Perrier invente l’eau fraîche comme d’autres, l’eau chaude
La vertu de l’eau Perrier , ce n’est ni de concentrer en elle les sels minéraux des montagnes millénaires, comme l’eau d’ Évian, ni d’éveiller un être comme Volvic quand un volcan s’éteint, ni de le faire « éliminer » comme « Contrex, mon contrat minceur », mais de le désaltérer. La belle affaire ! Qu’est-ce que l’eau peut donc faire d’autre ?
Seulement, comment par l’image et donc la vue, faire éprouver ce pouvoir qui agit sur le goût et surtout sur la sensation interne de fraîcheur qu’éprouve à son contact un organisme en surchauffe ?
L’hyperbole surréaliste
Perrier n’a pas lésiné, dans sa nouvelle campagne publicitaire, sur les grands moyens. Elle a réquisitionné l’hyperbole, ou l’exagération, pour, dans une métonymie, présenter les effets extrêmes jusqu’à l’invraisemblable, autorisé par l’humour, d’une cause : une chaleur d’enfer. Il fait si chaud que tout fond à vue d’œil. Les lois de la physique en sont bouleversées : les solides deviennent liquides. Les couleurs sont affadies, pâlies sous le blanchiment de la chaleur.
L’exagération ne recule même pas, par intericonicité, devant la science-fiction la plus échevelée explorée jadis par « le surréalisme incarné », comme se définissait lui-même Salvador Dali. : on reconnaît une parenté entre cette publicité de Perrier et une de ses toiles ou, sans fondre à proprement parler comme glace au soleil, des horloges étaient si amollies qu’elles épousaient les supports sur lesquels elles étaient affalées.
Un contraste pour la fraîcheur
Dans ce désastre, un contraste puissant montre qu’à cette canicule de four incandescent seule résiste une canette d’eau Perrier. Une métonymie inversée en exprime la fraîcheur : la transpiration du verre n’est pas une sueur expulsée d’un organisme surchauffé pour se refroidir, mais l’effet mécanique inverse de l’environnement surchauffé fondant sur sa fraîcheur pour se refroidir.
Un joli leurre d’appel sexuel
Le spectacle désolant où tout fond et se liquéfie en pâtes informes dans la fournaise, serait vite répugnant, si Perrier n’avait pris soin de l’éviter par un joli leurre d’appel sexuel. Prise en plan moyen, une belle fille en bikini accomplit pour survivre l’acte salvateur : décapsuler une canette Perrier.
Le réflexe inné d’attirance jusqu’à la fascination du voyeurisme est stimulé par le double jeu de l’exhibition et de la dissimulation des zones sexualisées de la fille : son maillot fond et découvre donc des plages de peau de plus en plus larges, mais - enfer et damnation ! - il reste collé sur l’essentiel qu’on voudrait tant voir. Heureusement, sa transpiration, par métonymie, oppose à celle de la bouteille la défense d’un organisme au-delà de la température tempérée de la vie. Mais quelle en est la cause ? Par ambiguïté volontaire et intericonicité , elle peut rappeler aussi les effets d’une activité sexuelle torride. Qui sait, d’ailleurs, si l’acte même de la fille n’est pas un symbole ambigu de cette activité sexuelle : bouteille et décapsulage par une femme sont des symboles de fellation tant de fois employés.
L’horreur du paysage qui se liquéfie est ainsi rendu non plus seulement supportable mais désirable, par la seule présence d’une fille qui décapsule une canette de Perrier. Ne pouvant s’approprier la fille, « objet de son désir », évidemment inaccessible, le lecteur est invité pour apaiser la tension d’une éventuelle frustration ressentie, à échanger « cet objet du désir » contre « le désir de l’objet » accessible qui lui est associé, la canette de Perrier, auréolée des feux du désir que la fille a pu susciter.
On doit reconnaître à Perrier la palme de l’acte créateur qui fait quelque chose de rien : comme d’autres inventent l’eau chaude, Perrier invente l’eau fraîche. Celle-ci, inodore, incolore et insipide, paraît ici dotée d’un pouvoir surnaturel. Mais n’est-ce pas le pouvoir tout naturel qui lui est dévolue depuis que la vie est apparue sur terre, celui justement de la rendre possible ? Paul Villach
Superbe affiche, mais il faut bien ça, pour boire cette eau imbuvable. L’eau Perrier, doit sa consommation à travers le monde à son excellente pub depuis des lustres.
Paul Villach Je crois que vous êtes pas loin du site Perrier, j’avais entendu dire, que la source n’était plus à Vergèze ?
Vos renseignements sont justes. Je suis bien sur la commune où coule la source Perrier. Nestlé, propriétaire, a eu l’idée un moment de la délocaliser (! !!) - eh oui, on vit un temps où on peut délocaliser même les sources ! - mais le site où surgit la source, par décision municipale, a été, associé au nom de « Perrier ». J’ignore qu’elle va être la suite. Paul Villach
Il semble que les études de lettres classiques mises en exergue dans votre bio ne constituent plus qu’un lointain souvenir potache lorsque l’on peut lire sous votre plume : J’ignore qu’elle va être la suite
Paul Villach Votre résidence était mentionné sur votre CV il y a quelques mois de cela, depuis il a été modifié. Je m’en souviens parce que depuis je vous associe à Perrier, c’est fou non ?
Bof, une femme pratiquement à poil pour une enième pub. Cela vous fait encore saliver ??? Allez sur la page, il y en a beaucoup plus, le choix est large, mais va falloir faire le tri. J’ai un peu regardé la photo et si Perrier avait mis un homme qui aurait été un peu plus grand que la blondasse j’aurais pu aussi me rincer l’oeil ; pourquoi les publicitaires n’avouent pas leurs préférences aux hommes, qu’ils se lâchent un peu et avouent leur penchant pour les beaux apollons plutôt que tous ces seins qui débordent du soutif, au moins il y aurait un juste équilibre ; Tous les hommes ne préfèrent pas les blondes moi non en tout cas je préfère les bruns
Dans ma jeunesse la réclame disait : Perrier le champagne du pauvre. Un jour j’ai rencontré dans un train un ingénieur hydrologue péruvien qui m’affirmait qu’il existait à Totosch, dans son pays, une eau aux mêmes caractéristiques. Si cela vient à l’oreille des suisses (Nestlé), ils pourront délocaliser !
pourquoi les publicitaires n’avouent pas leurs préférences aux hommes,
qu’ils se lâchent un peu et avouent leur penchant pour les beaux
apollons plutôt que tous ces seins qui débordent du soutif, au moins il
y aurait un juste équilibre ;
@ Paul Villach : pourquoi vous aimez faire des articles compliqués ?
Là où un simple regard sur l’affiche suffit à tout comprendre, vous en faites encore une fois des tartines. J’ai l’impression d’avoir un prof de français du lycée en face, à vouloir décortiquer et interpréter à rallonge le moindre détail insipide. Allez je vous donne un sujet, vous avez 20 ans pour rendre une copie : « Intuition et imagination valent-elles mieux que raison et connaissances ? »
De l’impérieuse nécessité de placer son p’tit train de mots :Intericonicité, métonymie, mise en abyme (absent pour cause de vacances sans doute) mais remplacé par la dernière trouvaille qu’on va probablement retrouver dans le prochain papier « Elle a réquisitionner l’hyperbole »
Mazette, réquisitionner l’hyperbole, quel programme !
Agoravox, pour se gargariser de mots, c’est une aubaine.
Concernant les bons mots, il y a eu « Bling-bling » que Dominque Domenach n’a prononcé qu’une seule fois avant qu’il ne soit largement adopté. Une seule fois, Paul.
Mah, sa faute d’accord, je n’en fais pas un plat. De la part d’un lettré, ça ne peut être qu’une faute d’inattention. Ca prouverait plutôt une décontraction qu’une fixation
Ce qui ne navre -pour lui, pour le spectacle qu’il offre, pour le boulet de plus que ça représente sur ce site- c’est son obstination à nous vendre son jeu de lentilles. Chacun de nous a ses lentilles favorites et ça se traduit généralement par le même fond de discours (Par exemple anarchistomaniaque ou libertairomaniaque ou écolomaniaque ou antiislamomaniaque...) ce qui rend les papiers des habitués peu surprenants. Mais le cas de Paul est singulier. Chez lui la manie porte sur un petit train de mots. Je dirais que sa fixation -très facile à vérifier en pointant ces mots dans ses papiers- illustre de manière criante, nos manies, à nous tous.
Puisse ce paradigme que constitue le cas de Paul, inciter les autres fiévreux à remuer 7 fois leur plume dans l’encrier avant de noircir du papier.