lundi 17 novembre 2025 - par Antoine Christian LABEL NGONGO

Parcoursup : Bacheliers sans affectation : les CAES au bord de la rupture

La plateforme Parcoursup a vu augmenter le nombre de candidats sans proposition à l’issue de la phase principale. Les Commissions d’accès à l’enseignement supérieur (CAES), présentes dans chaque académie, avaient jusqu’au 30 octobre pour formuler de nouvelles propositions aux bacheliers non affectés. Leur efficacité et leurs limites interrogent la capacité du système à répondre aux objectifs d’équité d’accès à l’enseignement supérieur.

Un dispositif indispensable et mobilisé, garant d’un traitement individualisé

  1. Un cadre institutionnel solide
    Les CAES assurent une prise en charge individualisée des candidats, mobilisant rectorats, universités, lycées, CFA et collectivités. Elles offrent une réponse structurée pour éviter le décrochage immédiat d’une partie de la jeunesse.

  2. Un rôle régulateur essentiel
    En mobilisant les places vacantes et les solutions alternatives (remises à niveau, passerelles, apprentissage), les CAES évitent une situation dans laquelle plusieurs milliers de bacheliers resteraient sans aucune perspective.

  3. Une temporalité encadrée et un accompagnement réel
    Entretiens individualisés, contact direct avec les familles, accompagnement jusqu’à la fin de la procédure : la CAES compense certaines limites de la plate-forme Parcoursup en réintroduisant un élément humain souvent salué par les équipes.

Un dispositif insuffisant, révélateur de déficiences structurelles

  1. Un mécanisme qui intervient trop tard et sous contrainte


    Les CAES n’agissent qu’en dernière instance, lorsque les capacités sont déjà largement saturées. Elles subissent la contrainte du calendrier et des places disponibles, plus qu’elles ne résolvent réellement le problème.

  2. Des propositions souvent éloignées du projet des candidats
    Malgré l’accompagnement, les solutions proposées manquent parfois de cohérence avec le parcours souhaité, renforçant l’impression d’une orientation par défaut plutôt qu’une orientation choisie.

  3. Un manque de moyens humains et matériels
    Les équipes CAES, déjà chargées d’autres missions, doivent absorber en période estivale une lourde charge de dossiers. L’hétérogénéité entre académies accentue les inégalités territoriales.

  4. Un révélateur des limites de Parcoursup et du pilotage national
    L’existence même des CAES comme mécanisme de “rattrapage” met en évidence une tension structurelle :

    • augmentation du nombre de candidats,

    • manque de places dans certaines filières attractives,

    • absence d’anticipation suffisante sur les capacités d’accueil . Ces éléments interrogent directement les choix politiques du gouvernement.

Une réponse utile mais palliative ne résolvant pas la cause

Les CAES remplissent indéniablement leur fonction : elles limitent le nombre de bacheliers totalement sans solution. Leur intervention est précieuse et permet d’éviter des situations de rupture. Cependant, leur efficacité est mécaniquement limitée : elles réparent les effets, mais n'agissent pas sur les causes structurelles – manque de places, pilotage insuffisant, inadéquation entre les aspirations des jeunes et l’offre réelle de formation. Elles assurent la continuité du service public, mais dans un contexte d’insuffisance structurelle, elles ne peuvent garantir une égalité réelle entre les territoires, ni une orientation choisie.

En conclusion 

Les CAES constituent une rustine institutionnelle dans un système sous tension chronique. Elles démontrent le professionnalisme des équipes éducatives mais aussi les insuffisances de la politique d’accès à l’enseignement supérieur conduite sous le gouvernement Macron :

  • absence d’anticipation démographique,

  • pilotage insuffisant des capacités d’accueil,

  • orientation trop sélective et peu accompagnée,

  • incapacité à proposer des solutions pérennes pour les filières saturées.

Si les CAES évitent une crise visible, elles ne peuvent masquer une réalité simple : le système d’accès à l’enseignement supérieur ne parvient plus à absorber tous les bacheliers dans des conditions équitables et adaptées. La question n’est donc plus de savoir si les CAES fonctionnent – elles fonctionnent autant qu’elles le peuvent – mais de savoir si l’on souhaite continuer à s’appuyer sur un dispositif d’urgence plutôt que de traiter la racine du problème : l’insuffisance structurelle de l’offre de formation et l’absence d’un pilotage stratégique réellement anticipateur.



3 réactions


  • sylvain sylvain 17 novembre 2025 15:02

    Les esclaves tropicaux de nos maitres ayant trouves leurs propres maitres, il va bien falloir recreer de la misere ici histoire d’avoir quand meme quelques quidam qui font des choses reellement utiles. C’est en cours, ca avance bien


  • Mustik 17 novembre 2025 18:27

    Vu le niveau des bacheliers ( depuis le passage de Yoyo à l’Edu Nat ),

    cette limitation de l’offre est probablement un mal pour un bien.

    Ce n’est pas réjouissant pour les parents d’autant que les métiers de l’agriculture ou de l’élevage voient leur avenir fortement menacé.

    Quand on sera au fond du trou... il s’en trouvera bien un pour tirer la population d’affaire... hein ??


  • LeMerou 19 novembre 2025 07:35
    @Antoine Christian LABEL NGONGO

    Bonjour, 

    Je vous fais brièvement part de ce que soulève en moi, la lecture de votre billet.
    A mon très humble avis le problème se situe ailleurs que dans « Parcoursup » et la fameuse « équité » d’accès aux « études supérieures ».

    Vous avez une vision défenderesse de l’équité, ce n’est pas critiquable en soi cependant en matière de savoir, d’acquisition des connaissances, il faut accepter le fait de l’inégalité devant les capacités d’apprendre, il n’est pas donné à la majorité d’avoir toutes les facultés pour devenir un « cerveau ». 

    Le système éducatif Français est gangréné par une sorte d’idéologie ayant ses racines dans les années 80, production de « cerveaux », principe « d’équité », d’égalité d’accès« au détriment de »bras« , et tant qu’à faire, laisser s’immiscer l’idée qu’il y a troupeau de »cerveau« qui s’ignorent, que des conditions sociétales et sociales ne leur permettent pas d’émerger à la lumière, ce qu’il fallait combattre.
    C’est la création de désillusions car si des exemples existent c’est loin d’être une généralité.

    Avec un principe pernicieux »d’intellectualisation« de la population, qui devrait s’abaisser de moins en moins à l’exécution de tâches non »valorisatrice« mais pourtant fondamentales dans une société. Et ne nous voilons pas la face, ces dernières dans le concept initial se devant être dévolue à une population issue d’ailleurs bien plus à même de tenir ces emplois indignes.

    Nous avons assisté en parallèle, une »désindustrialisation« de notre Pays, alors que certains tentait de conserver la leur, par des investissements massifs pour maintenir une certaine compétitivité. »L’industrie« dans l’Europe est un domaine réservé à un Pays, il n’y a pas ce cette dernière d’ailleurs.

    Bref lentement mais sûrement nous avons pu constater une disparition progressive de l’emploi, certes des nouveaux ont été crées, plus »tech« au départ, cependant ils finissent eux aussi par être exportés pour des questions de profits. Et pour couronner le tout, n’est pas encore mesuré ou pris en compte l’influence à venir de l’IA dans le domaine de certains métiers. Très sincèrement, je serais »étudiant« aujourd’hui je serais vraiment inquiet sur mon avenir avec ce phénomène nouveau.

    Un état doit instruire sa jeunesse, c’est une mission essentielle, fondamentale, civilisatrice même. Mais force est de constater que la base minimale n’est pas forcément acquise avant le grand saut.
    En grande partie à cause de ce fameux dogme »d’équité« systématiquement opposé aux réalités humaines. Cependant je note que vous l’évoquez dans votre billet, mais ne voyez par la véritable cause, est-ce du déni ? ou est-ce encore de l’idéologie ? 

    Ne voyant que des déficiences structurelles perturbant le principe »d’équité« . Donner accès à l’impossible, faire rêver engendre des problèmes à long terme
     »Cependant, leur efficacité est mécaniquement limitée : elles réparent les effets, mais n’agissent pas sur les causes structurelles – manque de places, pilotage insuffisant, inadéquation entre les aspirations des jeunes et l’offre réelle de formation.« 

    Manque de place dans des filières »attractives« 

    Attractives en quoi d’ailleurs ?
    Car la première question à se poser sur toutes ses »filières« bien avant celle de la compétence minimale requise est  : 
    Une »filière« conduit elle à un besoin d’emploi réel dans le Pays ? Si oui, le besoin est de 4, il est évident que dans les 10 prétendants l’espoir risque être perturbé, le principe »d’équité« d’accès n’entrant plus en jeu . 

    Il y a une décorrélation énorme dans le monde »éducatif« national entre le besoin réel du Pays, le marché et les attentes de ce dernier, tout cela à cause d’idéologies, d’un manque de réalisme mais surtout à cause d’un manque de vision à long terme du devenir de notre Pays par le petit monde »politique« , qui devrait être »normalement« générateur d’emplois et structurant l’éducation nationale dans ce sens.

    Au lieu de ça ont laisser rêver. Il y a l’état et l’éducation qui semble évoluer à part, le premier subventionnant le second sans trop se préoccuper de ce qu’il en ressort.

    L’éducation Nationale doit former, doit »produire« des »diplômés« signe d’une évolution du Pays, mais former en quoi et pour répondre à quel besoin en réalité ?

    C’est à mon avis le véritable problème et en plus s’immisce une sorte de »dénatalisation« galopante inquiétude des »élites", alors que l’avenir semble incertain (cause de leur inaction) tout comme l’emploi.

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