Le FBI vient en fait de refaire plutôt ce qu’avait fait cette propagandiste de Rita Katz, plutôt, en bardant de micros et de mini-caméras un repris de justice libéré en 2006, en l’expédiant au milieu d’une mosquée américaine soupçonnée de radicalisme, et en lui injoignant de prêcher la haine et de recruter des terroristes potentiels. La complète, un sommet, question manipulation, pourrait-on dire ! Hélas pour le FBI, après des semaines sinon des mois, de discours haineux, le bon gros hameçon n’a rien pêché et les habitués du lieu sont allés tout simplement dénoncer à la police le faux islamiste trop virulent à leur goût : c’est la preuve par l’exemple des manœuvres tortueuses des services secrets US pour se trouver à tout prix un extrême à combattre, et la preuve que les Etats-Unis, dans leur pseudo-guerre à la terreur, sont à bout du rouleau de leur pitoyable argumentaire. Dans ce sens, ce qui vient de se passer dans le sud de la Californie est très représentatif d’un système tout simplement en bout de course. Même en tentant d’en créer eux-mêmes, ils n’arrivent plus à s’en trouver, des djihadistes !
Bien entendu, on attendra encore la sagacité de notre journalisme national pour nous parler des aventures de Craig Monteilh, puisque c’est son nom. Ici, son histoire ne fera pas une page de magazine, je parie, seul le talenteux
The Independent, en Europe, en a parlé à ce jour : elle est pourtant exemplaire, et elle crie à la face du monde à quel point le système US est arrivé au bout de sa rhétorique oiseuse : après avoir fait entrevoir à un jeune illuminé qu’il pourrait avoir la bombe qu’il souhaitait, et que pour cela il lui
suffisait de passer commande, le FBI s’est mis en tête de prendre sur le fait des apprentis kamikazes, qui auraient été convaincus de se faire sauter quelque part le caisson, plutôt aux Etats-Unis d’ailleurs, pour davantage marquer les esprits locaux, sans doute, après avoir pris à la lettre les appels au meurtre d’un terroriste en chef fabriqué de toutes pièces pour la circonstance. Le procédé est grossier, mais depuis qu’on lit sur l’affiche des dix plus dangereux terroristes recherchés par le FBI
ce pourquoi on les recherche, je ne me fais plus aucune illusion sur les facultés de discernement de cet organisme. Dirigé depuis longtemps maintenant 9 années par un neocon bas du plafond nommé Robert S. Mueller III, présent à la tête de l’organisme depuis en effet septembre 2001. Il a pris son poste une semaine avant le 11 septembre, ne l’oublions pas ! L"
historique" de cet organisme présenté aujourd’hui en ligne
comme un mauvais film d’Al Capone résume à quel point grotesque cette agence de décérébration est arrivée. Si Eliott Ness était un héros vertueux, chez eux, il n’a aujourd’hui aucune descendance visible, bien au contraire. Tout y est fabriqué désormais. Sur le même site, un slogan fait aujourd’hui sourire :
"be part of the solution", annonce fièrement le FBI. De là à créer
in situ la solution...
Voilà donc la théorie établie par ses esprits fumeux dignes des épisodes des
"X-Files" : le FBI se choisit un condamné dans une prison, ou parmi le trombinoscope des récents libérés, ayant plutôt vaguement une tête d’arabe, ça vaudrait mieux pour la crédibilité, lui accolent un nouveau nom (ce sera pour lui "Farouk al-Aziz") et lui tricotent une fausse biographie "maison" pour le faire accepter plus vite par les visiteurs de la mosquée où ils vont l’expédier pendant 15 mois d’affilée. Pour aller y espionner ses nouveaux "collègues", en le bardant de capteurs discrets. Chaque jour, il rapportera des cassettes qui seront aussitôt décryptées par le FBI. Enfin aussitôt, à condition de trouver chez eux un homme parlant l’arabe, au cas où les voix contenues utiliseraient le vocable, ce qui n’est pas le fort du FBI, paraît-il, pas davantage en tout cas que la CIA. Voilà l’homme prétendu être désormais d’origine franco-syrienne (?), et qui serait à rechercher, par un intense repli sur la religion, ses racines, paraît-il, donc. Du moins, c’est comme ça qu’il va se présenter à la porte de la mosquée. Quel scénario, dites-moi ! Même dans les épisodes de "
NCIS" c’est plus tordu ! Au FBI, ils doivent avoir comme dictionnaires de psychologie tous les albums de Martine, et rien d’autre. Ce jour-là, donc, c’était plutôt
"Martine devient djihadiste", ou
"Martine se rend à la mosquée", voire
"Martine a rencontré le prophète", ou
"Martine part rejoindre Ben Laden". C’est risible, mais c’est pourtant bien ce qui va être tenté (aux frais du contribuable US) !
Voilà notre bonhomme contraint donc de se rendre cinq fois par jour, pour aller prier, dans la mosquée de l’Islamic Centre d’Irvine, dans le comté d’Orange County. C’est la version "Lost" de l’accession à la religion, sans doute : une des émissions liées à ce feuilleton s’appelle d’ailleurs
"l’éclaireur" !!! Autant faire çà bien, se dit notre repris de justice-éclaireur en mission, devenu soudainement très croyant : il y sera donc tous les jours, avec beaucoup de zèle, dès 4 heures du matin ! Vous allez me demander s’il a obtenu quelque chose en échange de ce... comportement qui représente donc une totale création théâtrale et le courage de se lever si tôt ? Et bien oui : au bout des 15 mois de dur labeur, de récitations et de prosternations, sans oublier les heures de formation préalable, on suppose, (avec un peu de français ?) notre acteur digne des films de Bollywood a touché... 200 000 dollars, comme quoi aussi on peut faire fortune en prison, ou après la prison en ce qui le concerne, dans ce pays de timbrés !
Mais attendez, ce n’est pas fini. En fait, la saison 2 de ce feuilleton ridicule va tourner au cauchemar... pour les auteurs du scénario, qui manquait sérieusement de consistance. Un peu comme dans "
Bones", quoi. A Hollywood, les bons scénaristes font des séries TV, pas des tentatives de subornation destinées à la police fédérale. En plus du "salaire" promis, "Farouk al-Aziz" recevait aussi des "bonus" à chaque info "sensible" découverte : de là à avoir tout intérêt à les provoquer : il n’y a pas que la police française qui soit minée
par la prime au rendement... l’homme en a-t-il profité pour gonfler un peu ses scores ?
Et pourquoi donc cette mosquée-là, tout d’abord, comme objectif ? C’est que sous le nom d’Islamic Shura Council of Southern California, elle regroupait la direction de pensée de près de 75 mosquées de la région, représentant un potentiel de "clients" pour le FBI de près d’un demi million de fidèles : statistiquement, ce n’était donc pas idiot : si sur le lot elle ne pêchait pas un candidat au martyr par explosion, c’est à désespérer... des mathématiques ! Il ne faut même pas être "
Mentalist" pour le savoir.... un simple calcul permet d’optimiser les chances, dans un pareil endroit de se trouver un nouveau simple d’esprit, ou un clone de
Faizal Shazhad. Ne manque plus qu’un organisateur de voyages à Mumbaï, façon Michael Headley, et
le scénario est complet ! Voilà donc notre homme... baptisé "Oracle", comme nom de code, et qui va se rendre régulièrement au café du coin ou à la cafétéria de
Starbucks pour échanger ses micro-cassettes. Traquer Al-Qaida, qui signifie "la base de données" avec un nom pareil, c’est trop fort, non ? Comme langage codé, a-t-il été jusqu
’à causer en SQL ? Hitchcock aurait néanmoins été plus moderne, déjà, et aurait utilisé des clés USB, mais bon, ce n’est pas lui qui a écrit l’histoire, et on a beau être en Californie, il y a bien encore
des biplans qui surgissent pour arroser de pesticides les champs de maïs, mais il m’étonnerait qu’il se pose façon Belushi-Bill Kelso dans 1941
pile-poil devant la dite mosquée. Remarquez, demander de faire le plein à un imam en lui jetant les clés d’un Kittyhawk, c’est pas joué d’avance non plus... "
et n’oubliez pas les vitres" !
Gag supplémentaire de cette histoire à se tordre de rire, si derrière l’enjeu n’était pas aussi grave : la mosquée visée est située à Orange County : or un de ses citoyens du pays est devenu fort célèbre ses dernières années : il s’appelle de son vrai nom Adam Pearlman, et il est le petit fils d’un médecin urologue membre de la non moins célèbre Anti-Defamation League, grande
supportrice d’Israël. "
Créée en 1913 pour stopper la diffamation à propos du peuple juif", en fait apparue à l’initiative de
B’nai B’rith, et devenue depuis avant tout pro-sioniste, à partir de 1967 disons. Un mouvement qui sera secoué en 1992 par une perquisition restée célèbre du... FBI, qui va découvrir dans ses locaux un fichage éhonté de tas d’individus, et pas que ceux du KKK. Même Act Up avait été mis en cartes ! Selon Wikipédia (ne pas confondre désormais avec Wikileaks, les présidents s’y trompant eux-mêmes !),
"pour Noam Chomsky, qui a souvent été pris à partie par l’ADL,cette organisation, comme d’autres, ne se préoccupe pas d’antisémitisme mais seulement « de l’opposition aux politiques d’Israël, ou plus exactement l’opposition à leur propre vision belliqueuse des politiques d’Israël." Le fils donc d’un musicien californien élevé dans une famille juive et plutôt porté sur la consommation de drogues planantes est devenu en effet célèbre : il se fait appeler depuis Adam Gadahn, (recherché
par le FBI !) incendie l’internet régulièrement de propos extrémistes, fait la promotion du djihad et pousse au martyr réfugié quelque part dans le monde (et certainement pas au Pakistan !). Lui aussi a fait connaissance, pourtant, avec le FBI, en 1997, à 19 ans, pour s’en être pris physiquement à un de ses gourous, nommé Haitham Bundakji. De méchantes langues racontent que c’est à partir de cette rencontre qu’il est d’ailleurs devenu davantage fondamentaliste, ou l’a montré davantage depuis. De manière grotesque et risible, tout d’abord, une image de marque qu’il continue patiemment à entretenir au point qu’on cherche aujourd’hui à le remplacer par d’autres candidats aux imbécilités proférées, tant les siennes défient l’entendement.
Tout le monde se souvient en effet de sa première apparition en septembre 2004, affublé d’une tenue caricaturale (et d’une Kalachnikov
posée en travers devant lui). Un jeune américain, parlant d’attentats à venir sur le territoire pile poil au moment ou Dick Chenet s’évertuait à dire la même chose tous les soirs à la télévision US ! Pensez donc, quel "hasard’ bienvenu ! D’aucuns racontent que ce garçon qui n’aura jamais réussi à avoir l’air d’un islamiste est le jouet depuis treize ans du FBI, ce à quoi je ne donnerai pas tort, à le voir toujours aussi grotesque ahaner au micro son djihadisme de pacotille.
Six ans après sa première apparition,
il n’a toujours pas appri
s comment faire
un turban... Dans Indiana Jones, il aurait pour sûr été celui qui aurait fait des
moulinets avec son cimeterre !
En fait, tout va s’effondrer en une seule "saison" chez notre préposé au réveil matinal : passé l’épisode 15, en effet, le gars est repéré. Faut dire qu’il était plutôt mauvais acteur : inscrit au club de gym local, endroit ou c’est bien connu les terroristes potentiels font tous des haltères
("avant de se faire sauter le caisson, soignons notre corps !"), il aurait apostrophé un jour un candidat potentiel repéré par ses soins par un "
c’est bon pour des gars comme vous de se préparer pour le djihad".. qui avait laissé tout le monde interloqué. L’homme pratiquait visiblement davantage le cheveu dans la soupe, ou l’éléphant dans le magasin de porcelaine comme espéranto qu’un langage convaincant pour emmener les foules ; et les kamikazes comme l
e joueur de flûte d’Hamelin. En fait, un homme en particulier était visé par ce projet tordu du FBI : c’ était Ahmadullah Niazi, un afghan, le propre beau-frère d’un ex-garde du corps de Ben Laden. Celui-ci sera arrêté, effectivement, pour soupçons de liens avec le terrorisme. Mais là, un deuxième impair va être commis par les apprentis sorciers de l’antiterrorisme US : nous ne sommes pas en effet près d’Hollywood pour rien : il y a toujours un rebondissement, à la fin dans ces histoires tordues. Niazi avait surtout le tort d’être marié à Hafiza, la fille d’Amin Al-Haq, réputé comme étant un des leaders d’Al-Qaida...selon le FBI ! Cela suffisait pour entretenir la parano de certains et justifiait paraît-il son incarcération ! On ne dira jamais assez les ravages de huit années de bushisme dans le pays : la paranoïa y est désormais coutumière, et derrière chaque coin de rue les américains croient voir cachés des poseurs de bombes !
Notre américano-afghan va en effet être inculpé par celui qui n’aurait pas dû le faire. L’U.S. Attorney Deirdre Eliot (l’équivalent du procureur ici), qui va aller clamer haut et fort que Niazi a bien des liens avec le terrorisme, a eu en effet la fort mauvaise idée de refiler
2 000 dollars à un groupe d’extrême droite US, le Lincoln Club of Orange County, qui organisait des conférences sur le djihadisme, et éditait une newsletter parsemée de "fundamentalist Islam" et de "radical Islamists." Le groupe invitera même
Brigitte Gabriel, une des pires islamophobes existantes, comme l’avait noté un jour le New York Times Magazine, précise
Islamist Watch. La grande amie de
notre miss Bikni. Remarquez, tout se tient : ce "Club" extrêmiste assez particulier a eu comme membres éminents le président Richard Nixon et l’acteur John Wayne... aux dernières nouvelles, le Lincoln Club avait même rejoint les troupes du Tea Party : entre intellectuels, l’émulation a toujours été forte, ce doit être ça, sans doute.
Patatras, donc, voilà un épisode de la série qui foire et Deirdre Eliot à son tour accusé, la faute à un casting défaillant. Hollywood ne sait plus faire de péplum, depuis Cécile B. DeMille, et tout est resté en carton pâte. Le FBI n’applique même plus
ses dix commandements, le premier étant de bétonner les dossiers et non de les faire en papier mâché. Pire encore : dans l’enquête qui va être menée sur cette sombre histoire, des avocats de
CAIR vont découvrir que le cas de Niazi est.. bien particulier.
Selon eux, en effet, il a été dénoncé... car il a ouvertement refusé de devenir un agent du FBI ! Tiens tiens, un peu comme notre ancien détenu... qui n’a pas pu, lui, refuser, pour des raisons que l’on ignore encore (certainement lié à son passé : il n’a pas fait de la prison pour rien). Cela devient dantesque : où vous vous pliez aux demandes du FBI ; où on vous persécute en vous accablant de tous les maux, surtout les pires ! Or le dénommé Niazi est l’un de ceux, justement, qui a convaincu sa communauté du rôle néfaste joué par... Monteilh, alias "Farouk al-Aziz" !
Comme pour la récente affaire de
l’ado somalien accusé de vouloir perpétrer un attentat, le FBI avait donc ordonné à Monteilh d’affirmer qu’il savait où trouver des explosifs, au cas où si quelqu’un du lot de pratiquants de la mosquée aurait mordu à l’hameçon : c’est cela qui va le faire repérer, et exclure en définitive du lieu de culte islamique. Ses dirigeants deviennent alors convaincus qu’il est lui-même un terroriste et vont aussitôt, en bons citoyens US, le dénoncer à la police locale, qui reçoit aussitôt la visite du... FBI. Arrêté, et à nouveau jeté en prison, afin de garder un semblant de façade, voilà notre acteur accusé d’en avoir au final trop fait. Et comme on est aux USA, mais cette fois pas au cinéma, l’ex-taulard devenu informateur se retourne plus tard civilement vers l’Etat américain. Et il y a de quoi, en effet : lors de son nouveau (bref) séjour en prison, il affirme avoir été violemment tabassé par ses voisins de cellule : les balances sont rarement appréciées derrière les barreaux. Si bien qu’après ce passage à tabac, il s’estimait en droit de porter l’affaire devant les tribunaux, et c’est ce qu’il a fait en septembre dernier. C’est le retour des épisodes de l’Homme de Fer ("
Ironside"), cette fois. Il a évidemment perdu son procès. Mais on ne lui a pas demandé de rembourser les 200 000 dollars perçus pour 5 prières par jour pendant 15 mois... au pays des séries TV, la loi n’existe donc pas de la même façon pour tous, et le FBI a tous les droits, surtout celui de mentir en prêtant serment sur la Bible. Un pays ou un pouvoir est vraiment prêt à tout pour fabriquer coûte que coûte un terreur qu’il attise et qu’il entretient régulièrement. En ce sens, il y a bien continuité directe entre Barack Obama et Georges Bush. L’usage des drones meurtriers au Pakistan étant l’autre exemple de ces pieds mis dans les mêmes traces de pas. L’Amérique a besoin de vendre des armes, et pour ça, il faut des guerres. Et si les gens n’ont pas envie de faire la guerre... Au fait, il a reçu quoi comme prix Nobel, Obama ?