jeudi 27 janvier 2011 - par Bernard Dugué

Partager tous ensemble ou crever tous ensemble

Plus de 30 000 chômeurs supplémentaires en ce décembre de fin 2010. La chute de l’emploi ne semble pas disposée à s’enrayer. Le sommet de Davos est consacré à la quête de normes partagées pour une nouvelle réalité. Etant entendu que cette urgence s’impose compte tenu de la crise sociale qui règne sur les pays occidentaux. Il va de soi que les élites chinoises ou indiennes n’ont pas les mêmes soucis mais viendront à Davos pour s’informer et compléter la photo de famille. Quant à la planète, elle donne des signes de révoltes et autres tensions mais ni plus ni moins qu’il y a 20 ans. Cela dit, la conjoncture est différente car les NPI modifient sensiblement les équilibres économiques et financiers alors que le lent naufrage est une hypothèse. Il y a quelques années, un certain Christian Blanc osait publier un livre dont le titre évoque son cortège d’âneries comme peut en écrire un énarque dans son bureau entouré de chiffres et de statistiques mais éloigné de la vie des gens. La croissance ou le chaos, belle ânerie en effet, comme si on pouvait choisir entre les deux options et décréter la croissance, la contrôler, comme au bon vieux temps du plan et des trente glorieuses. On le voit bien actuellement, la croissance nationale ne se décide pas dans un monde globalisé et de plus, même une croissance honorable ne sera pas apte à résorber un chômage massif dont on peut affirmer qu’il est lié à cette équation aussi incontournable que le principe de Lavoisier. Il n’y a pas assez de travail, ni de fonds pour payer et occuper des gens à effectuer des tâches qu’une partie de l’humanité suffit à assurer. Et comme le travail se déplace dans les NPI, il disparaît dans les pays occidentaux sans être compensé, excepté par cette lubie des emplois verts inventés par des cerveaux pas très mûrs.

Renvoyons Christian Blanc sur les bancs d’école, puis examinons les suggestions de deux autres diplômés de l’ENA, tous deux anciens locataires à Matignon, Alain Juppé et Michel Rocard qui, malgré leurs différences de nuance politique, s’entendent sur un autre salut, la croissance verte, ou du moins le développement durable, qui passe notamment par la réduction des gaz à effet de serre afin de limiter le réchauffement climatique. Hélas, c’est une ânerie de plus, le climat étant, bien plus que la croissance économique, un phénomène non maîtrisable et même hors de portée de toute maîtrise. Mais il faut bien faire croire au bon peuple qu’il y a un salut. En manipulant l’opinion sur le problème climatique et sur les solutions à apporter. De quoi éteindre tout questionnement. La volonté de contrôle du climat relève du délire, d’une psychose telle qu’on peut la rencontrer dans certains mouvements sectaires. C’est aussi un signe d’une époque crépusculaire, au sens de Broch, une époque qui par ses peurs, ses phobies et ses délires, rappellera sans doute la fin ultime du Moyen Age après les longues hésitations de la Renaissance. Une époque étrange, située autour de 1600, qui vit Giordano Bruno condamné au bûcher alors que les tribunaux princiers instruisaient avec l’appui des ecclésiastes les procès en sorcellerie. Les autorités chassaient le démon comme en 2010 on traque les émissions de gaz carbonique et les virus grippaux. Le manque de discernement des gouvernants est inquiétant. Pourtant, mis à part le cas Rocard, excusé pour raisons médicales, les gouvernants ne sont pas incompétents. Sont-ils malhonnêtes ? Pas vraiment. Ils sont juste à côté de la plaque, à la masse pourrait-on dire, ou disons, au service des masses, obligé de répondre à ce désir d’action politique qui naît à la fois des psychismes populaires perturbés et de l’inquiétude technologique et sociale poussant les politiques à proposer des solutions afin de calmer les gens à qui on a implanté dans opinion cérébrale des problèmes, sans réfléchir au problème de l’opinion et mettre en question la problématisation du monde par des spécialistes croyant devoir agir, user de la technique, s’agiter, causer. Même Edgar Morin s’égare dans cette frénésie d’agir, lui qui croit que la voie consiste en un feu d’artifice de réformes interconnectées, autrement dit d’un conglomérat de savoirs-faires spécialisés dont la conjonction produit un salut par un tour de passe-passe rétro-éco-réformateur dans une boucle synergétique inventive d’une société monde cybernétique dont la religion est celle de la terre patrie. Tous ces agitateurs, de Hulot à Jancovici, de Jovanovic à Al Gore, de Lepage à DSK, croient œuvrer correctement pour une juste cause mais ils servent surtout leur propre position et si jamais la donne idéologique se modifiait, ils perdraient de sitôt leur notoriété et leur gagne-pain assez juteux il faut le dire.

Ce constat sur les dirigeants peut sembler sévère et exagéré mais il se justifie tant l’emprise de ces idéologues manipulateurs d’opinion est puissante. Le propre des énarques et autres têtes issues des écoles de management, c’est de trouver, même s’ils n’existent pas, des problèmes, pour ensuite proposer et souvent, vendre des solutions. Le propre d’une société guidée par la philosophie, c’est de poser des questions et de réfléchir, de dialoguer, pour progresser vers la voie. Contrôler parfaitement les virus, la violence, le terrorisme, c’est impossible, maîtriser la croissance, la biodiversité, le climat, c’est aussi impossible. Par contre, les deux défis à relever, c’est la démographie et les inégalités. Les deux étant liés et adossés également à la diffusion des savoirs car la transition démographique est, comme on le sait, étroitement lié à l’instruction des populations. De plus, on constate que la plupart des problèmes sociaux, notamment les violences civiles, les insurrections, les révoltes, ont comme facteur déclenchant bien souvent les inégalités qui ne sont pas nécessairement liées à un manque de richesses mais, on l’a constaté en Tunisie, à une spoliation pratiquée par une caste au pouvoir.

 Pour l’instant, réfléchissons avec le bon sens. Créer de la croissance, c’est intangible autant qu’incertain, c’est de la prospective hasardeuse pour ne pas dire illusoire. Par contre, partager, rien de plus facile dans le principe. J’ai autour de moi dix gosses qui ont faim, je sais couper en dix parts un sac de riz ou une miche de pain. Il n’y a pas de miracle, il ne s’agit pas de multiplier les pains mais de partager une boule de pain. S’il y a 20 SDF qui ont faim, et que l’on dispose de 100 euros, c’est assez facile de partager un billet vert en allant faire la monnaie en billets de 5 euros. A l’échelle d’un pays et d’une nation, c’est un peu plus compliqué mais c’est réalisable car on sait parfaitement quelle est la quantité à répartir avec équité, sans être obsédé par l’égalité parfaite mais juste soucieux d’intégrer tous les individus à l’économie de marché par un moyen de redistribution et de répartition à inventer. Partager les ressources et les richesses du monde, voilà un principe sensé pouvant guider la politique en 2010. Pas besoin de tous ces énarques et autres spécialistes issus des écoles et louant leur matière grise dans les think tanks. Le livre à écrire aura comme titre, Le partage ou le chaos. A bon entendeur !



12 réactions


  • jpm jpm 27 janvier 2011 08:48

    Il existe un moyen efficace de partager les richesses d´un pays qui intègre vraiment tous les individus à l´économie de marche, c´est l´allocation universelle.

    Elle a été décrite en France notamment par l´économiste Jacques Marseille (voir l´article de Sylvain Rakotoarison ci-dessous).

    http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jacques-marseille-liberal-et-71055


  • easy easy 27 janvier 2011 12:03

    Vous cultivez une sourde paranoïa cher Bernard (paranoïa au sens vulgaire)

    Richard Durn faisait régulièrement les mêmes réflexions que vous sur le Monde, selon son ami qui nous l’a rapporté après la catastrophe.





    Ca fait au bas mot 10 000 ans que l’homme croit en des dieux dont il naurait vu que des manifestations mais à partir desquelles il aurait beaucoup spéculé : S’il y a un coup de foudre, une sècheresse (des choses contrariantes pour l’homme mais pas pour un scorpion), il spécule qu’il y a derrière cette manifestation quelqu’un qui l’a produite, qui a voulu la produire et cela avec une intention maléfique.
    Il y a un Méchant caché et en embuscade.

    Vous arrivez après 10 000 ans de superstition et vous êtes superstitieux, mais vous ne le savez pas, forcément.

    L’homme, les scientifiques surtout, ont beau essayer de mettre le cosmos en rayonnage, en bon ordre de compréhension, dans tous ses aspects et recoins, il présente des aberrations. C’est très probablement grâce à elles que la vie, puis la forme actuelle du vivant est ce qu’elle est. Sans aberrations, pas de lumière, pas de baleine, pas de langouste. Pas de Terre.

    Pour peu que la vie soit relativement rare dans le cosmos, la Terre serait un des combles d’aberration cosmique.
    Le comble de ce comble c’est que des fruits de ces aberrations dénoncent les aberrations en fantasmant à quelque bon ordre. 

    Le hasard de la distribution des cartes vous fait jalouser le tirage d’autres hommes que vous trouvez glandeurs ou profiteurs. Richard Durn pareil. Mais je saurais trouver des gens considérant que votre situation est aberrante, pas au sens de bleu ou verte mais au sens d’anormalement abusive.

    Ca vous déplaît que je vous compare trop à R Durn ? Vous trouvez que j’abuse ? Mais vous nous abusez en nous servant des foncifs dont l’éculé frigo vendu aux Esquimaux.

    R Durn en avait plein les carnets des poncifs de ce genre. Il réclamait plus de reconnaissance sociale mais sa seule et très relative originalité était d’avoir fait collection de lieux communs négatifs et de s’empoisonner le regard avec.

    Je vous invite d’abord à identifier les causes personnelles, familiales, de cette névrose qui vous conduit, comme une partie d’entre nous ici, à cette collectionnite des conneries ou perles de ceux qui nous dirigent, nous écrasent, nous ruinent, nous humilient, et qui montent compulsivement des expos, des galeries, des installations portant titre général « Notre malheur, à cause d’eux ». Eclairage ici, agrandissement là ; sous-tirage ici, fond sonore là ; accroche aposématique ici, décor sombre là.

    Puis à utiliser votre intelligence libérée pour gamberger sur ce qui fait la limite entre le moment où chacun doit intervenir sur l’état des choses, sur le moment où il ferait mieux de cesser d’intervenir (en laissant donc une part au chaos) et sur ce qui fait qu’il n’y a jamais deux personnes posant le curseur au même endroit au même moment.


  • Bernard Dugué Bernard Dugué 27 janvier 2011 12:31

    Un homme raisonnable paraît fou aux yeux des égarés
    Un homme pénétré de folie paraît déraisonnable aux yeux des endormis mais c’est un sage pour un regard illuminé


  • foufouille foufouille 27 janvier 2011 12:53

    quand tout sera robotiser, plus rien a partager


  • Robert GIL ROBERT GIL 27 janvier 2011 15:01

    On vit dans un monde merveilleux, ce sont les salariés qui produisent les richesses et ce sont les rentiers et les actionnaires qui encaissent les bénéfices. Ce sont les banquiers et les capitalistes qui sont responsables de la crise et ce sont les salariés, les chômeurs et les pauvres qui vont payer les pots cassés ! La crise est un fameux prétexte pour détruire un peu plus les protections sociales et nous exploiter un maximum ! Si la crise ne profitait à personne, il n’y aurait pas de crise ! voir l’article « sus à la crise » sur http://2ccr.unblog.fr/


  • Romain Desbois 27 janvier 2011 16:29

    Un riche industriel flâne sur une plage d’une île paradisiaque et croise un pauvre homme entouré d’une ribambelle d’enfants.

    Apitoyé , il se dit : « je vais lui donner des petits conseils pour l’aider à s’en sortir »

    - Hé l’ami , et si tu te mettais à travailler ?
    - Pour quoi faire ? lui répondit le pauvre homme
    - tu pourrais ainsi avoir de l’argent !
    - Pour quoi faire ?
    - Je ne sais pas moi , tu pourrais acheter un plus gros bateau
    - Pour quoi faire ?
    - Ainsi tu pêcherais plus de poissons
    - Pour quoi faire ?
    - Avec les bénéfices tu pourrais acheter d’autres bateaux , avoir du personnel ?
    - Pour quoi faire ?
    - C’est comme ça que tu deviendrais riche !
    - Pour quoi faire ?
    - M’enfin ! Ainsi tu pourrais comme moi, partir en vacances sur des îles paradisiaques , profiter de tes enfants !
    - C’est ce que je fais.


  • PhilVite PhilVite 27 janvier 2011 17:32

    On y est presque !
    Actuellement c’est plutôt « partager tout seul et laisser les autres crever ensemble » !
    Deux, trois petits détails à corriger et ça le fera !


  •  C BARRATIER C BARRATIER 27 janvier 2011 18:06

    Le record du nombre de chômeurs est battu, même en traficotant les chiffres (chômeurs qui ne trouvent et acceptent qu’un petit temps partiel, stagiaires...etc). Le responsable est forcément le chef de l’Etat qui devait savoir ce qu’il allait faire lorsqu’il s’annonçait président du pouvoir d’achat, et qui promettait aux gens qu’ils allaient travailler plus...
    Il existe peut être une cour internationale pour juger ce délit de manipulation de l’opinion, et de tromperie. Car il a su tenir d’autres promesses (enrichir plus les plus riches, donner du pouvoir à la jet set..)


  • joletaxi 27 janvier 2011 18:19

    Pour ce qui est du chômage,le problème c’est que des voisins font mieux que nous,ce qui prouve que l’on peut améliorer la situation en s’organisant autrement.


    Pour ce qui est du partage des richesses,toute organisation humaine dérive toujours vers une sorte de féodalité,avec de temps à autres une réactualisation dans la douleur et le sang.
    On peut certes rêver que cette malédiction nous soit un jour épargnée mais j’ai comme un doute.

    Suite à une concentration ubuesque des terres agricoles en quelques mains en Angola, Salazar, un grand démocrate comme chacun le sait avait décidé d’une réforme:chaque expatrié recevait une allocation sous forme de terre agricole.Il n’a pas fallu 10 ans pour que l’on revienne au même schéma qu’avant la réforme.

    Ce qui me sidère toujours, et à tout les niveaux, cela va du petit chef de bureau au grand capitaine d’industrie, c’est cette avidité qui s’alimente d’elle même et qui ne connaît ni limite ni fin.Mais c’est peut-être là que réside le moteur du progrès ?


  • pmxr pmxr 27 janvier 2011 18:21

    Rassurez vous nos « élites » voient l’avenir dans un rétroviseur (les statistiques)... on nous dira dans un mois si le pain (le mois précendet) à augmenter par exple !


  • Bobby Bobby 27 janvier 2011 19:55

    Bonsoir,


    Je viens de répondre à la même problématique sur ce même fil 

    ... Mon opinion est la même ! et très bien présentée par Naomi Klein dans « la stratégie du choc » qui me paraît fort révélatrice !


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