vendredi 30 octobre - par Lucchesi Jacques

Pour Cédric Chouviat

En janvier 2020, Cédric Chouviat décédait à la suite d’un contrôle de police. Le procès de ses trois meurtriers présumés devait débuter le 26 octobre. Mais il a été reporté à juin 2027. Faut-il dire qu’il pose des questions épineuses à l’État français ?

 Le 25 mai 2020, à Minneapolis, un afro-américain de 46 ans, Georges Floyd, était interpellé par une patrouille pour un faux billet remis à un épicier. D’abord menotté, mais refusant de monter dans la voiture de police (pour cause de claustrophobie), il fut plaqué au sol sur le ventre, tandis que l’un des policiers, Derek Chauvin, 44 ans, exerçait une pression du genou sur son cou. Et bien que Floyd, à plusieurs reprises, ait dit qu’il ne pouvait plus respirer (« I can’t breath »), Chauvin devait maintenir sa pression pendant neuf minutes, provoquant ainsi la mort du prévenu. Ce meurtre, on le sait, devait entraîner dès le lendemain des manifestations gigantesques à Minneapolis, avant de prendre une dimension planétaire avec le slogan « Black lives matter ». George Floyd, à titre posthume, avait gagné haut la main la bataille de l’opinion. Et Derek Chauvin, son assassin, fut condamné un an plus tard à une peine cumulée de 43 années de prison.

Quelques mois plus tôt, le 9 janvier 2020 à Paris, Cédric Chouviat, 42 ans, livreur en scooter et père de cinq enfants, était interpellé pour une infraction malheureusement très courante : téléphoner en conduisant. Sa protestation le fit, lui aussi, plaquer sur le ventre, tandis qu’un des quatre policiers l’étranglait selon la même technique du genou sur la nuque. Et bien que Chouviat ait, à neuf reprises, signalé qu’on l’étouffait, il devait décéder à l’hôpital deux jours plus tard, des suites de ce traitement de choc. En matière de brutalités, la police française n’a rien à envier à celle des Etats-Unis, même si elle est moins spectaculaire.

Cette « bavure » policière eût des échos dans l’actualité du moment. Mais rien de comparable à ce que devait produire "l'ouragan Floyd". Une marche blanche rassemblant cinq cent personnes fut organisée, le dimanche suivant, à Levallois-Perret – commune où résidait Cédric Chouviat. Néanmoins le soufflet retomba vite et les trois policiers, bien qu’accusés d’homicide involontaire, restèrent tranquillement à leurs postes. Questionné sur cette affaire, Gérald Darmanin, alors ministre de l’Intérieur aurait répondu : « Quand j’entends parler de violences policières, je m’étouffe personnellement. ». Seul point positif : cette technique d'immobilisation des suspects a été depuis interdite.

Mais en 2022, quand une vidéo de cette tragique arrestation ressortît opportunément, il fallût bien admettre qu’on avait eu à faire à des violences policières. D’où une requalification par la justice de « violences volontaires ayant entraîné la mort » et l’assignation des trois policiers à comparaître devant un tribunal correctionnel.

Leur procès devait débuter le 26 octobre et se dérouler sur un jour et demi. Mais, dans le contexte actuel, la 10eme Chambre d’accusation de Paris a estimé que cette durée était insuffisante pour faire toute la lumière sur cette sinistre affaire. Le procès est donc renvoyé à fin juin 2027. Les trois policiers mis en cause seront cette fois jugés aux assises pendant trois jours pleins, à la grande satisfaction de la famille Chouviat et de son avocat, maître Arié Alimi.

La justice française sera-t-elle à la hauteur des enjeux de ce crime ? Nous le souhaitons vivement. En espérant que, d’ici là, un nouveau gouvernement ne vienne pas interférer et donner son blanc-seing à la police pour éliminer en toute impunité les citoyens récalcitrants.

Jacques Lucchesi

 



6 réactions


  • sylvain sylvain 30 octobre 11:36

    « faire toute la lumiere sur cette sinistre affaire » pourtant je vois vraiment pas ce qu’elle a de complique cette affaire. 4 bourrins revetus de l’uniforme de la souvrainete ont assassines un homme de la maniere la plus brutale, stupide et absurde qu’on puisse trouver


  • Gégène Gégène 30 octobre 13:37

    « Mais en 2022, quand une vidéo de cette tragique arrestation ressortît opportunément »

    Et un lien vers cette fameuse vidéo, c’est trop compliqué pour le monsieur qui poste l’article ? (pardon, le « sociologue »).

    Ah mais bien sûr, quand un bourrin puissance 10 cherche la merde avec les flics, il trouve la merde ! Inacceptable !!!

    « livreur en scooter et père de cinq enfants » donc quand on livre des trucs et qu’on a engrossé une pétasse cinq fois, on a des droits spéciaux ???


  • ahtupic ahtupic 30 octobre 14:22

    Juin 2027.

    Prudence, on attend les éventuelles présidentielles.

    Qui est le procureur carpette nommé par Manu ?


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