Pour des Oscars de la guerre !
Ici ou là, on a entendu dénier à un pays malfaisant comme l’Iran toute légitimité à bénéficier du fameux « droit international », lequel ne serait donc réservé qu’aux pays sinon vertueux, du moins pas trop diaboliques, selon des critères inconnus et par un jury occidental.
On voit donc refleurir sous la plume de politiciens et d’éditorialistes le concept de guerre juste, lequel remonte à Saint-Augustin et son bellum iustum, voire, plus loin encore, à Cicéron ou au Mahabharata. Cette guerre juste, avatar laïque de la guerre sainte, semble un concept aussi vieux que l’humanité ; pourquoi ne pas admettre que la guerre est aussi indissociable de la civilisation que le côté pile d’une pièce l’est de sa face ?
Alors pourquoi ne pas organiser un palmarès ? Et plutôt qu’un prix Nobel, un peu limité, souvent partial, des Césars ou des Oscars permettraient de rendre justice, catégorie par catégorie, à tous les artisans de cette grande œuvre humaine : la guerre !
Cette année, la palme d’or serait sans conteste attribuée à la guerre d’Iran pour la qualité du spectacle, le nombre d’acteurs de premier plan, les moyens employés – qui ne lésinent pas sur les figurants et les somptueux décors des monarchies du Golfe, ou les chefs-d’œuvre historiques de la civilisation perse – un peu abîmés par les bombardements. Toutes ces qualités en font un véritable « blockbuster », qui tient en haleine toute la planète devant sa télévision, d’autant que le manque de pétrole limite les déplacements des gens au strict nécessaire.
Le prix d’interprétation masculine revient sans surprise à D.Trump pour son jeu puissant - les dialogues assez confus étant compensés par une forte présence qui crève l’écran.
Nous aurions les traditionnels remerciements : « Je continue de penser que je mérite le Nobel de la paix, d’ailleurs une bonne guerre assure elle aussi la paix pour des décennies ! Je remercie le lobby militaro-industriel sans qui rien n’aurait été possible, tous les "boys" qui... » etc. etc.
Le premier prix féminin comptait peu de nominées, il faut bien reconnaître que la guerre n’est pas encore très inclusive – contrairement aux victimes où la parité est globalement respectée. Il a été attribué à Kaja Kallas pour son rôle de dame de fer de l’UE, pour avoir, à l’instar d’un Chaplin ou de Pierre Richard, créé un personnage immortel et sa réplique culte : c’est les Russes !
(Tulsi Gabbard, directrice du renseignement national États-Unien, dont le nom a été proposé, était une erreur de casting, ayant refusé de confirmer que l’Iran était une menace imminente pour les USA).
Prix spécial du jury pour l’ensemble de son œuvre : Benyamin Netanyahou !
« Je remercie avant tout Dieu, qui nous a attribué cette terre sacrée, d’une mer à l’autre, mais aussi tous ceux sans qui rien n’aurait été possible » etc. etc.
Prix des effets spéciaux : Israël, pour les téléphones piégés, à l’unanimité du jury !
Prix du meilleur scénario : Iran. Le pitch : le détroit d'Ormuz est ouvert, mais pas pour toi !
Prix de la jeunesse : ex æquo Israël et les USA ! Israël pour les environ trente mille enfants morts sous les bombes à Gaza (estimation car la fouille des décombres est difficile sous les bombardements, et même après), et aux USA pour la centaine d’écolières iraniennes tuées en une seule frappe, petites civiles devenues figurantes malgré elles de ce grand spectacle en "live" – disons plutôt en "death". Le représentant du Pentagone, venu recevoir sa statuette au nom des USA, s’en est gentiment excusé :
« Les dommages collatéraux sont un terrible prix que l’ennemi nous oblige à porter ; nous prions pour toutes les victimes et travaillons en permanence à augmenter la précision de nos armes. » Il a invoqué Madeleine Allbright et ses propos sur les cinq-cent mille enfants victimes des sanctions en Irak, « cela en valait la peine ». Il a rappelé fort justement que ce chiffre estimé par l’UNICEF a été contesté depuis, comme toutes les informations d’un conflit... Et a conclu avec dignité par la sagesse populaire : « On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, on ne fait pas de guerre sans tuer des enfants... »
Grand prix de l’intention génocidaire : Israël, pour la guerre de Gaza.
« Quand Dieu donne une terre à un peuple, ce n’est pas pour la partager avec un autre ; une terre, c’est pas une copropriété ! À la rigueur, une location... »
Catégorie Art et essai, le prix est attribué au Pakistan et à l’Afghanistan, pour l’intensité des combats malgré la pauvreté des budgets qui ne leur ont permis qu’une guerre éclair.
Prix spécial des pays émergents à l’Inde et au Pakistan pour la constance dont ils font preuve dans l’art de la guerre, sept ou huit conflits depuis la partition de l’Inde.
Catégorie « vintage », rétro, le Grand prix du colonialisme a été attribué à... Israël, pour la Cisjordanie et le sud Liban. Nominé : la Russie.
Le Grand prix de l’innovation a été l’objet d’intenses débats dans le jury : ex-æquo l’Ukraine et la Russie pour leur usage des drones, et Israël pour les frappes ciblées assistées par l’IA. (Les mauvaises langues disent qu’ils ciblaient parfois des journalistes, mais l’essentiel est qu’il y a eu progrès dans l’art de la guerre.)
Grand prix du terrorisme (qui est une forme de guerre) : le Hamas pour l’attaque spectaculaire du sept octobre. « Nous soutenons notre cause dans la mesure de nos modestes moyens, sans pouvoir prétendre à l’ampleur de l’attentat du 11/09/2011 aux USA, source d’inspiration pour tous les militants. »
Nominé : Israël pour les meurtres d’ingénieurs nucléaires iraniens - mais ce prix ne peut être attribué en l’absence de revendication officielle, quelle que soit la qualité dudit attentat. Dommage de perdre ainsi une belle récompense, par pudeur ou timidité.
Grand prix du ratio de civils tués : Israël. Sans atteindre les scores des bombardements de Dresde et de Tokyo en 45, où l’on a frôlé les 95 % de civils tués, le pourcentage à Gaza doit s’en rapprocher - le jury regrette l’imprécision des chiffres qui nuit à l’objectivité du palmarès.
Prix de la maîtrise de l’information en temps de guerre : ex-æquo USA et Israël. On en saura plus quand le film « On a sauvé le pilote Ryan » sortira en salle.
Et on clôturerait ce palmarès par la remise du prix de la comédie de guerre, malheureusement non attribué cette année, tant la catégorie est pauvre. Un scénario serait finalisé sur deux Ukrainiens en pédalo s’apprêtant à faire sauter Nord Stream II, ou sur la grande vadrouille en side-car d'un Iranien et d'un Américain, mais rien n’est encore sûr.
Néanmoins, quelques blagues récentes sont nominées :
Tsahal est l’armée la plus morale du monde, la preuve : quand ses soldats pillent des logements libanais, ils partagent leur butin !
La Russie a proposé un accord aux États-Unis : ils arrêteront de donner des renseignements satellites à l’Iran, si les USA arrêtent d’en fournir à l’Ukraine.
(Les deux démentent toute discussion à ce sujet.)
Zélenski a proposé au Qatar d’échanger leurs Mirages 2000 contre des drones.
Chuck Norris n’est pas mort : il est parti à la nage libérer le détroit d’Ormuz.
Communiqué de l’Agence internationale de l’énergie atomique :
« L’AIEA exprime "sa profonde inquiétude" après les bombardements sur la centrale iranienne de Bouchehr, mais se trouve dans l’impossibilité de déterminer qui a tiré dessus. »
Le 3 avril 2026, le New York Times a qualifié l’OTAN d’Organisation du traité de l’Amérique du Nord !
Scandale au Vatican : le pape américain a lui aussi appelé à l’usage de la force !
Il invoque « la force de la paix » et « la force par laquelle le Christ est ressuscité (...) » « Telle est la véritable force qui apporte la paix à l’humanité (...) ». Inquiétant, non ?

