lundi 13 juillet - par Michel J. Cuny

Qu’importe l’allié de revers (Pierre Cot – Jean Moulin), c’est le corps cuirassé (Charles de Gaulle) qu’il nous faut ! (87)

À la fin de 1933, tandis qu’à Berlin la politique d’ « apaisement » commençait à faire couler son venin dans quelques esprits français de haute volée, que se passait-il à Moscou, durant ces mois qui suivaient d’assez près la venue de Pierre Cot, ministre de l’Air, qui en était reparti ébloui ?...

Nous nous tournons vers Hervé Alphand, l’ambassadeur de France à Moscou, qui s’adressait ainsi à Paul-Boncour, son ministre des Affaires étrangères, le 20 décembre 1933…
https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bd6t53270068/f376.item

« On commence à chuchoter ici : « L’État-major et le Comité des Forges sont maintenant pour l’Allemagne contre les Soviets. » »

Et cela pour la bonne et simple raison que…
« Hitler continue le jeu de von Papen et de l’ancienne propagande : l’Allemagne rempart du capitalisme. C’est ainsi qu’il ramène à lui la partie des opinions française et anglaise qui continue à vivre avec la terreur du bolchevisme. »

Et de conclure :
« Nous ne devons pas nous prêter à ce jeu. »

En effet, souligne Hervé Alphand…
« Si nous devons consentir à un réarmement limité de l’Allemagne et diminuer en même temps notre armée, où trouverons-nous, quels que soient les accords de non-agression dont l’accord franco-allemand sera assorti, l’autorité nécessaire aux délicates négociations qui suivront, si nous ne sommes pas assurés de soutiens compensateurs ? »

L’allié de revers ?... remède aux « classes creuses » et à la faiblesse industrielle relative de la France face à l’Allemagne ?... Or, selon l’ambassadeur de France à Moscou…


« Seul l’appoint de l’U.R.S.S. peut rétablir un équilibre, puisque d’autre part la situation de l’Empire britannique a diminué les possibilités comme l’efficacité de l’appui anglais. La formule ne serait plus « Berlin ou Moscou », mais « si Berlin, d’autant plus Moscou ». » 

Il y revient, le même jour, mais un peu plus tard, et pour souligner, cette fois-ci, l’attitude des Soviétiques…
https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bd6t53270068/f379.item

« À une soirée militaire que j’ai donnée le 18 décembre à l’occasion du passage à Moscou des officiers de marine français, j’ai eu une conversation avec M. Dovgalevsky et, d’autre part, avec le commissaire du peuple à la Guerre et à la Marine, M. Vorochilov, et M. Krestinski, commissaire-adjoint aux Affaires étrangères. »

Venons-en aussitôt à l’essentiel…
« M. Vorochilov qui, après Staline, a peut-être la situation politique la plus forte dans ce pays, m’a à nouveau marqué le désir des dirigeants d’orienter de plus en plus vers la France la politique de l’U.R.S.S. et par conséquent de faire appel le plus possible à notre collaboration technique. »

Pour rappel…
« M. Pierre Cot est venu à Moscou avec des appareils qui ont produit une grande impression sur les aviateurs russes. Ils ont reconnu que nous avions dans ce domaine une grande supériorité sur les Allemands, qui les avaient aidés jusqu’ici. Nous construisons des moteurs bien meilleurs au point de vue vitesse et rendement. C’est ainsi qu’ils ont envisagé l’achat des licences de moteurs Hispano-Suiza et qu’ils demanderont sans doute aux ingénieurs français de venir leur prêter leur concours pour en construire sur le territoire de l’U.R.S.S.  »

Une semaine plus tôt, dans son numéro du 14 décembre 1933, et seulement à la page 3 et en 5ème colonne, L’Écho de Paris avait publié, sans tambour ni trompette, un article discrètement signé des seules initiales J. H. – et donc sans le moindre soutien des grandes plumes du quotidien – dont le titre n’en était pas moins très parlant : Dans cinq ans, l’aviation soviétique pourra égaler celle de tous les pays d’Europe réunis, déclare M. Pierre Cot.

L’allié de revers était donc tout trouvé… Mais il semble qu’André Pironneau et ses petits camarades aient laissé passer l’occasion de donner le moindre retentissement à ce qui était, pourtant, particulièrement digne de retenir leur attention. Voyons cela, en reprenant l’intégralité de ce très discret article de J. H…
« M. Pierre Cot, ministre de l’air, a fait, hier, à la commission des affaires étrangères de la Chambre, un exposé très impressionnant sur l’organisation industrielle de la Russie et sur son aéronautique.
Le ministre a communiqué les informations qu’il a rapportées de son voyage. Il a décrit la puissance industrielle de la Russie et l’effort accompli par elle pour son armement ou pour le développement de son aviation.


Dans cinq ans, a-t-il dit, l’aviation russe pourra égaler celle de tous les pays d’Europe réunis. Les usines sont en plein développement et le rendement industriel du pays est considérable.
Actuellement, les usines d’aviation fabriquent des cellules d’avion aussi bonnes que les nôtres, mais les moteurs sont un peu plus lourds, inconvénient qui tend à disparaître.
M. Cot a souligné que les usines d’aviation russes se trouvaient toutes à plus de 700 kilomètres des frontières et qu’elles faisaient appel de plus en plus à des ingénieurs français. J. H.  »

Survinrent bientôt les événements du 6 février 1934 qui devaient emporter le gouvernement d’Édouard Daladier et, du même coup, le ministère de l’Air dirigé par Pierre Cot avec, à ses côtés, son chef de cabinet : Jean Moulin… Plus question de l’allié de revers… tandis que, dans le numéro de L’Écho de Paris daté du 26 février…
https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k815096m/f1.image.zoom

… et sous le titre : Ne remettons pas à plus tard ce qui doit être fait tout de suite, André Pironneau entamait cette longue campagne de promotion du lieutenant-colonel Charles de Gaulle qui devait finir, en apothéose, le 7 juin 1940, dans un article de L’Époque tout simplement accablant !...

Mais, restons-en, pour l’instant, à ce qu’André Pironneau écrivait en 1934…
« Il faut, et de toute urgence, que la France soit dotée d’un corps de choc professionnel capable de soutenir hors des frontières une politique d’assistance, de servir à la couverture d’instrument de manœuvre préventif ou répressif, d’imprimer à la tactique un tour adéquat aux conditions techniques modernes par l’emploi en masses des moteurs, chenilles et cuirasses, enfin de fournir à l’armée les unités d’élite qui, par contagion d’habileté et d’esprit militaire, tireront les troupes, les cadres, le commandement de la médiocrité où tout le monde les voit s’enliser. » 

L’ « élite » contre la « médiocrité » des masses… Nous voici décidément bien partis !...

Pour en savoir plus sur le présent travail, veuillez suivre ce lien...
https://dejeanmoulinavladimirpoutin.wordpress.com/

Michel J. Cuny




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