lundi 6 juillet 2009 - par Caleb Irri

Pourquoi sont-ils si pressés ?

24 jours pour faire voter 18 textes de loi et 14 de traités internationaux : voilà les devoirs de vacances de l’assemblée. Pour faire court, toutes les lois qui ont du mal à passer vont être glissées judicieusement durant la période des vacances, pour les raisons médiatiques qu’on imagine.

Sans vouloir remettre en question ni les capacités ni les facultés de nos élus, j’admets tout de même qu’un doute m’envahit à l’annonce de cette immense charge de travail, et je m’inquiète : bien sûr, cela doit justifier leurs émoluments financiers, alors que les chômeurs ou les RMIstes- pardon Rsistes-, eux, doivent être en train de se la couler douce à Saint-Tropez, et que les travailleurs, eux, doivent se trouver heureux d’avoir un emploi.
Mais peuvent-ils être en mesure de faire correctement leur travail ? plus d’un texte de loi par jour, cela fait quand même beaucoup ; ne serait-ce que de le lire doit pouvoir prendre la journée… alors le comprendre, et en comprendre les conséquences pour voter en toute conscience, voilà qui semble difficile.

Bien sûr, certains mauvais esprits iront toujours suspecter le vote automatique, mais c’est faire peu de cas de la probité de nos élus…Ils sont tout de même responsables d’une bonne partie de notre quotidien, et surtout de notre futur !

Enfin, tout cela est bien beau, et il ne fait aucun doute que si tous les textes ne passent pas ce mois-ci, la plus grande majorité le seront, sans que l’opposition n’y change rien. Mais derrière toute cette mascarade, il s’agirait d’être tout de même un peu sérieux, car les lois qui sont « presque » votées sont pour certaines hautement liberticides, et ne seront pas sans effet sur notre société. Si on peut sourire à l’évocation des capacités personnelles de certains députés, on ne peut évidemment pas douter de la volonté claire et construite du gouvernement dans sa partie supérieure. Que ce gouvernement veuille anéantir toute possibilité de contestation ou privilégier un peu plus la rentabilité au détriment des plus faibles est désormais bien intégré, mais c’est le caractère extrêmement intense et rapide de l’exécution de sa volonté qui est troublant…

En effet, on serait en droit de se demander ce qui nécessite autant de pression pour faire adopter ces lois et certains textes. Surtout qu’en temps de crise il est essentiel de ne pas confondre vitesse et précipitation. Je sais bien que le président n’est pas un menteur et qu’il a dit qu’il n’y avait plus d’affaires d’Etat en France, mais l’extension récente du secret-défense paraît le contredire. Mais sans secret, pourquoi cette discrétion, surtout cette rapidité ?

Certains voient depuis déjà longtemps la guerre pour demain, d’autres le chaos climatique se rapprocher, et d’autres encore la pandémie destructrice pour l’automne, et d’autres enfin nous prédisent carrément la faillite totale de l’économie mondiale. Face à ces réjouissantes perspectives on pourrait logiquement être tentés de remettre en cause le bien-fondé d’une telle rapidité législatrice, mais c’est sans compter l’incommensurable détermination de notre gouvernement.

Se peut-il que le gouvernement ne soit pas suffisamment sûr de ses troupes pour conduire les réformes durant le reste de son mandat (et ce malgré sa majorité confortable à l’assemblée), ou qu’il craigne encore la capacité de l’opposition et des syndicats à rassembler les mécontentements ?

Pour ma part je ne peux me résoudre à cette seule explication. Bien entendu les hypothèses catastrophiques citées plus haut sont pour certaines hautement probables, mais ne justifient ni la précipitation, ni le contenu de ces lois. Par contre si on considère d’un peu plus près l’intitulé des textes destinés au vote ce mois-ci, en relation avec un article du « blog-finance », on s’aperçoit que l’état des finances de notre pays est au plus mal. Si on ajoute à cela un article de « boursorama », il se peut que la situation s’aggrave rapidement, ou même soit déjà désespérée.

Ainsi on peut commencer à envisager à quel point la situation est désastreuse, et aussi comment les hypothèses catastrophiques énumérées plus haut sont susceptibles de se produire toutes, les unes après les autres et dans un ordre différent, ou même sont déjà en cours.

seul le caractère d’urgence peut expliquer la précipitation avec laquelle sont faites les mesures, et même ouvrir des perspectives pour le futur : avec la mise en place conjointe d’un gouvernement autoritaire et de lois socialement inégalitaires, le gouvernement sera bientôt en mesure de nous asservir sans craindre d’être contesté. et ce malgré la misère dans laquelle il nous a plongé.



6 réactions


  • georges94 6 juillet 2009 17:16

    Bonjour,

    Je suis assez d’accord avec vous. Juste un bémol, vous oubliez le travail des commissions spécialisées où les textes sont éxaminés à la loupe pour ne pas être censurés par le Conseil Constitutionnel par exemple.
    Ce travail des commissions permet aux parlementaires de se contenter de lire le texte sans avoir besoin d’être compétent en la matière
    Ce que je vous accorde c’est que là, ça fait beaucoup.
    Bonne journée.


    • caleb irri 7 juillet 2009 13:21

      @Georges94

      bonjour,

      ce que vous dites est juste, encore qu’on l’ a vu récemment avec Hadopi, les commissions sont capables de quelques lacunes. de plus, le travail des commissions vise uniquement à s’assurer de la constitutionnalité d’une loi, et non de ses conséquences sur la vie sociale.

      on peut aussi imaginer que ce travail préalable des commissions incite plus à ne pas lire la loi, et à voter « automatique ».


  • ouallonsnous 6 juillet 2009 22:30

    Qui croit encore à la probité des parlementaires, députés ou sénateurs, quelque soit leur appartenance ?

    La dictature elle est là, @caleb irri, déguisée sous l’apparence d’un parlement démocratiquement, ou à peu prés, élu.


  • Walden Walden 7 juillet 2009 13:07

    « ... car les lois qui sont « presque » votées sont pour certaines hautement liberticides, et ne seront pas sans effet sur notre société. »

    L’article apparaît incomplet dans la mesure où l’auteur ne précise pas sa pensée : quelles sont, en l’occurrence, les lois visées ?

    Programme de la session extraordinaire de l’Assemblée Nationale pour le mois de juillet :
    http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do ;jsessionid=?cidTexte=JORFTEXT000020787845


    • caleb irri 7 juillet 2009 13:43

      @ Walden

      -le texte sur la mobilité qui, à terme, entérinera l’obligation de mobilité sans dédommagement,
      -celui sur l’orientation et la formation qui obligera peu à peu à généraliser « l’offre raisonnable » et à imposer des formations sans doute aussi « raisonnables », sachant qu’il peut devenir raisonnable que le manque de moyens financiers empêche l’accession à certains emplois ou certaines formations.
      -la loi Hadopi dont il n’est pas besoin de reparler
      -celle concernant la programmation militaire avec l’extension du secret-défense

      je voudrais dire également qu’évoquer le contenu de ce grand nombre de textes était impossible sans les connaître un minimum, et vous me pardonnerez sans doute de n’être pas aussi fort que nos élus.Et bien sûr n’étant ni député ni rapporteur de toutes les lois, j’imagine facilement, aux vues des contenus des réformes précédentes, que le reste des textes vise davantage à une restriction de libertés qu’à une augmentation de celles-ci. mon texte est donc effectivement très incomplet, mais je mets quiconque au défi de rendre une liste étayée et exhaustive !


    • Walden Walden 7 juillet 2009 16:40

      Merci. Ce n’était pas une critique négative, juste une invitation à préciser, ce qui est toujours utile lorsqu’il s’agit d’informer smiley

      En effet, puisque vous l’évoquez, l’extension du secret-défense ne va pas dans le sens de la transparence de l’Etat ni de son action. L’usage du secret par les institutions se fait toujours au détriment du citoyen. Elle apparaît d’autant moins légitime quand il s’agit d’institutions publiques, aboutissant à confisquer toujours davantage la souveraineté populaire.

      A l’inverse, l’exigence toujours plus pressante de transparence vis-à-vis du domaine privé apparaît tout aussi inquiétante au regard des libertés publiques. C’est bien ce qu’on peut principalement reprocher à la loi Hadopi, qui prévoit un système de surveillance des communications électroniques à titre privé transmises via internet.


Réagir