MERCOSUR : chronique d’une mort annoncée

"CLASSE TOUS RISQUES"
On nous a vendu l'UE pour promouvoir le moins disant ouvrier.
On nous vend le Mercosur pour le moins disant salarial et environnemental.
L’Accord UE-Mercosur :
Une course au moins-disant qui tue !
Le 9 janvier 2026, une majorité qualifiée d’États membres de l’Union européenne a donné son feu vert à l’accord de partenariat commercial avec le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay), malgré l’opposition ferme de la France, de la Pologne, de l’Autriche, de la Hongrie et de l’Irlande.
Après plus de 25 ans de négociations chaotiques, Ursula von der Leyen devrait parapher le texte le 12 janvier au Paraguay. Cet accord, qui crée l’une des plus vastes zones de libre-échange au monde (près de 780 millions de consommateurs), est vendu comme un outil géopolitique essentiel face à la Chine et aux tarifs trumpistes.
Mais derrière les discours sur la « diversification » et le « commerce juste », il illustre parfaitement la logique néolibérale de l’UE :
Une convergence par le bas, où le moins-disant salarial, social et environnemental l’emporte toujours sur le mieux-disant.
Les gagnants :
les classes supérieures,
l’industrie export et les multinationales
À court et moyen terme (2026-2035), les vrais bénéficiaires sont clairs :
Les industries exportatrices européennes (surtout Allemagne, Espagne, Italie du Nord, Pays-Bas) : suppression progressive des droits de douane élevés (jusqu’à 35 %) sur les voitures, machines-outils, chimie, pharmacie et équipements. Volkswagen, BMW, Mercedes, Stellantis et les secteurs de la mécanique gagnent un accès privilégié à un marché de 260+ millions d’habitants.
Cela sauve temporairement des emplois qualifiés dans l’auto et l’industrie lourde, et protège les actionnaires et les cadres supérieurs des régions industrielles.
Le luxe, les vins, spiritueux et produits AOP (France, Italie, Espagne) :
meilleur accès au marché sud-américain très protectionniste. Les grands vignobles bordelais, champenois, les producteurs de cognac, fromages haut de gamme et le secteur du luxe (mode, parfums) y voient un relais de croissance substantiel.
Cela profite directement à la bourgeoisie rurale et urbaine chic, aux propriétaires terriens et aux actionnaires des grands groupes.
Les consommateurs urbains des classes moyennes et supérieures :
prix plus bas sur la viande bovine, le sucre, le soja et l’éthanol importés.
Gain modeste mais réel de pouvoir d’achat pour les ménages aisés qui consomment ces produits.
Les multinationales transnationales et la finance : flux commerciaux accrus = plus de crédits, change, trade finance, hedging sur matières premières.
Les grandes banques (BNP, Société Générale, Santander, Deutsche Bank)
et les géants du négoce (Cargill, Bunge, Louis Dreyfus) profitent des deux côtés de l’Atlantique.
En résumé : les classes supérieures (urbaines, industrielles, financières) et le capital transnational captent l’essentiel des gains.
L’accord renforce leur position dans une mondialisation où la conquête de marchés prime sur tout.
Les perdants :
les classes moyennes et populaires rurales, les travailleurs agricoles
Les perdants sont concentrés dans une même catégorie sociale :
les classes moyennes et populaires rurales, déjà fragilisées depuis des décennies.
Les éleveurs bovins, producteurs de sucre, betteraviers, céréaliers « standards » :
concurrence massive de produits sud-américains à coûts bien inférieurs (salaires bas, normes laxistes sur pesticides, antibiotiques comme activateurs de croissance, déforestation).
Les quotas et clauses de sauvegarde (frein d’urgence à +5-8 % d’imports) sont jugés insuffisants par les syndicats agricoles.
En France, les filières viande et sucre risquent de voir des fermes fermer, des endettements s’aggraver, et des territoires ruraux se vider.
Les salariés agricoles, ouvriers d’abattoirs et petites coopératives :
dumping social direct. Les normes salariales, droits syndicaux et conditions de travail au Mercosur sont nettement plus faibles → pression à la baisse sur les salaires et protections en Europe.
C’est la course au moins-disant classique :
les travailleurs du « mieux-disant » (UE) perdent face à ceux du « moins-disant » (Mercosur).
L’environnement et les écosystèmes : absence de clauses miroirs contraignantes (réciprocité totale des normes de production).
Les engagements sur l’Accord de Paris restent non sanctionnables, et le mécanisme de rééquilibrage permet même au Mercosur de réclamer des compensations si l’UE durcit ses règles vertes.
Le vrai visage de l’UE : convergence par le bas
On nous a vendu l’Union européenne comme un projet de standards élevés (sociaux, environnementaux) pour tous.
Dans les faits, depuis l’élargissement à l’Est jusqu’aux accords externes comme Mercosur, elle organise une compétition destructrice entre prolétariats : d’abord interne (dumping polonais/roumain dans l’industrie), puis mondial (dumping sud-américain en agriculture).
Le capital gagne partout, les actionnaires des multinationales explosent leurs dividendes, tandis que les ouvriers et paysans se font concurrence pour survivre.
À long terme, même l’industrie export pourrait souffrir :
la Chine investit déjà massivement au Brésil (usines VE, batteries), et pourrait rattraper les parts de marché européennes.
Mais pour l’instant, l’accord sert de bouclier tactique face à Trump et Pékin… au prix d’une nouvelle couche de précarisation pour les classes populaires rurales.
Verdict : Mercosur n’est pas un « win-win ». C’est un transfert massif de richesses vers le haut, une accélération de la mondialisation néolibérale, et un accélérateur de fractures sociales. Les tracteurs bloquent encore les routes, les manifs persistent : la pression monte, et le retour de balancier (protectionnisme social, clauses miroirs obligatoires, relocalisations) semble inévitable. Jusqu’où ira cette course au moins-disant avant que les perdants ne reprennent la main ?
« Si l'on ne reprend pas la main, ils nous tueront tous »
Annie Lacroix Riz ( historienne communiste)
Communistes, au secours !

