samedi 18 janvier - par Elliot

Paris, je t’aime…

J’aime en général regarder les programmes de France 5 et ma bonne étoile a voulu que ce dimanche 5 janvier 2020 je tombe sur un excellent film célébrant « Paris en chansons ».

Je ne garantis pas l’intitulé mais enfin c’était l’esprit...

Que la ville où l’histoire de France s’est écrite et qui étale toutes les merveilles architecturales, techniques ou artistiques qui lui ont valu la notoriété internationale ait aussi inspiré un art populaire comme celui de la chanson est attesté par sa présence dans un répertoire varié et dense dont tout le monde garde pour le moins le souvenir musical dans l’oreille mais aussi souvent les paroles guillerettes ou tragiques.

J’avais déjà osé (commis diront certains probablement à raison) un texte qui n’était qu’un chant d’amour pour la ville qui a été le phare de mon enfance et qui reste le lieu où j’ai choisi de terminer mes jours, Liège, perle des villes mosanes et capitale historique de la Wallonie, Liège qui appartient à la France et où les fêtes du 14 juillet dépassent largement en ampleur celles plus timides du 21 juillet, date de la fête nationale belge.
Si j’ai une capitale de cœur liée à la terre de mes origines, j’en ai une autre de passion liée à la culture dans laquelle j’ai baigné et qui m’a fait découvrir dès l’enfance les trésors de la langue française et le rayonnement culturel de la France qui se matérialise sinon exclusivement du moins grandement à Paris.

En raison de sa position géographique, l’histoire de ma région se confond en gros avec celle de la France.

Ayant longtemps vécu sous des rapports de vassalité avec le Saint Empire germanique, la principauté de Liège a eu également maille à partir notamment lors de sa période bourguignonne avec les velléités expansionnistes du royaume de France, ensuite elle a fait siens quelques siècles plus tard les idéaux de la révolution française avec ses heurs et malheurs.
Théroigne de Méricourt qui fut avec Olympes de Gouges une des figures féministes de la révolution est liégeoise ; sa vie est un roman qui se terminera mal : ayant échappé à la guillotine, elle finira internée dans un asile.

 

Parmi les malheurs liés à la fièvre révolutionnaire qui a frappé Liège, citons la destruction et le pillage de la Cathédrale Saint Lambert, une des plus belles de l’époque, dont les morceaux épars brouettés ou charriés dans tous les coins de la ville doivent encore se retrouver dans les constructions datant de cette époque et sauvegardées des ravages du temps ou d’un urbanisme échevelé sans cohérence autre que celle de tout sacrifier au Dieu auto, lequel a bien perdu de sa superbe ces derniers temps.

L’aménagement de la Place St Lambert qui fut autrefois un petit joyau a fait se gausser tous ceux qui n’ont jamais compris la frénésie destructrice qui a saisi des édiles municipaux envoûtés par un modernisme qu’ils n’ont d’ailleurs jamais réussi à concrétiser réellement.

La destruction des pavillons de Baltard à Paris pour faire place à cette monstruosité qu’est le forum des halles, cette ode lamentable au béton, démontre que malheureusement la folie destructrice est également partagée et ce saccage avait fait à l’époque l’objet des mêmes vaines polémiques.

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J’abandonne cette digression et je reviens au fil de ma réflexion.

J’ai un peu de commisération (et j’ai bien entendu tort) pour ceux qui participent d’une autre éducation et qui n’ont pas eu tous ces trésors à se mettre sous le coude même si chaque culture a sa forme de beauté, ses chefs d’œuvre et ses grands hommes (parfois plus grands que ceux que l’on peut trouver en France où il n’y a sans doute pas d’équivalent de la dimension d’un Goethe ou d’un Shakespeare).

Je ne puis me soustraire à l’envie obsédante de chanter mon affection à une ville, Paris, qui est depuis longtemps un véritable flambeau mondial qui attire encore aujourd’hui l’attention des citoyens du monde comme les lucioles le sont par la lumière des lanternes un soir d’été.

Qu’ils aient les moyens de s’y rendre pour admirer la profusion des rappels architecturaux et artistiques de ces siècles de rayonnement qui ont fait de Paris une capitale du monde ou qu’ils l’admirent par procuration un peu comme la Marseillaise est devenue au même titre que l’Internationale le chant d’appel des révolutionnaires dans les coins les plus obscurs et reculés de la planète terre.

Paris représente bien la quintessence de la culture universelle.

C’est donc aussi en grande partie le Paris célébré en chansons qui est à l’origine de mon appétence personnelle pour la ville lumière, les radios que l’on écoutait en Belgique francophone étaient souvent françaises, parisiennes de surcroît et elles disposaient d’un réservoir énorme de ces bluettes ou de ces complaintes larmoyantes comme il se doit mais tellement sympathiques à l’oreille qui mettaient en scène des représentations de la vie parisienne.
C’est aussi la fascination qu’exerçait dans mon entourage tout ce qui émanait ou rappelait ses ors et ses pompes supposés depuis la Lutèce dessinée par Goscinny jusqu’à l’ère moderne.

On ne pouvait espérer passer à la postérité sans passer par Paris : le liégeois Simenon en est sans doute l’exemple le plus édifiant.

Je me souviens encore de ma première entrée en train à la gare du Nord venant de Liège avec un train direct qui, je pense, n’existe plus, remplacé par un supposé TGV via Bruxelles. J’y retrouvai à l‘époque avec, en arrière-fond la basilique du Sacré Cœur, l’atmosphère des films de Carné ou de moins prestigieux auteurs de son temps qui ont bercé ma jeunesse d’adulte mais sans doute étais-je déjà programmé pour voir des plans qui n’existaient que dans mon imagination...

Cependant c’est un fait indiscutable et d’ailleurs indiscuté que la prééminence de Paris dans le domaine de la culture : « il n’est de bon bec que de Paris », un vers de François Villon qui établissait une hiérarchie culturelle entre les dames du temps jadis, celles de Paris surpassant toutes les autres par le vaste étalage de leurs qualités.

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Il n’est donc de grand écrivain mondial qui n’ait été consacré à Paris et les chansons populaires d’Aristide Bruant ou de Mistinguett, d’Edith Piaf, de Brassens ou plus tard de Jacques Dutronc et Serge Lama nous arrivaient pas la voie des ondes dans les années 50 ou 60 sur les grandes ondes par le canal de Radio Luxembourg ou d’Europe 1 voire de France Inter pour les réfractaires à la pub (qui s’appelait à l’époque réclame).

J’ai fait de fréquents séjours toujours trop brefs à Paris mais souvent, comme la plupart des gens, je me suis limité à baguenauder dans les mêmes quartiers : un tropisme délicieusement coupable qui me donne donc une connaissance limitée de la ville et je veux imaginer que tous les quartiers même les plus déshérités valent le détour et sont en tout cas des lieux de réminiscences d’un passé lointain.

C’est dire s’il y a encore tant d’endroits de Paris que je ne connais pas et que je ne connaîtrai jamais.

J’aime l’atmosphère feutrée des petites rues qui ont à Paris un charme, où se respire une gouaille que je n’ai jamais retrouvée ailleurs, une atmosphère qui sans doute me rappelle les anciens films en noir et blanc dont l’histoire s’articulait sur les faits et méfaits des mauvais garçons de Montmartre ou de Belleville.

J’aime aussi la diversité des populations que l’on coudoie dans tous ces lieux de vie où s’épanouit la créativité.

Comme Montand, j’aime flâner sur les grands boulevards même s’il n’y a plus grand-chose à voir. Et quand, par la rue Lepic, je monte à la basilique du Sacré Cœur, cette édifice auquel j’ai de la peine à trouver de la grâce, qui ressemble à une énorme construction pâtissière, je retrouve dans l’oreille certaines mélodies d’Edith Piaf ou de Georgette Plana ou encore de Mouloudji, des complaintes intemporelles que reprennent dans des bistros des artistes de bastringue.

Sans doute à l’instar de Londres et sans que je me risque à établir une hiérarchie qui serait nécessairement subjective entre ces deux villes monde, de tous les côtés de la planète arrivent des visiteurs attirés par l’aura de la ville lumière, capitale des arts et de la culture.
Alors, frustré de ne pas faire partie de la nation française car ainsi en a décidé injustement l’histoire, j’ai du mal à comprendre la déprime qui frappe certains Français, cette tendance à la flagellation, au dénigrement de cette ville qui attire irrésistiblement le reste du monde ( même ceux qui ne peuvent y accéder tant leurs conditions de vie misérables leur interdisent d’oser s’en approcher sinon en rêve) : elle est historiquement devenue le siège du pouvoir et l’on ne voit pas quelle autre ville pourrait lui disputer ce privilège .

Mon cœur a saigné quand j’ai suivi en direct les progrès de l’incendie qui a ravagé Notre Dame ; Notre Dame appartient au patrimoine de l’humanité quelles que soient ses croyances et moi-même qui suis agnostique ou athée selon le cheminement de ma réflexion sur l’ordonnancement si harmonieux du monde que j’attribue selon mon humeur au hasard ou au génie d’une puissance suprême, j’ai beaucoup de tendresse pour ce monument que m’a fait découvrir Victor Hugo à l’occasion de mes années de lycée (qui s’appelle athénée en Belgique francophone).

De même j’ai été vivement choqué quand des « vandales » issus du mouvement des Gilets Jaunes ont saccagé l’Arc de Triomphe quelle que soit d’ailleurs l’opinion que l’on puisse avoir sur la nature même de ce monument dont on peut contester le bien-fondé de même qu’on a critiqué de son temps d’une manière violente et toujours excessive l’édification puis le maintien de la tour Eiffel qui fait maintenant partie de l’horizon parisien et vers laquelle se portent irrésistiblement les regards.



10 réactions


  • moderatus moderatus 18 janvier 10:45

    Bonjour Elliot

    merci pour votre ode à Paris, elle est parfaite et parle à mon cœur et mon esprit moi qui suis un admirateur inconditionnel de cette ville, d’un richesse culturelle et historique incommensurable.

    pais se chante et Paris m’enchante.


    • Elliot Elliot 18 janvier 14:00

      @moderatus

      Merci de votre intervention : comme quoi, il y a tout de même des choses où nous pouvons nous accorder parfaitement et ce qui nous sépare est finalement peu de chose comparé à tous ces beaux arts qui rassemblent les gens d’une même culture, qu’elle soit infuse ou acquise.


    • Zozo canal histrionique 18 janvier 14:03

      @Elliot

      Mouais, même pas un smiley ou un 🚫, t’es vraiment un p’itit dragon, koi !!!!!

      Allez va ranger MA chambre !

      Tschuss


    • vesjem vesjem 18 janvier 19:53

      @moderatus
      ma préférée :
      https://www.youtube.com/watch?v=LfmguyDRBwU


    • Fergus Fergus 18 janvier 20:07

      Bonsoir, Elliot

      Très bon article.

      J’ai moi-même beaucoup d’affection pour Paris. Et un goût marqué pour le répertoire des chansons qui ont décrit la capitale ou s’en sont servi de décor.

      Et si Paris a surtout donné lieu à des évocations chantées dans le registre romantique, quelques chansons sont ancrées dans l’humour. A l’image de celle-ci, à laquelle j’ai consacré un article en 2018 : Le Jardin des plantes aquatiques. Un texte rédigé lors de la grande inondation de 1910 sur l’air de La Paimpolaise.


  • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 18 janvier 12:42

    Et même pas un petit mot gentil pour Annie Dingo ...


    • V_Parlier V_Parlier 18 janvier 16:12

      @Aita Pea Pea
      Une ville désormais rendue invivable autant pour ceux qui y habitent que pour ceux qui sont obligés d’aller y travailler. Les petits coins sympas, ça c’est pour les visiteurs occasionnels qui ne fréquentent pas la ville aux heures de pointe, et là où c’est nettoyé.


    • velosolex velosolex 19 janvier 01:15

      J’ai un plan d’enfer pour cette ville où un smicard est interdit de territoire, pire qu’un vieux diesel qu’a pas de pastille

      -Interdiction des Rbnb

      -Confiscation des logements non occupés depuis cinq ans au bénéfice de la collectivité, avec projet de location

      -Plafonnement des loyers, basés justement sur la possibilité que peut avoir un français pourvu d’un revenu moyen de se loger, en dépensant pour son loyer, pas plus de 30%, ce qui était la norme dans les années 60

      -Délocalisation du siège des entreprises en province. afin de redynamiser le pays, paris ayant déjà la manne touristique.

      -Redynamisation de la ville vers une population jeune, en rupture avec le complet veston Balkany. 


    • Fergus Fergus 19 janvier 11:51

      Bonjour, velosolex

      Assez d’accord avec la plupart de ces mesures. Sur le principe.

      Excepté l’interdiction des AirBnB. Ces locations saisonnières constituent un formidable levier touristique pour la capitale et sont un apport non négligeable pour des proprios qui louent leur propre appartement durant leurs semaines d’absence de Paris. C’est pourquoi je pense qu’il ne faut pas les interdire, mais limiter drastiquement le nombre de semaines de location dans l’année. Je préconise 8 semaines maximum pour décourager les dérives à caractère professionnel d’investisseurs sans scrupules.

      Pour ce qui est du « plafonnement », c’est très difficile à mettre en place car potentiellement dissuasif pour la rénovation de l’habitat ancien dégradé

      Quant à la « délocalisation des sièges », comment y inciter les entreprises ? Elles pourraient d’ores et déjà s’implanter dans des métropoles provinciales qui leur offrent des conditions très avantageuses relativement à la capitale. Celles qui ne le font pas préfèrent payer le prix fort à Paris pour des questions d’image internationale. Les autres sont déjà parties.


  •  C BARRATIER C BARRATIER 18 janvier 18:14

    Je n’ai pas vu le début de cette émission de la 5, et j’aimerais bien la voir en entier. Je ne sais pas comment faire

    Merci d’avance aux spécialistes

    j’ai internet par orange (live box)


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