lundi 19 janvier 2009 - par Loïc Decrauze

Paroles de « Palisraéniens »

Il n’est plus temps de prendre partie dans le conflit israélo-palestinien, ni de les renvoyer dos-à-dos. Il est au contraire urgent de les rapprocher, face à face, pour dépasser le gouffre des consciences hostiles.

Rester terré dès que la menace pèse. Pour nous, simples civils, ça ne va pas au-delà de cela. Soixante ans de tressaillements morbides… une vie d’homme, d’un côté comme de l’autre. Pourquoi devrait-on, en plus, s’obstruer l’esprit par la haine de l’autre, celui d’en face, notre voisin, qui lui aussi doit se protéger dès que ça gronde ou que ça siffle 


Cette terre sublime, paradisiaque au sens originel, nous l’avons truffée, dans le temps et dans l’espace, de zones infernales : atrocités, corps en charpie, déshonneur humain de s’attaquer ainsi à l’autre… Notre faute ? Nous avons suivi, sans rechigner, les dérives des meneurs en place, des agitateurs de la discorde, de la voie idéologique, de la crispation sur son propre intérêt sans percevoir que le plus prégnant des impératifs est de satisfaire les aspirations légitimes de ceux d’en face pour assurer la pérennité de nos propres attentes, au bout du compte si proches les unes des autres… un peu de reconnaissance, est-ce illusoire ? En attendant je me cache, je n’ai que cela à faire, le temps que ça passe…
 
Pourquoi faut-il que ceux qui veulent tenter la voie de la paix, en allant au-delà des cadavres, des destructions et des malheurs engendrés, réalisme douloureux mais nécessaire quel que soit le moment choisi pour tourner la page mortifère, soient tôt ou tard écartés, bâillonnés voire éliminés par les boutefeux, par ceux qui s’enivrent du sang de l’autre versé quitte à produire, de facto, l’horreur dans son propre camp ? Vu de haut, vu de loin… quelle terrible absurdité ce dialogue de sourds où le bruit des armes et des explosions nous fait perdre la faculté d’écouter l’autre. Absurde à en pleurer toutes les larmes de son corps… oui mais voilà, je suis là, immergé dans cette terre violentée… et ma pauvre existence en sursis ne peut qu’espérer un miracle humain : que, de part et d’autre, la lucidité l’emporte ou qu’un dirigeant, venu d’ailleurs, parvienne à convaincre qu’il faut changer, que le revirement doit s’imposer…
 
Moi aussi, dans mon trou, j’ai fait un rêve… A l’heure où un métisse va prendre les destinées de la première puissance mondiale dans la tourmente, l’époque est opportune pour un électrochoc salutaire…
 
Je songe à nos voisins de Méditerranée, ces Français qui, six ans seulement après la fin de l’horreur absolue de la Seconde Guerre mondiale et de l’évidente haine totale éprouvée envers les Allemands, ont appelé, par la voix de Robert Schuman, à dépasser ce gouffre des consciences hostiles en construisant ensemble. Comme un modèle… nous avons attendu dix fois plus longtemps pour faire ce pas… n’est-il pas urgent d’y songer ? Simple, si simple à invoquer, même la peur de crever au ventre, si monumental à réaliser…


4 réactions


  • ZEN ZEN 19 janvier 2009 17:29

    @ L’auteur

    On peut toujours rêver...
    Mais on ne peut pas faire l’économie de l’analyse historique et géopolitique
    Le seul projet qui a mes faveurs est celui qui a été pensé par le regretté palestinien E.Saïd en collaboration avec Barenboïm..
    Un projet pour un avenir sans doute lointain, mais que la nécessité historique finira peut-être par faire surgir...

     
    Mettre en musique une nouvelle coexistence ?

    "L’Israélien Daniel Barenboim et le Palestinien Edward Saïd
    veulent créer un atelier de jeunes musiciens venus d’Israël et de différents pays du Moyen Orient dans le but d’associer des études et une formation musicale à un partage des connaissances et une compréhension mutuelle entre des peuples de cultures traditionnellement antagonistes.
    Dans cet atelier, de jeunes musiciens font progresser leurs connaissances musicales tout en coexistant avec des gens de pays parfois en conflit avec le leur."


    Métaphore pour demain ?...
    Pour sortir d’une guerre de cent ans, il faudra bien trouver une nouvelle formule politique associative

    ---L’utopie d’Edward Said---

    "Comment peut-on décemment continuer à parler de « paix » alors qu’Israël ne cesse, à force de pouvoir et d’arrogance, de démolir, d’interdire, de confisquer les terres, de procéder à des arrestations et de pratiquer la torture ?"( ES)

    «  La construction d’une identité est liée à l’exercice du pouvoir dans chaque société, et n’a rien d’un débat purement académique. »(ES)

    «  La Troisième Voie » d’Edward Saïd

    De son vivant, l’universitaire américain d’origine palestinienne prônait un projet de confédération judéo-arabe pour résoudre le problème entre Israéliens et Palestiniens :


    • Loïc Decrauze Loïc Decrauze 19 janvier 2009 21:46

      En effet, il est urgent de REVER... il y en a tellement qui réfléchissent et/ou invectivent en ce moment, et ce sans aucun résultat constructif, alors...


    • katalizeur 20 janvier 2009 12:51

      @ l’auteur
      tu peux revasser , il y en a qui reve depuis 60 ans
      le temps de la dipolmatie est revolue......et de la politique de grignottage ( les petits pas...)

       un des outils efficace ; mais pas le seul ,c’est le bombardier 7 29 LE BOYCOTT un des premiers a decollé dans ma region, des reunions de femmes tous les jours avec explication du boycott (produits, marques, enseignes.....et il ne faut pas l’oublier politique )




  • Emile Red Emile Red 20 janvier 2009 13:00

    J’aime bien votre article il va dans le sens humain.

    On ne peut pas éternellement tourner le dos à la paix pour nourrir les ambitions, les idéologies et la haine. Il faut que lève la semence de l’espoir et anihiler le gout du sang, seules l’humilté et la détermination peuvent créer un espace temps propice aux compromis vers le bonheur de deux peuples passablement trompés.

    Il ne faut pas croire en l’arrivée d’un divin messie pour assurer le job, mais c’est de la volonté de la planète, de la force du combat pacifique de chaque citoyen du monde que peut venir la solution, c’est aussi de la mise sous silence des misérables agitateurs que dépend la vie de cette partie du monde, ô combien belle. 


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