mercredi 26 août - par Michel J. Cuny

Proclamé triomphalement à la une de L’Écho de Paris du 20 janvier 1936 : « Le plan de Gaulle… réalisé par les Allemands… » (106)

 

En jetant ce formidable titre à la une de L’Écho de Paris du 20 janvier 1936 : Le plan de Gaulle… réalisé par les Allemands…, tandis que le « corps cuirassé » du lieutenant-colonel se transformait aussitôt en un… Corps automobile national-socialiste, André Pironneau faisait de la France l’initiatrice de son propre malheur… et sans qu’elle ait négligé de formuler, jusque dans le détail, ce qu’il fallait faire pour y réussir… Répétons le paragraphe qui le précise :
« Autrement dit le Reich est en train, de se constituer un corps d’élite spécialisé, prêt à marcher au premier signal, d’une extrême puissance de manœuvre et de choc. Il le fait exactement – sans en omettre même un détail – d’après le plan que le colonel de Gaulle a proposé, voici deux ans, dans son ouvrage Vers l’armée de métier. » 

Un mois et demi plus tard, la fiction débouche sur le réel, en produisant ce que le rédacteur en chef de L’Écho de Paris appelle : La leçon du 7 mars. C’est là le titre de son article du 30 mars suivant.
https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k815859v/f1.image.zoom

« Hier, l’Allemagne a porté tout à coup son armée au-delà du Rhin, sans que, de notre côté, aucune disposition militaire ni diplomatique eût été prise pour l’en empêcher. Demain, une masse d’attaque pourrait se ruer sur Vienne, Prague, Liège, Luxembourg ou Strasbourg, exactement dans les mêmes conditions.  »

Et tomber sur la même inertie ?... C’est bien ce qu’André Pironneau nous suggère de croire… Or, la suite devait nous montrer qu’il n’avait décidément pas tort… Mais en vertu de quel prodige cette léthargie se sera-t-elle si longtemps manifestée ?... Anschluss (mars 1938), Tchécoslovaquie (octobre 1938), Pologne (septembre 1939), France (mai-juin 1940).

Ne serait-ce que par absence du « corps cuirassé » que Charles de Gaulle se promettait de promener, au nom de la France, un peu partout comme un remède universel ? À lire la suite de l’article d’André Pironneau nous pourrions le croire, et, tout à la fois, nous soupçonnons celui-ci de déployer devant nous un avenir… déjà écrit… par ceux qui n’avaient en tête que d’en finir avec… l’Union soviétique, en se laissant porter sur les ailes d’une Allemagne nazie décidément entreprenante !...

Lisons-le avec attention :
« Ce tragique « non possumus ! » du 7 mars 1936, qui est d’ores et déjà inscrit dans l’Histoire, serait-il demain notre réponse à l’Autriche soudain menacée, à la Tchécoslovaquie subitement en danger, qui invoqueraient notre secours ? Que les Belges, assaillis tout à coup comme ils le furent le 5 août 1914, télégraphient un jour qu’ils fléchissent si nous n’accourons, étalerons-nous la même impuissance ? S’il arrivait – qui peut savoir ? – qu’un secteur de notre couverture, attaqué à l’improviste avec des moyens insoupçonnés, cédât dans les premières heures d’une guerre et que la brèche livrât passage à la ruée des Panzerdivisionen, avec quoi, après quels délais pourrions-nous repousser l’invasion ? » 

Surtout si l’Allemand se décidait à passer par Sedan… pointe ultime de la ligne Maginot vers le Nord…

Pour le reste, nous pouvons immédiatement le rassurer…
« En dépit de l’actuelle dépression morale du pays, fruit d’une abominable politique pacifiste et du dégoût de nos institutions, nous sommes convaincu que le danger rendrait vite toute sa vigueur à l’instinct national. Mais, quelle que soit sa puissance en profondeur, la nation armée lente à lever, lourde à manier, devient chaque jour moins mobile et plus vulnérable à mesure que la vitesse et la spécialisation rendent plus menaçante la surprise. » 

Pendant ce temps, ce qui reste vrai, c’est que la France ne dispose toujours pas du… « corps cuirassé », alors que le « plan de Gaulle » a été parfaitement réalisé outre-Rhin où l’on a su prendre appui (mais oui, mais oui) sur l’inénarrable document intitulé : Frankreichs Stoßarmee.

Mais puisque c’est ici, en quelque sorte, la France qui bat la France par l’entremise de l’Allemagne hitlérienne, pourquoi ne pas appuyer un peu la réussite – qui est donc aussi la nôtre – de celle-ci. Ainsi, dès le 23 avril 1936, André Pironneau, lui rend-il un hommage vibrant qu’il intitule : En regardant passer la 3e Panzerdivision, ce qui se trouve illustré par la photographie que nous plaçons en exergue du présent texte…
https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k815883m/f1.image.zoom

En voici la légende… qui vaut, bien sûr, son pesant de cacahuètes… À croire que les Allemands sont déjà à Paris : « Les chars d’assaut de la 3e panzerdivision défilent sur la Pariserplatz et vont passer sous la Brandenburger Tor  » 

Rassurons-nous immédiatement : la Pariser Platz est l'une des places principales de Berlin. Elle est située au bout d'Unter den Linden, à côté de la Porte de Brandebourg. Mais, patience, un peu plus de quatre ans à attendre, et nous y serons enfin !

N’empêche, l’exemple qui nous est donné par l’Allemagne nazie a de quoi nous réchauffer le cœur… puisque c’est du De Gaulle tout craché :
« Le 20 avril dernier, à l’occasion de l’anniversaire de Hitler, a défilé dans Berlin, au milieu de l’enthousiasme délirant des foules, la troisième Panzerdivision, avec ses centaines de chars modernes, ses éléments de reconnaissance, son infanterie portée sur voitures tous-terrains, son artillerie mécanisée. En contemplant cette combinaison d’engins rapides et puissants et d’un personnel d’élite, tous les assistants eurent l’impression directe de la force, et de la force organisée suivant l’esprit du temps. S’il devait être décidément entendu que ces choses-là sont bonnes pour nos menaçants voisins mais non point pour nous, il resterait aux hommes responsables de notre défense nationale à démontrer au peuple français, inventeur du char, grand producteur d’automobiles et fait de toutes pièces pour les actions « de qualité », qu’il doit, jusque dans ce domaine, s’accommoder de la médiocrité. » 

Aucun ressentiment donc, et que le meilleur gagne !

Pour en savoir plus sur le présent travail, veuillez suivre ce lien...
https://dejeanmoulinavladimirpoutin.wordpress.com/

Michel J. et Christine CUNY



6 réactions


  • Eric F Eric F 26 août 17:18

    Nul n’est prophète en son pays


  • Gaspard des Montagnes Gaspard des Montagnes 27 août 07:09

    Je conseille aux amis lecteurs qui se seraient égarés ici, qu’au lieu de vous infliger ces pensums laborieux aussi répétitifs que vains, de passer directement au visionnage des 2 volets de la Bataille de Gaulle !!

    Ils sont toujours en salle depuis le début de l’été, et poursuivent une superbe carrière alimentée par le bouche à oreille. C’est un grand moment on a même vu les gens applaudir et quelques uns pleurer !


    • ZenZoe ZenZoe 27 août 10:44

      @Gaspard des Montagnes

      Exact, tous ceux que je connais et qui ont vu les films sont épatés.

      Et pour les « pensums laborieux aussi répétitifs que vains », bien vu aussi !  smiley


    • La Bête du Gévaudan 27 août 11:48

      @Gaspard des Montagnes

      je leur conseille encore plus de lire les Mémoires de De Gaulle, ainsi que les oeuvres telles que Le Fil de l’Epée...


  • La Bête du Gévaudan 27 août 11:48

    On en est à la 106 diésel... en attendant la 205 sacré numéro !


  • Gaspard des Montagnes Gaspard des Montagnes 27 août 15:49

    A lire : Les 3 volumes de Jean Lacouture sur De Gaulle, qui commence par

    et

    ’C’était de Gaulle’ d’Alain Peyrefitte : le verbatim de la pensée de De Gaulle saisi par un écrivain devenu son porte parole.

    Plutôt à consulter à partir de l’index, ou même à feuilleter et lire au hasard : on est toujours frappé par la fulgurance et la prémonition du Général.

    A voir aussi, mais je ne l’ai pas lu, la biographie de Julian Jackson sur laquelle s’appuie la Bataille de Gaulle.


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