Quand le lieutenant-colonel Charles de Gaulle offrait la France à la concupiscence allemande… (89)
Dès le lendemain (7 mai 1934) de la parution du livre Vers l’armée de métier du lieutenant-colonel Charles de Gaulle, André Pironneau se saisissait de sa plus belle plume pour enfoncer le clou de la dictature militaire dont, cinq jours plus tôt, il aura mis en avant la notion telle qu’elle se présente, sans le moindre fard, dans cet ouvrage qui allait paraître en allemand dès l’année suivante, et grâce à l’appui que lui aura fourni un certain Adolf Hitler… qui s’y connaissait un peu en la matière.
Quel en serait l’instrument ? C’est ce dont André Pironneau peut maintenant nous fournir la description. Rappelons que nous lisons l’article qu’il consacre, dans L’Écho de Paris du 7 mai 1934, à celui qui est désormais annoncé comme revendiquant le titre de dictateur français potentiel…
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« Comment ne pas reconnaître, en effet, que la création préconisée par le lieutenant-colonel de Gaulle, d’un corps de manœuvre professionnel « prêt à frapper à toute heure, en tout lieu, en toute occasion, maniant à grande vitesse, grâce aux moteurs, un armement d’une extrême puissance », animé d’un esprit militaire que « le goût des belles mécaniques, l’émulation sportive, la passion des voyages » propres aux générations actuelles permettrait de vivifier, capable de « saisir des gages dès les premiers jours de conflit », de ressusciter « l’événement » dans une bataille, d’exploiter à fond un succès, de parer sans délai à un revers, donnerait à la France un instrument que le système exclusif de la masse ne lui procure pas, ne peut lui procurer ? »
Merveilleux phallus mortifère !... Impossible de s’y tromper. À moins que ce ne soit, tout simplement, un petit dieu portatif !... Avec ça, mon gars, tu vas pouvoir défoncer ou modifier, d’un seul coup d’un seul, tout ce qui se présentera !... Voilà bien une baguette magique enfermée quelque part chez un lieutenant-colonel en pleine bourre… Si c’est pas beau, tout ça !...
Faudra-t-il en rire ou en pleurer ?... Ni l’un, ni l’autre : il faut continuer à lire le De Gaulle très minutieusement, et c’est ce que nous allons faire ici… puisque nous en sommes à basculer du côté de la vraie élite, celle qu’admirent les populations plus ou moins ébahies devant les exploits de ses seigneurs, puisqu’ainsi que le souligne André Pironneau :
« Comment nier que la masse elle-même, où l’auteur voit très justement « l’élément principal de la défense française », trouverait dans ces belles et bonnes troupes les cadres de haute valeur qu’elle ne peut former elle-même, et un levain d’ardeur militaire et de perfection technique qui lui manque et qu’il lui faut ? »
Qu’on songe à l’oncle Adolf, embarqué, lui, du côté de la quantité (ici comme dans la suite, c’est le journaliste qui souligne)…
« Comment espérer l’emporter dans la concurrence de puissance que l’Allemagne engage contre nous, si nous ne jouons pas nos meilleurs atouts qui sont ceux de la qualité ? »
Certes…
« Nul n’a lutté avec plus de conviction que nous-même contre les atteintes portées dans ces dernières années à la valeur militaire de la nation armée. Nul ne soutiendrait avec plus d’ardeur toute mesure qui serait proposée en sa faveur, par exemple pour maintenir demain des effectifs gravement menacés. Mais quelque nécessaire que puisse être ce colmatage, d’ailleurs forcément provisoire, nous nous refusons à y voir la profonde et durable transformation matérielle et morale qu’il faut aux forces de la France dans les temps de fer où nous entrons. »
« Colmatage » « provisoire », le trouffion de base, dans ce système-là !... Rien qu’un pot de terre, en présence de l’impérissable pot de fer de l’avenir radieux de la France…
… qu’il va falloir modeler… dans le dur…
« Car, en vérité, la refonte de l’armée française est une nécessité de politique générale. Pour d’impérieuses raisons extérieures et intérieures, cette refonte doit faire partie intégrante du redressement d’ensemble auquel aspire la nation et dont nous devons les premières entreprises au gouvernement du président Doumergue. Aussi bien, l’auteur de Vers l’armée de métier la suggère-t-il dans sa conclusion que nous faisons nôtre quand il place le rajeunissement des institutions militaires françaises sous le signe de la rénovation nationale commencée. »
Le moment est maintenu venu de passer à la prose de Charles de Gaulle telle qu’elle va devoir mettre en scène ce « phallus mortifère » dont chacun sait qu’il est l’envers du phallus porteur de vie qui ouvre la voie à la paternité pour autant qu’elle s’offre comme l’expression de l’amour de la vie et du désir qui finit par y trouver son aboutissement… Ici, c’est tout le contraire !
Voici qu’arrive la première phrase de Vers l’armée de métier du lieutenant-colonel de Gaulle…
« Comme la vue d’un portrait suggère à l’observateur l’impression d’une destinée, ainsi la carte de France révèle notre fortune. » (Charles de Gaulle, Vers l’armée de métier, réédition Perrin 2025, page 79)
D’une « destinée », nous passons à une certaine « fortune » qui pourrait tendre à n’être qu’une infortune… Quel est ce malheur qui nous guette ? Quel est ce mauvais sort qui menace notre « fortune », nos richesses ?
Aussitôt, impudique au possible, Charles de Gaulle le clame haut et fort :
« Le corps de la patrie offre en son centre un château fort, âpre massif de vieilles montagnes, flanqué de plateaux, languedocien, limousin, bourguignon ; tout autour, de glacis, la plupart mal accessibles à qui les menace du dehors, entaillés de fossés : Saône, Rhône, Garonne, barrés de murs : Jura, Alpes, Pyrénées, ou bien plongeant au loin dans la Manche, l’Atlantique, la Méditerranée ; mais, au nord-est, une brèche terrible, joignant aux terres germaniques les bassins essentiels de la Seine et de la Loire. Le Rhin, que la nature désigne aux Gaulois comme limite et comme protection, à peine a-t-il touché la France qu’il s’éloigne en la découvrant. »
Notons-le dès à présent, à la différence de la première phrase, ce grossier appel du pied ne figurait pas dans l’article paru dans le numéro du 10 mai 1933 de la Revue politique et parlementaire. Or, avec un minimum de connaissances psychanalytiques, il sera évidemment loisible à chacune et chacun de voir apparaître ici un certain mont de Vénus, (mons veneris), etc.
Tout en apeurant ses compatriotes, à quelle convoitise étrangère le lieutenant-colonel Charles de Gaulle livre-t-il le corps même de la riche France ?... La réponse est évidemment, du tac au tac, dans cette initiative hitlérienne de la publication en allemand de ce qui est, tout simplement, une proposition de bons et loyaux services qui lui vient d’outre-Rhin… Lesquels ? Cela reste à voir.
Or, des faiblesses de la France offertes à sa voisine allemande, il y en a autant que de trésors qui s’y trouvent entreposés et offerts, pourrait-on croire, au tout-venant…
« Il est vrai que les Vosges dressent un large pan de rempart, mais que l’on peut tourner par la trouée de Belfort ou par les Étangs Salins. Il est vrai que les côtes de Moselle et celles de Meuse, appuyées d’un bout au plateau lorrain, de l’autre à l’Ardenne, forment des obstacles appréciables, mais peu profonds et tels qu’il suffit, pour les perdre, d’une erreur, d’une surprise, d’une négligence, et que rend vulnérables à revers le premier recul en Hainaut ou en Flandre. Or, justement, dans ces plaines basses, il ne se trouve ni mur, ni fossé pour accrocher la résistance. Point de lignes de hauteurs dominantes, point de fleuve parallèle au front. Bien pis, la géographie y organise l’invasion par de multiples voies pénétrantes : vallées de la Meuse, de la Sambre, de l’Escaut, de la Scarpe, de la Lys, où les rivières, les routes et les rails s’offrent à guider l’ennemi. » (Idem, pages 79-80)
Pour qui redouterait de trop attirer sur la France des malheurs à n’en plus finir, le moment serait bientôt venu de se taire… Mais ce n’est pas la position qu’adopte Charles de Gaulle : si l’Allemagne en veut, il ne va surtout pas se gêner pour lui en promettre :
« Fâcheuse quant au relief, la frontière du Nord-Est ne l’est pas moins par son tracé saillant. L’adversaire, qui frappe à la fois en Flandre, dans l’Ardenne, en Lorraine, en Alsace, à la Porte de Bourgogne, donne des coups concentriques. Vainqueur en un point, il fait écrouler tout le système de la défense française. Les premiers pas en avant le mènent sur la Seine, l’Aube, la Marne, l’Aisne ou l’Oise, dont il n’a plus, dès lors, qu’à descendre le cours facile, pour atteindre la France au cœur, à Paris, leur confluent. » (Idem, page 80)
Or, à nouveau, Charles de Gaulle n’hésite pas à forcer le trait par rapport à ce qu’il avait écrit dans la version initiale de mai 1933. Dans ce dernier paragraphe, il a ajouté la phrase : « Vainqueur en un point, il fait écrouler tout le système de la défense française », ce qui est une indication traîtresse au possible !
De même, dans l’article, les quatre mots « à Paris, leur confluent » étaient absents… Qu’ils apparaissent ici, désignant la capitale comme un point d’aboutissement immédiatement accessible, n’est-ce pas le comble de la trahison des intérêts fondamentaux de notre pays ?…
Mais se pourrait-il que tout le reste de ce livre soit à l’avenant ?
Pour en savoir plus sur le présent travail, veuillez suivre ce lien...
https://dejeanmoulinavladimirpoutin.wordpress.com/
Michel J. Cuny

