jeudi 28 février - par Taverne

Que la clémence est grande ! Que l’indulgence est petite !

La clémence est un attribut puissant de Dieu et du souverain ; elle est "la puissance des puissances". L'indulgence, à l'inverse s'accommode fort bien des compromis de l'amitié, des alliances d'intérêts et du marchandage. Sénèque a écrit un essai célèbre sur la clémence attachée au titre de césar. Pierre Corneille en a également montré toute la grandeur dans sa pièce "Cinna ou la clémence d'Auguste". Quant à l'indulgence, en voici un exemple. Il vient du président de la République qui s'exprimait, le 6 novembre 2018, au micro d'Europe 1 "Il faut avoir l'esprit de mesure et de l'indulgence, y compris à l'égard de ceux qui ont commis des fautes. Alexandre Benalla a fait des fautes. Est-ce qu'il mérite d'être traité comme le plus grand criminel en liberté ? Je ne suis pas sûr. Il faut penser que les gens ont leur vie et leur famille. La raison et le respect, ce sont des bonnes choses."

L'indulgence capricieuse et injuste

Voilà l'indulgence dans toute sa petitesse, qui pardonne à l'avance un proche, un "méritant", un allié qui pourrait vous porter tort et qui incite au compromis, au marchandage, bref à l'indulgence. L'indulgence ignore le crime chez le proche ou chez son complice (qui peut être le complice d'infortune).

A l'opposé, les manifestants, revêtus ou pas de gilets jaunes, sont des criminels et ils poussent "au pire". On voit bien avec cet exemple que l'indulgence est faible aussi par sa tendance à faire le tri. Elle est affective, intéressée, sélective. De même, dit Macron lors de la même interview, la presse a "peut-être perdu l'esprit de mesure". Il en dira autant ensuite sur le Sénat qui aurait presque fomenté un complot contre le Pouvoir.

L'indulgence, tout comme l'erreur, est humaine. Le parent qui apprend que son enfant a commis un acte répréhensible n'a-t-il pas une tendance naturelle à porter néanmoins sur lui son affection et à lui trouver quelquefois même des excuses ? Ce qui se comprend chez un parent meurtri ne se justifie pas chez un chef d'Etat qui doit rendre compte à son peuple.

La clémence est la "puissance des puissances"

Shakespeare, dans sa pièce "Le Marchand de Venise" met en opposition un créancier juif qui réclame mordicus la stricte application d'un contrat (et donc de ce qu'il nomme la justice), même si le préjudice qu'il a subi est réparé et quitte à entraîner la mort du débiteur (qui payer une livre de chair comme le stipule el contra signé). C'est à l'acte IV, scène 1, que Portia s'efforce en vain de convaincre le créancier de faire preuve de clémence :

"La clémence ne se commande pas. Elle tombe du ciel, comme une pluie douce, sur le lieu qu’elle domine ; double bienfaisance, elle fait du bien à celui qui donne et à celui qui reçoit. Elle est la puissance des puissances. Elle sied aux monarques sur leur trône mieux que leur couronne. Leur sceptre représente la force du pouvoir temporel ; il est l’attribut d’épouvante et de majesté dont émanent le respect et la terreur des rois. Mais la clémence est au-dessus de l’autorité du sceptre. Elle trône dans le cœur des rois, elle est l’attribut de Dieu même et le pouvoir terrestre qui ressemble le plus à Dieu est celui qui tempère la justice par la clémence. Ainsi, juif, bien que la justice soit ton argument, considère ceci : qu’avec la stricte justice, nul de nous ne verrait le salut. C’est la clémence qu’invoque la prière, et c’est la prière même qui nous enseigne à tous à faire acte de clémence. Tout ce que je viens de dire est pour mitiger la justice de ta cause ; si tu persistes, le strict tribunal de Venise n’a plus qu’à prononcer sa sentence contre ce marchand."

On retrouve dans cette citation du génial dramaturge une réflexion philosophique juste et profonde. Tout d'abord, la clémence ne se commande pas. Elle n'est pas négociable, elle n'est donc pas faiblesse, contrairement à l'indulgence. On ne peut pas transiger avec elle, on peut seulement la demander. Elle peut être refusée mais il est des cas où elle doit s'imposer au nom de Dieu, ou de la loi naturelle supérieure. "Avec la stricte justice, nul de nous ne verrait le salut." Cette excellente observation s'est de tous temps vérifiée et les grands vainqueurs ont très souvent pardonné aux peuples vaincus car, sans ce pardon, sur quoi règneraient-ils ? C'est aussi ce qu'a dit Sénèque à Néron : "Votre aïeul pardonna aux vaincus : eh ! s'il n'eût pardonné, sur qui eût-il régné ?"

Cette idée nous servira de transition pour évoquer la clémence dans la Rome antique et l'indulgence à Rome en ce moment.

La clémence dans la Rome antique, l'indulgence à Rome (catholicisme et pédophilie)

Sénèque, dans "De la clémence" écrit à Néron (qui n'avait pas encore sombré dans la folie ni commis les crimes que l'Histoire lui a attribués). Rappelons que Sénèque fut le précepteur de Néron jeune.

Sénèque déclare que la clémence est d'autant plus remarquable chez les empereurs et rois que le pouvoir de ces derniers est grand. Il prend comme exemple l'histoire de Cinna, le conjuré qui a bénficié de la clémence d'Auguste, l'empereur qu'il devait tuer. Corneille s'est inspiré de Sénèque pour écrire "Cinna".

Pour le philosophe, la clémence doit tenir un milieu, un équilibre : "Que votre clémence ne soit ni indistincte et banale, ni trop exclusive : il est également cruel de pardonner à tous et de ne faire grâce à personne. On doit tenir un milieu ; or l'équilibre étant difficile, s'il faut que l'un des deux côtés y gagne, que ce soit celui de l'humanité."

Inutile de dire qu'on ne retrouve pas ce souci d'équilibre chez Macron qui offre son pardon à un individu très compromis (et exige que tout le monde en fasse de même) et qui la refuse par principe à un peuple qui se met - majoritairement - en colère.

"Pour faire grâce il faut être plus grand que celui qu'on sauve."

Sénèque d'ajouter "Un esclave, un serpent, une flèche peuvent tuer un roi ; mais pour faire grâce il faut être plus grand que celui qu'on sauve."

Et quel est l'opposé de la clémence ? "La cruauté, qui n'est autre chose qu'un excès de rigueur dans la mesure des châtiments. La cruauté et la clémence sont choses qui se repoussent ; mais la sévérité s'allie certes bien avec la première."

L'indulgence en revanche est faiblesse, ai-je dit au début de cet article ? Je retrouve cette idée formulée autrement chez Sénèque qui poursuit sur le thème de la compassion : "Et c'est ici le lieu de se demander ce que c'est que la compassion. Généralement elle est louée comme une vertu ; et l'on appelle bon l'homme compatissant. Mais cet état de l'âme est pure faiblesse. La cruauté et la compassion sont sur les limites, l'une de la sévérité, l'autre de la clémence : il faut se garder ou de tomber dans la cruauté en croyant se montrer sévère, ou dans la compassion qu'on aurait prise pour de la clémence. En ce dernier cas le mécompte offre moins de péril ; mais l'erreur est égale dès qu'on sort de la vraie mesure."

La compassion ruisselle à Rome aujourd'hui, je veux parler des affaires de pédophilie auxquelles le Vatican se trouve confronté. Cet exemple peut être mis en miroir à celui de Macron pardonnant son protégé. Il est humain aussi (donc "faible") de faire preuve de magnanimité envers ses frères. Il est plus facile d'accuser Satan que de reconnaître la faute chez un autre soi-même.

Ainsi, la compassion est-elle dangereuse quand elle fait obstacle à la justice. Il en va de même pour l'indulgence que réclamait Macron pour Benalla. Qu'il éprouve, lui, de la compassion, est une chose, mais qu'il en fasse un principe général pour opposer son sentiment à la Justice, en est une autre.

La compassion et l'indulgence vont de pair, elles se confondent. Mon propos se conclut donc sur un "CQFD" (ce qu'il fallait démontrer") : la compassion ne saurait seule s'exercer, le souverain doit s'en méfier et, d'autre part, il doit chercher un équilibre en recourant à la clémence quand celle-ci est requise et juste. La clémence est plus proche de l'idée de justice que l'indulgence compassionnelle. Car l'indulgence, par son humanité, incline à la faiblesse, alors que la clémence - qui est divine - est la puissance des puissances (elle n'a rien donc d'une faiblesse). Elle rend celui qui l'applique plus grand que lui-même !

Le Peuple français mérite la clémence.

D'ailleurs, ce n'est pas qu'il la mérite (ce serait la limiter à ceux qui ont souffert de mutilations ou d'autres graves désagréments), c'est qu'elle doit lui revenir naturellement. Avec, certes, les précautions d'emploi qui sont nécessaires et que cite le sage Sénèque. S'il est vrai que certains ne méritent pas l'indulgence mais la stricte application de la justice dans toute sa rigueur, ceux-là n'ont pas à subir plus qu'ils ne payent. Ils ne sont pas la peste brune ni le diable. Le Peuple dans son ensemble n'est pas criminel, ni antisémite, ni proche de l'idéologie nazie, ni d'aucune autre forme d'abjection qu'on voudrait lui prêter.

Le Pouvoir ne peut pas suivre le mauvais exemple du créancier juif du "Marchand de Venise" qui réclame son dû à tous prix, y compris le prix de la vie d'un homme, aveuglément et par un emportement d'une violente exagération. L'application de la justice suffit, en tendant une oreille à ce pouvoir "divin", à cette "puissance des puissances" que l'on nomme la clémence. En tendant l'autre oreille à un peu d''indulgence qui ne sera pas superflue quand elle n'est pas faiblesse. Je (re) cite le président Macron :

"Il faut penser que les gens ont leur vie et leur famille. La raison et le respect, ce sont des bonnes choses."

 



27 réactions


  • Cyrus (TRoll de DRame) Cyrus 28 février 15:40

    Pour d’ autre ce sera les gémonies en marge , et son corollaire l’ hégémonie en marche ... 


  • Cyrus (TRoll de DRame) Cyrus 28 février 16:02

    « Il faut avoir l’esprit de mesure et de l’indulgence, y compris à l’égard de ceux qui ont commis des fautes. Alexandre Benalla a fait des fautes. Est-ce qu’il mérite d’être traité comme le plus grand criminel en liberté ? Je ne suis pas sûr. Il faut penser que les gens ont leur vie et leur famille. La raison et le respect, ce sont des bonnes choses. »

    VS 

    https://www.youtube.com/watch?v=0oMQYaGB1dg

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    Dans le premier on réagit humainement avec son clan 

    dans le deuxième on hiérarchise les gens qui ne sont rien ...

    Est ce la le même temps , je te ruisselle dessus , car on as besoin d’ espace vital ?


    • Taverne Taverne 28 février 16:10

      @Cyrus

      L’indulgence est un parti pris. Alors oui, avec elle « on réagit humainement avec son clan ». Ou plus exactement « pour » son clan. La clémence, outre le fait qu’elle n’est pas un parti pris parce qu’elle survole tout, n’est pas clanique. Elle n’est pas défensive non plus.


    • Cyrus (TRoll de DRame) Cyrus 28 février 16:18

      @Taverne
      Prochain volume de l’ encyclique compassion , miséricorde , ... ,merci ....
      L’ indulgence s’ achète au plus offrant ! =marché en marche
      Pour obtenir la clémence il faut une factuel juste capable de convaincre l’ âme la plus endurcis. = croyance même athée et légaliste 


    • Taverne Taverne 28 février 16:51

      @Cyrus

      En six clics ? Vous exagérez, cela m’a pris bien plus de temps que cela. smiley

      Les indulgences se vendaient jadis et l’Eglise en tirait un profit fort juteux. Cela montre bien que l’indulgence cède facilement à la compromission, qu’elle peut être vénale : le commerce des indulgences. Ce n’est pas un phénomène propre à la religion ; aujourd’hui dans les allées du Pouvoir, les indulgences se négocient aussi...


    • Cyrus (TRoll de DRame) Cyrus 28 février 16:55

      @Taverne
      aujourd’hui dans les allées du Pouvoir, les indulgences se négocient aussi...
      >rassurez vous j’ n’ ais plus rien d’ un frele puceau sur mon lit de grabataire smiley


  • Taverne Taverne 28 février 16:45

    N’oublions pas Victor Hugo. Dans « Hernani ou l’honneur castillan » (1830). La clémence intervient à l’acte IV quand le futur empereur Charles Quint, retiré dans le tombeau de Charlemagne, inspiré par la présence du tombeau du grand homme, décide d’inaugurer son règne sous le signe de la clémence et de pardonner aux conjurés. 

    Macron s’est rendu à Aix-la-Chapelle lui aussi il y a peu de temps mais cela ne l’a guère changé. Hélas ! Il n’a guère été influence par l’ombre de ces deux géants qui, en leurs temps, ont construit l’Europe.

     


    • Cyrus (TRoll de DRame) Cyrus 28 février 16:56

      @Taverne
      OUille « hernani » avec son titre complet , ca va encore tourné a la bataille ...


  • devphil30 devphil30 28 février 17:29

    Le fait du prince envers ses obligés et peut être détenteur de casseroles.

    A terme Bellana sera accidenté car autant de protection implique des dossiers sensibles qui ne doivent pas sortir alors le mieux est qu’il sort pour être réduit au silence


    • Cyrus (TRoll de DRame) Cyrus 28 février 18:10

      @devphil30

      Vraiment tres déprecif ton truc , va falloir se grouiller si on veut un scoop , allez les journaleux « pas troll d’ Av » au boulot .... Comment ca y a persone entre le vendredi et le Chamedi soir... 


  • Reiki 1er mars 00:57

    L indulgence ne peu etre accordé que par une personne qui a deja été touché par elle. Un acquis par la violence et l experiences. SEUL UN ROI peu se montré indulgent envers un autre... Donnez moi la force de sauver tous ses héretique... La clémence es juste de la pitié... desordonné....


  • Reiki 1er mars 01:08

    Celui qui prenonce la sentance et celui qui l execute.... Nous croyons fermement que celui qui prononce une sentence doit en personne l’exécuter.

    Comme si l honneur etais sorti d une serie télé.....


  • Reiki 1er mars 01:31

    Même wiki, a enlever ses information pour mettre sa propagande catholique.... Vous avez le bras long ... triste époque


  • zygzornifle zygzornifle 1er mars 10:28

    Benalla est bien a l’abri derrière le popotin de Macron , tout ce qu’il risque c’est un prout lâché par mégarde par le cul présidentiel ....


  • Reiki 1er mars 12:03

     J ai le sentiment que nous perdons le sens des mots par la volonté idéologique.

     C est une histoire Benalla enfin banale pour la république. 

    Mais un scandale pour la Justice et la liberté de notre pays.


    • Taverne Taverne 1er mars 12:10

      Quand on perd le sens des mots, on peut encore jouer avec eux :

      Macron : — Il faut savoir cesser une grève comme disait Clemenceau.

      Taverne : Il faut savoir aussi user de clémence, sot !



    • Taverne Taverne 1er mars 16:21

      La citation « il faut savoir arrêter une grève » est en réalité de Maurice Thorez. Mais je m’amuse ici à faire parler Macron qui citerait de travers. En effet, je guette le moment où notre président la prononcera à son tour sans nommer le nom de son auteur, comme l’ont fait Sarkozy et Hollande...


  • zygzornifle zygzornifle 1er mars 12:10

    Qui vole un œuf vole un bœuf ....

    Pour les potes a Macron qui vole un troupeau de bœufs est condamné a partir avec en plus un panier d’œufs et les poules sous les applaudissement de LaREM .... 


    • Taverne Taverne 1er mars 12:33

      @zygzornifle

      Période électorale en cours, réjouissez-vous, vous avez le choix entre :

      Debout la France,
      Debout la Finance (EnMarche)

      Je vous sens tressaillir de jubilation devant ce choix merveilleux.


    • Cadoudal Cadoudal 1er mars 12:50

      @Taverne
      Hamdullah, y a aussi la troisième voie...

      L’UDMF organise son meeting de campagne en vue de l’élection Européenne. Ce meeting se tiendra à la Mairie annexe Sud de Vaulx-en-Velin situé au 4 rue Joseph Blein, le samedi 02 mars 2019 à 16h.

      http://www.udmf.fr/evenement.html


    • zygzornifle zygzornifle 1er mars 13:53

      @Taverne

       Debout la finance on a déjà donné depuis 2 ans donc le choix est facile même pour un retraité sans dentier illettré de la France du bas ....


  • Reiki 1er mars 12:23

    Il es prouvé que le but de l enseignement à pour objectif de rendre nos enfants plus souple et mobiles. 

    En gros en fesant d eux de bon chien chien il auront plus de chance de réussir . 

    On peux presque dire que c est le pouvoir venant de l état qui tend son peuple vers l idiocrasie, pour mieux la manipuler. 

    Une démocratie directe n aurai jamais fais de son peuple des autistes, assister, c est enlevée toute substances à l humanité que lui ôté sont droit de exister et de se construire. 


  • pepe 1er mars 15:12

    ne vous fatiguez pas macron ne devrait pas tarder a demander aux forces de l ordre de tirer sur son peuple a balle reelle il a aucun scrupule a mutiler ce dernier


    • JL JL 1er mars 15:13

      @pepe
       
       ’’il a aucun scrupule a mutiler ce dernier’’
       
       Après tout, comme dirait BHL : ce ne sont que des sujets.


  • Reiki 1er mars 15:58

    @Taverne 

    Cela serait intéressant mais il y a cette histoire de tentative de manipulation des parti adverse par des teste psychologie...

    ... En qui peut on faire confiance  ?

     

    @pepe

    Oui je Navigue entre tristesse pour ceux qui on mis leur Vie en jeu et colére de Rien pouvoir y faire ...


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