Que reste-t-il de l’affaire Weinstein ?
Un an après la publication de l'enquête du New York Times, la carrière, la vie personnelle et l'image publique du producteur d'Hollywood ont été ruinées. Quel bilan tirer de l'année écoulée ?
Le 5 octobre 2017, le New York Times publie une enquête révélant qu'Harvey Weinstein aurait acheté le silence de huit femmes l'accusant d'agression sexuelle ou de harcèlement. C'est le début de la fin pour le producteur. Le 7 octobre, son avocate, Lisa Bloom, qui s'est fait un nom en défendant des femmes harcelées, renonce à le défendre. Le conseil d'administration de son entreprise annonce son licenciement le lendemain. Le 10 octobre, le magazine américain New Yorker diffuse une autre enquête sur « l'affaire Weinstein ». Désormais, trois femmes l'accusent publiquement de viol. Un jour plus tard, son épouse, Georgina Chapman, le quitte par voie de communiqué. Gwyneth Paltrow, Rose McGowan, Léa Seydoux, Angelina Jolie ou Asia Argento, les témoignages s'accumulent au fil des jours contre Harvey Weinstein. Le 14 octobre, il est exclu de l'Académie des Oscars. Il fait aujourd'hui face à la justice américaine.
Autour de l'affaire qui concerne la personne de Harvey Weinstein, un mouvement de grande engergure prend forme. Tarana Burke avait lancé la campagne MeToo en 2007. L'actrice Alyssa Milano s'inscrit dans les pas de l'activiste en octobre 2017, sous la forme d'un tweet au hashtag désormais célèbre : #MeToo. Dans ce tweet, elle encourage les femmes qui ont été victimes d'agressions et de harcèlements sexuels à partager sur Twitter leurs expériences. #BalanceTonPorc, l'équivalent francophone de ce hashtag, se diffuse largement sur les réseaux sociaux le même mois.
Pour donner une visibilité au mouvement #MeToo en dehors des réseaux sociaux, des manifestations sont organisées dans plusieurs villes de France le 29 octobre 2017. On compte jusqu'à 2500 manifestants à Paris. En France, les plaintes pour agressions sexuelles progressent de 31,5 % au quatrième trimestre 2017 (+ 18% pour les viols) par rapport à la même période en 2016. Cette hausse ne correspondant pas à une recrudescence des agressions, elle est attribuée à une plus grande inclination à dénoncer de tels faits.
Ainsi Henda Ayari accuse Tariq Ramadan de l'avoir violée, conduisant celui-ci à être poursuivi en justice. Une autre plainte est déposée contre le député Christophe Arend, classée sans suite par le parquet de Sarreguemines, qui évoque des « incohérences et des contradictions » dans les déclarations de l'ancienne collaboratrice accusant le député LREM de Moselle de harcèlement et d'agression sexuelle. Le 16 mai 2018, une plainte pour « abus de faiblesse » visant le ministre Gérald Darmanin est elle aussi classée sans suite. Une seconde plainte est ensuite déposée par la même plaignante, qui aboutit le 16 août à une ordonnance de non-lieu, le juge estimant que, pour pouvoir « caractériser le viol », « encore faut-il que le mis en cause ait eu conscience d’imposer un acte sexuel par violence, menace, contrainte ou surprise ».
Le 10 janvier 2018, l'initiatrice du mouvement #BalanceTonPorc Sandra Muller est poursuivie en justice par Eric Brion, directeur général de la chaîne Equidia. Elle l'accusait de harcèlement sexuel. Tout en reconnaissant avoir « effectivement tenu des propos déplacés envers Sandra Muller, lors d’un cocktail arrosé très tard dans une soirée, mais à une seule reprise », il réclame « le droit à la vérité et à la nuance. » Il lui réclame 50.000 euros de dommages et intérêts, des publications judiciaires et 10.000 euros de frais d’avocat.
Si le mouvement reçoit le soutien de nombreuses militantes et personnalités, certains et certaines le critiquent. Le philosophe journaliste Raphaël Enthoven insiste sur les effets dévastateurs de toute dénonciation sur les réseaux sociaux : « La meilleure intention du monde culmine parfois dans la délation. (…) La justice met des années à condamner, alors que Twitter met dix minutes (…) seulement sur Twitter votre dossier n’est jamais examiné, un seul témoignage suffit à vous condamner. Les condamnations sont sans appels puisque les réseaux sociaux n’oublient jamais », a-t-il souligné sur Europe 1. Pour Eric Zemmour, ce hashtag relève de la délation : « Pendant la guerre, on aurait dit de libérer la parole aussi… Dénonce ton juif ça aurait été parfait. »
Elisabeth Lévy dénonce la passion victimaire et la misandrie qui animent les participantes du mouvement #BalanceTonPorc : “Toutes victimes, tous coupables, tel est son crédo presque explicite », lance la directrice du journal Causeur. Elle ajoute dans un entretien accordé au Figaro : « Nos dames-patronnesses modernes ne se cachent pas, au contraire elles exposent avec fierté, comme un brevet de vertu, leurs pulsions policières et leur haine du désir masculin. Et comme vous l'observez, elles ne se contentent pas de vouloir punir les agissements criminels ou répréhensibles, ce que nous voulons tous et que la loi prévoit, elles veulent que 'la peur change de camp'. Quel aveu ! Et quel idéal ! Un siècle de féminisme pour en arriver à ce que les hommes aient peur. En somme, il faudrait remplacer la domination masculine (qui à mon avis a cessé depuis longtemps) par la domination féminine. Si c'est cela la justice, très peu pour moi ! »

