mercredi 18 novembre 2020 - par PETINOS

Où s’arrêtera Erdogan ?

 

Six guerres ou conflits ! Voilà le bilan en cours de la Turquie d’Erdogan : la Syrie, la Libye, l’Irak, le Haut-Karabakh (Artsakh), La Grèce, Chypre (la Méditerranée orientale).

Mais, tant que la communauté internationale ne dit rien, pourquoi s’en soucier et arrêter de rêver à la reconstitution de l’Empire ottoman ? Pourquoi s’en soucier et arrêter de rêver de devenir le grand calife de l’islam sunnite mondial ?

Il semble qu’un modus operandi ait été trouvé avec la Russie sur les fronts libyen et syrien ; quelques frictions existent encore entre les deux pays sur la question du Caucase du sud, mais, je n’en doute pas, une solution sera trouvée pour se partager la dépouille de l’Artsakh…

Maintenant, les efforts du sultan islamo-fasciste se sont tournés vers Chypre. L’agressivité turque sur ce dossier est évidente : la Turquie souhaite que le régime illégal d’occupation, régime qu’elle a créé et installé dans la partie de l’île qu’elle occupe, soit reconnu. A cet effet, elle a installé à la tête de la communauté chypriote turque un islamo-nationaliste, Ersin Tatar, (le clone d’Erdogan) et a commencé à activer les réseaux de ses « obligés ».

La Turquie essaie clairement de tirer profit de son soutien à l'Azerbaïdjan et au régime libyen en faveur du régime d'occupation. Un soutien qui a contribué à la réalisation d’importants objectifs militaires : pour l’Azerbaïdjan la domination du Haut-Karabakh et pour la survie du régime d’el Sarraj dans la guerre civile libyenne.

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Ersin Tatar, le nouveau leader de la communauté chypriote turque, a déclaré le 17 novembre[1], qu'il se rendrait bientôt en Azerbaïdjan, tandis que les médias libyens ont fait état d’une prochaine visite d’el Saraj dans les territoires occupés de Chypre. Dans le même temps, la Turquie s’active du côté du Pakistan et du Bangladesh afin de faire reconnaître le pseudo-État chypriote turc.

La presse turque jubile : « Les pays amis reconnaîtront le TRNC » : Sous ce titre, le journal Türkiye (17.11.20) écrit que « après le succès de l'Azerbaïdjan au Karabakh, la voie de la reconnaissance de la « RTCN » s'ouvre ». Le quotidien dit encore que l'Azerbaïdjan a déjà fait des efforts pour reconnaître officiellement la « RTCN », mais ces efforts ont été entravés par la menace de l'UE de reconnaître la République autonome du Haut-Karabakh. Des mesures devraient maintenant être prises en vue de la reconnaissance de la « RTCN » dès que l'Arménie quittera le Karabakh et que la région rejoindra l'Azerbaïdjan, écrit ensuite le quotidien nationaliste, proche d’Erdogan. Ersin Tatar devrait également effectuer dans un proche avenir une « visite de reconnaissance » au Pakistan, en Libye et en Azerbaïdjan avec le soutien d'Ankara.

Le quotidien cite également Ahmet Sahidov, président de l'Institut azerbaïdjanais pour la démocratie et les droits de l'homme[2], affirmant que l'accord du 10 novembre entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie signifie qu’il « n'y a plus du Haut-Karabakh ».

Toujours selon Türkiye, une nouvelle ère commence maintenant pour la « RTCN » avec le nouveau « président » Ersin Tatar, car dans un proche avenir, il tentera de développer des relations officielles, notamment avec le Pakistan, la Libye, le Bangladesh et la Gambie, ainsi que l'Azerbaïdjan. Dans ce contexte, des mesures concrètes doivent être prises avec le soutien de la Turquie, a-t-il noté. Tatar prévoit de visiter d'abord l'Azerbaïdjan, puis le Pakistan et la Libye, écrit le journal qui affirme : « Le Pakistan et le Bangladesh ont précédemment reconnu l'indépendance de la « RTCN », mais ont dû reculer sous la pression du Royaume-Uni et des États-Unis. Alors que le pays africain, la Gambie, a précédemment déclaré qu'il était prêt à reconnaître la « RTCN », la Libye reconnaît de facto la « RTCN ». Récemment, le Ministre de la santé, Abdal Tahman Kissa, du « Conseil national de transition » de la Libye, s’est rendu à Nicosie [occupée] et a signé un protocole avec l’École de médecine de l’Université du Proche-Orient. « Le protocole signifie que la Libye reconnaît dans la réalité la « RTCN », mais pas officiellement », estime le jpournal.

Tant que la Russie trouve son compte avec la Turquie et que les États-Unis lui passent tous ses « caprices » pour la maintenir dans le giron de l’OTAN, Erdogan peut dormir sur ses deux oreilles ; personne ne viendra le réveiller et certainement pas l’Union européenne, aux abonnés absents depuis si longtemps que d’aucuns se demandent si elle est encore vivante…

Mais si, ne vous réjouissez pas trop vite, l’Union européenne (allemande ?) est toujours vivante, libre-échangiste et prête à poursuivre ses grandes œuvres pour le bien de l’humanité : réglementer la taille des concombres et la courbure des carottes… comme elle l’a toujours fait. Au moins, elle s’occupe et elle occupe ses milliers de fonctionnaires, grassement payés, à Bruxelles…

 

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[1] O Phileleftheros, daté du 17 novembre 2020.

[2] Quel oxymore ! Décidément les azéris n’ont pas froid aux yeux ! Un institut pour la démocratie et les droits de l'homme dans le pays de la dictature héréditaire des Aliev, où « parler » devient un crime passible d’ « effacement » pur et simple, pour prendre des accents orwelliens…



11 réactions


  • jocelyne 18 novembre 2020 17:19

    N’oubliez pas de faire le même inventaire pour les us.


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 18 novembre 2020 17:30

    Erdogan s’arrêtera le jour où Israël jugera qu’il ne sert plus ses intérêts et lui facturera les drones qu’il lui a fournis.

    Il n’a plus un sou en caisse pour payer ! Ses ressources pétrolières ne sont pas à la hauteur de ce qu’il espérait.


  • jocelyne 18 novembre 2020 18:50

    Erdogan s’arrêtera au niveau du porte monnaie.


  • Carlo Gallo 19 novembre 2020 10:41

    Un article intéressant sur le même sujet :


    Gernelle - La marche national-islamiste d’Erdogan

    ÉDITO. Le sultan d’Ankara s’offre, au Haut-Karabakh, un succès expansionniste sur le dos des chrétiens. Dans le silence assourdissant de l’Occident.

     PAR Étienne Gernelle

    Publié le 19/11/2020 à 07:00 | Le Point

     

    Il est déchirant, le spectacle de la déroute : des colonnes de réfugiés, des maisons incendiées pour ne pas les laisser à l’adversaire, les adieux à un monastère qu’ils ne reverront plus…  Les Arméniens ont perdu la nouvelle guerre du Haut-Karabakh et ont dû concéder des territoires. Des milliers d’entre eux s’enfuient. Non sans raisons. Car les vainqueurs, eux, affichent une joie qui suinte la haine. Le président azerbaïdjanais, Ilham Aliev, a prononcé cette phrase qu’il ne s’agit pas d’oublier : « J’avais dit qu’on chasserait [les Arméniens] de nos terres comme des chiens et nous l’avons fait. »

    Le président turc a envoyé des armes à Bakou et a même organisé le transfert de mercenaires issus des rangs de ses supplétifs djihadistes de Syrie. Le sultan d’Ankara s’est donc offert un succès expansionniste par procuration, donnant du corps à la formule « une nation, deux États », qu’il emploie à propos de l’Azerbaïdjan et de la Turquie. Mais ce n’est pas tout. Car c’est aussi l’Arménie chrétienne qui a été vaincue… Erdogan le revendique, d’ailleurs : « Le Haut-Karabakh redevient un pays de l’islam et reprend sa place sereine à l’ombre du croissant », a-t-il déclaré. Glaçant. Le gouvernement de Bakou – qui n’est pas fondamentaliste, loin s’en faut – a certes promis de respecter les lieux de culte arméniens, mais l’exode des chrétiens ne peut que galvaniser l’internationale islamiste. Ce message-là n’a pas besoin d’être porté par l’Azerbaïdjan ; le sponsor turc, qui est par ailleurs le parrain des Frères musulmans, s’en charge. Après la transformation récente de la basilique Sainte-Sophie d’Istanbul en mosquée, le « reis » soigne un peu plus son aura de conquérant sur le dos des chrétiens. Le national-islamisme d’Erdogan a donc remporté une nouvelle victoire. 

    Menace d’éradication. Bien entendu, on entend toujours des arguments pour « localiser » le conflit, et – en conséquence – se résigner un peu plus sereinement à son résultat. Les voici : le Haut-Karabakh appartient à l’Azerbaïdjan du point de vue du droit international et, si l’on remettait en question les frontières en raison des minorités, on n’en sortirait pas. Surtout dans le Caucase. On dit aussi que l’Arménie, victorieuse en 1994, avait au passage pris le contrôle de sept districts azéris, et que ce conflit-là avait fait des centaines de milliers de réfugiés dans les deux camps, mais majoritairement du côté des perdants.

    Tout cela est vrai, sauf que l’on ne peut, à moins d’être atteint de cécité délirante, renvoyer les adversaires dos à dos lorsque l’un d’entre eux – doté qui plus est d’une population bien moins nombreuse – est depuis longtemps menacé d’éradication. La formule d’Ilham Aliev sur les « chiens » ne fait que justifier a posteriori la révolte, dans les dernières années de l’Union soviétique, des Arméniens d’Azerbaïdjan contre la volonté de Bakou d’« azérifier » le pays. Le Haut-Karabakh avait alors tenté de s’unir à Erevan. En réponse, des appels à la déportation des Arméniens avaient été lancés en Azerbaïdjan, suivis de pogroms à Soumgaït et à Bakou en 1988 et 1990… 

    Les Kurdes de Syrie. Tout cela, rappelons-le, à l’encontre d’un peuple qui avait déjà subi au XXe siècle un génocide que nient, encore aujourd’hui, la Turquie comme l’Azerbaïdjan. Ce crime avait d’ailleurs connu un prolongement en septembre 1918 avec le massacre commis lors de la prise de Bakou par l’Armée islamique du Caucase, créée par Enver Pacha, l’un des principaux responsables du génocide arménien et grand promoteur du panturquisme. Simple conflit local, vraiment ? 

    On ne peut par ailleurs regarder la tragédie du Haut-Karabakh sans penser à l’épuration ethnique pratiquée il y a deux ans par la Turquie à l’encontre des Kurdes de Syrie (avec l’aide de djihadistes, déjà). Et, plus généralement, il est difficile de détacher tout cela de l’expansionnisme hyperactif d’Erdogan, que ce soit sous la forme d’entrisme en Méditerranée – notamment par l’intermédiaire des Frères musulmans –, de forages pétroliers au large de Chypre sous escorte militaire ou encore de diatribes contre Charlie Hebdo… Dimanche, le maître d’Ankara s’est prononcé pour la création d’un État sur la partie de Chypre occupée – illégalement – par la Turquie depuis 1974. Pourquoi se gênerait-il ? Il vient de gagner une bataille, et l’Occident se fait tout petit. 

    « Un fanatique est quelqu’un qui ne peut pas changer d’avis et ne veut pas changer de sujet », disait Churchill. Le problème avec Erdogan est qu’il a plusieurs « sujets » obsessionnels : les Arméniens, les Kurdes, la Grèce, l’Occident et la chrétienté du côté des haines ; le nationalisme panturc et l’islamisme du côté des passions. Qui l’arrêtera ?

     


    • vraidrapo 19 novembre 2020 18:26

      @Carlo Gallo
      Kémal avait d’ailleurs préparé le terrain en récupérant (janvier 1931) par échange de territoires avec le Chah d’Iran, cette bande de terre de 3km de large et de 23km de profondeur qui permet à la Turquie une frontière commune avec le Nakhitchevan d’où les Arméniens furent chassés peu à peu et le cimetière médiéval avec ses 3000 croix de pierre, rasé en 2 temps : 1996 (plainte de l’UNESCO) et 2005 fin des « travaux » sur ordre du taré Aliyev !

      La France Mandatée par la SDN après la victoire des Alliés sur l’Allemagne et la Turquie a fait quantités de concessions territoriales à Kémal. De même, les Bolchéviques puis les Anglais se sont alignés... Toujours sur le dos des Arméniens ou de la Syrie. Rares sont les cours d’histoire qui s’intéressent à la question...
      Quant aux Media contemporains... il est a priori fortment déconseillé de déplaire au MEDEF qui assure le suivi des Affaires.
      Entre 2 égorgements, Il vaut mieux concentrer les Français sur :
      le procès Jonathannnnnn daval,
      la fermeture des terrasses,
      la vente des SUV hybrides,
      le Professeur Raoult

      Bref, tout ce qui assure la place de la France dans le monde.


  • zygzornifle zygzornifle 19 novembre 2020 13:11

    A la présidence de l’Europe bien sur .....


  • macchia 20 novembre 2020 09:30

    je viens d’apprendre que les turcs sont déjà installés dans le sud du Mexique.


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