Voilà quelques mois que l’on nous bassine avec des possibles candidats du centre dont l’extravagance de la candidature de Villepin qui serait centriste. Donc cet homme membre de l’UMP, ancien cacique du RPR, qui a été premier ministre de Chirac, qui est tout sauf un homme du centre serait un centriste ? Cela faut penser à cette autre extravagance que Balladur dut candidat supposé du centre. Tout cela n’a aucun sens, aucun fondement politique, philosophique ni historique.
A cet OVNI politique dont la gloire, réelle mais bien mince quoiqu’importante, ne résume qu’à la position de la France à l’ONU en s’opposant à la guerre en Irak, se sont ah-joutés deux autres candidats potentiels.
Prenons le premier d’entre eux, Morin, dont l’ensemble des députés a signé un engagement formel - je parle là d’un document écrit - de soutien à Nicolas Sarkozy afin d’être garanti de leur élection aux législatives, et a voté l’ensemble des lois imposées par le pouvoir central, dont le parti est financé par l’UMP et a bénéficié d’un contournement de la loi avec le Fetia Api, a été un des ministres piliers de l’ancien gouvernement, avait négocié en février 2007 sa place et enfin est impliqué dans l’affaire Karachi comme directeur de cabinet de François Léotard. Morin dont le score de ses troupes ou de son parti navigue autour des 2 % n’est pas un candidat sérieux. Il a entraîné ses troupes à trahir Bayrou pour des garanties de places.
Arrivons au second, Borloo. On le présentait il y a peu comme le futur premier ministre. Bien sûr cette mascarade de Sarkozy sur sa longue réflexion de plusieurs mois, déstabilisant un gouvernement qui n’en avait pas besoin, pour faire ce que dit très bien cette expression : une montagne qui accouche d’une souris, un remaniement qui n’est qu’un « recentrage » (Ah, ah !) style état RPR, une machine de guerre électorale pour rassembler l’électorat de droite en espérant que leur cheftain sera présent en tête au second tour des présidentielles de 2012. Comment donc Borloo, avocat d’affaire, avocat enrichi de tapie, leader d’un parti qui est associé à l’UMP, qui se sentait si proche de Sarkozy il y a une semaine, et si soutenu par lui, qu’il pensait en être le toutou suprême (prendre les coups et ne décider de rien), pourrait-il représenter le centre ?
Si jamais certains d’entre vous étaient sceptiques ou pensaient le contraire et que ces trois hommes-là pouvaient représenter un peu le centre, un sondage tout chaud démontrent que les Français, dans leur majorité, ne sont pas les journalistes dans leur majorité, qui eux sont toujours prêtes à faire avaler au peuple ce qui bouillonne sous leur crâne, un sondage de
France-Soir remet les pendules à l’heure - ce que tous les gens sérieux savaient et dont ils ne doutaient pas un instant - avec ce titre :
François Bayrou reste le maître du centre. C’est sans appel : Bayrou 41 %, Borloo 24 % Villepin 23 % et Morin 9 %. Seuls les électeurs UMP placent Borloo devant Bayrou c’est dire combien il peut représenter le entre. Quant à Morin c’est la Bérézina.
Ce qui est un tantinet amusant c’est qu’il y a une dizaines de mois, tous les observateurs patentés, et évidemment les Lefebvre & Cie, se moquaient du centre avec des expressions toutes faites telle celle du centre qui n’est qu’un point virtuel. Puisque nous sommes dans les mots et leur signification, leur connotation, leur sémantique voici une liste qui devrait faire réfléchir ceux qui utilisent les arguments du genre cité plus haut.
- Que feriez en tant que candidat aux régionales si vous présentiez dans la Région Centre ? Useriez vous de ces arguments contre le centre ?
- Que diriez-vous du centre ville ? Qu’il n’existe pas ? Et le centre historique ?
- Que devient un centre hospitalier ?
- et du prestigieux CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique)
- et du CIRC (Centre International de Recherche contre le Cancer)
- et du centre Pompidou ?
- et du CNES (Centre National d’Etude Spatiale) ?
- et de toutes les centrales et centraux de toutes sortes (nucléaires, syndicales, téléphoniques, opérationnels) ?
Je m’arrête là tant l’indigence de ce genre d’argument, sensé décrédibiliser la notion de centre par la bande, de purs communicants est évidente et montre la vacuité du fond qui ne peut les soutenir.
Parlons un peu de Bayrou. Aurait-il mangé son pain noir ? Comme dit plus haut, je ne suis pas madame Irma et je n’ai pas de boule de cristal. Il y a eu contre lui diverses meutes : l’UMP, les traitres ralliés au pouvoir avec postes de ministre, le PS, les deux extrêmes gauche et droite, Europe Ecologie, les Verts, et surtout les media. Ces derniers ne sont pas exempts de reproches. Ils ont eu de cesse de le marginaliser tout autant que de lui tailler un habit sur mesure : celui qu’on quitte, l’ambitieux permanent, celui qui ne fait que de l’antisarkosisme primaire et celui qui plante le MoDem. Tout d’abord, il y a eu une erreur manifeste d’analyse. Le Modem n’est jamais parti de 18,5 % qui n’a été que le score de Bayrou aux présidentielles, mais d’un peu plus de 7 % le score des législatives. Lorsque l’on a intégré cela et cette solitude politique - ce que je veux dire par là ce n’est pas sa solitude au sein de son mouvement ni auprès des Français, mais sa solitude par sa position et par le nombre d’adversaires politiques parmi lesquels celui au sommet de l’Etat qui a mis ses services à son service pour tenter de détruire Bayrou comme il l’utilise contre les journalistes qui ne lui plaisent pas ou comme il manipule la justice (affaire Clearstream, Karachi, Wperth…) - lorsqu’on a intégré le fait que le MoDem partait avec le handicap très lourd d’une vingtaine de députés qui ont quitté l’UDF pour aller embrasser sur la bouche leur ennemi d’hier et qui, comme tout traîtres pour se donner un semblant de justification, n’ont eu ce cesse de brûler ce qu’ils disaient adorer quelques mois avant (voyez Besson leur idole dans le secret de leurs pensées sans doute), quand on a intégré qu’un parti neuf a des difficultés par nature, on relativise les très mauvais scores aux régionales.
Or depuis quelques mois ces mêmes journalistes et certains politiques trouvent que le centre existe. Sinon pourquoi tant de candidats ? Pourquoi tant d’articles ? Ainsi ces mêmes beaux esprits qui parlaient de néant (le beau Courroye dans son lyrisme absurde lui parlait de particules du néant. Il faisait fort le bougre. Tout comme la lumière noire, les morts vivants etc. autrement dit un oxymore) à propos de centre introuvable lui ont trouvé une place et pas une petite. Ce nouveau discours, le positionnement de Villepin, les récents appels du pied de Royal, et également de Cohn Bendit, démontrent que même si le centre n’est pas la certitude d’une force politique la plus puissante, il paraît incontournable. Evidemment toute la différence est entre être le second (le premier paraît difficile sinon impossible quand bien même Giscard l’a fait mais il a perdu) ou non en 2012. Et je n’en sais strictement rien. On peut juste dire que les nouvelles orientations journalistiques crédibilisent l’idée que le centre est une force politique à la quelle il faudra porter une certaine attention et ce revirement aura des conséquences politiques. Je ne sais ni l’ampleur ni la durée, mais cela est une certitude. Pour moi il me semble que la place de Bayrou comme leader incontesté du centre devient une évidence qui durera jusqu’en 2012.
Deux éléments de fond vont servir le positionnement de Bayrou.
Le premier concerne Sarkzoy et sa politique. La position intransigeante mais ouverte de Bayrou (par exemple sur les retraites : oui pour 62 ans, non pour 67) contre le pire de la politique, la société même, proposées et défendues par Nicolas Sarkozy, dit en d’autres mots il avait raison, devient une vérité reconnue par beaucoup qui lui en font le crédit.
Le second concerne l’autre voie suivie par les députés du Nouveau centre. Leur discours, du reste assez ambigu, de participation critique, de possibilité de faire bouger les choses de l’intérieur, s’avère un échec cuisant. Certes Morin et d’autres ont eu droit aux ors de la République, mais ils n’ont pas fait avancer d’un iota les positions centristes et ont pour récompense d’être évincés comme des malpropres car ils ne servent plus à rien. Ils sont passés d’insignifiants à humiliés. Cette stratégie vient de montrer que c’était une terrible et catastrophique voie. Ils peuvent hurler comme des enfants trahis. Qui va écouter leur plainte. Cela ne leur apportera pas plus de crédit sinon que cela fera d’eux des cracheurs dans la soupe. Des inconstants volages. En contrepoint cela démontre que le chemin difficile de Bayrou était le bon. Bayrou va y gagner deux qualités : courage et raison.
Pour terminer, la légende voulait que Bayrou fut seul. On ne pose pas ces question à Eva Joly, à Villepin. Avec qui vont-ils gouverner ? Qui connaît qui entoure Eva Joly par exemple ? A part Cohn Bendit, Dufflot, et trois ou quatre autres personnalités ? Et pourtant ces questions dévastatrices que l’on ne cessaient de poser à Bayrou, et quand il faisait plus qu’Europe Ecologie aujourd’hui, on ne les pose ni à Joly ni à Villepin alors qu’i y a 4 fois moins d’adhérents dans le nouveau parti écologique qu’au MoDem et qu’ils n’ont pas d’élus que grâce à des association avec le PS (sauf aux européennes) à qui ils ont une dette. C’est là qu’on voit comment les journalistes peuvent travestir la réalité. Ce qui est reproché faussement à l’un ne l’est pas, réellement à l’autre. Ceci dit le combat contre la corruption d’Eva Joly est aussi le nôtre, et sa personnalité est intéressante. Je ne parle pas là de personnes en tant que telles mais de la transcription des faits par les journalistes. Avec son shadow cabinet, qui en a fait rire quelques uns, le Modem démontre que ce n’est pas une coquille vide. Cela prouve surtout que cette équipe existait déjà auparavant démentait ces théories fumeuses de l’hyper solitude mégalomaniaque de Bayrou. On reproche à cette équipe de comporter des inconnus. Alors j’ai quelques réponses dans ma besace. 1- comment peut-on défendre d’un côté l’idée qu’il faut du renouvellement politique et de l’autre critiquer quand les personnes sont nouvelles ? 2- qui connaissait une certaine Rachida Dati, un Martin Hirsch, une Fadela Amara, une Rama Yade avant que Nicolas Sarkozy n’en fasse des ministres ? Personne ou peu. Cet argument est donc invalide. Il n’est valide que dans pour une candidature électorale qui donne une bon coup de pouce aux personnes connues, ce qui a été, alors là, oui, pour le coup, un gros handicap du MoDem lors des récentes élections.
Il y a eu un sondage assez intéressant du Figaro. Il y a un mois je crois, le journal avait demandé quels seraient les personnalités politiques que les Français souhaitaient voir arriver comme ministre. Bayrou avait un score, si je me souviens bien, de 35 %. Et c’était le seul de l’opposition. On peut interpréter de diverses façons. Soit négatives dans le genre : il peut aller à la soupe, ce qui est une éventualité, mais le sens de la question ne permet pas d’y donner beaucoup de crédit. Ce n’était pas le souhait des personnalités qui était jugé mais le souhait des Français. On peut supposer que cela le place comme ministre mais non comme Président. Donc assez de crédibilité pour être ministre et ministre souhaité par ces 35 % de Français. Enfin comme un homme politique qui compte malgré tous les derniers déboires électoraux avec un score très élevé dans ce contexte.
Comme le prouve maintenant ce shadow cabinet et le MoDem, dirigé par Bayrou, le temps des propositions, après celui du constat, arrive. Et des qualités de ces propositions (j’ai été abasourdi du nouveau slogan du PS : l’égalité réelle qui est une sorte de ligne droite vers le bas tant cela paraît Alice au pays des Merveilles ou le magicien avec sa baguette qui règle tout et parfaitement) va dépendre en partie l’avenir politique de ce mouvement.
En quelques mots : n’enterrons pas Bayrou trop vite.
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N’oublions jamais :
- l’affaire Karachi
- l’affaire GDF
- l’affaire Tapie
- l’affaire Clearstream
- l’affaire Bettencourt
- l’affaire Wildenstein
- l’affaire de Compiègne
- l’affaire Peugeot
- l’affaire de la Jatte
- la proposition de loi sur la déchéance de la nationalité française et son extension
- l’affaire de la rémunération illégale de septembre au 31 décembre 2007
- la circulaire Hortefeux
- l’affaire des sondages
- les classements du parquet
- l’affaire de l’espionage par le contrespionnage des journalistes
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