mardi 3 mars 2009 - par nemo3637

Pourquoi la grève continue t-elle en Martinique ?

J’écris le soir de ce lundi 2 mars, journée de manifestation de grande ampleur à Fort de France. La partie patronale parie sur l’usure du mouvement et tergiverse. Au risque de se perdre ?

Martinique, lundi 2 mars, 26e jour de grève générale. 

Le point sur l’état des négociations à la Maison des Syndicats

On est surpris de se retrouver si nombreux. Beaucoup d’entre nous pensait que le mouvement s’essoufflait et que nos rangs s’éclairciraient. Il n’en est rien ! Bientot le boulevard du Général De Gaulle est trop petit pour nous contenir. Les slogans se radicalisent encore (« levé li tambou pou la libération levé li tambou pou la révolution, levé ! levé »…) et on entend le son morne des lambis, à la fois avertissement et appel au combat. J’ai la chance d’être arrivé assez tôt pour être à l’entrée de la Maison des Syndicats où va être donné le compte rendu de la journée de négociation de la veille. Elle s’est terminée comme d’habitude vers 3 heures du matin.

D’emblée les médias, venus de métropole pour la plupart, vont être stigmatisés pour leurs manipulations et leur silence calculé - on y reviendra - mais il leur est permis de filmer et d‘interviewer. Ils ne s‘y risquent guère, rebutés par le créole. Michel MONROSE appelle à ne pas les agresser physiquement « comme c’est arrivé précédemment ». Tiens, tiens, quelque un n’a pas été aussi raisonnable que moi.

Je ne serais pas exhaustif ici, me contentant, d’exposer les éléments principaux que j’ai retenus.
 

Les minimas sociaux

Le porte parole de la commission explique que les revendications qui portaient sur certaines augmentations ont été reprises par les élus car des textes de lois sont nécessaires. Il rappelle que beaucoup de personnes âgées, n’ayant pu travailler que de façon saisonnière ( dans la banane par exemple) se retrouvent avec des retraites situées entre 190 et 300 euros. Il est donc demandé un alignement sur le minimum vieillesse de métropole (environ 600 euros).

Quant à l’allocation d’autonomie pour les jeunes, l’orateur rappelle qu’il ne s’agit pas, comme l’ont répété certains médias, d’un soupoudrage de RMI. Elle ne sera octroyée au jeune de 18 à 25 ans que s’il s’inscrit dans une dynamique de formation et de recherche d’emploi.

Cette question des minimas sociaux ne sera abordée que dans quelques jours, après la signature de l’accord sur l’augmentation des salaires.

 

Action culturelle et éducation

Il est demandé à l’Education Nationale de prévoir une programmation de créole à l’école primaire, comme cela se passe en métropole pour certaines langues régionales, comme le Breton, le Catalan, le Basque ou l’Alsacien (à noter que l‘enseignement et l‘usage du créole est, de fait, proscrit à l‘école). Un Office de la Culture Créole doit être créé.
 

Sur les services bancaires et les assurances

On demande un moratoire et même un effacement des dettes pour les petites entreprises. La suppression des agiots dus aux dysfonctionnements occasionnés par la grève.
 

L’augmentation salariale de 200 euros

Après avoir successivement revu ses exigences le Collectif et la partie patronale semblaient proches de l’accord. Au dernier moment celle-ci a sorti de ses dossiers une dernière carte : l’augmentation des salaires ne concernerait pas huit secteurs professionnels (gardiennage,…) soit 17 000 salariés exclus de l’accord.

Finalement le Collectif effectue un revirement : il accepterait de signer un accord même insatisfaisant, s’il obtient sur ce point l’aval des manifestants réunis ce jour. Les réactions sont mitigées.

Cependant Michel MONROSE précise qu’une nouvelle rencontre aurait lieu en septembre avec les représentants patronaux et que la revendication d’une augmentation des bas salaires de 250 euros n’est pas abandonnée. Il manque donc 50 euros.

Comment déterminer « une petite entreprise » ?

Les négociations n’étant pas terminées - après la question salariale on doit aborder celle des minimas sociaux - la grève continue.

 

Un des acquis : l’allocation logement

Elle sera alignée (enfin !) à celle de la métropole.
 

Barrages et piquets de grève.

Dans chaque commune les syndicats, au nom du collectif, organisent des barrages et des piquets de grève. Les barrages empêchent l’accès aux zones commerçantes. Les piquets de grève les tiennent, constitués généralement d’ habitants de la commune car de toutes façons on n’a pas de carburant pour circuler. C’est dur car comme beaucoup d’autres j’ai absolument besoin d’aliments pour mes animaux (chat, chien et poules).
 

Carburants et services : la reprise ?

Les ouvriers pétroliers devraient, de fait, cesser la grève mardi et livrer le carburant normalement demain . Le rectorat a appelé les enseignants à rejoindre leurs établissements. Mais ceux-ci, après plus de trois semaines d’inactivité, doivent être nettoyés, aptes à recevoir les élèves. Or le personnel d’entretien est toujours en grève. Non seulement il ne retourne pas travailler mais il bloque lesdits établissements par des piquets de grève et des chaînes à cadenas. Le directeur d’une école, mon voisin, est retourné dans son école et l’a semble t-il, rouverte, sans même l’accord du rectorat. Je ne sais pas ce qu’il est devenu.

 La manifestation de Fort de France du lundi 2 mars

Nous sommes très nombreux. Les slogans et les chants rodés, bien rythmés. Tambours et lambis. Chants anciens des esclaves ou des opprimés de toujours en révolte. Gravité et émotion. Les poings se tendent.

On sent que cette fin de grève ne sera pas facile. Si l’insatisfaction est trop grande les gestes de révolte ne permettront pas de toutes façons la reprise normale de l’activité tel que l’espère les patrons.



5 réactions


  • sissy972 3 mars 2009 17:26

    Bonjour
    Je viens d’apprendre que le Monde animal au lamentin est ouvert.
    Donc toutou minou et les piou-piou pourront manger, normal pas de grève pour eux


  • Olivier Perriet Olivier Perriet 7 mars 2009 11:52

    Une belle évolution à la Corse :
    "Donnez nous :
    plus de subventions, d’exonérations fiscales, d’emplois réservés dans la fonction publique, et surtout fermez vos g..."


  • Kalki Kalki 7 mars 2009 18:40

    http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/03/06/greve-generale-incidents-en-martinique_1164772_3224.html
    Des incidents ont éclaté, vendredi 6 mars, à Fort-de-France autour du siège du collectif menant la grève générale en Martinique, les gendarmes tirant des grenades lacrymogènes. Le maire apparenté socialiste de la ville, Serge Letchimy, présent sur le terrain depuis le milieu d’après-midi pour tenter de calmer la situation, a été pris d’un malaise et pris en charge par les pompiers.


    • nemo3637 nemo3637 7 mars 2009 20:46

      Martinik, vendredi 6 mars, 30e jour de grève générale.

       

      L’affrontement.

      Dans la nuit de jeudi à vendredi plusieurs entrepots ont été brûlés. Dans la journée de ce vendredi, on a appris la venue d’un étrange cortège venant de la côte atlantique, composé de tracteurs, de camions et d’autres véhicules. C’était les planteurs de bananes qui protestaient contre le blocage du port par les grévistes, amenant la perte de leur récolte. S’y était joints d’autres petits et grand patrons qui entendaient, en fait, proclamer leur hostilité à la grève et leur volonté de faire respecter « la liberté du travail ». Très vite on s’est aperçu que ce défilé « molocoye » était conduit par des békés, dont De Raynal - président du syndicat des planteurs de bananes - et des membres de sa famille. La rumeur se répand alors comme une traînée de poudre et les tee-shits rouges surgissent de toute part pour arrêter le cortège qui prétend défiler dans Fort de France devant la Maison des Syndicats. Grossière provocation ! Bientôt le « caillassage » des tracteurs commence sur la rocade. Les gardes mobiles, qui déjà, à hauteur de Dillon, ont tiré des gaz lacrymogènes, visant, à tir tendu les fenêtres des logements HLM, tentent encore une fois de repousser les assaillants qui s’en prennent aux véhicules des patrons. Un tracteur, venant par la route des Religieuses, arrive cependant à l’angle de l’avenue du Général De Gaulle. Il doit stopper et manque de peu la crémation et se retrouve, pneus crevés,dans un triste état. Les jets de pierre et de bouteille atteignent les forces de l’ordre non loin de la Préfecture. Elles ripostent par un tir intense de gaz lacrymogènes. L’atmosphère devient irrespirable et l’odeur des gaz, le bruit des tirs, atteignent la salle des négociations où se tiennent les membres de la partie patronale et ceux du Collectif. Ceux-ci devant les tensions, les tirs des forces de l’ordre, décident de se retirer. Serge Letchimy, le député-maire de Fort de France, a quitté précipitamment la salle et se rend à pied jusqu’à la rocade où ont lieu des affrontements. Tentant de s’interposer il est lui-même repoussé par les forces de l’ordre sans ménagement.

      Finalement les békés et leurs partisans font demi-tour, pare-brise éclatés, prenant à témoin le public, à travers leur média-croupion ATV, de cette « atteinte intolérable du Collectif à la démocratie » .

      Comme par hasard ces troubles ont lieu au moment où une issue semblait être trouvée dans les négociations. Et De Raynal qui siège avec la partie patronale depuis le 5 février, torpillant au dernier moment tout accord, se retrouve à présent à la tête des agriculteurs en vendredi 6 mars.

      La foule reste massée boulevard du Général De Gaulle regrettant presque le retrait des patrons. C’est un coup de fouet qui remobilise de plus belle. Pour le lendemain samedi l’UMP appelé à une manifestation (« en bleu ») contre la grève. Déjà nombre de manifestants se déchaînent et leur prédisent un accueil de circonstances. Chantal MAIGNAN, la responsable de l’UMP, instigatrice de cette manifestation est accusée de fomenter un affrontement physique.

       

      Limites du mouvement.

      Au point où l’on en est, dans cette situation de pénurie, on aurait souhaité que les syndicats s’emparent au moins de la nourriture des supermarchés ou des entrepôts du port, avant que pour certains produits elle ne soit périmée. Ils n’ont pas osé le faire.

      De même certains salariés de la société Batir, tenu par le béké Despointes, ont demandé l’arrêt de la grève devant le dépôt de bilan et le lock-out du patron. Aucun n’a suggéré une expropriation et une reprise en main des stocks par les salariés eux-mêmes . On ne sent guère cette volonté de réquisition mais plutôt une attitude de quémandeur face aux riches, sans qu’on ose demander que TOUT soit restitué et géré par les travailleurs eux-mêmes.


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