Ni menace de mort, ni compromis : Israël ne doit pas rétablir la potence
Militant de la première heure contre la peine capitale et la torture, j'ai affronté les menaces de mort et les pressions internationales pour empêcher l'innommable, des Maldives à l'Asie. Aujourd'hui, mon cœur de défenseur d'Israël saigne : voir la Knesset flirter avec le rétablissement de la potence est une défaite morale que je ne peux taire. Tiraillé entre mon attachement indéfectible à Israël et mes valeurs universelles, il n'y a pas de compromis possible : une démocratie qui exécute est une démocratie qui s'effondre.
Je n’ai jamais été un homme de demi-mesure lorsqu’il s’agit de la dignité humaine. Depuis des décennies, mon parcours de militant est guidé par une boussole unique, un refus viscéral et absolu : celui de la peine de mort et de la torture. Ce n’est pas une posture intellectuelle, c’est un engagement qui dicte ma vie, mes combats et même mes voyages. Je me fais un point d’honneur de ne jamais mettre les pieds dans un pays qui applique encore la sentence capitale. C'est ma manière, sans doute radicale mais nécessaire, de dire que la vie n'appartient pas à l'État. Aujourd'hui, voir ce débat sur le rétablissement de la peine de mort s'installer au cœur de la Knesset me bouleverse profondément.
Pourtant, que les choses soient claires : je suis un défenseur acharné d’Israël. Je soutiens son existence et sa sécurité dans une région qui ne lui fait aucun cadeau. Mais c’est précisément parce que j’aime cet État que je refuse de le voir sombrer dans cette erreur historique. Une démocratie ne se grandit jamais en imitant les méthodes de ses bourreaux. En voulant répondre à l'horreur par l'échafaud, Israël risque de perdre son âme au moment même où il pense raffermir son bras.
L'héritage d'un combat sans frontières
Mon refus de l'échafaud n'est pas négociable. Ce n'est pas une opinion que l'on change selon le vent ou l'actualité, c'est une part de mon identité. Pour moi, le droit à la vie est le socle de tous les autres droits. Sans lui, tout s'écroule. C'est pour cette raison que j'ai toujours refusé de cautionner, par ma présence ou mon silence, les nations qui s'arrogent le droit d'éliminer leurs citoyens. Que ce soit aux États-Unis ou dans certains États d'Asie ou d'Afrique, mon boycott est total.
Cet engagement m'a souvent placé dans des positions inconfortables, mais je préfère l'inconfort à la compromission. En tant que défenseur historique de la nation israélienne, je suis fier de la retenue historique de l'État hébreu. Depuis 1948, le pays n'a utilisé le bourreau qu'à deux reprises : l'erreur tragique de Meir Tobianski et le cas exceptionnel du criminel nazi Adolf Eichmann en 1962. C'était là sa grandeur : prouver qu'on peut être la nation la plus attaquée au monde tout en restant la plus digne. Sortir de cette réserve pour banaliser la mort face au terrorisme contemporain est une régression civilisationnelle que je déplore.
De l'enfer des Maldives à la Knesset : l'épreuve de la cohérence
J'ai prouvé par le passé que je n'ai pas peur de monter au front, même seul. En 2014, j'ai été à l'origine de l'appel au boycott des Maldives lorsque cet archipel, qui applique la charia, a eu l'infamie de vouloir rétablir la peine de mort pour les mineurs, et ce dès l'âge de sept ans. Ce combat, que j'ai porté sur la place publique et qui a trouvé un écho international, m'a coûté cher. J'ai subi des pressions constantes, j'ai reçu de nombreuses menaces de mort. Mais je n'ai jamais courbé l'échine. On ne transige pas avec la vie d'un enfant de sept ans, comme on ne transige pas avec le caractère sacré de la vie humaine, peu importe le coupable.
Si j'ai tenu bon face aux menaces pour défendre des enfants à l'autre bout du monde, ce n'est pas pour me taire aujourd'hui alors qu'Israël s'apprête à franchir ce même Rubicon moral. Ma voix est celle d'un homme qui ne plie pas. Si je refuse de me rendre dans un pays qui pratique la peine de mort, l'idée de devoir un jour appliquer cette règle à Israël me déchire le cœur. Mais mes valeurs sont universelles : elles ne s'arrêtent pas aux frontières des pays que j'aime.
Le piège du martyre : quand l'État nourrit ses propres ennemis
L'argument de la dissuasion est une chimère, une insulte à l'intelligence de ceux qui connaissent le terrain. On ne dissuade pas quelqu'un qui a déjà fait le choix de mourir en martyr, qui porte la mort en lui comme une mission. Pour ces fanatiques, la potence n'est pas une fin, c'est une apothéose. En votant cette loi, Israël ne ferait que construire des usines à symboles, offrant aux organisations extrémistes un carburant inépuisable pour leur propagande. La mort donnée par l'État devient alors un outil de recrutement, bouclant un cycle de violence que rien ne pourra plus arrêter.
La justice doit être le rempart contre l'émotion brute, pas son exutoire. La colère est légitime après un attentat, elle est même viscérale, mais elle fait une piètre législatrice. Quand l'État s'autorise à tuer, il franchit une ligne rouge dont on ne revient jamais indemne. En tant qu'abolitionniste, je sais que l'irréparable est le pire ennemi du droit. Même dans le système le plus perfectionné, l'erreur est humaine. Et une erreur judiciaire, quand elle se solde par une exécution, est un crime d'État que rien ne peut racheter.
Le Rubicon moral : ne pas devenir le miroir de la barbarie
On ne défend pas une "villa dans la jungle" en y érigeant des gibets. On la défend en prouvant que nos valeurs sont supérieures à la haine d'en face. Si nous acceptons de tuer pour punir le crime, nous validons l'idée que la violence est le langage ultime de la société. C'est un aveu de faiblesse, pas un signe de puissance. Un État fort est un État qui punit avec fermeté, qui enferme s'il le faut pour l'éternité, mais qui ne s'abaisse jamais à l'acte barbare de l'exécution organisée.
Je continuerai à porter cette voix, celle d'un homme qui ne transige pas. Soutenir l'existence de l'État hébreu et refuser la barbarie de l'échafaud procèdent d'une même éthique. Ce n'est pas une contradiction, c'est une cohérence. Je veux un Israël fier, en sécurité, mais un Israël qui continue de respecter la vie, même celle de ses ennemis les plus féroces. C'est à ce prix seul que la démocratie israélienne restera ce qu'elle doit être : un rempart contre l'obscurantisme, pas son reflet.
![Law Commission of India recommends Abolition of Death penalty except in offences related to Terrorism and Waging war [Read Report]](local/cache-vignettes/L768xH444/Stop-Death-P1fc4-60439.jpg)



