Père Noël…
Le Père Noël, l’avoir vu dans le grand centre commercial, l’avoir vu sur le char tiré par le gros tracteur rouge à travers rues et ruelles de la ville, l’avoir vu grimpant un mur ou plus loin une cheminée, l’avoir vu partout sans savoir ou le vrai était parmi les guirlandes électriques. Savoir que la magie de la fête n’est plus réelle, savoir que l’enfant dérouté de le voir ainsi partout ne sait plus qui il est vraiment et si vraiment existant.
Le mystère est ainsi fait dorénavant, bien plus de commerce que de magie, rien ne semble plus étonné le passant, sinon le bruit du tiroir-caisse. Voici la fête qui de féérie est devenu marchandise, voici sans détour le temps surfait de bien à dépenser. Voici donc où nous nous sommes rendus, sur la place des marchands, entassant euros et billets, contre un surplus de bien consommables.
Il fut un temps, ou tout cela n’enrayait pas l’attente magique du moment. Une mandarine avec sa poignée de papillotes brillantes et sucrées suffisaient à faire sourire un enfant. Ce temps magique si attendu, le jour même de son de cloches l’annonçant, il est maintenant proposé si longtemps à l’avance, que tout ceci semble bien peu de tradition, bien peu de surprise. Perdu dans les affres du commerce, perdu au titre de profits, perdu pour le regard rieur de l’enfant.
Mais où est donc passé, le Noël d’antan, celui qui autour d’un sapin décoré de boule de bois peintes et de lampions colorés, ou on avait posé l’assiette de gourmandises pain d’épice et verre de lait pour l’attelage conduit dans la nuit, voyait se réunir au petit matin, enfants et parents les yeux encore brillant de sommeil, prêts à partager un moment souhaité, rieur et émerveillé voyant l’assiette et le verre vidés, magique et souriant dans l’instant. C’était au bon plaisir de l’enfant, ainsi sagement soulagé de son attente, par de petits paquets emballés dans des couleurs brillantes et dorées de la fête, étiquetés à son prénom. Paquets contenant, merveilles simples et apaisantes, souvent jouets de bois, parfois petits mais comblant les mains. L’enfant serein, souriant et balbutiant un mot de remerciement, tendrement enjoué, gentiment à la découverte d’une magie, celle de Noël.
Combien ont connu, le rire au petit matin, les larmes joyeuses des enfants, qui prenant avec joie et ferveur un tout bien offert. C’était bien avant, que ce jour ou l’enfant trimballé dès novembre, de magasin en magasin ou sont étalés à ses yeux sans innocences, les tas de jouets dans des rayons multicolores poussant à la déraison de tout vouloir, ne signifiant plus pour le petit le merveilleux patiemment attendu, et offert au sein de la fête.
Ainsi donc Père Noël est fait de couleur et de déraison, poussant à la consommation. Alors comment encore y-croire ? Comment raconter sa véritable histoire sans être moqué, ni même écouté un instant ? Noël une date au calendrier, sans prétention à faire la magie, coincé entre 24 et 26, un jour de décembre.
Le Père Noël s’en est allé, sans se retourner, voyant bien la dérision de sa magique présence. Peut-être ailleurs, sera-t-il mieux accepté, tant le malheur semble être important, et la vie difficile. Les enfants là-bas semblent attendre dans la peur et la crainte, sous le bruit des bombes et le pas des bottes, un moment de magie et de bonheur, et avoir espérance d’un lendemain sans bruit et sans malheur, ensembles et entourés si par bonheur la maman et le papa sont encore là, à pouvoir rire et pleurer de la joie un instant effleuré, un jour de trêve avant que tout recommence.
Pour ceux-là, croire au Père Noël est enviable, c’est même un devoir d’espoir. Alors le 25 au petit matin, avant le déballage effréné et joyeux, pouvons-nous avoir une petite pensé pour ces enfants sans espoir, ni sourire, et peut-être faire s’arrêter l’attelage et son conducteur, pour lui faire reprendre sourire et ainsi en dispenser un peu heureux à tous ces prétendants au bonheur.
Comme cela croire au Père Noël reste un peu d’espoir et un peu de magie.

