas que dans le gouvernement, n’oublions pas cette assemblée bien silencieuse sur le sujet « Mercosurien ». Bien trop occupé à trouver des « accords » entre eux afin de ne pas se retrouver à aller serrer des mains sur les marchés pour quérir des voix.

    Ce dont je suis sûr, malgré les « affirmations de nos élites et affiliés », c’est que les fameux contrôles protecteurs qui sont vantés ne s’exerceront jamais. Ou de temps en temps après le suicide d’un Agriculteur. 

    Nous ne contrôlons pas nos simples frontières, certains quartiers, etc, en à t-on le droit d’ailleurs, alors contrôler des milliers de contenairs(1)..... J’ai même entendu fort récemment, l’hypocrisie politique dans toute sa splendeur, sur le fait que « nous » irons sur place en vacances, pardon contrôler les méthodes de production. 
    Il y aura sûrement à la clé, la création d’un « organisme » ou autre titre ronflant de contrôle du Mercosur, ou des ami(e)s seront placés pour exercer cette mission vitale pour notre Pays.

    Le même genre d’organisme pour le peuple s’appelle un club de vacances et c’est normalement payant, là....c’est encore nous qui payerons, mais sans profiter de rien...

    (1) Il suffit que le contenair arrive chez les Hollandais, puis arrive par la route chez nous, aucun contrôle entre les Pays de l’UE ou si peu...

  • jakem jakem 12 janvier 09:23

    Le Mercosur a commencé en 92 lorsque le Gvnt français ( les Pourris Socialeux ) a accepté d’inclure l’agriculture dans les traités commerciaux internationaux de libre-échange ....
    On est internationaliste ou pas !
    Et quand on est socialeux, il faut l’être, fût-ce au détriment de sa propre population à laquelle on promettra des aménagements, des réductions d’impôt qui n’existeront jamais, des subventions, etc ....

    On est aussi taré, gravement atteint, pour ne pas comprendre que l’agriculture ne produit pas des objets mais de la nourriture, et que la concurrence prétendue loyale n’existe pas dans un contexte international de libre-échange.
    Les Pourris Salopards ont délibérément sacrifié à petit feu nos agriculteurs.

    Les « aides gouvernementales » : rien que de « bonnes choses » ( comme dans le kloug ), des idées directement issues des esprits tordus qui ourdissent une forme moderne de totalitarisme inspirée de Mussolini : « Tout dans l’État, rien hors de l’État, rien contre l’État ».
    Un État élargi à l’eurokratur ... et qui doit devenir « les tas de droits ».
    Sans la Liberté !

    Exit la politique, la responsabilité individuelle de chacun et des dirigeants ; c’est les fonctionnaires nommés qui décident, la Loi est prévalente et les juges prennent le Pouvoir.

    Il-y-a un certain temps, les Bolcheviques avaient utilisé ce système ...

    Ça, c’est le côté « mondialisme heureux » ...

    L’autre aspect de cette fumisterie, est la prise de décision à la majorité qualifiée ( et non pas à l’unanimité ) couplée à la restriction du droit de veto de la France.

    Sarko a sa part de responsabilité dans cette magouille.
    Et tous ceux qui ont soutenu et soutiennent toujours l’eurokratur malgré les interprétations outrancières des Traités, le défaut de démocratie véritable et les échecs innombrables de cet imperium.


  • ETTORE ETTORE 12 janvier 12:12

    Ahhhhh mais attention, achtung, nous sommes en plein festival des CONgratulations...Rattrapeuses des foiritudes....

    Notre ministre de la vacheté estime que :

    LA FRANCE A FAIT BOUGER LES LIGNES......

    Et ( belle vérité à l’appui ) Les prochains accords de libre échange de l’UE « ne seront plus les mêmes » après celui avec le Mercosur  !

    Et cela, même si elle n’as pas reussi à empêcher sa signature !

    Dites...Elle n’est pas belle la vie ? Notre P’tit Gris 1er, à fait des pieds, des mains,

    ( et peut être d’autre chose) pour que tout se passe comme , tous l’ont fait...Mais avec leurs contreparties, bien effectives.

    Et a l’ultime moment, il se paye une volte frace, que la Patrouille de France, elle même, serait incapable d’opérer, sans se crasher ....

    Mani-pulé par Méloni, arti-culé par Mertz, sous-doyé par VDHyenouescu, le voilà en posture de déséquilibre pitoyable, comme à son habitude.

    Mais qui cela peut il encore etonner, pareil comportement ?

    Allez, parrait que pour empêcher Trumpy, d’aller faire son bonhomme de neige au Groenland, il vas ouvrir un CONsulat sur l’île !

    Un CONsulat, pour proteger l’île de l’envahissement, par les troupes Américaines..

    lol !

    Je me dis qu’en tant que militaire américain, je couperai simplement le chauffage, à ce CONsulat CONgelé, histoire d’avoir des petits glaçons, sur pieds, pour l’apéro à la française.

    Non, mais franchement ? Mais qu’avons nous fait pour meriter ...ça ?


  • Rémy Rémy 12 janvier 14:46

    On nous vend le Mercosur pour le moins disant salarial et environnemental.

     

    Ils ne sont pas à une contradiction près, transporter sur 10 000 km des milliers de tonnes de carcasses de viande frelatées de produits pharmaceutiques nocifs est vraiment très « écologique », allez poser la question à Sardine Ruisseau et consorts qu’on rigole un peu......

    Il est bien évident que l’environnemental est un prétexte grossier et révélateur....une vaste farce ! 


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