Mitt Romney, l’argent, Sheldon Adelson et sa boule de cristal
Dans cette campagne électorale américaine caractérisée par des dépenses qui auront crevé tous les plafonds préalablement établis, des soutiens répétés à Mitt Romney sont apparus, et pas des moindres. Ceux d'un milliardaire dont je vous avais déjà parlé dans ma série sur Anders Breivik, tant son orientation politique est proche de ce qu'on appelle ici en France l'extrême droite, notion que l'on retrouve aux Etat-Unis noyée dans la notion floue de "Right Wing", indéterminée, et comportant toute une frange de médias influents regorgeant de subsides : les Breibart les Ann Coulter, les Daniel Pipes, qui bénéficient tous de versements occultes d'associations au but tout aussi flou (comme j'ai pu le démontrer en détail dans ma série sur Breivik). Cet homme, c'est Sheldon Adelson, qui n'hésitait pas en juillet 2010 à s'offrir la couverture d'un numéro du Monde Magazine en forme de publi-reportage éhonté et tout à sa gloire pour y exposer sa "formidable" réussite, celle de ses.... casinos. L'un des soutiens financiers les plus importants de Mitt Romney est en effet un milliardaire, surnommé "l'empereur des casinos" qui est aussi en train de détruire à coups de millions de dollars la presse israélienne dans le seul but de soutenir Benjamin Netanyahou (l'homme qui envisageait déjà en 2010 de bombarder l'Iran *) : cela augure fort mal de la politique extérieure des USA en cas de victoire du champion républicain.
Je n'avais pas relié Andelson à l'histoire de Breivik et à celle de fêlées comme Pamela Geller pour rien : le tueur norvégien a à l'évidence bénéficié de fonds d'origine mystérieuse, à ce jour toujours inconnue, pour préparer pendant près de cinq ans ses attentats, sans engranger par lui-même assez d'argent pour vivre. J'ai suffisamment montré les liens dilués entre riches donateurs, associations indéterminées et au bout actions violentes délibérées pour ne pas incriminer ses richissismes influents, qui au final eux, ne se font jamais pincer, leurs diverses et discrètes associations leur servant d'écran de fumée politique. Cet homme est donc dangereux, car sa mégalomanie est doublée de relents politiques forts douteux et fort droitiers. Car mégalomane, il l'est : il s'est ainsi affublé tout seul d'un N°3 au bout de son nom.... mais pas vraiment dans la tradition filiale habituelle aux USA : " s'il est d’humeur légère, Sheldon Adelson ajoute un « III » à son nom. Il n’y a pourtant jamais eu de Sheldon Adelson I ou II. Son père, un immigré lituanien, a gagné sa vie en conduisant son taxi dans les rues de Boston. Toute la famille vivait dans une seule pièce. Si Sheldon Adelson ajoute le chiffre trois à son nom, c’est pour signifier que, juste avant la crise de 2008, il fut le troisième homme le plus riche des Etats-Unis, derrière Bill Gates et Warren Buffett. Mais en un an, sa fortune est passée de 28 milliards de dollars (22 milliards d’euros) à un modeste pactole de 9 milliards de dollars (7,1 milliards d’euros)" afirmait le fameux article. Malgré ses derniers revers, Andelson est toujours suffisamment riche pour tenter d'inluer sur la vie politique, le dernier maillon de sa mégalomanie. Riche, il l'a été, en tout cas : en 1979 ; il s'était même offert un 747 SP (immatriculé VQ-BMS, de la "Sands Corporation ", ancien avion de la Pan Am, sous le nom de “Clipper White Falcon”), pour véhiculer ses joueurs de casinos entre les Etats-Unis et Hong-Kong ! Et commencé aussi à la même époque à arroser la vie politique de ses dollars. Or, depuis 2010, il peut davantage le faire, aidé par une loi favorisant les dons les plus généreux, comme l'a très bien révélé ici Paris-Match :

"Pour la première fois, la campagne présidentielle américaine est financée, de manière illimitée, par des particuliers, sociétés, associations, syndicats et autres groupes d’intérêts, retranchés dernières des organismes tout-puissants appelés « Super-PAC », version élargie, assoupie, des PAC (Political Action Comittee), à qui un donateur pouvait donner maximum 5000 dollars par an. En effet l’arrêt « Citizens United versus Federal Election Commission », rendu le 21 janvier 2010 par la Cour suprême des Etats-Unis, a autorisé les dons illimités à ces mastodontes, à deux conditions : que l’identité des donateurs soit rendue publique (mais ceux-ci peuvent très bien se « cacher » derrière des personnes juridiques), et que ces super-PAC n’aient pas de lien « direct » avec les candidats (tout aussi hypocrite puisqu’ « indirectement », tous les fonds peuvent très bien leur revenir). Résultat : les sommes dépensées pour cette campagne sont « obscènes », pour reprendre le terme de Fred Wertheimer, président de Democracy 21, cité par le journal « Le Monde » (édition abonnés), et plus que jamais l’élection se joue à coups de spots publicitaires interposés." Des donateurs toujours cachés derrière un écran de fumée, si on résume !
De l'argent gagné chez Sheldon successivement avec la création du Comdex puis ensuite l'achat de Casinos.... comme avait pu le faire avant lui Howard Hughes. J'avais relié Andelson au candidat réactionnaire Newt Gingrich car c'était bien son candidat préféré au début des primaires. Mais très vite, vu les piètres résultats du vieux briscard de la politique US et son manque évident de charisme, il a très vite soutenu financièrement Mitt Romney, (les mormons présentant des liens évidents avec les orthodoxes juifs, diront certains, pour expliquer -en partie- ce revirement). "Selon le « Miami Herald », il aurait donné 16,5 millions de dollars au super-PAC « Winning our Future », qui soutient Newt Gingrich. Certes, cela représente moins de 0,1% de sa fortune, mais sans cet argent, l’ex-président de la Chambre des Représentants n’aurait pas pu faire campagne en Caroline du Sud (un des deux seuls Etats qu’il a remportés depuis le début des primaires, qui s’est déjà jouée dans 34 Etats). A ceux qui ont critiqué sa participation financière démesurée, le milliardaire a rétorqué qu'il pourrait aider Gingrich à concurrence de 100 millions de dollars s’il le voulait ; qu’il aurait aussi tout aussi bien le faire en se cachant derrière des noms de sociétés comme d’autres le font, mais qu’il le fait ouvertement parce que c’est légal et qu’il est fier de défendre un tel homme. " Comment a-t-il pu faire pour changer aussi facilement de monture électorale ? Seul ses positions droitières peuvent l'expliquer... ainsi que l'état de son coffre-fort.
Car jamais un millardaire n'aura dépensé autant pour faire élire son candidat : même Georges Soros, qui avait souhaité défaire McCain n'avait pas investi autant dans un prétendant à la Maison Blanche. Celui dont la fortune se chiffrait à un peu plus de 21 milliards de dollars et qui est maintenant dans le collimateur du ministère de la Justice et de la Securities and Exchange Commission, vient d'entrer dans l'histoire : il est la première personne à dépenser 70 millions de dollars pour influencer l'élection présidentielle, et il prévoit de dépenser plus - peut-être jusqu'à 100 millions - jusqu'au jour du scrutin. Lors de cette campagne , une somme estimée à 20 millions à 30 millions de donations provient de groupes qui ne divulguent toujours pas leurs bailleurs de fonds et qui n'avaient pas été signalés auparavant. L'écran de fumée des groupes à la Breivik fonctionne toujours ! "Adelson a donné environ trois fois plus que le précédent détenteur du record, le gérant de "ledge fund" George Soros, qui a largué 24 millions de dollars pour essayer de vaincre le président George W. Bush en 2004. Le montant qu'Adelson a donné est déjà d'environ un tiers de la somme que le sénateur John McCain a consacré àà toute sa campagne en 2008. Aujourd'hui, il contribue à tour à la rescousse de la campagne patauge Romney : Les groupes de l'extérieur vont dépenser environ 10 millions par semaine aux grandes heures de télévision dans les swing states avant le jour du scrutin, le 6 novembre - à peu près le niveau récent des dépenses de la campagne de Romney lui-même, qui est monté à l'achat de 1 million de dollars par jour de temps d'annonces télévisées" indique avec effarement le Las Vegas Sun dans un excellent article paru le 25 septembre dernier. "Sheldon Adelson, multimilliardaire qui arrose littéralement le parti Républicain de ses millions, est le symbole de la totale dérégulation des finances de campagne aux Etats-Unis, de ces "Super-PAC" qui permettent de financer un candidat sans limite", appuie Fabienne Sintès, de France Culture.
Simple admiration pour les talents de Mitt Romney de la part d'Adelson ? Détrompez-vous : s'il fait autant la cour en ce moment au candidat républicain, c'est surtout parce qu'il a l'équivalent du fisc US sur le dos, et qu'il espère que son poulain va l'en débarrasser, une fois élu. L'argent gagné en Asie par la Las Vegas Sands Corp. n'a certes pas d'odeur, mais il sent en effet fort les revenus non déclarés et les pots de vins versés aux dirigeants locaux. "L'empire de casinos d'Adelson, dont la majeure partie est basée en Asie, est sous enquête pour corruption et blanchiment d'argent. Il a dit à Allen (Mike Allen, un journaliste de Politico) que les fonctionnaires du Ministère le dénigraient dans la presse. "Quand je vois ce qui se passe pour moi et cette compagnie, sur les accusations non fondées - ce genre de comportement ... doit cesser", a-t-il déclaré à Allen. En d'autres termes, Adelson dépense des millions de dollars pour s'attirer des faveurs politiques aux États-Unis, dans l'espoir de repousser les accusations selon lesquelles il dépense des millions de dollars pour s'attirer les faveurs politiques en Asie". Actuellement, 85% des revenus qu'engrange Adelson proviennent de l'Asie... et des employés asiatiques de ces casinos. Parier sur la victoire de Romney est un retour sur inverstissements prévu et calculé s'il gagne : au point de vue imposition, Adelson y gagnerait la bagatelle de 2 milliards de dollars ont calculé certains économistes !
De l'argent qui coule à flots durant cette campagne, et qui exerce une influence sur la vie politique comme l'ont relevé tous les observateurs : l'influence Adelson "a tourné la nomination républicaine dans une compétition rhétorique extrême, dans laquelle il n'y a pas de place pour le compromis ou la diplomatie, et la seule réponse à un problème international étant une dureté sans partage," a dit Gal Beckerman dans "The Forward Jewish Daily" en janvier de cette année. "Personne ne veut être débordé sur la droite quand il s'agit de politique étrangère (personne, je dois dire, sauf Ron Paul) et ainsi le psittacisme apparent de Gingrich et les attitudes extrémistes Adelson sur Israël - et, ajouterai-je, sur l'Iran - signifie que le ton général de la course a été affecté en ce sens. Beckerman soulignant que "les positions d'Adelson [sur Israël] sont sans ambiguïté de droite belliciste à l'extrême. Quand il s'agit des Palestiniens, il n'y a personne digne de confiance" selon Adelson, répète Beckerman. Car le magnat n'a de vues que sur Israël, comme priorité, et accessoirement sur les Etats-Unis.
Pour cela il a fondé un journal, d'un très bas niveau intellectuel, surnommé là-bas “Bibiton” (“Bibinews”, car en hébreu journal se dit "iton"), tant il encense tous les jours Netanyahou, et qui engrange toutes les publicités pompées à la concurrence, qu'il finit par étrangler, à force de tirer les prix de parution vers le bas. Ce qui rappelle quelqu'un : "l'intrusion de M. Adelson pour refondre le secteur de la presse israélienne à éé faite à peu près de la même manière avec laquelle Rupert Murdoch a remodelé Fleet Street, avec un agenda politique clair. Les critiques disent que M. Netanyahu est effectivement devenu une partie de la campagne présidentielle de Mitt Romney à la demande de M. Adelson, créant une rupture avec M. Obama et endommageant ainsi la capacité d'Israël à travailler avec les Etats-Unis pour arrêter les ambitions nucléaires de l'Iran. Si le journal de M. Adelson n'est pas le seul organe de presse d'opinion, il est en tout cas aidé par la volonté de son propriétaire de fonctionner à perte, un luxe qui n'est pas à la disposition des autres médias israéliens. Aujourd'hui, Israël Hayom, ou Israel Today, de M. Adelson coûte plus de 30 millions de dollars par an, selon un ancien associé en affaires, Shlomo Ben Zvi. Les critiques disent que sa générosité a des conséquences et l'on peut blâmer l'influence de M. Adelson pour la tension engendrée entre Israël et les Etats-Unis". Tuer la concurrence, en premier, pour mieux servir la propagande de l'homme au pouvoir, tel est le credo d'Adelson en Israël. Car c'est un fait que depuis le débarquement d'Israël Hayom, la presse israélienne est en crise, le plus petit tirage étant le plus menacé : or c'est Haaretz, qui est de gauche, comme par hasard, et dont la notoriété ne dépasse pas plus de 10% désormais. Ma'ariv, un des plus anciens journal est lui aussi menacé. En à peine 5 ans d'existence, le journal d'Adelson a dévoré 40% de tout le marché publicitaire, laissant des miettes aux autres. Ma'ariv est descendu de 40% de taux de reconnaissance dans le public en 2000 à 27,1% puis à 17% en 2007. Yediot est passé de 50,7% à 38,4%, et plafonnait en 2007 à 24% seulement. Les derniers chiffres sont pires encore : le torchon d'Adelson engrange 38% du marché publicitaire, Yedioth Ahronoth n'en gardant que 36% , Ma'ariv, qui se meurt, se contentant de 11% et 7% revenant à Haaretz. Et si ça ne suffit pas encore, comme technique, il y a aussi le cas de Dror Eydar, un des éditorialistes de renom d'Israel Hayom,qui reçoit un salaire supplémentaire venu tout droit du cabinet du premier ministre, comme a pu le découvrir... Haaretz, sidéré de sa propre découverte !
Pour le site israélienen Globes, les jeux sont faits. "Globes a cité un dirigeant de Yediot disant : « vous devez savoir que le but d'Israël Hayom est de détruire le journalisme israélien non seulement au niveau professionnel, avec sa conduite éditoriale embarrassante, mais aussi sur le plan économique" Israël Hayom a cassé le marché avec des annonces au coût zéro, écrasant les sources de revenus de ses rivaux , a-t-il dit. "Israël Hayom a tué Ma'ariv, et il est en train de tuer Haaretz. Adelson a tout simplement apporté la ruine." Voilà ce qui attend aussi les Etats-Unis avec une offensive possible d'Adelson après les élections !
Les positions sectaires d'extrême droite de Sheldon Adelson, je vous les avais décrites dans cet épisode de ma saga sur Breivik : car c'était bien lui qui avait entièrement financé la distribution dans les journaux US d'un DVD infâme, violemment islamophobe, réalisé par trois frères dont deux rabbins (c'étaut une co-production signée « Honest Reporting« et le "Clarion Fund"). Un film très apprécié par Anders Breivik, qui l'avait salué à plusieurs reprises dans son manifeste en forme de testament politique. Un Breivik proche, on le sait, de certains juifs extrémistes islamophobes comme Pamela Geller et Robert Spencer. Dans les éditoriaux d'Israël Hayom, on trouves les signatures de Natan Charansky, président de l'Agence juive, d'Abraham Foxman, directeur de l'Anti-Defamation League (ADL), et Alan M. Dershowitz. Charansky, ancien refuznik russe, seranommé à la tête du “New strategic studies program,” plus tard renommé "The Adelson Institute for Strategic Studies" après qu'Adelson lui ait versé 4,5 million de dollars de dons. Charansky, qui nous amène à une autre furie : "c'est aussi l'ancien directeur du bureau de Moshe Ya'alon, lui-même ancien responsable des forces de l'IDF (et actuel vice-premier ministre).
C'est aussi, et ce n'est pas un hasard, le énième "ami" de la tigresse Pamela Geller, avec qui il s'est fait photographier le 28 octobre 2006 ! L'homme est désormais célèbre pour avoir appelé l'aile gauche israélienne opposée aux colonies un "Virus"... Adelson avait aussi appuyé Foxman sur le sujet des colonies : ce dernier affirmant que ceux qui les critiquaient exprimaient une "diffamation du peuple juif". Quant au dernier, l'auteur réglait son cas en une seule phrase : l'homme qui ouvre sa biographie avec "l'un des« défenseurs les plus distingués des droits individuels, a été silencieux sur les dernières crises constitutionnelles des droits civils en Israël et sur une foule d'autres menaces sur la démocratie israélienne."
Dangereux, le vieillard fortuné (devant G.W.Bush il s'est vanté en 2008 "d'être le juif le plus riche du monde" ) ? Oui ; et pas qu'un peu, comme en a conclu un journaliste à la fin de son article : "car pendant ce temps M. Adelson, qui a refusé les demandes d'entrevue, n'a pas fait mystère de sa position idéologique. "Mes préférences politiques sont loin vers la droite," avait-t-il déclaré lors d'une conférence de presse en 2010."Attila le Hun était trop libéral" pour moi" avait-il même ajouté avec un certain cynisme outrancier. Quand on remontera véritablement un jour la filière exacte du fonctionnement financier d'Anders Breivik, une partie passée hélas à la trappe lors de son procès, on tombera, c'est sûr sur des versements occultes, faites par des personnes interlopes... commanditées par ce genre de personnage infect, au bout de la chaîne. Des gens prêts à tout pour défendre leur vision étroite du monde, celle où d'autres n'ont même pas la place pour vivre, ou qui n'ont même pas encore de pays reconnu par les instances internationales. Ne demandez donc pas à Mitt Romney où se trouve exactement la Palestine, il n'en a aucune idée. Pour lui, de toute manière, il ne peut y avoir de paix avec les palestiniens : à force de fréquenter Adelson, Mitt Romney finit par parler comme lui. Les Etats-Unis courent au désastre diplomatique, si Romney est élu... grâce à l'argent de Sheldon Adelson. L'avenir de Mitt Romney est visible dans la boule de cristal de son si généreux bienfaiteur... ce sera avec lui l'Amérique de l'argent-roi et des compromissions politico-financières qui accèderont à la Maison Blanche.
(*) ce que ses généraux, dont le général Ashkenazi, ont refusé de faire.


