mardi 31 mars - par Giuseppe di Bella di Santa Sofia

Ni menace de mort, ni compromis : Israël ne doit pas rétablir la potence

Militant de la première heure contre la peine capitale et la torture, j'ai affronté les menaces de mort et les pressions internationales pour empêcher l'innommable, des Maldives à l'Asie. Aujourd'hui, mon cœur de défenseur d'Israël saigne : voir la Knesset flirter avec le rétablissement de la potence est une défaite morale que je ne peux taire. Tiraillé entre mon attachement indéfectible à Israël et mes valeurs universelles, il n'y a pas de compromis possible : une démocratie qui exécute est une démocratie qui s'effondre.

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Je n’ai jamais été un homme de demi-mesure lorsqu’il s’agit de la dignité humaine. Depuis des décennies, mon parcours de militant est guidé par une boussole unique, un refus viscéral et absolu : celui de la peine de mort et de la torture. Ce n’est pas une posture intellectuelle, c’est un engagement qui dicte ma vie, mes combats et même mes voyages. Je me fais un point d’honneur de ne jamais mettre les pieds dans un pays qui applique encore la sentence capitale. C'est ma manière, sans doute radicale mais nécessaire, de dire que la vie n'appartient pas à l'État. Aujourd'hui, voir ce débat sur le rétablissement de la peine de mort s'installer au cœur de la Knesset me bouleverse profondément.

Pourtant, que les choses soient claires : je suis un défenseur acharné d’Israël. Je soutiens son existence et sa sécurité dans une région qui ne lui fait aucun cadeau. Mais c’est précisément parce que j’aime cet État que je refuse de le voir sombrer dans cette erreur historique. Une démocratie ne se grandit jamais en imitant les méthodes de ses bourreaux. En voulant répondre à l'horreur par l'échafaud, Israël risque de perdre son âme au moment même où il pense raffermir son bras.

 

L'héritage d'un combat sans frontières

Mon refus de l'échafaud n'est pas négociable. Ce n'est pas une opinion que l'on change selon le vent ou l'actualité, c'est une part de mon identité. Pour moi, le droit à la vie est le socle de tous les autres droits. Sans lui, tout s'écroule. C'est pour cette raison que j'ai toujours refusé de cautionner, par ma présence ou mon silence, les nations qui s'arrogent le droit d'éliminer leurs citoyens. Que ce soit aux États-Unis ou dans certains États d'Asie ou d'Afrique, mon boycott est total.

Cet engagement m'a souvent placé dans des positions inconfortables, mais je préfère l'inconfort à la compromission. En tant que défenseur historique de la nation israélienne, je suis fier de la retenue historique de l'État hébreu. Depuis 1948, le pays n'a utilisé le bourreau qu'à deux reprises : l'erreur tragique de Meir Tobianski et le cas exceptionnel du criminel nazi Adolf Eichmann en 1962. C'était là sa grandeur : prouver qu'on peut être la nation la plus attaquée au monde tout en restant la plus digne. Sortir de cette réserve pour banaliser la mort face au terrorisme contemporain est une régression civilisationnelle que je déplore.

 

De l'enfer des Maldives à la Knesset : l'épreuve de la cohérence

J'ai prouvé par le passé que je n'ai pas peur de monter au front, même seul. En 2014, j'ai été à l'origine de l'appel au boycott des Maldives lorsque cet archipel, qui applique la charia, a eu l'infamie de vouloir rétablir la peine de mort pour les mineurs, et ce dès l'âge de sept ans. Ce combat, que j'ai porté sur la place publique et qui a trouvé un écho international, m'a coûté cher. J'ai subi des pressions constantes, j'ai reçu de nombreuses menaces de mort. Mais je n'ai jamais courbé l'échine. On ne transige pas avec la vie d'un enfant de sept ans, comme on ne transige pas avec le caractère sacré de la vie humaine, peu importe le coupable.

Si j'ai tenu bon face aux menaces pour défendre des enfants à l'autre bout du monde, ce n'est pas pour me taire aujourd'hui alors qu'Israël s'apprête à franchir ce même Rubicon moral. Ma voix est celle d'un homme qui ne plie pas. Si je refuse de me rendre dans un pays qui pratique la peine de mort, l'idée de devoir un jour appliquer cette règle à Israël me déchire le cœur. Mais mes valeurs sont universelles : elles ne s'arrêtent pas aux frontières des pays que j'aime.

 

Le piège du martyre : quand l'État nourrit ses propres ennemis

L'argument de la dissuasion est une chimère, une insulte à l'intelligence de ceux qui connaissent le terrain. On ne dissuade pas quelqu'un qui a déjà fait le choix de mourir en martyr, qui porte la mort en lui comme une mission. Pour ces fanatiques, la potence n'est pas une fin, c'est une apothéose. En votant cette loi, Israël ne ferait que construire des usines à symboles, offrant aux organisations extrémistes un carburant inépuisable pour leur propagande. La mort donnée par l'État devient alors un outil de recrutement, bouclant un cycle de violence que rien ne pourra plus arrêter.

La justice doit être le rempart contre l'émotion brute, pas son exutoire. La colère est légitime après un attentat, elle est même viscérale, mais elle fait une piètre législatrice. Quand l'État s'autorise à tuer, il franchit une ligne rouge dont on ne revient jamais indemne. En tant qu'abolitionniste, je sais que l'irréparable est le pire ennemi du droit. Même dans le système le plus perfectionné, l'erreur est humaine. Et une erreur judiciaire, quand elle se solde par une exécution, est un crime d'État que rien ne peut racheter.

 

Le Rubicon moral : ne pas devenir le miroir de la barbarie

On ne défend pas une "villa dans la jungle" en y érigeant des gibets. On la défend en prouvant que nos valeurs sont supérieures à la haine d'en face. Si nous acceptons de tuer pour punir le crime, nous validons l'idée que la violence est le langage ultime de la société. C'est un aveu de faiblesse, pas un signe de puissance. Un État fort est un État qui punit avec fermeté, qui enferme s'il le faut pour l'éternité, mais qui ne s'abaisse jamais à l'acte barbare de l'exécution organisée.

Je continuerai à porter cette voix, celle d'un homme qui ne transige pas. Soutenir l'existence de l'État hébreu et refuser la barbarie de l'échafaud procèdent d'une même éthique. Ce n'est pas une contradiction, c'est une cohérence. Je veux un Israël fier, en sécurité, mais un Israël qui continue de respecter la vie, même celle de ses ennemis les plus féroces. C'est à ce prix seul que la démocratie israélienne restera ce qu'elle doit être : un rempart contre l'obscurantisme, pas son reflet.

 

Law Commission of India recommends Abolition of Death penalty except in  offences related to Terrorism and Waging war [Read Report]



9 réactions


  • Gégène Gégène 31 mars 18:04

    En même temps, la peine de mort n’est envisagée qu’envers les « terroristes palestiniens », des sortes d’animaux humains qui prétendent, de par leur lieu de naissance, avoir un quelconque droit sur une terre que Dieu a réservé aux juifs.

    Alors c’est pas vraiment une peine de mort,

    c’est plutôt une élimination de nuisibles !

    (fin du mode ironie amère)


    • Bonsoir @Gégène, 

      Comme je l’ai indiqué dans mon papier : « On ne transige pas avec la vie d’un enfant de sept ans, comme on ne transige pas avec le caractère sacré de la vie humaine, peu importe le coupable ». Je pense avoir été clair. 


    • Gégène Gégène 31 mars 18:26

      Bonsoir Giuseppe,

      Pour les enfants (entre 7 et douze ans), faut faire ça par paquets de 160, comme à Minab, et ça devient un dégât collatéral smiley
      Comme disait Trump récemment, les bateaux, c’est plus marrant de les couler que de les arraisonner . . .
      (je sens qu’on va me reprocher un hors-sujet)


    • Gasty Gasty 1er avril 12:50

      @Giuseppe di Bella di Santa Sofia

      « On ne transige pas avec la vie d’un enfant de sept ans, comme on ne transige pas avec le caractère sacré de la vie humaine, peu importe le coupable »

      Vous allez enfin pouvoir reconnaître le génocide, je suis ému de vous avoir vu lever une paupière ! 

       smiley

    • @Gasty

      Je vous remercie de souligner ce passage qui me tient à cœur, mais je crains que vous ne fassiez un contresens sur le sens de mon propos.

      Mon article traite d’un sujet précis : le refus de voir une démocratie comme Israël rétablir la peine de mort, une pratique que je juge barbare et inefficace. Ne mélangeons pas tout. S’engager pour l’abolition de la sentence capitale est une question de principes juridiques et moraux universels ; cela n’a rien à voir avec le conflit militaire en cours à Gaza.

      Vous parlez de « génocide », mais les mots ont un sens, surtout en droit international, et ce terme ne correspond pas à la réalité officielle de ce conflit. Qu’il y ait des victimes collatérales, et que chaque mort civile soit une tragédie humaine que je déplore profondément, est une évidence. Mais la guerre contre le Hamas, aussi atroce soit-elle, est une réponse sécuritaire à une agression terroriste, pas une entreprise d’extermination.

      Ma « paupière » est ouverte depuis des décennies sur les questions de torture et de peine de mort. Ne comptez pas sur moi pour instrumentaliser un combat humaniste au profit d’une rhétorique politique que je ne partage pas.


  • juluch juluch 31 mars 18:55

    Vieux débat.

    J ’ignorais pour les Maldives.

    Chez nous on en reparle mais je me demande qui le réinstaurera vraiment....j’ai des doutes.

    Pour les enfants délinquants, avant guerre il existait les colonies pénitentiaires et pour les adultes (avec la peine capitale) le bagne.


    • Bonjour @juluch,

      C’est toujours un plaisir d’échanger avec un lecteur aussi fidèle et attentif que vous.

      Vous avez raison, c’est un vieux débat qui ne cesse de hanter nos sociétés dès que l’horreur frappe. Pour les Maldives, c’était en 2014, et je peux vous dire que l’idée d’exécuter des gamins de sept ans m’était physiquement insupportable. Ce combat a été l’un des plus rudes de ma vie de militant, mais c’est le prix de la cohérence.

      Sur le retour de la peine de mort chez nous, je partage vos doutes. Beaucoup en parlent, souvent sous le coup de l’émotion ou par pur calcul politique, mais entre le discours de tribune et l’acte de dresser l’échafaud dans une démocratie moderne, il y a un gouffre. Nos institutions, et surtout notre conscience collective, font office de rempart.

      Quant aux colonies pénitentiaires et au bagne que vous évoquez, ils rappellent une époque où l’on pensait que l’éloignement ou la dureté extrême suffisaient à régler le problème du mal. Mais même dans ces systèmes de relégation, il restait une lueur, aussi infime soit-elle : celle de la vie. La peine capitale, elle, éteint tout. Elle transforme l’État en bourreau et, dans le cas d’Israël, elle offrirait aux terroristes ce qu’ils cherchent par-dessus tout : le statut de « martyr ».

      C’est précisément ce piège que je dénonce. On ne combat pas la barbarie en l’imitant, n’est-ce pas ?


  • Alex la Plume Alex la Plume 1er avril 13:27

    Je suis personnellement contre la peine de mort.
    Je m’interdis de critiquer Israël ; je ne veux pas ajouter ma voix aux millions d’ennemis qui le haïssent et qui veulent sa disparition.
    Je dis simplement à mes amis israéliens que cette peine de mort ne dissuadera pas les terroristes de commettre le pire : ils aiment la mort et se considèrent comme des martyrs.


    • Bonjour @Alex la Plume,

      Je vous rejoins totalement dans cette pudeur : critiquer Israël est un exercice douloureux quand on sait à quel point le pays est entouré d’ennemis qui ne cherchent pas le débat, mais sa destruction pure et simple. Mon intention n’est d’ailleurs pas de pointer du doigt la seule démocratie de la région, mais bien de l’accompagner dans ce qu’elle a de plus précieux : son exigence morale.

      Comme vous le soulignez avec beaucoup de justesse, la peine de mort est un présent empoisonné que l’on ferait aux terroristes. Pourquoi offrir le « martyre » à ceux qui ont fait de la mort leur unique alphabet ? En restant un pays civilisé qui refuse de se donner le droit de vie ou de mort sur un homme désarmé, Israël prouve sa supériorité absolue sur la barbarie.

      C’est précisément parce que nous aimons Israël que nous ne voulons pas le voir sacrifier son âme pour une illusion sécuritaire qui, au final, ne ferait que nourrir la propagande de ses adversaires. La force d’une démocratie, c’est de ne jamais ressembler à ses ennemis, même dans l’épreuve la plus terrible.


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