Proclamation du MAK à Paris : pourquoi le Maroc doit rester fidèle à ses principes
La récente proclamation symbolique de « l’indépendance de la Kabylie » par le MAK, à Paris, soulevent des interrogations au Maroc. Certains, par réflexe émotionnel ou par hostilité envers le régime algérien, estiment que le Royaume devrait s’impliquer, directement ou indirectement, dans cette affaire. Une telle posture serait non seulement erronée, mais surtout contraire à l’histoire, aux principes constants du Maroc et aux orientations royales clairement exprimées.
Une proclamation symbolique qui ne change rien au fond
La déclaration du MAK à Paris relève avant tout d’un acte politique symbolique, sans reconnaissance internationale ni portée juridique réelle.
Mais elle est lourde de conséquences sur le plan médiatique et émotionnel. Elle vise à provoquer des réactions, à créer des alignements artificiels et à entraîner certains acteurs dans une spirale de surenchère politique.
Dans ce contexte, toute implication marocaine — même verbale ou indirecte — serait immédiatement exploitée par le régime algérien pour accréditer l’idée d’une prétendue « ingérence du Maroc » dans les affaires intérieures algériennes.
Or, le Maroc n’a jamais construit sa politique étrangère sur la provocation ou la déstabilisation des États voisins.
La ligne royale : une position claire et constante
La première boussole de toute réflexion sérieuse reste la position de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, exprimée avec clarté dans son discours du 29 juillet 2023, à l’occasion de la Fête du Trône.
Le Souverain y déclarait notamment :
« Je tiens à dire aux dirigeants et aux peuples de notre nation sœur, l’Algérie, qu’aucun mal ne leur sera jamais fait, ni aucun tort ne leur viendra du Maroc. »
Ce message n’est ni conjoncturel ni tactique. Il s’inscrit dans une vision de long terme, fondée sur une distinction essentielle : le peuple algérien, avec lequel le Maroc partage des liens humains, historiques et culturels profonds, et un régime qui entretient une hostilité persistante et artificielle envers le Royaume.
Dans le même discours, le Roi a souligné l’importance des relations d’affection, d’amitié et d’échange entre les deux peuples, ainsi que son souhait de voir les relations bilatérales s’améliorer et les frontières rouvertes.
Toute complaisance envers une logique séparatiste en Algérie serait en contradiction totale avec cette ligne royale.
L’intégrité territoriale : un principe non négociable
Le Maroc mène depuis des décennies un combat politique, diplomatique et juridique pour la préservation de son intégrité territoriale, face au soutien actif de l’Algérie au Polisario.
Dès lors, une question de cohérence s’impose :
comment défendre avec constance le principe de l’intégrité territoriale sur la scène internationale, tout en relativisant — ou en tolérant — des dynamiques de fragmentation dans un État voisin ?
L’intégrité territoriale n’est pas un principe à géométrie variable.
La défendre pour soi et la nier pour les autres affaiblirait la crédibilité du Maroc et nuirait à la solidité de son argumentaire sur le Sahara marocain.
Le rappel historique : Mohammed V et l’Algérie indivisible
L’histoire apporte ici un éclairage fondamental, trop souvent occulté.
Lors de la conférence de Casablanca de 1960-1961, initiée par feu Sa Majesté Mohammed V, le Maroc a joué un rôle central aux côtés des mouvements de libération africains.
À cette époque, la France coloniale envisageait de soustraire le Sahara algérien afin d’en faire un État indépendant, pour des raisons stratégiques et économiques.
Mohammed V s’est alors fermement opposé à ce projet, insistant sur le fait que l’indépendance de l’Algérie devait être totale et indivisible.
Le Maroc a ainsi défendu l’intégrité territoriale algérienne avant même l’indépendance de ce pays, sans calcul, sans arrière-pensée et sans contrepartie.
Cette position historique démontre que la ligne marocaine actuelle n’est ni opportuniste ni circonstancielle, mais s’inscrit dans une continuité politique et morale.
Le piège de la réciprocité émotionnelle
La tentation de la « réciprocité » — soutenir un mouvement séparatiste en réponse au soutien algérien au Polisario — peut sembler compréhensible sur le plan émotionnel.
Mais sur le plan stratégique, elle serait désastreuse.
Ce serait tomber dans un piège classique : celui de la surenchère, de la réaction impulsive et de l’abandon des principes au profit de l’émotion.
Le régime algérien cherche précisément ce type de réaction pour masquer ses propres échecs internes et détourner l’attention de ses difficultés politiques et sociales.
Le Maroc, lui, n’a jamais eu besoin de telles méthodes pour défendre ses intérêts.
Le Maroc face aux logiques de chaos et de partition
Par son histoire, sa diplomatie et ses principes, le Maroc ne peut en aucun cas s’associer à des forces occultes, à des agendas extérieurs ou à des États qui poussent à la partition des nations et à leur basculement dans la guerre civile.
Les exemples récents sont là pour rappeler les conséquences dramatiques de ces stratégies :
la Libye, démembrée et plongée dans un chaos durable ;
la Syrie, ravagée après l’instrumentalisation de fractures internes ;
et l’Irak, affaibli par des politiques de fragmentation qui ont détruit l’État et le tissu social.
Le Maroc a toujours refusé cette logique du chaos, fondée sur l’exploitation des identités, des minorités ou des frustrations sociales pour déstabiliser des États.
S’engager, de près ou de loin, dans une dynamique qui pourrait conduire l’Algérie vers la partition ou la guerre civile serait non seulement contraire aux principes marocains, mais aussi dangereux pour l’ensemble de la région maghrébine.
Conclusion : la force de la cohérence
La proclamation du MAK à Paris ne doit pas détourner le Maroc de ce qui fait sa crédibilité et sa force sur la scène internationale : la cohérence.
De Mohammed V, défenseur de l’intégrité territoriale de l’Algérie face aux projets coloniaux, à Mohammed VI, porteur d’une main tendue sincère vers le peuple algérien, la ligne marocaine est claire, assumée et constante.
S’éloigner de l’affaire du MAK, même après des proclamations symboliques, n’est ni faiblesse ni naïveté.
C’est un choix politique responsable, fidèle à l’histoire du Maroc, à ses principes et à la vision de son Roi.


