Plongée : décès d’un plongeur-spéléologue
Vendredi 18 septembre 2026, la commune de Calès dans le Lot (46) connait une activité inhabituelle. Une opération de sauvetage d’un plongeur-spéléologue britannique âgé de 43 ans est en cours. L’homme a débuté sa plongée à 15 h 30 dans la résurgence de Saint Sauveur, un site très prisé de très nombreux plongeurs européens, et pas réapparu à l’heure convenue. L’alerte a été donnée à 20 heures. Autonomie estimée de son appareil respiratoire 8 heures. La Préfecture du Lot a activé la disposition secours en milieu souterrain. La branche Spéléo Secours Français du Lot est sur site pour coordonner les secours souterrains et les nombreux plongeurs-spéléologues accourus des régions limitrophes.

La vasque d’eau d’environ 25 mètres de diamètre qui affleure en surface est « alimentée par les eaux d’infiltration du cause de Gramat et par une partie des eaux souterraines de l’Ouysse, une rivière souterraine se perdant à une vingtaine de kilomètres ». Le réseau noyé, un puits incliné à environ 40° descend sur 200 mètres jusqu’à -68 m et rejoint une galerie horizontale de 5 m de diamètre qui se poursuit jusqu’à -180 mètres. A 380 m du puits, une trémie verticale recèle des poches d’air dans une desquelles le plongeur pourrait avoir trouvé refuge. Le 12 décembre 2013, un plongeur solo avait été secouru après avoir trouvé refuge dans une poche d’air pendant 24 heures. Les reconnaissances de ces poches d’air s’étant révélées négatives, les opérations de secours sont suspendues en fin de journée sur décision de l’autorité préfectorale. Le corps de ce plongeur expérimenté retrouvé le lendemain à -88 mètres empêtré dans le fil d’Ariane n’a pas pu être remonté à cause de l’étroitesse de cette partie du gouffre de Saint-Sauveur. Emportait-il un coupe-fil ? La suite des investigations de se poursuivre dans le cadre d’une opération judiciaire sous la conduite du parquet qui a ouvert une enquête pour recherche des causes de la mort. La procureure de Cahors, Clara Ribeiro d’annoncer qu'« une nouvelle tentative aura lieu très rapidement ».
Les fonds baptismaux de la plongée souterraine en France furent la Fontaine-de-Vaucluse (débit de 63 millions de mètres cubes par an avec des variations de 4 000 à 153 000 l/s), un site cultuel fréquenté depuis l’antiquité. La première plongée s’y déroula en 1878, Nello Ottonelli, un scaphandrier marseillais était descendu à 23 mètres de profondeur. En 1936, Négri, un autre pied-lourd Marseillais atteignait -30 mètres. En 1946, Philipe Cousteau et Jacques Dumas sont les premiers plongeurs autonomes à s’immerger dans le gouffre sous l’égide du Groupe de Recherches Sous-marines de la Marine nationale et atteindre la profondeur de 46 mètres. En 1955 les plongeurs de l’Office Français de Recherches Sous-marines effectuent 80 plongées et atteignent -74 m. En 1967 : l'équipe JY Cousteau immerge le Télénaute, appareil autopropulsé de l’Institut Français du Pétrole qui parvient à -106 m. La Société Spéléologique de Fontaine-de-Vaucluse reprend les recherches en 1981. Touloumdjian, plongeur opérant avec la COMEX atteint -153 m. Le plongeur allemand Hasenmayer « pousse » jusqu’à -205 m. La Société Spéléologique de la Fontaine-de-Vaucluse et l'Association des Constructeurs de Robots Chasseurs immergent un engin filoguidé, le Sorgonaute 83 qui atteint -245 m. En 1985 qu’un engin d’exploration vauclusien atteint la côte -315 m. « Depuis 1998, 1 600 pièces de monnaies datées du Ier siècle avant Jésus-Christ au Ve siècle après Jésus-Christ ont été remontées de la Fontaine-de-Vaucluse. Certaines d’entre elles sont exposées au musée bibliothèque Pétrarque de la ville et valent jusqu’à 5000 € ».
Les phénomènes conduisant à la création de cavités souterraines sont de type karstique et se produisent dans des roches carbonatées. Le terme karstique vient des structures typiques du haut plateau du Karst situé en Dalmatie (Slovénie), vocable que les géographes ont étendu à toutes régions à grands plateaux nus présentant des dépressions fermées. Les eaux souterraines suivent les lignes de moindre résistance et les galeries s’amorcent à partir des joints de stratification, à la jonction de deux bancs, de diaclases ou de failles selon l’écoulement des eaux par : gravité, leur force (en charge), l’action chimique (l’eau froide dissout plus de gaz carbonique que l’eau chaude, 1,5 litre à 12°C, 0,8 l à 25°C) et/ou abrasive. La partie du conduit est contournée en fonction de la nature des roches. Certains parcours hydrologiques souterrains ont été établis par la coloration de leurs eaux (1 gramme de fluorescéine par m3 d’eau). Lors de l’incendie des usines Pernod à Pontarlier le 11 aout 1901, ce fut l’absinthe qui fit office de traceur ! Dans une galerie noyée, la circulation obéit à la loi de Bernoulli, l’action de l’eau courante chargée favorise l’accumulation de sédiments en certains endroits ou a un « effet de chasse » en d’autres suivant la vitesse de circulation (écoulement laminaire ou turbulent) et la granulométrie. La force tractrice du courant qui commence à entrainer un matériau varie avec la vitesse, la taille du matériau et le coefficient de rugosité. (Formule simplifiée liant la vitesse moyenne d’un courant « U » à la taille « d » d’un matériau (en mètre) : U² = 45 d).
La plongée souterraine est une branche de la spéléologie qui comprend : la biospéléologie, l’étude des êtres vivants en milieu cavernicole – l’hydrologique avec l’étude des eaux souterraines – l’archéologique - la spéléologie appliquée (captage de source, application militaires, abris, enfouissement de déchets) – la photographie – la cartographie (connaissez-vous MNemo ? Il enregistre la longueur de la ligne d’Ariane parcourue (distance), la profondeur, l'azimut et l'inclinaison, données directement intégrables dans le logiciel de cartographie Ariane) - l’exploitation commerciale (tourisme) - et la spéléologie exploratoire avec le franchissement de siphons difficiles, parcours de grande longueur, grande profondeur. Bertrand Léger parcourt 1 323 mètres dans la galerie totalement immergée la Bourme (Drome) en 1978. L’année suivante, Francis Le Guen réalise une plongée de 9 h 30 et parcourt 5 100 m dans la galerie noyée du « Trou Mademoiselle ». La plongée souterraine s’est développée avec la diffusion des recycleurs aux trimix (azote, hélium, oxygène), la disponibilité de mélanges suroxygénés et d’oxygène pure, l’amélioration des tables de décompression, le propulseur, les sources d’éclairage et d’hommes audacieux. La prochaine étape technique sera probablement le drone cavernicole embarquant une centrale inertielle.
La plongée souterraine reste une discipline exigeante : eau froide, obscurité, impossibilité de faire surface en cas d’incident, turbidité, risque de s’égarer, d’être prisonnier d’une étroiture, sentiment d’oppression sont autant d’éléments qui exigent une préparation mentale et une formation aux matériels mis en œuvre, circuit ouvert, mélanges suroxygénés, recycleur, entretien, vérifications et redondance du matériel. « En France, la Fédération française de spéléologie (28 rue Delandine - 69002 Lyon Tél : +33 4 72 56 09 63) est délégataire de l'activité spéléologie, la Fédération Française d'Études et de Sports Sous-Marins (FFESSM) est délégataire de l'activité plongée subaquatique. Aussi les deux fédérations s'associent pour gérer l'activité plongée souterraine au sein de la commission interfédérale de plongée souterraine ». Si la FFS ne conçoit pas la pratique de la plongée souterraine sous une quelconque forme compétitive, l’émulation en est le moteur et c’est très bien ainsi.
Le même spot de plongée a déjà connu des accidents dramatiques en 1981, 1986, 1999 et 2001. « Spéléo-Secours Français est une commission spécialisée de la FFS (Fédération Française de Spéléologie des secours en milieu souterrain dans les cavités naturelles ou artificielles, noyées ou à l’air libre. SSF créée en 1977 est administré par des bénévoles et a reçu l’agrément de la Sécurité Civile et du Ministère de l’Intérieur en 78. Le SSF œuvre à la prévention des accidents en milieu souterrain (grottes, gouffres, carrières, mines, etc.) – à la formation des sauveteurs spéléologues - l’organisation et la direction des sauvetages en milieu souterrain - la recherche et le développement technologique dans le domaine des secours souterrains ». Le dispositif d’alerte français comprend la Cellule Ressource Opérationnelle Nationale du SSF joignable au 0800 121 123, et l’application SSFAlert qui permet de joindre un conseiller technique départemental en spéléologie sur tout le territoire et à toute heure avec la géolocalisation. L’application (multilingues) est téléchargeable sur le site https://ssfalert.fr ». La présence du réseau téléphonique est requise, en zone blanche il faut placer un relai.
Le plan d’intervention doit assurer la sécurité des intervenants afin d’éviter un sur-accident, et au besoin reporter le sauvetage. Etudier les lieux et les conditions de l’intervention, comparer les plans entre-eux, certains comportent des erreurs…, recueillir le maximum d’informations, nombre de plongeurs manquant, depuis quand sont-ils absents, quel était leur programme, leur qualification, de quelle autonomie disposent-ils, ont-ils pu rejoindre un espace sûr, où ont-ils été aperçus pour la dernière fois, météo annoncée, etc. Il est prudent d’installer un nouveau fil d’Ariane plutôt que se fier à celui déjà en place, chaque équipe ayant sa méthode. La victime découverte, prendre des photographies comme s’il s’agissait d’une scène de crime, la victime doit généralement être déséquipée et le matériel protégé pour une expertise ultérieure, le corps placé dans un sac ou sur une civière et d’en ajuster la flottabilité, un plongeur sur le devant pour guider le brancard, un autre sur l’arrière pour le pousser, le corps doit être remonté en respectant les paliers afin de ne pas endommager les tissus, le passage noyé franchit, le corps est pris en charge par des spéléologues.
Un point rarement abordé, la quantité d'oxygène disponible dans une poche l'air quand celui-ci n'est pas renouvelé. Celle-ci peut être déterminée en partant de sa concentration dans un volume donné, soit en fonction d'un pourcentage minimum admissible. Nous disposons d'un volume de 1 000 litres d'air (1 m3) et nous fixons le pourcentage minimum d'O2 à 16 %. Le stock d'oxygène est = au volume initial x (% initial - % désiré) / 100, soit dans notre exemple 1 000 x (21 - 16) / 100 soit 50 litres d'oxygène ; veillez à l’ordre des opérations arithmétiques () x ÷. On pourra donc consommer 50 litres d'O2 avant de voir sa concentration tomber à 16 %. Si je n'effectue aucune activité, mon organisme peut se contenter de 0.5 litre d'oxygène/minute, d’où une autonomie de 100 minutes. Bien entendu, si je me mets à sauter à la corde, ce n'est plus 100 minutes, mais seulement d’une quinzaine de minutes dont je disposerai. En consommant les 50 litres d'oxygène, l'organisme a produit autant de CO2. Nous savons que pour une concentration de 7 %, la respiration devient haletante, la face congestionnée et couverte de sueur, et qu'un état voisin à l'ivresse s'installe. Il est donc plus important de déterminer la quantité d'oxygène disponible en fonction d'un certain seuil de CO2. Si nous fixons la concentration maximum du CO2 à 1 %, cela nous donne 10 litres d'oxygène (1 000 x (21 - 20) / 100), soit une durée d'une vingtaine de minutes pour une personne. Si la poche d’air est sous pression, prendre en compte les pressions partielles des gaz.
Le 23 juin 2018 douze adolescents âgés de 11 à 16 ans membre de l’équipe de football des « Sangliers sauvages » accompagnés de leur entraineur de 25 ans pénètrent dans la grotte de Tham Luang (Thaïlande). Surpris par la mousson, ils se retrouvent bloqués à 4 kilomètres de l’entrée, toutes les galeries sont inondées. Neuf jours passés dans l’obscurité sans rien à manger vont s’écouler avant qu’ils ne soient découverts par des plongeurs. Leur extraction pose un problème, impossible d’assécher la galerie ou de creuser un puits pour les évacuer, et aucun d’eux n’est familiarisé avec la plongée. Faut-il attendre la fin de la mousson dans quatre mois ? Les sauveteurs vont les sortir un par un, chacun équipé d’un masque et d’un détendeur et placé sur un brancard avec un bloc de plongée avant de leur faire une injection de Kétamine pour les endormir et d’Atropine pour réduire les sécrétions salivaires afin d’éviter les risques d'un étouffement. La sédation doit être renouvelée en cours de route par un des plongeurs-sauveteurs. Tout ce petit monde sera extrait sain et sauf mais deux plongeurs perdront la vie au cours de l’opération de sauvetage. Une correction, une précision ou une remarque ?
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