lundi 10 février 2014 - par Philippe VINSONNEAU

Non notre santé ne deviendra pas un trafic

Il est tristement entré dans les mœurs que le médecin remette au patient un devis à signer - comme un garagiste - indiquant que pour avoir accès aux soins il lui faudra payer X €uros de dépassement d'honoraires..

rares sont les médecins spécialistes, anesthésistes, chirurgiens… qui exercent en secteur 1 conventionné. La très grande majorité des professionnels libéraux de la santé qui exercent en secteur 2 n’ont désormais plus aucun scrupule à se prévaloir d’un nouveau profit supplémentaire, il est entré dans les mœurs qu’ils remettent au patient un devis à signer - comme des garagistes - indiquant que pour avoir accès aux soins il lui faudra payer X €uros de dépassement d'honoraires ( la somme est ajoutée le moment venu car contrairement à la réglementation les tarifs ne sont pas affichés à l’entrée du magasin ). Ainsi est-il d’une grande banalité que de trop nombreux patients repoussent des soins nécessaires à leur santé ou d’autres pris par l’inquiétude supportent une dépense contrainte dont le paiement leur sera problématique.

Certes le patient qui - en face à face - avec le médecin signale sa situation parce qu’il est bénéficiaire d’une CMU complémentaire ou d’une ACS, ou faisant fi de sa dignité ose justifier sa condition matérielle modeste, ne se verra pas refuser une prestation, ce serait illégal, mais quelle garantie a-t-il par exemple dans le cas d’une intervention chirurgicale que le professionnel ne se dispensera pas d’habituels gestes techniques de confort opératoire pour écourter son intervention ?

Plutôt que de constituer une force alternative de défense des patients, les Mutuelles cautionnent le principe en proposant un remboursement partiel - omettant de préciser qu’il entrainera bien évidemment une augmentation compensatrice collective des cotisations ; mais le combat pour garder la clientèle est rude, adieu l’article L111.1

Le Gouvernement dit socialiste tant qu’à lui, plutôt que de s’attaquer au lobby des médecins qui projette notre santé vers une dérive consumériste débridée et de préserver le droit à la santé pour tous, a inventer le CAS contrat d’accès aux soins, entré en vigueur le 1er décembre 2013, ainsi les commerçants  signataires ( allez savoir lesquels ! ) s’engagent à geler leurs tarifs pendant trois ans et à limiter leurs dépassements moyens d’honoraires à 56 €uros, bien entendu sans aucun contrôle, en contrepartie NOTRE Assurance Maladie prendra en charge une partie de leurs cotisations sociales, et ça, ce sera bien visible dans nos Caisses.

Nous sommes entrés dans l’ère du chacun pour soi, le libéralisme n’a pas de règles, il en advient bien évidemment une paupérisation exponentielle au profit de seulement une poignée d’individus. Et cela dans la plus grande banalisation — plus de révoltes — et en sus il n’y a plus aucune réponse du Gouvernement désormais pieds et poings liés au pouvoir de l’argent.

Notre légitime inquiétude de voir notre santé ressembler à celles de pays du tiers monde doit nous donner de la force dans ce combat qui ne trouvera de solution qu’à partir du moment où NOUS PATIENTS ENSEMBLE refuseront SYSTÉMATIQUEMENT de payer un dépassement d’honoraires. Peut-on imaginer un instant qu’un médecin collera son patient au Tribunal d’Instance pour défaut de paiement ? bien sur que non - alors n’hésitons plus et OSONS DIRE NON ! Il n’y a que comme ça que notre santé ne deviendra pas un trafic.

 



14 réactions


  • Robert GIL ROBERT GIL 10 février 2014 10:18

    Les recettes de la Sécurité sociale représentent près d’1/5 du PIB. Celle de la protection sociale (sécu, Pôle emploi, retraites complémentaires, aides sociales des départements) représentent 1/3 du PIB. L’enjeu pour le patronat est à terme de ne plus acquitter les milliards d’euros de cotisations sociales, un budget plus important que celui de l’État. Ces sommes échappent largement aux circuits financiers et sont redistribuées directement à la population. Pour les capitalistes, c’est insupportable .........

    voir : SECURITE SOCIALE, 2014, L’ANNEE DE TOUS LES DANGERS


    • gaijin gaijin 10 février 2014 10:52

      robert gil
      " Ces sommes échappent largement aux circuits financiers et sont redistribuées directement à la population......."
      euh non !?
      ces sommes n’échappent pas vraiment aux financiers puisque par exemple pour la sécu elles servent a fournir des bénefs aux labbos .........
      le discours libéral est une idéologie hypocrite puisqu’ils sont déjà organisés pour piller les états ......il ne leur échappe que des miettes qu’ils essaient de récupérer


    • Robert GIL ROBERT GIL 10 février 2014 10:59

      c’est pour ça que tout ce qui concerne la santé et evidement ce qui touche a la production et distribution de medicament devrait etre sous controle de la population...


  • TOUSENSEMBLE OU L ECUREUIL ROUGE TOUSENSEMBLE OU L ECUREUIL ROUGE 10 février 2014 10:33

    GRAND NAIF@ l’auteur !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

    LA santé est deja une marchandise voir les lobbyistes de pfizer....... merieux mr mediator et le députés ps médecin gérard bapt ;; ;ex président lobbyiste du club de pression HIPPOCRATE devenu président d’une commission de la sécu AU LIEU D d’etre jugé

    les lobbyistes ont portes et table ouvertes a l’assemblée ou dans les restos chic tout a coté................... ou alors le comble« avec un badge de bénévoles mais.......rémunérés »


  • gaijin gaijin 10 février 2014 10:53

    pour le titre : trop tard il y a longtemps que c’est fait ......
    pour la conclusion : oui il est grand temps de dire non !


  • claude-michel claude-michel 10 février 2014 12:57
    Non notre santé ne deviendra pas un trafic... ?...mais c’est le cas depuis des dizaines d’années..avec la collusion entre les politiques et les labos.. ?

  • Mammon 10 février 2014 14:31

    Philippe,

    Vous mettez le doigt sur un problème très complexe, qui touche des millions de nos concitoyens au portefeuille en ces temps de crise, mais vos conclusions sont un peu simplistes, par manque d’informations probablement.
    Il est indéniable que d’année en année, la part de dépense santé chez les ménages augmente, en corrélation avec le montant des dépassements d’honoraires des médecins (ainsi que les frais dentaires, d’optique, d’audioprothèses etc.).
    Or, il y a bien un élément qui reste constant : le montant des remboursements des soins par la Sécurité Sociale, montant gelé pour beaucoup d’actes depuis plus de 30 ans sans même suivre la courbe de l’inflation.
    Pourtant, les honoraires des médecins sont en hausse : cela est du à l’augmentation de leurs charges, qui va de l’obligation à moderniser leur exercice (et du coup des dépenses importantes pour se former et investir dans du matériel moderne), à l’augmentation de leurs primes d’assurances responsabilité civile (du fait du nombre, pour le moment faible mais croissant de procès), de nouvelles normes à respecter (stérilisation, accès handicapés en 2015 etc.) et bien d’autres encore.
    Du coup, leurs revenus propres (bénéfice net avant impôt) ne suit pas du tout la même courbe que les dépassements d’honoraires douloureusement perçus par leurs patients, loin de là même.
    Il est absolument indéniable que certains dépassements atteignent des montants exorbitants qui vont à l’encontre « du tact et mesure » imposés aux médecins, mais le très faible nombre de spécialistes dans certaines disciplines (les ophtalmologistes par exemple) et la très forte demande des patients crée malheureusement un mécanisme inflationniste, comme l’immobilier à Paris...
    Pour résumer, la hausse des restants à charge des médecins résulte d’une part de l’absence d’évolution des prises en charge par l’Assurance Maladie (malgré la hausse des cotisations) devant la montée des charges imposées aux médecins, et d’autre part du nombre insuffisant de ceux-ci dans beaucoup de spécialités. C’est avant tout une faillite du politique, tous bords confondus, qui n’a pu anticiper les évolutions, plutôt qu’à une supposée avidité des médecins dont beaucoup travaillent beaucoup plus que le salarié moyen, au sacrifice parfois de leur vie de famille et même de leur santé.


    • Philippe VINSONNEAU Philippe VINSONNEAU 10 février 2014 18:45

      bonjour Mammon, je ne manque pas d’information et c’est pour cela que je n’ignore pas que les médecins libéraux disposent d’organisations corporatistes pour les représenter et défendre leurs intérêts - il appartient donc à ceux d’entre eux qui considèrent être mal rémunérés d’aviser leurs Conseils de l’Ordre et d’intervenir auprès de leurs Syndicats professionnels afin que ceux ci provoquent des négociations avec l’État et les Caisses Nationales d’Assurance sociale visant à une revalorisation des tarifs conventionnés et non pas d’user de la trop grande facilité de se décharger systématiquement sur des patients fragilisés sans même JAMAIS s’informer de leur situation matérielle, et c‘est là qu‘est la honte du processus. De fait vous comprendrez qu’il est légitime que les patients se rebiffent. Ceci dit il n’est pas question de mettre tous les professionnels de la santé dans le même super marché, il en est encore pour qui prime sur le portefeuille une conscience professionnelle, un sens du service et qui exerce leur art « en dirigeant le régime des malades à leur avantage, suivant leurs forces et leur jugement, et qui s’abstiennent de tout mal et de toute injustice « ... si vous vous souvenez de ce serment.

      En ces temps de réseaux sociaux, où les patients communiquent et se « passent des tuyaux« , il n’est pas dit que ces médecins trop exagérément gourmant ne le regrettent avec le temps, une clientèle de commerce ça va - ça vient !

      Ph.V


    • Mammon 11 février 2014 10:58

      Re-bonjour Philippe

      Le Conseil de l’Ordre des médecins ne s’occupe absolument pas des questions des rémunérations mais plutôt de questions d’éthique et de déontologie, et ça suffit amplement pour occuper ses journées.
      Ce sont en principe les syndicats de médecins qui portent ces revendications, mais contrairement à ce que vous pensez, les demandes pour augmenter leurs revenus sont très marginales. Leurs principales revendications portent d’abord sur l’amélioration des conditions de travail, souvent très dures, et sur de meilleures prises en charge pour les patients car les honoraires augmentent surtout pour compenser mécaniquement la hausse de leurs charges financières. Leur seule ambition au niveau financier est de préserver leurs propres revenus, comme tout travailleur en fait.
      Un exemple : un chirurgien ou un gynécologue doit payer 3000 euros par mois uniquement pour ses primes d’assurance, les sinistres liés à son exercice se chiffrant en millions d’euros. Si une année donnée, les procès sont particulièrement nombreux, celles-ci peuvent monter à 4000 euros par mois, voire plus, et pour compenser cette surcharge financière, les honoraires qu’il réclamera aux patients augmenteront de fait. S’il ne peut le faire, ses revenus diminueront jusqu’à un point où il pensera que le jeu ne vaut plus la chandelle et décide d’arrêter son exercice... Et ça fera un praticien disponible en moins dans des secteur déjà bien en manque...
      Après, la question des prise en charge des honoraires par l’Assurance Maladie dépendent des négociations entre les syndicats de médecins et cette dernière, et elles sont particulièrement dures, les marges de manoeuvre financières étant limitées. Disons que la politique actuelle de l’Assurance Maladie consiste en un désengagement progressif de tous les actes non vitaux pour se recentrer sur les pathologies lourdes. Ca a commencé avec les lunettes et les dents et se poursuivra petit à petit avec les pathologies, de plus en plus importantes. Ce sont en principe les complémentaires (assurances et mutuelles) qui sont censées prendre le relai en matière de prise en charge, mais leur optique est avant tout financière, centré sur le profit. Nous glissons insidieusement vers un système de santé à l’américaine et ça, nos politiques de tous bords se gardent bien de le dire. Soyez vigilants là-dessus.


  • Rincevent Rincevent 10 février 2014 14:48

    La dérive financière de ceux qui pratiquent des dépassements d’honoraires carabinés risque de leur jouer, à terme, un mauvais tour. Aux États-Unis, ce ne sont pas les directeurs d’hôpitaux ni les médecins qui décident mais les assureurs.

    En pratique ils décident des protocoles de soins, du temps d’hospitalisation, des performances demandées aux médecins, etc. Si ce système arrivait chez nous, j’en connais (patients bien sûr mais aussi médecins) qui regretteraient vite la Sécu et ses défauts.


    • Mammon 10 février 2014 14:55

      On y vient, dans l’optique et le dentaire, avec la mise en place des réseaux des assureurs, les remboursements différenciés (normal si vous allez chez un opticien ou dentiste agréé, peanuts dans le cas contraire) et l’imposition de votre mutuelle par votre employeur... Le tour de la médecine n’est pas si loin... Le système US arrive chez nous mais le gouvernement se garde bien de le dire...


  • Chabinpolitain 10 février 2014 16:46

    La réalité est toute autre pour le respect des lois !
    J’ai connu des personnes à la CMU dans le Tarn qui se sont entendu dire « Ah non, on ne prend pas les CMU ici ! » en tentant de prendre rdv avec un dentiste !
    D’autre part il faut informer les pauvres que personne ne peut les contraindre à payer des « honoraires », chez les salopards qui font des dépassements, ils se font soigner et se cassent en faisant un pied-de-nez et basta !
    Pas de poursuite possible puisque ce ne sont que des honoraires censés être versés en fonction de la satisfaction du service, apprenons à nous défendre !


  • Chabinpolitain 10 février 2014 16:48

    J’ajouterai pour les éternels pleurnichards que personne ne versera la moindre larme sur les médecins collabos, fort heureusement il en existe encore qui sont honnêtes et tentent de voir les gens non comme des porte-monnaie mais comme des « patients ».
    Si certains ont fait le choix de faire médecine parce que ça gagne de la thune, eh bien ils assument les risques...


    • Mammon 11 février 2014 11:33

      Les médecins qui se comportent en médecins et non en vendeurs de soins constituent la majorité, rassurez-vous. Si ce n’est pas le cas, vous pouvez porter plainte devant le conseil de l’Ordre, lequel se chargera de lui remonter les bretelles et lui rappeler les obligations éthiques de sa profession. C’est gratuit, n’hésitez pas à nous aider à faire le ménage car tout le monde y gagne, et les médecins, et leurs patients.


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